Jean-Samuel Pozzi est un médecin, chirurgien et anthropologue français né à Bergerac (Dordogne) le Acte de naissance (vue 53/77), registre des naissances de l'année 1846 pour la ville de Bergerac sur le site des Archives départementales de la Dordogne. et mort à Paris le . Membre de l'Académie de médecine et professeur à la Faculté, il est l'un des pionniers de la gynécologie moderne, acteur de l'émergence des spécialités chirurgicales à partir d'une chirurgie générale.
Son nom reste attaché à un instrument gynécologique : la pince de Pozzi.
Par son ascension sociale, sa vie mondaine et privée turbulente, son goût pour les arts et les femmes, et sa fin tragique, il fait figure d'un héros de roman, au destin hors du commun.
Biographie Origine et formation Samuel Pozzi est issu d'une famille d'origine suisse-italienne. Son père est Benjamin Pozzy, pasteur protestant à Bergerac, professeur et écrivain journaliste qui participe en 1849 à la fondation de l'Union des Églises évangéliques libres de France. Sa mère est Marthe Escot de Meslon.
Samuel Pozzi entre au lycée de Pau en 1858, puis il est au lycée de Bordeaux en 1860 où son père venait d'être nommé. Il est bachelier en 1864.
Il commence ses études de médecine à Paris. Externe des hôpitaux de Paris en 1866, interne en 1868, c'est un étudiant brillant, l'un des élèves préférés de Paul Broca (1824-1880). En 1871, il est préparateur d'anatomie alors qu'il n'était encore qu'étudiant.
Engagé volontaire lors de la guerre de 1870, il découvre sa vocation chirurgicale dans la traumatologie de guerre. Il obtient son doctorat en 1873 avec une thèse sur les fistules de l'espace pelvi-rectal supérieur (où il change son nom de Pozzy en Pozzi) puis l'agrégation de chirurgie en 1875 à l'âge de 29 ans avec une thèse sur le traitement des tumeurs fibreuses de l'utérus.
Carrière hospitalo-universitaire En 1875, il est conservateur-adjoint du musée Orfila et remplaçant occasionnel de Paul Broca durant ses vacances.
En 1877, il est chirurgien des hôpitaux, nommé à l'hôpital de Lourcine-Pascal (rebaptisé plus tard, à son initiative, hôpital Broca) en 1883. Il est aussi chirurgien en chef des asiles d'aliénés de la Seine de 1878 à 1898.
De 1880 à 1900, il est chargé de cours de pathologie externe, de clinique, et de gynécologie à la faculté et divers hôpitaux.
En 1901, il est nommé professeur titulaire d'une nouvelle chaire, celle de clinique gynécologique. Il est remplacé à sa mort par Jean-Louis Faure (1868-1944).
Famille À l'âge de 10 ans, il perd sa mère qui meurt de tuberculose, puis sa sœur qui meurt de typhoïde.
Cette circonstance de jeunesse a puissamment aidé sa carrière, car son père épousa une anglaise, de sorte que Samuel Pozzi était parfaitement bilingue très tôt et à une époque où c'était très rare. Cela lui donnera un accès direct à l'énorme potentiel anglo-saxonAndré Fabre dans « Samuel Pozzi, un médecin sur le chemin des dames », ..
Son demi-frère est Adrien Pozzi (1860-1939), médecin et homme politique, et il a pour cousin Joseph Alexandre Laboulbène (1825-1898).
En 1879, Samuel Pozzi épouse Thérèse Loth-Cazalis (1856-1932), une jeune fille bien dotée, apparentée au peintre Frédéric Bazille (1841-1870) et au médecin Henri Cazalis (1840-1909). De ce mariage naissent trois enfants : la poétesse Catherine Pozzi (1882-1934), Jean Pozzi (1884-1934) diplomate et collectionneur d'art, et Jacques Pozzi (1896-1953) « le frère fou » placé en institution.
Une fin tragique Il fut assassiné le , par un de ses patients frappé de démence qui lui cribla l'abdomen de plusieurs balles de pistolet, avant de se suicider. Ce patient, opéré d’une varicocèle, était mécontent de l’opération qui l'aurait rendu impuissant et Pozzi refusait de le réopérer. Malgré les efforts du docteur Thierry de Martel (un de ses élèves en chirurgie) pour le sauver, Pozzi mourut le même jour.
Ses obsèques eurent lieu le à l'église réformée de la Grande-Armée, à Paris. Selon son souhait, il fut inhumé dans son uniforme militaire dans sa ville natale de Bergerac« Bergerac (24) : cimetière protestant dit du Pont Saint-Jean », landrucimetieres.fr..
Il vécut dans un hôtel particulier au 47, avenue d'Iéna (aujourd'hui 49-51), vendu en 1897 aux frères Rodolphe et Maurice Kann, puis dans un appartement situé 10, place Vendôme jusqu'à sa mort.
Travaux
thumb|Cas d'hermaphrodisme étudié par Samuel Pozzi et Robert Proust à l'hôpital Broca (Sorbonne Université).
En 1870, il est membre de la Société d'Anthropologie (son président en 1888), et à la demande de Paul Broca, il co-traduit un livre de Charles Darwin (1809-1882) The expression of emotions in man and animals (L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux).
Voyages et promotions Excellent chirurgien, il s'initia dès 1876 auprès de Joseph Lister (à Édimbourg) aux pansements antiseptiques, aboutissement des théories de Pasteur. Il fut l'un de ceux qui introduisirent et répandirent le « listerisme » en France, en contribuant au déclin des infections opératoires.
Il aborda l'un des premiers la chirurgie de l'abdomen en pratiquant en 1889 la première gastro-entérostomie réalisée en France, mais aussi la suture de la vessie après taille sus-pubienne, la cholédocotomie (incision du cholédoque pour extraire un calcul), la suture du tissu hépatique après extraction d'un kyste hydatique, etc.
Au fil des années, il se consacra de plus en plus à la gynécologie dont il fut l'un des pionniers en France et entreprit de nombreux voyages d'étude en Angleterre, en Allemagne et en Autriche. En 1888, il quitte Paris pour se retirer à Montpellier chez des parents où il rédige en deux ans son fameux Traité de gynécologie clinique et opératoire publié en 1890J.-S. Dauriac, « Biographies médicales : Samuel Pozzi », Le Progrès médical : journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, , tome 3, 1896, , richement illustré, et suivi de plusieurs éditions et traductions en 6 langues. L'ouvrage, devenu un classique de référence sur un demi-siècle, lui vaut une réputation internationale.
Invité aux États-Unis, il s'y rend deux fois en 1893 et en 1904. Il rencontre William Halsted (1852-1922) dont il relaie en France la promotion du gant chirurgical en cours d'opération. Il visite la célèbre Mayo Clinic et rencontre aussi Alexis Carrel (1873-1944) à l'Institut Rockefeller dont il fait connaître les travaux sur la transplantation d'organes et la culture des tissus.
Gynécologie Dans son Traité de gynécologie, Pozzi décrit la conduite de l'examen gynécologique obtenu après consentement de la patiente. Il pratique le palper bi-manuel (toucher vaginal ou rectal à un ou deux doigts associé à une pression de la main opposée sur l'abdomen) et l'examen au spéculum.
vignette|Une laparotomie à l'hôpital Broca en 1901. Samuel Pozzi est au premier plan, debout en présentant son profil gauche. L'opéré(e) est en position de Trendelenburg, pour un meilleur accès à la cavité pelvienne.
En chirurgie gynécologique, il souligne l'importance des nouvelles méthodes d'anesthésie et d'antisepsie. Il est surtout partisan de la gynécologie conservatrice, refusant l'ablation systématique de l'utérus et des ovaires. Par exemple il recommande une myomectomie pour enlever un fibrome au lieu d'une hystérectomie, et il évite l'ovariectomie totale. Il est l'un des premiers à s'intéresser à la chirurgie des malformations et ambiguïtés génitales.
En deux chapitres, il donne une description du cancer du col utérin. Selon lui, ce cancer est insidieux débutant vers l'âge de 40 ans, se manifestant au tout début par un saignement post-coïtal. Il établit que le toucher peut révéler une induration du col et que la maladie progresse par extension jusqu'à l'insuffisance rénale, la péritonite et la septicémie. Il reconnait des facteurs locaux prédisposants comme les inflammations du col et les grossesses répétées, et distingue plusieurs types anatomo-pathologiques. Il propose deux types de traitements : un traitement palliatif pour les cancers avancés, et un traitement radical pour les cancers localisés selon sa formule . Il préfère alors une hystérectomie totale à l'amputation du col.
Dans les débats de son temps sur le traitement des cancers, il se montre résolument favorable à une nouvelle technique discutée de 1906 à 1911, puis abandonnée et oubliée : l'électrothérapie opératoire qui consiste, après extirpation de la tumeur, à « foudroyer » la plaie par une étincelle électrique de haute fréquence.
Par comparaison, la radiothérapie anticancéreuse qui apparait à la même époque, surtout en Autriche, est alors ignorée par les chirurgiens français, et par Pozzi en particulier qui ne pratique que la cure chirurgicale, parfois suivie de fulguration. Cette situation serait due, non pas à une différence de génération, mais en partie à la prépondérance sociale parisienne des professeurs cliniciens sur les médecins radiologues (discipline encore annexe et subordonnée).
En 1897, il fonde la Revue de gynécologie et de chirurgie abdominale. L'ensemble de ses travaux influence la pratique des gynécologues jusqu'aux années 1930.
De l'hôpital Broca à la Grande Guerre thumb|200px|Samuel Pozzi en 1918. Pozzi aménage son service de l'hôpital Broca de la manière la plus moderne, allant jusqu'à en décorer les murs de toiles d'artistes connus, dont Georges Clairin (1843-1919). Fasciné par la beauté, il considère que la couleur a valeur thérapeutique, le moral intervenant dans la guérison. Il aurait anticipé l'humanisation des hôpitaux.
Dans ce service, il fonde une école réputée de gynécologie, en ayant deux élèves qui ont laissé un nom : le neurochirurgien Thierry de Martel (1875-1940) et le chirurgien Robert Proust (1873-1935), fils d'Adrien et frère de Marcel, jusqu'à ce qu'il devienne le premier titulaire d'une nouvelle chaire de clinique gynécologique créée en 1901 à la Faculté de médecine.
Durant la Première Guerre mondiale, Pozzi reprend du service malgré son âge, en étant nommé médecin principal de première classe du service de santé du gouvernement militaire de Paris. Il dirige plusieurs salles de blessés à l'hôpital Broca, à l'hôpital du Panthéon et à celui de l'hôtel Astoria.
Il est l'un des premiers à soutenir et présenter les procédés de désinfection des plaies imaginés par Lister et Alexis Carrel : l'acide carbolique de Lister étant remplacé par la solution de Dakin (méthode Carrel) dans le lavage des plaies de guerreAndré Fabre, « Samuel Pozzi, chirurgien flamboyant », août 2012.. Il défend le principe de l'intervention précoce chez les blessés de l'abdomenLarcan 2008, op. cit., p. 360..
Durant sa carrière, Pozzi publie plus de 400 articles en inventant plusieurs instruments qui portent son nom (forceps, pinces, seringues…). Le plus connu étant la pince de Pozzi, toujours utilisée au pour saisir le col de l'utérus.
Vie publique et privée vignette|upright=0.8|Le Docteur Pozzi chez lui, par John Singer Sargent, 1881, Musée Hammer (Los Angeles). L'homme Samuel Pozzi se distingue par sa haute prestance, de grande taille dépassant 1 m 80, avec un corps rendu athlétique par la pratique assidue de son sport favori, l'escrime. Réputé parfait gentleman et d'une grande courtoisie, il reçoit chez lui écrivains et artistes.
Les avis divergent quant à sa compétence médicale. Robert Proust, frère de Marcel, qui fut son assistant à l'hôpital Broca en 1914, le tenait en haute estime, mais Léon Daudet, lui-même ancien carabin, disait : .
Pozzi était en effet extrêmement coquet : il s'est fait peindre en 1881 par John Singer Sargent enveloppé dans une somptueuse robe de chambre écarlate. (ill. ci-dessus).
Son ami Léon Bonnat réalisa de lui en 1910 un portrait très différent qui met l'accent sur son regard et sa force intérieure. Il demanda en 1916 à Jean-Gabriel Domergue de le représenter en uniforme militaire des services de santé avec la plaque de grand officier de la Légion d'honneur.
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