vignette|Portrait de Jacques-André Lavier par le peintre Henri Sauldubois (1940)

Jacques-André Lavier, né le à Montbéliard et mort le à Lyon, chirurgien-dentiste de formation, fut l’un des Occidentaux qui contribua à diffuser la médecine traditionnelle chinoise en France et en Europe dans les années 1960-1987 par son enseignement, ses publications et ses traductions de textes médicaux chinois.

Biographie

Né à Montbéliard dans le Doubs en 1922, Jacques-André Lavier connaît une enfance peu commune à l’origine de son attrait pour l’Empire du Milieu. Une grave blessure à une jambe l’immobilise dans un fauteuil roulant pendant quatre ans. Privé d’une scolarité normale, il lit beaucoup et il est particulièrement marqué par la lecture de l’ouvrage du Père jésuite Léon Wieger sur les caractères chinoisPère Léon WIEGER, SJ: Les caractères chinois, étymologie, graphies, lexiques, 1899 - 1963. À douze ans, Jacques-André Lavier y apprend les idéogrammes.

À l’issue de ses études à l’École de Chirurgie Dentaire et de Stomatologie de Paris, il obtient en 1953 son diplôme de Chirurgien-dentiste. Installé à Paris comme praticien dentaire libéral, il poursuit en parallèle des activités d’enseignant et de chercheur. En 1954, il est nommé Chef de Clinique en physiothérapie à l’École de Chirurgie Dentaire et de Stomatologie de Paris où il enseigne jusqu’à son départ de la capitale en 1959La Voix Dentaire IXe année – , 21 novembre 1954. Ses premiers articles, parus en 1955, inaugurent une bibliographie fournie portant sur la nature et l’usage des points d’acupuncture en odonto-stomatologieVoir Œuvres : L’acupuncture en odonto-stomatologie.

Tout en poursuivant les activités précitées, Jacques-André Lavier approfondit ses connaissances en chinois et en acupuncture. En 1956, il écrit pour la première fois au Docteur WU Huei-Ping, alors Professeur d’acupuncture à Taipei, Président de la Société d’Acupuncture de Chine et Président de la Société d’Acupuncture de Taipei. Grâce à une correspondance assidue avec le Docteur WU et aux ouvrages et articles médicaux chinois que ce dernier lui envoie, Jacques-André Lavier développe ses recherches. Dès 1957, il est membre de la Medical Society of Acupuncturation and Cauterization of ChinaDiplôme du mai 1957. Il adresse régulièrement à son mentor des mémoires sur l’acupuncture et est bientôt en mesure de lui proposer une traduction française de son livre, publiée à Paris en 1959Formulaire d’acupuncture. La science des aiguilles et des cautérisations chinoises du WU Wei-Ping, traduit par J. LAVIER, Maloine, Paris 1959. À cette époque, les travaux du Docteur WU lui font découvrir l’importance de la tradition dans la médecine chinoise. À partir de 1958 et dans les années qui suivent, ses articles s’en font déjà l’échoCe que peut apporter la médecine chinoise traditionnelle en parodontologie. Les douze pouls classiques, dans l’Information dentaire – , 18 décembre 1958, 1639 – 1648.

Acupuncture – a question of tradition, dans Fitness and Health from Herbs, April 1963, 15 – 16.

Le point de vue de la Chine traditionnelle dans les affections bucco-dentaires, dans L’Information dentaire – , 7 mai 1964, 1729 – 1734.

Devenu Dentiste Conseil à la Sécurité sociale de Vannes dans le Morbihan en 1959, il poursuit ses travaux et ses traductions de traités médicaux chinois, qui aboutissent à la publication de ses premiers livresVoir Œuvres: Livres.

En 1961, Jacques André Lavier obtient le grade de médecin de l'Hôpital d'Acupuncture de TaipeiDiplôme du 30 mai 1961. Il quitte son poste de Dentiste Conseil et se consacre entièrement à la recherche et à l’enseignement de la médecine chinoise traditionnelle qu’il diffuse largement en France et en Europe. En 1963, il donne à Londres un séminaire qui aura des répercussions sur l’acupuncture britanniquePeter ECKMAN : In the Footsteps of the Yellow Emperor, San Francisco 2007, 105 (fig. 106), 144-152. Ses travaux deviennent accessibles au monde anglo-saxon grâce aux traductions anglaises du Docteur Philip ChancelorChinese Acupuncture by WU Wei-P’ing translated from J. LAVIER’s French edition by Philip M. CHANCELOR, Health Science Press, Rustington, Englang 1962.

Points of Chinese Acupuncture, English edition translated, indexed and adapted by Philip M. CHANCELOR, Health Science Press, Rustington, England 1965

Compte-rendu par Sydney ROSE-NEIL, in Fitness, March 1964, 37-38. En 1964, il est Docteur en acupunctureDiplôme du 8 janvier 1964 délivré par la République de Chine avant d'être nommé la même année Professeur à l'Hôpital d'Acupuncture de TaipeiDiplôme du 15 janvier 1964. Des reproductions de ces diplômes sont exposées à Kunming dans le Musée de la Médecine Chinoise en Occident à l’Université de Médecine Chinoise Traditionnelle du Yunnan.. À partir de 1965, il forme en Belgique un groupe de médecins acupuncteurs. En France, il fonde en 1965 le « Collège International de Médecine Chinoise » qui regroupe l’ensemble de ses élèves médecins.

L’appréhension de l’esprit traditionnel en médecine chinoise occupe le centre des recherches et de l’enseignement de Jacques-André Lavier dès le début des années 1960. Son principal atout est sa maîtrise du langage médical chinois, qui lui permet de puiser ses connaissances sans intermédiaire dans les sources écrites et les grands textes médicaux classiques. En dépit d’une forte réticence en raison de son statut de chirurgien-dentiste, il s’impose comme sinologue dans le domaine de la médecine chinoise traditionnelle« … grâce à la compétence avérée de l’auteur en matière de sinologie et de médecine chinoise… » : compte-rendu de : Les bases traditionnelles de l’acupuncture chinoise, dans Revue Belge de Thérapeutique physique n° 4, 1964.

« Tous les chapitres portent la marque des connaissances exceptionnelles de l’auteur en sinologie » : compte rendu du même livre dans Bulletin Critique du Livre Français n° 228, déc. 1964, n° 62191.

« Jacques Lavier, qui a une connaissance intime de la langue chinoise, a consacré sa vie à son étude. Il est tenu par les maîtres chinois pour l’un de leurs pairs, ses travaux et ses publications font autorité… » : H. DIJON, compte-rendu de: Histoire, doctrine et pratique de l’acupuncture chinoise, dans Ouest Médical n° 19, 1966, 1027.

À la suite de l’obtention de son Doctorat d’État en Chirurgie Dentaire en 1973Apport de la médecine chinoise traditionnelle à la compréhension des parodontoses et de certaines affections de l’articulation temporo-maxillaire, UER d’Odontologie, Université de Montpellier I, mai 1973, Jacques-André Lavier publie des ouvrages fondamentaux représentant l’aboutissement de ses années de travail sur la tradition et les caractères chinois des textes médicaux : Médecine chinoise médecine totale (1973), et Bioénergétique chinoise (1976).

En 1977 sont créées les deux institutions de recherche et d’enseignement qui encadreront ses activités jusqu’à la fin de sa vie : la Société Médicale d’Acupuncture Chinoise (SMAC), réunissant des médecins, et le Groupe d’Études et de Recherches en Odonto-Stomatologie (GEROS), rassemblant des chirurgiens-dentistes. C’est au sein de ces deux structures que Jacques-André Lavier poursuit ses travaux et transmet le fruit de ses recherches spécialisées sur les idéogrammes chinois médicaux et sur l’astronomie, son autre passion. Il restitue la science du ciel des anciens Chinois dans L’uranologie, éditée en 1985.

Il reçoit en 1979 la distinction de Chevalier dans l’Ordre des Palmes AcadémiquesDécret du 5 février 1979 en reconnaissance de "ses qualités de pédagogue et de chercheur tenace fidèle à une probité intellectuelle" Paul A. LEPRON, Acupuncture & Moxibustion 2005, 4 (2), 86. Les dernières années de sa vie sont consacrées à l’étude approfondie des caractères chinois et aux traductions des textes médicaux classiques, en particulier à celle du Nei Jing Su WenVoir Œuvres : Traductions., remaniée en fonction de l’évolution des nouvelles connaissances acquises.

Il s’éteint en 1987 à l’âge de 65 ans au terme d’une vie de transmission et de recherches, aujourd’hui poursuivies par ses anciens élèvesVoir Œuvres : Élèves de J.-A. LAVIER. appartenant à la SMAC et au GEROS, toujours existants, ainsi qu’à d’autres groupes médicaux.

En , un Forum International lui a été consacré à Kunming par l'Université de Médecine Chinoise Traditionnelle du YunnanFlorence PHAN-CHOFFRUT, Acupuncture & Moxibustion 2014, 13 (3), 230-231. À cette occasion, une galerie exposant ses archives et ses objets personnels lui a été consacrée en Chine à Kunming en 2014, dans le Musée de la Médecine Chinoise en Occident dépendant de l’Université de Médecine Chinoise Traditionnelle du Yunnan http://www.ynutcm.edu.cn/zjyz/yzxw/18559.shtml

http://www.yn.chinanews.com.cn/pub/html/special/ynzj/?pc_hash=4gTmQ7. Il y côtoie George Soulié de Morant, précurseur et promoteur de l'acupuncture en France.

Œuvres

Articles

Articles sur l’acupuncture en odonto-stomatologie

Extensions des possibilités thérapeutiques du courant galvanique en Odonto-Stomatologie, in Le dentiste de France - , , 129-134 Les échecs de l’ionophorèse et leurs remèdes, in L’information dentaire année – , , 1418-1424 La détection électrique des points d’acupuncture, in Tchong Yi Cheu Tchi (Médecine chinoise actuelle), Taiwan Quelques observations relatives à l’Acupuncture en Odoton-Stomatologie, in L’information dentaire – , , 257-259 A propos d’acupuncture, in L’information dentaire – , , 544-549 Le mécanisme de l’ionophorèse, in L’information dentaire – , , 911-915 Ce que peut apporter la médecine chinoise traditionnelle en parodontologie. Les douze pouls classiques, in L’information dentaire – , , 1639-1648 La pratique de l’acupuncture chinoise en Odonto-Stomatologie. I – Les indications de l’acupuncture, in Cahiers Odonto-stomatologiques, cahier /4, vol. 8, 1958, 67-74 La pratique de l’acupuncture chinoise en Odonto-Stomatologie. II – La technique de l’acupuncture, in Cahiers Odonto-stomatologiques, cahier , vol. 9, 1959, 15-37 La pratique de l’acupuncture chinoise en Odoto-Stomatologie. III – Formulaire pratique, in Cahiers Odonto-stomatologiques, 1959, 1-14 Mémoire sur la stérilisation galvanique des canaux radiculaires infestés, in Revue française d’Odonto-Stomatologie, tome VI , , 223-242 L’acupuncture chinoise dans le traitement de la douleur en Odonto-Stomatologie in Revue française d’Odonto-Stomatologie, tome VI , , 621-626, conférence présentée aux « 32èmes Journées Dentaires Internationales de Paris », Electrophysiologie des points d’acupuncture, in Bulletin de la Société d’Acupuncture , 1959, 11-23 Avec le R. BRUNET: Méridiens chinois et électro-narcose, in Bulletin de la Société d’Acupuncture , 1959, 25-29 Les courants algotoniques dans le traitement des affections de la muqueuse buccale, in L’information dentaire – , , 27-29 Elektro-Physiologie der Akupunkturpunkte, in Deutsche Zeitschrift für Akupunktur, Ulm, Band IX, Heft 3, mai-, 49-59 Le point de vue de la Chine traditionnelle dans les affections bucco-dentaires, in L’information dentaire – , , 1729-1734

Articles sur l'acupuncture et la médecine chinoise

Acupuncture – a question of tradition in Fitness and Health from Herbs, April 1963, 15-16 Où en est l’acupuncture ?, in L’information dentaire – , , 1682-1684 Le point de vue du médecin chinois, in L’Acupuncture, revue trimestrielle de l’organisation pour l’étude et le développement de l’acupuncture , avril-mai-, 8-13 L’Acupuncture, la plus moderne des médecines. Le point de vue du médecin chinois, in Votre santé , , 20-23 Acupuncture–a « topical » remedy, in Organorama 4, Netherlands, 1969, 16-21 Acupuncture, in Encyclopedia Universalis. Organum, 1968, 187-190 Médicaux (systèmes): Médecine chinoise, in Encyclopedia Universalis, vol. 10, 1968, 709-712

Traductions

WU Wei-P’ing: Formulaire d’acupuncture. La science des aiguilles et des cautérisations chinoises, Maloine, Paris 1959

Livres