Paul Masson dit Lemice-Terrieux, né le à Strasbourg, dans le département du Bas-Rhin, et mort le dans la même ville, est un avocat, magistrat, écrivain et mystificateur français.

Après avoir occupé différents postes dans la magistrature, notamment dans les colonies françaises, il travaille dans la presse où il côtoie Henri Mazel, Georges Fourest, Willy et Colette dont il est un grand ami.

Il se lance dans une carrière de mystificateur après avoir pris la mesure de la puissance de la presse et de l'opinion publique. Il en profite pour mystifier les personnalités du monde politique, de la bourgeoisie parisienne et de la presse de la fin du . Ses victimes furent entre autres Jules Grévy, Pierre Loti, Émile Zola, Paul Thureau-Dangin, Georges Boulanger, Philippe d'Orléans et Otto von Bismarck.

Biographie Origines familiale Paul Masson naît le à Strasbourg au 6 place des grandes boucheries. Il est le fils d'Auguste Masson (1814-1896), négociant et de Caroline Hagenbourger (1822-1902). . . Il a deux frères, Charles-Auguste (1846-1901) et Lucien (1852-1911). Il opte pour la nationalité française le .

Formation et études Il est formé au collège jésuite de l'Abbaye Saint-Clément de Metz. , étudiant en droit à Nancy en 1872, il obtient un certificat de la faculté de droit de Paris, premier examen de doctorat passé avec succès. . .

Magistrature thumb|right|Raj Niwas, ancien palais des gouverneurs français de Pondichéry. Il s'établit comme avocat à Vesoul. En 1875, au palais de justice de Besançon, il plaide la cause d'un cordonnier alsacien accusé de vol qualifié et avec conviction, il obtient l’acquittement. Le président des assises, Henri Alviset, membre du parti Bonapartiste en éprouve un tel dépit, qu'il succombe le lendemain matin, d'une attaque d'apoplexieLe Progrès de la Côte-d’Or 31 mai 1875 (retronews.fr). La même année, il est attaché au parquet du procureur général d'Alger puis nommé le , juge suppléant au tribunal de première instance de Bône Journal officiel de la République française du 28 mars 1877 (retronews.fr) Journal officiel de la République française du 31 décembre 1877 (retronews.fr). Il devient juge d'instruction à Tlemcen le Le Droit 21 février 1880 (retronews.fr). Il se distingue à la cour d'assise d'Oran, lors d’un procès de concussion dans lequel se trouvent mêlés l'ancien sous-préfet de Tlemcen, George Gobron et quatre employés de la sous-préfectureLa Justice 21 mai 1880 (retronews.fr)Le Temps du 20 mais 1880 (gallica.bnf.fr).

Il est procureur de la république à Saint-Louis du Sénégal en en remplacement de Louis Saint-Germain-Partarrieu puis est remplacé par Maurice Caperon en avrilLa France 18 avril 1880 (retronews.fr) pour être muté à Chandernagor en Inde comme président du tribunal où il a aussi des fonctions de juge. Il embarque le de Marseille à bord du paquebot Sindh des Messageries maritimes pour rejoindre PondichéryLa Jeune République 18 avril 1880 (retronews.fr). Pour se venger de cette affectation qu’il n’a pas choisie, il applique de manière expéditive la peine maximale à tous les infortunés justiciables qui comparaissent devant lui. Cette même année, il organise un canular, en effet le Figaro du publie la lettre d’un correspondant, Joseph de Rozario, propriétaire, qui fait le récit de l’expulsion des Jésuites de Chandernagor. Le gouvernement de Jules Grévy, par ailleurs à l’origine des décrets du , ordonnant la dissolution des congrégations, ne put que s’émouvoir des traitements humiliants décrits par le correspondant, jusqu’à ce qu’on s’avise qu’il n’y avait plus un seul jésuite dans l’Inde française depuis le . Pour retrouver l'auteur de la lettre, une enquête est diligentée, et naturellement confiée à Paul Masson, lui-même l'auteur de la supercherie. Il va jusqu'à enquêter de longs mois sur ses propres turpitudes et après de multiples voyages en Inde, il remet en décembre, un rapport affirmant que tout cela est une supercherie.

Le , il est muté à Pondichéry et remplace Victor SourdLa Loi 30 décembre 1880 (retronews.fr) comme procureur de la république sous le mandat de Théodore Drouhet où il continue ses frasques comme d'entrer dans son bureau du palais de Pondichéry dans une charrette indoue tirée par des buffles. Il utilise les condamnés à l’arrosage des jardins du tribunal de Pondichéry et occupe son temps libre à faire l’appel des noms et prénoms interminables des élèves indigènes. En , lui est accordé un congé de trois mois. pour participer à un colloque et en profite pour visiter successivement Ceylan, l’Égypte, la Sicile. Il ne doit qu’à l’intervention d’un ami député de n’être pas purement et simplement remercié à son arrivée tardive. Il est remplacé le et quitte la colonie mais est démis de ses fonctions de procureur le Le Petit Caporal 16 juin 1882 (retronews.fr) et est remplacé par Paul MondotGazette nationale ou le Moniteur universel 15 juin 1882 (retronews.fr). Pendant ces deux ans en Inde, il se livre aussi entre deux audiences hebdomadaires, à des expériences sur le croisement des singes et de l’espèce humaine et est initié aux mystères d'une secte à Lahore dont il gardera le pseudonyme Le Yoghi.

Il est procureur de la république du tribunal de première instance de Guelma le puis est muté le à Tunis où il est substitut du procureur de la républiqueLa Loi 30 mars 1883 (retronews.fr) et où il a l’occasion de rencontrer le général Boulanger, commandant de la division d’occupation. Le bey de Tunis, Ali III Bey, lui remet la cravate de commandeur du Nicham Iftikar.

Il démissionne le . Après cette date, il s'installe à Meudon dans le quartier de Bellevue, où il achète une villa en haut de l'avenue Mélanie dont il parsème le jardin de plantes vénéneuses et carnivores et installe dans la villa, ses bibelots hindous et des tapis d'Orient. Il a pour voisin Jules-Arsène Garnier. La villa est occupée par Henri Maréchal puis vendu en à Henri d'Adler, chancelier du consulat général de Russie à Paris. Il loue aussi à Paris un pied-à-terre boulevard Saint-Michel.

Début dans la presse thumb|left|L'Ermitage, revue mensuelle de littérature. Entre et , il collabore à L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, sous la forme de petites énigmes posées à la sagacité des lecteurs. Il inaugure en 1890 pour la revue Art et Critique avec l'aide de Willy, une rubrique À travers la presse qu'il poursuit dans L'Ermitage où il se trouve très lié à son fondateur, Henri Mazel. Il travaille à La Plume où il devient l'ami du jeune Georges Fourest, qui, plus tard, lui dédiera La Négresse blonde en 1909. Il participe aux soirées que la revue La Plume organise au Caveau du Soleil d'or, place Saint-Michel, avec son ami Willy. Dans toutes ces revues, il signe Trissotin ou Le YoghiNotamment dans La Plume du 15 janvier 1896 où il produit une série de pastiches.. Il devient l'ami de Colette en 1888.

Bibliothèque nationale de France thumb|left|Bibliothèque nationale de France, Cour d'honneur, Paris. À partir du , il travaille comme chargé du catalogue au sein de la Bibliothèque nationale de France. Deux lettres de recommandation envoyées à Léopold Delisle sont venues appuyer sa candidature à la Bibliothèque nationale de France, l’une d’Ary Renan, qui présente Paul Masson comme un esprit érudit et un curieux, au vieux sens du mot et l’autre de Lucien Faucou qui recommande Paul Masson comme l’un de ses meilleurs collaborateurs de l’Intermédiaire des chercheurs et curieux. Il publie en 1890, Nouvelle à la main, recueil de manuscrit qu'il fournit à la presse entre 1889 et 1890..

Il compte parmi ses amis, les peintres Jules Garnier, Jean-Louis Forain et Curnonsky. Il fait la connaissance de Remy de Gourmont à la Bibliothèque nationale de France, qu'il aide pour le cardinalat.

Commence l'écriture de son premier ouvrage, la Fantaisie mnémonique sur le salon de 1890 qui sortira en 1891 et doivent suivre en préparation Essai sur les bibliothèques des Mérovingiens, Recherches sur les peintres aveugles, Dictionnaire fantaisiste, Dictionnaire des combles, Dictionnaire des diminutifs, Dictionnaire des idées reçues et des locutions toutes faites, Dictionnaire des périphrases, Dictionnaire des fromages, Les Comiques involontaires, Sarceyana, Tacitiana, Nouvelliana, Vie des principaux peintres aveugles, Traité de l'immortalité de l'âme des violons, Dictionnaire des poètes mort de faim et Pensées d’un Yoghi. Les Pensées d’un Yoghi sortiront anonymement en 1896 et les autres feront l'objet de titre de notices de faux ouvrages à la Bibliothèque nationale de France.

Lemice-Terrieux vignette|Le suicide du général Boulanger à la une du supplément illustré du Petit Journal, 10 octobre 1891. En , se déroule l'élection que l'on a appelle la Bataille Académique car treize candidats, et pas des moindres, s'affrontaient, dont Pierre Loti, Émile Zola, Henry Houssaye, Henry Becque, Paul Thureau-Dangin. Paul Thureau-Dangin arrive en tête avec huit voix, mais il n'obtient pas la majorité. Après sept tours de scrutin, l'élection est reportée. C'est à ce moment-là qu'intervient Paul Masson. Connaissant parfaitement les délais de bouclage de chaque publication et leur impossibilité à vérifier l'information en temps, il expédie une lettre de désistement de chacun des treize candidats à treize journaux. L'affaire a un large retentissement.

S'ensuit alors une série de canulars et d'usurpations. Il use de lettres envoyées à toutes les rédactions, usurpant les noms et signatures de personnalités connues, qui souvent sont publiées sous la forme de communiqués, engendrant une série de malentendus, de rectificatifs, d'un bel effet comique. Quand il n'usurpe pas le noms de personnalités, il utilise le pseudonyme de Lemice-Terrieux. Il est qualifié de farceur ou de fumiste mais n'ayant pas fait partie des Hydropathes par les médias de son temps. Sont ainsi victimes, entre autres Numa Gilly, Ivan de Woestyne, Ernest Meissonnier et surtout une bonne partie de la presse parisienne.

En , il participe au Salon des Gens de Lettres avec un dessin dans l'inspiration de Jean-Louis Forain, intitulé Tête sous un voileLe Figaro 11 avril 1891 (cairn.info). Il expose en personne au Salon Poil et Plume qui réunit les œuvres des littérateurs-peintres. La sienne, un pastel intitulé Mon Idéïal Poil et plume : salon des littérateurs-peintres et statuaires... (gallica.bnf.fr). L’œuvre représente un chose portrait de femme voilée. Paul Masson fréquente avec ses amis de l'Ermitage, le Café François- du boulevard Saint-Michel où Paul Verlaine rencontra Oscar Wilde. Portrait du poète Paul Marie Verlaine au "Café François ", 69 boulevard Saint-Michel, arrondissement, Paris. (parismuseescollections.paris.fr).

Le , Georges Montorgueil avec lequel il a une longue correspondance et qui apprécie ses facéties reçoit une lettre d'un Lemice-Terrieux qui dit que Lemice-Terrieux n'est pas Paul Masson. Georges Montorgueil se renseigne alors auprès de Paul Masson qui lui répond en qu'il est agacé par cet homonymeEntre miens, d'Alphonse Allais à Boris Vian De François Caradec (books.google.fr).