La Femme auteur est une nouvelle de Madame de Genlis publiée dans le troisième tome de Nouveaux contes moraux, et nouvelles historiques en 1802Disponible sur Gallica..
Dans cette nouvelle, de Genlis présente une jeune femme du nom de Nathalie ayant des prétentions à l'écriture dont l'histoire rappelle sa propre expérience en tant que femme auteurGoldin, Jeanne, « Femme-auteur et réflexivité : Madame de Genlis », Masculin-féminin : le siècle à l'épreuve du genre, Toronto, Centre d’Études du Joseph Sablé, 1999, 226 p.. Quelques années plus tard, Madame de Genlis écrit de nouveau sur l'écriture des femmes avec De l'influence des femmes sur la littérature française, comme protectrices des lettres et comme auteurs, ou Précis de l'histoire des femmes françaises les plus célèbres (1811) où elle exhorte aux femmes d’écrire et où elle prend résolument leur défense« Madame de Genlis dans le champ éditorial de son temps », Revue de la BNF, 3/2011 (), URL : www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2011-3-page-38.htm. . La femme auteur illustre les difficultés pour Madame de Genlis et pour les femmes d’écrire aux et siècles, car après tout, « la moralité condamnant l’écriture des femmes, dans la nouvelle La femme auteur, permet justement à Mme de Genlis de faire des confidences, car encore plus que son personnage, Félicité cadre mal avec les normesJeanne Goldin, , .. »
Résumé Cette œuvre s’intitule « La Femme auteur » écrit par Madame de Genlis. Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en 1806 d’après le conte de « Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques » sous l’Empire, elle met en garde les femmes voulant quitter leur conditionnement de vie sociale en devenant célèbres par la littérature.
Cette nouvelle sentimentale, propose un texte intéressant qui, par le prisme de l'histoire d’amour, illustre les mentalités de la société sous l’Empire - société conservatrice quant à la place et l’indépendance des femmes dans le monde du travail.
Le roman nous conte l’histoire de deux sœurs à qui la nature a donné les qualités qui font d’elles des femmes respectables. Néanmoins, un point les sépare. Nathalie aime écrire et souhaite publier ses écrits, ce qui est considéré comme la honte ultime pour l’époque. Nous avons donc affaire à une véritable question d’époque sur la place des femmes dans la littérature, mais pour pimenter leur aventure, une histoire d’amour verra le jour et suscitera de nombreux bouleversements au sein de la société et du lien qui unit les deux sœurs.
La femme auteur est une référence autobiographique de Madame de Genlis qui évoque les dangers qu'il y a pour une femme à faire partie de la sphère privée, ainsi qu’à faire preuve de sa compétence d’esprit pour en faire une démonstration à la société.
Cette nouvelle retranscrit la jalousie mais aussi la méfiance des femmes entre elles dans ce monde, et plus encore la jalousie des hommes à l’égard des femmes, dont voici le sort réservé à ces précurseuses.
Présentation des protagonistes Dans la première partie du roman, nous découvrons deux femmes, Dorothée et Nathalie, deux sœurs orphelines de naissance élevées ensemble dans un couvent à Paris. Les deux sœurs se ressemblent par leur bonté de cœur et d’esprit.
Dorothée est une femme d’une extrême prudence dans son caractère et possède une grande noblesse d’âme. Elle possède un grand courage aux épreuves qui lui faisaient face, mais en faisant attention à ce que jamais ses sentiments ou ses devoirs de femme ne soient exposées au danger. Dans sa noblesse d’âme et sa force de courage, elle ne fit jamais de folies au cours de sa vie. Elle reçut un grand nombre de dons de la nature tels que la sensibilité, la générosité ainsi que l’imagination. Elle sut trouver de grandes ressources dans l’adversité.
Sa sœur Nathalie est pour elle l’opposée de Dorothée, même si elle possède elle aussi une grande bonté d’âme, elle est néanmoins inférieure à sa sœur, elle est forte et piquante. Elle possède une sensibilité et une flexibilité d’organisation qui la poussent à être d’une extrême curiosité. Elle avait gout pour le savoir ce qui la rendait capable de se livrer à de grandes études. Elle aimait tous les types d’art. Toutes ces variétés en elle lui donnaient l’apparence d’une femme inconstante. Sa trop grande bonté lui fit perdre beaucoup chez elle, la duperie, la folie, la faiblesse et sa crédulité lui causèrent bien des ennuis.
Nous découvrons par la suite le personnage de Germeuil et celui de la Comtesse de Nangise. Germeuil, un homme recherché et brillant dans la société, dont sa vanité en lui a pris contrôle de son corps.
La comtesse de Nangis, une femme gravement malade, succombe au charme de Germeuil. Elle demandera à Nathalie pour laisser libre cours à son amour de se retirer entre elle et Germeuil. Néanmoins, la comtesse tombe gravement malade et finit par succomber de sa maladie.
Méladine est une jeune femme veuve, en possédant une grande fortune. Coquette d’esprit, elle s’attaque à Germeuil éperdument amoureux de Madame de Nangis.
Contextes historique et littéraire autour de La Femme auteur vignette|Page titre du recueil Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques, 1802. (Gallica BnF) La vie de Mme de Genlis (1746-1830), et conséquemment toute sa production littéraire, est suspendue à la commissure de deux grandes périodes de l’histoire générale et littéraire. À dos des Lumières et à l’orée du romantisme, les œuvres de Genlis, notamment la nouvelle La Femme auteur, sont sursises à un entre-deux historique généralement désignée par les historiens comme le « Tournant des Lumières ». La période réfère habituellement aux années 1780 à 1820 (Roland Mortier, Fabienne Bercegol, Stéphanie Genand et Florence Lotterie) bien que d’autres spécialistes la place plutôt entre 1760 et 1820 (Jacques Voisine). Elle reste toutefois très peu définie et ne réfère pour l’instant qu’à une tension de transition d’un siècle à l’autre. Sursises et non sublimées, car récemment rebaptisée « période sans nom » par un collectif des éditions Classiques Garnier en 2016, elle devient un lieu de réflexion sur la « fabrique d’une histoire littéraire » indépendante des mouvements qui l’encadrent et pensée selon les œuvres et activités des femmes du temps. Il s’agit, comme le dit Claude Millet dans ledit collectif « d’un XVIIIe qui n’est plus et un qui n’est pas encoreFabienne Bercegeol, Stéphanie Genand et Florence Lotterie (dir.),Une « période sans nom », les années 1780-1820 et la fabrique de l’histoire littéraire, Paris, Éditions Classique Garnier, 2016, . ».
La fin des Lumières La Révolution marque les consciences du sceau de l’histoire : les contemporains sentent que les événements présents et futurs formeront les bases d’une postérité proprement nationale. La transition de l’impérial au républicain, au milieu de ses ruptures idéologiques et de ses (re)nouveaux politiques, est captée par les écrivains dans un « esprit historique qui se manifeste aussi bien dans les sujets traités par les dramaturges et poètes que dans l’appréciation des œuvres par la critique. » Il ne s'agit pas encore de l'écrivain romantique à la plume politique, « sorte de héros hugolienFabienne Bercegeol, Stéphanie Genand et Florence Lotterie (dir.),Une « période sans nom », les années 1780-1820 et la fabrique de l’histoire littéraire, Paris, Éditions Classique Garnier, 2016, ». Cet esprit nouveau de critique de « portrait d’écrivains » qu’incarnera Sainte-Beuve quelques années plus tard commence toutefois dans l’antre de la « période sans nom ». Le collectif Garnier illustre bien l’embarras de la tradition face à la montée d’une intuition historique :Avec la Révolution, les contemporains qui ont baigné suffisamment longtemps dans la culture d’Ancien Régime sont confrontés à une épreuve d’accélération du temps susceptible de se formuler en termes d’appréhension inquiète des rythmes de l’innovation littéraire, à travers laquelle s’impose non seulement la nécessité de « repenser les modes d’actualisation de la tradition littéraire », mais celle de penser sa propre tradition comme précaire avenir. Dans l’expérience nouvelle d’un régime d’historicité, il y a ce que le présent doit faire du passé, mais aussi ce que le futur fera du présent : alors peut jouer le sentiment que ce qui fait l’actualité, ce qui fait événement dans la langue et la littérature, est voué à la fugacité de la mode.Adeline Gragam mène une analyse statistique de la production féminine (savante, littéraire et scientifique) entre 1690 et 1804 et soutient ce propos en dénotant une montée exponentielle des œuvres signées de femmes au Tournant des Lumières. En effet leur période la plus prolifique serait celle de 1775 à 1792Sur 1461 ouvrages recensées de 1690 à 1804, 569 sont publiées entre 1724 et 1774 (sous le règne de Louis XV) et 510 sont publiées sous l’échelon beaucoup plus court 1775 à 1792 (sous le règne de Louis XVI). Notons à ce propos l’affirmation de Genlis qui soutient que le règne de Louis XIV fut la période la plus prolifique pour les femmes. À vrai dire, Gragam ne retient que 81 œuvres de 1690 à 1715.
Adeline Gargam, Les femmes savantes, lettrées et cultivées dans la littérature française des Lumières ou la conquête d’une légitimité (1690-1804), Paris, Honoré Champion, 2013, .. Genlis est manifestement imprégnée des réflexions que ce vent révolutionnaire soulève, car ses œuvres sont très souvent consacrées à l’analyse et à la critique de la société qu’elle observe. Les Nouveaux contes moraux font ainsi partie d’une tendance plus générale, d’un mouvement qui certes n’est pas cristallisé par un rassemblement ou une coalition volontaire, mais qui prouve que les écrivaines sont elles aussi à la recherche d’une tradition qui leur appartiendrait pour passer à l’histoire. Toutefois, les contemporains n’ont pas simplement oublié les Lumières. On ressent l’héritage du Siècle des Idées chez Genlis entre autres dans les valeurs que l’œuvre de femmes doit véhiculer (« écriture de la pudeur et de la vertu, largement soumise à des impératifs moraux et religieux « Une période sans nom »(…), , »).
Reconstruire une tradition littéraire