Le baroque mosan, également appelé baroque de la principauté de Liège, baroque liégeois ou encore baroque de Liège-Aix-la-Chapelle, est une variante régionale du style baroque qui prospéra, en particulier dans le , dans la principauté de Liège et dans la région des villes d’Aix-la-Chapelle et de MaastrichtLa ville libre impériale de Aix-la-Chapelle, même si elle ne faisait pas partie de la principauté de Liège, appartenait (jusqu'en 1802) au diocèse ecclésiastique de Liège. Il en était de même pour les riches comtés Wittem, le prince-abbé Thorn et quelques autres. Maastricht, sous le régime politique de la double seigneurie, était au sous la tutelle conjointe de l'évêque de Liège et les États généraux des Provinces-Unies. D'autres régions faisaient partie des Pays-Bas autrichiens ou des Provinces-Unies, mais sont inclus dans cet article.. Les principaux foyers de ce style étaient les villes de Liège, Aix-la-Chapelle et Maastricht avec des sous-centres Spa, Verviers, Eupen, Montjoie, Vaals, Hasselt et Saint-Trond. Le baroque mosan, comme le baroque des Pays-Bas méridionaux, occupe une position intermédiaire entre le classicisme hollandais strict, d’une part et le rococo et le baroque français et allemand, beaucoup plus élaborés. Ce mouvement artistique s'est développé principalement dans l'architecture locale et les arts appliqués au cours de la seconde moitié du .

Général vignette|Intérieur de fonderie (Léonard Defrance, 1789) Contexte économique et démographique Le , le siècle d'or des Provinces-Unies, ne fut pas très favorable aux Pays-Bas méridionaux. Durant cette période, la principauté de Liège souffrit de grandes guerres européennes livrées en partie sur son territoire dont résulta un marasme économique. Dans la première moitié du , il était donc plutôt question de stagnation économique, même si ces mêmes guerres permirent à l'industrie de l'armement liégeoise de prospérer.

À partir de 1750, l'économie régionale connut une forte croissance. La principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens furent, à cette époque, les régions les plus prospères d'Europe. Au , Liège était une ville dont l'industrie reposait essentiellement sur l'armement et le métal et ces activités se sont considérablement développées au . Tandis qu'Aix-la-Chapelle, Vaals, Verviers et le pays de Herve pouvait compter sur une industrie textile florissante. À la fin du , les fabricants de textiles verviétois étaient même considérées comme les personnes les plus riches des Pays-Bas méridionauxLe siècle des Lumières dans la principauté de Liège, catalogue d'exposition, Musée de l'Art wallon, Liège, 1980, p. 17. C'est également à partir de la seconde moitié de ce siècle que les zones rurales jouirent d'une certaine prospéritéPar exemple, la masse monétaire dans les territoires autrichiens passa de 22 florins à 39 florins par habitant : . Cependant, il n'y avait pas de travail pour tous, il y avait d'ailleurs un taux de chômage, de pauvreté et de crime assez important (voir par exemple les Bokkenrijders).

Durant cette période, la population n'augmente guère. Fin du , la principauté de Liège comptait environ âmes. Le nombre d'habitants de la région entière – comprenant Aix-la-Chapelle, Maastricht et plusieurs petites principautés – s'élevait à environ un demi-million, dont environ un tiers dans les villes. Dans la principauté, la ville de Liège, avec plus de , est de loin la plus peuplée, suivie de loin par Verviers, Saint-Trond, Herstal, Theux, Tongres, Hasselt, Huy, comprenant chacune entre 5 et , puis une douzaine de petites villes avec entre 2 et . Aix-la-Chapelle avait à la fin du autant d'habitants qu'au début du siècle, environ . Enfin, la population de Maastricht s'élevait à , chiffre comprenant la garnison.

Vie culturelle et intellectuelle vignette|gauche|François-Charles de Velbrück Dans la seconde moitié du , il y eut un important renouveau culturel dans la principauté, en particulier sous les règne libéraux des princes-évêques Jean-Théodore de Bavière (1744-1763) et François-Charles de Velbrück (1772-1784)L'historien Jean Lejeune appelle la période 1723-1789 l'« âge d'or de la bourgeoisie » : .. À Liège, ainsi que dans d'autres villes, de nombreuses loges maçonniques ont été fondées. Le prince-évêque Velbrück, qui supportait la maçonnerie, s'employa vigoureusement à propager les idées des Lumières sous son règne. C'est lui qui fonda en 1779 à Liège, la Société libre d'émulation, une société visant à promouvoir les Arts, les Lettres et les Sciences auprès du plus grand nombre dans la principauté de Liège. Il n'est pas impossible que l'empreinte de cette pensée des Lumières largement présente dans la capitale de la principauté ait pu contribuer en 1789, à peine un mois après la Révolution française, à la révolution liégeoise.

C'est par le biais de la ville de Liège que les idées des Lumières ont pu se propager progressivement bien que la majorité de la population soit analphabète et soit restée fidèle à l'enseignement catholique. La dissolution, en 1773, de l’ordre des jésuites par le pape, entraîne la fermeture d'une douzaine de monastères et de collèges jésuites dans le diocèse de Liège. Dans les territoires autrichiens les politiques éclairées de l'empereur Joseph II mènent également à la suppression des monastères et à la réduction du train de vie de l’Église, ce qui conduisit à de nombreuses protestations.

La vie culturelle à Maastricht se passe essentiellement au sein des sociétés d'émulation. L'élite intellectuelle bourgeoise, les religieux aristocratiques ainsi que les officiers ont été fortement influencés par le français, et même francisés. Les foyers de la pensée des Lumières étaient la Grande Société à Vrijthof (1760), les loges maçonniques La Constance et La persévérance et la branche locale de la Société d'Émulation (1784). Grâce à l'établissement des imprimeurs français et Philippe Roux, Maastricht joua même un rôle dans la diffusion des idées des philosophes des Lumières.

À Aix-la-Chapelle, Spa et Chaudfontaine se développe à partir du début du le tourisme thermal, étant entendu que seuls les riches pouvaient se permettre de tels séjours. Au sein de la station balnéaire à la mode de l'époque, Spa, surnommée le café de l'Europe, se mêlaient têtes couronnées et vieille aristocratie européenne, les riches marchands et artisans, les officiers, les chanoines, avec des femmes élégantes, des aventuriers (Casanova par exemple), des joueurs compulsifs et des hypocondriaques.

Peinture

Au , la peinture dans la principauté de Liège était en retard par rapport aux régions voisines (par exemple Anvers et la république hollandaise). Le peintre liégeois Gérard de Lairesse quitta sa ville natale au début de sa carrière pour Utrecht et Amsterdam. Le Maastrichtois (environ 1633-1693) fut principalement engagé par la cour de Brandebourg à Berlin ; Jan Frans van Douven, né à Ruremonde, travailla pour la cour de Düsseldorf. D'autres peintres tels que Gérard Douffet, Walthère Damery, Bertholet Flémal, Jean-Guillaume Carlier et Englebert Fisen restés à Liège formèrent l'école liégeoise de peinture. La plupart des commandes provenaient de la cour du prince-évêque, des familles nobles, des monastères ainsi que des chapitres de la région.

Au , Liège abrite quelques peintres baroques : Théodore-Edmond Plumier, Paul-Joseph Delcloche, Nicolas Henri Joseph de Fassin, Léonard Defrance et Pierre-Michel de Lovinfosse et la célèbre famille de peintres de Liège et Maastricht, la famille Coclers. Les membres les plus connus étaient Philippe Coclers (environ 1660-1721), son fils Jean-Baptiste Coclers et son petit-fils Louis-Bernard Coclers. Le peintre Johann Friedrich August Tischbein est né à Maastricht, mais travailla toute sa vie à l'étranger.

Sculpture

Le sculpteur liégeois le plus important de l'époque baroque est sans conteste, Jean Del Cour, surnommé « Le Bernin liégeois ». Delcour étudia à Rome et posséda sa propre carrière de pierre à Theux. Ses œuvres sont exposées dans de nombreux musées et églises liégeois mais également en dehors de Liège. On peut se faire une idée précise de son travail à l'intérieur de l'église Saint-Jacques de Liège où sont présentes quelques-unes de ses œuvres. Une de ses réalisations les plus connues est sa fontaine de la place du Marché à Liège sur laquelle se dresse le Perron. Le principal rival de Del Cour à Liège était Arnold de Hontoire ( 1630-1709), qui en 1694 conçut le tombeau du prince-évêque Jean-Louis d'Elderen (initialement situé dans la cathédrale Saint-Lambert de Liège, il se situe aujourd'hui dans l' à Genoelselderen). Contrairement à Del Cour, de Hontoire eut différents étudiants et disciples, tels que Robert Verburg ( 1654-1720) et Cornélis Vander Veken (1666-1740).

Joannes Bossier ( 1640-1700) travailla dans les environs de Maastricht . Il conçut, entre autres, le monument funéraire du comte van den Berg et de son épouse dans l'église des Dominicains, qui au début du est transféré au sein de la basilique Saint-Servais. Le tombeau en marbre de l'abbesse , à l'origine de l'abbaye de Herkenrode, situé dans la basilique Notre-Dame Virga-Jessé à Hasselt, est réalisé par Artus Quellinus le Jeune. Bien que né à Saint-Trond, il exerça en dehors de la principauté. Les liégeois Jean Varin et Gérard-Léonard Hérard furent principalement actifs à Paris et Versailles.

Les plus grands noms de la sculpture liégeoise du : le susmentionné Cornélis Vander Veken (1666-1740), Renier Panhay de Rendeux (1684-1744), Jacques Vivroux (1703-1777), Guillaume Évrard (1709-1793) et François-Joseph Dewandre (1758-1835). Vivroux réalisa un grand nombre de statues de Saints préservées de nombreuses églises liégeoises. Évrard conçut les monuments funéraires de trois princes-évêques dans la cathédrale Saint-Lambert : en 1744, le mausolée de Georges-Louis de Berghes (en grande partie détruite), en 1763 celui de Jean-Théodore de Bavière (détruit) et en 1772 celui de Charles-Nicolas d'Oultremont (déplacé à la chapelle du château de Warfusée). Après la mort de François-Charles de Velbrück en 1784, Dewandre a été commandité pour réaliser son monument funéraire dans la cathédrale Saint-Lambert déplacé, à la révolution liégeoise, dans le cloître de la cathédrale Saint-Paul.

Le sculpteur namurois Denis-Georges Bayar (1690-1774) reçut de nombreuses commandes d'abbayes et de collégiales de la principauté (notamment à Gembloux, Floreffe, Walcourt, Heylissem, Averbode, Saint-Trond, Hakendover et Maastricht).Laurent Delvaux, sculpteur né à Gand, vécut une grande partie de sa vie dans la ville de Nivelles, mais il travailla dans les environs des Pays-Bas méridionaux et au-delà. Le sculpteur flamand Gabriel de Grupello, célèbre en son temps, fut principalement présent à Bruxelles et Düsseldorf, mais s'installa à la fin de sa vie au à Kerkrade. Les architectes d'Aix-la-Chapelle Johann Joseph Couven et édifièrent quelques fontaines dans les espaces publics. Johann Joseph dessina en 1735 le bassin en pierre dur de la Karlsbrunnen (Fontaine de Charles).

Architecture