L’effet Hans le Malin, aussi appelé phénomène Hans le Malin ou effet (en ou ), est un phénomène du domaine de la psychologie qui désigne le fait de transmettre et percevoir continuellement des signaux subtils, généralement de façon involontaire et inconsciente, au cours des interactions sociales. Ces signaux subtils constitueraient une sorte de communication non intentionnelle par laquelle les attentes sont susceptibles d'influencer le comportement d'autres personnes (et inversement, un comportement individuel peut être influencé par les attentes des autres). Le nom de ce phénomène est inspiré de l'histoire du cheval « Hans le Malin », survenue dans les premières années du .
Au-delà de son intérêt évident pour la psychologie, l'« effet Hans le Malin » a eu une influence importante dans le domaine de la psychologie expérimentale, car il remet en question la relation de l'expérimentateur à son objet d'étude et l'impact que peuvent avoir ses attentes sur les résultats qu'il obtient. Il a d’ailleurs été étudié, dans les , par le psychologue Robert Rosenthal sous le nom d’« effet Pygmalion » et d’« effet expérimentateur ».
Origines Un cheval qui sait compter
vignette|Hans le Malin en représentation.|alt=Photo en noir et blanc présentant une cour où des hommes et des femmes en chapeaux entourent un cheval. vignette|Hans le Malin et son maître Wilhelm von Osten.|alt=Photo en noir et blanc représentant un étalon, son maître et une troisième personne qui font face à un tableau d'école.
Le terme « effet Hans le Malin » trouve son origine dans l'histoire de « Hans le Malin », un cheval qui vivait en Allemagne au début du . Ce cheval appartenait à un aristocrate et ancien professeur de mathématiques, Wilhelm von Osten, qui, persuadé que son cheval était doté d'une intelligence conceptuelle, entreprit de l'éduquer selon les méthodes traditionnelles d'apprentissage utilisées dans les écoles. Au terme de quatre années d'entraînement, Hans (qui fut bientôt appelé « le Malin ») semblait être devenu un expert en arithmétique et en lecture. Le cheval devint rapidement célèbre dans toute l'Europe et provoqua de nombreuses polémiques dans les milieux scientifiques de l'époque..
La controverse autour de Hans le Malin était telle qu'une commission fut mise en place par le Conseil de l'éducation de Berlin. La commission était chargée de découvrir si les compétences de Hans étaient le résultat d'une fraude ou si le cheval était réellement doté d'une intelligence conceptuelle. Dans leur rapport du , les commissaires conclurent prudemment que . C'est Oskar Pfungst qui fut chargé, par l'éminent psychologue Carl Stumpf, d'approfondir l'enquête..
L'observation approfondie du psychologue Pfungst permit rapidement de conclure que Hans ne possédait pas de compétences particulières en arithmétique ou en lecture. Le cheval était, en fait, particulièrement doué dans .. Hans, qui répondait en frappant du sabot, savait quand il devait s'arrêter de frapper grâce à de minuscules signaux corporels qu'il percevait chez la personne qui l'interrogeait..
Débat sur la conscience animale L'histoire de ce cheval a provoqué un retentissement important à l'époque. Notamment parce qu'elle ravivait un très vieux débat : celui sur la « conscience animale ». Ainsi, Oskar Pfungst, dans le premier chapitre de son livre publié en 1911., explique que si l’on souhaite considérer le cas de Hans, nous devons d'abord comprendre quelle était, à l’époque, la situation sur le problème de la conscience animale. Selon lui, les principes fondamentaux de la psychologie animale ont été questionnés à plusieurs reprises parce que les bases mêmes de cette psychologie reposent sur des fondations incertaines. En effet, étant donné que l’accès direct à la conscience animale est impossible, les psychologues doivent chercher à y accéder par le biais du comportement animal ou en se fondant sur des conceptions issues de la psychologie humaine. Ils ne peuvent donc pas, avec certitude, répondre à la question :
Par rapport à cette question, Pfungst explique que la psychologie comparée est divisée en trois groupes explique que : (). :
Le premier groupe considère que les animaux possèdent une forme de conscience inférieure : ils éprouvent, selon eux, des sensations et disposent d'images en mémoire de ces sensations qui peuvent être associées en de multiples combinaisons. Ainsi, les animaux pourraient apprendre au travers de l’expérience. Néanmoins, l’animal serait incapable de former des concepts, d’émettre des jugements ou des conclusions et ne pourrait en aucun cas éprouver des sentiments moraux Cette conception de la conscience animale suggère donc qu'il existe un fossé infranchissable entre cette dernière et la conscience humaine. Cette vision est la plus ancienne puisqu'elle a d'abord été développée par Aristote et les stoïciens, puis enseignée par l'Église chrétienne. Elle a également influencé toute la philosophie médiévale. Le deuxième groupe est plus radical : selon ses membres, les animaux n’ont pas de . Ils seraient comme des qui réagissent automatiquement aux stimuli externes. C'est René Descartes qui, au , introduit cette conception de la conscience chez l'animal. Cette vision n'a prévalu que durant peu de temps, mais elle a eu un impact important car les nombreux désaccords qu'elle a provoqués ont fortement relancé l'étude de la conscience animale. Enfin, le dernier groupe estime plutôt que la conscience animale et la conscience humaine doivent être vues comme faisant partie d’un dont elles ne différeraient pas de façon essentielle mais selon des degrés différents. Cette dernière perspective est celle qui a été développée par les matérialistes (depuis Épicure). Elle a ensuite été adoptée par les associationnistes français et britanniques (tel Étienne Bonnot de Condillac) et les évolutionnistes.
Selon Pfungst, deux tendances apparaissent donc en psychologie animale : d’un côté, il y a ceux qui souhaitent différencier radicalement la psyché humaine de la psyché animale. De l’autre, il y a ceux qui essaient de les considérer ensemble. Il explique que s’il est vrai que certains actes, chez les animaux, ne sont en rien issus d’une pensée de nature conceptuelle, d’autres actes, au contraire, peuvent être interprétés de la sorte. Selon lui, la controverse a lieu précisément à ce niveau là : .. Pour répondre à cette question, il faudrait, d'après Pfungst, qu’un fait indiscutable apparaisse et permette de trancher en faveur de ceux qui croient en une forme de pensée chez l’animal ( la preuve d’une intelligence conceptuelle). Et c’est là qu’intervient Hans : ce cheval, capable de résoudre des problèmes d’arithmétique, est peut-être enfin .
L’affaire Hans suscita de nombreuses polémiques. Comme le souligne Pfungst dans son ouvrage : ..
Cette question reste aujourd'hui relativement inchangée puisque l'intervention de Pfungst n'aura pas permis d'y répondre. En effet, il s'est avéré que le cheval ne disposait apparemment pas d'une intelligence conceptuelle, mais qu'il se comportait selon les attentes qu'il percevait chez celui qui l'interrogeait.
L'effet Hans le Malin ne touche pas que les animaux Après avoir observé Hans et découvert le secret de ses talents, Oskar Pfungst entreprit de réaliser une nouvelle expérience dans laquelle il prit la place du cheval. En tapant du poing sur la table, il devait répondre correctement aux questions posées par les participants. Ceux-ci n'étaient pas au courant de l'objectif de l'étude menée par Pfungst. Il s'est avéré que .. Aucun des participants ne réalisa qu'il fournissait à Pfungst des indications sur la réponse correcte. Après un temps d'entraînement, Pfungst avait donc acquis les mêmes talents que Hans et put détecter les signaux involontaires et inconscients que lui transmettaient ses interrogateurs.. Ces éléments illustrent le fait que l'« effet Hans le Malin » ne se produit pas uniquement avec des animaux mais qu'il opère également entre les humains. vignette|Étude des mouvements corporels effectués involontairement.|alt=Photo en noir et blanc représentant deux hommes qui étudient les mouvements corporels involontaires.
Des questionneurs plus « talentueux » que les autres Il semble que certains questionneurs aient été plus doués que d’autres pour obtenir des réponses correctes de la part de Hans. En effet, parmi ceux-ci, certains obtinrent presque toujours des réponses exactes, d’autres n’en obtinrent que de temps en temps, et d’autres encore n’en obtinrent pratiquement jamais. Oskar Pfungst en conclut que certains individus doivent disposer de qualités particulières qui influencent considérablement les réponses du cheval et que ces qualités les rendent plus « talentueux » que d’autres pour obtenir des résultats concluants. Ainsi, Pfungst va établir une typologie des caractéristiques qui font de ces individus des « questionneurs de talent ». Parmi celles-ci, on retrouve notamment : du tact, un air dominateur, la capacité d’entrer en contact avec les animaux, une importante capacité d’attention et de concentration, savoir relâcher facilement le contrôle musculaire, pouvoir maintenir une certaine tension (ni trop, ni trop peu) et surtout la capacité « d’avoir confiance » dans les compétences de celui qui est interrogé. Selon Pfungst, c’est avec les qu’il pouvait apprendre le plus de choses, car c’est dans leur attitude qu’on détecterait les signaux qui influençaient Hans puisqu’ils produisaient le plus de résultats avec le cheval..
Histoire Outre l'importance dans le débat sur la conscience animale que suscita Hans à l'époque, son histoire eut également une importance toute particulière en psychologie et surtout en psychologie expérimentale. Son cas donna naissance à l'« effet Hans le Malin », aussi appelé « phénomène Hans le Malin » ou encore « effet Clever Hans », c'est-à-dire le fait que nos attentes peuvent influencer le comportement d'un autre être humain ou d'un animal, par le biais de signaux subtils que nous transmettons dans notre propre comportement. Il s'agit donc d'une sorte de communication non intentionnelle qui peut se produire entre des humains ou entre des humains et des animaux..
Cet effet eut un impact important en psychologie expérimentale car il rend compte du fait que les attentes de l'expérimentateur peuvent influencer les résultats qu'il obtient. S'il ne contrôle pas convenablement ce phénomène, il est possible que ses résultats ne reflètent pas la réalité de ce qu'il cherche à évaluer, mais ce qu'il s'attend ou espère évaluer, car il a transmis ses attentes inconsciemment et involontairement à ses sujets. Ainsi, l'effet Hans le Malin est aujourd'hui considéré comme un biais en expérimentation et, à ce titre, est devenu un symbole pour les psychologues expérimentaux. Ce symbole a, par ailleurs, évolué au cours du temps et cette évolution s'inscrit dans l'histoire même de la psychologie expérimentale.. L’effet a donc eu (et continue à avoir) une influence considérable sur cette dernière ainsi que dans d’autres domaines de la psychologie. Il a notamment eu un impact important sur la psychologie comparée quant à la question du . ou encore, des années plus tard, sur la psychologie cognitive en ce qui concerne l’étude de la conscience..
Une psychologie expérimentale naissante vignette|Wilhelm Wundt (assis) avec ses collègues dans son laboratoire.|alt=Photo en noir et blanc du psychologue allemand Wilhelm Wundt qui est assis à son bureau et est entouré par d'autres scientifiques.