thumb|Palais épiscopal Strasbourg
Christophe Welsinger fut docteur en droit, juriste, conseiller épiscopal et finalement chancelier de la principauté épiscopale de Strasbourg pendant les épiscopats de Guillaume III de Hohnstein et plus particulièrement d'Érasme Schenk de Limbourg. En sa qualité de haut fonctionnaire représentant du prince-évêque, il entra en contact et travailla aussi bien avec les grands décideurs de la politique du Saint-Empire romain germanique par ses multiples participations à la diète impériale qu’avec les seigneurs plus locaux en relation de voisinage avec le landgraviat d’Alsace. La famille biculturelle des Welsinger servit de passerelle entre les états territoriaux français et allemands en occupant des offices, des postes d’émissaire ou de médiateur dans le royaume de France ou dans le Saint EmpireDans la lettre , de la correspondance politique du duc de Brunswick, on lit que le secrétaire et notaire royal , Jean-Jacques Welsinger, vient annoncer au nom du roi de France comme son médiateur et chargé de mission qu’une aide financière sera accordée au duc de Brunswick..
Le chancelier est l’un des trois offices majeurs de la curie épiscopale avec le vicaire général (action pastorale et gouvernement du diocèse) et l‘official (Pouvoir judiciaire). Sa fonction principale, à moins que le droit particulier n'en dispose autrement, est de veiller à ce que les actes de la curie soient rédigés et expédiés, et conservés aux archives de la curie.
Dans la plupart des principautés épiscopales du bassin rhénan du , comme Cologne, Strasbourg, Bâle ou chez le métropolitain à Mayence, un chancelier est un juriste d’origine bourgeoise. Les capitulations électives valables jusqu‘en1675 exigeaient qu’il fût prêtre, mais dans les faits, il était devenu laïc à partir de la seconde moitié du .C’était le cas de Christophe Welsinger. De même qu'à Mayence, vers 1522, au sein du conseil permanent correspondant aujourd'hui à un gouvernement, le rôle joué par le maître de la maison princière (Hofmeister chargé des finances et missions diplomatiques) échut progressivement au chancelier, de même aucun vicaire général n'est évoqué dans les actes des diètes impériales pour la représentation diplomatique du prince-évêque de Strasbourg en dehors du chancelier épiscopal Christophe Welsinger. Guillaume de Hohnstein faisait encore intervenir son vicaire général et official, Jacques de Gottesheim, mais les actes des Diètes d'Empire désigne le prédécesseur de Welsinger, Eitelhans Rechburger, également comme chancelier. Pour sa part, Érasme Schenk de Limbourg laissa son chancelier Welsinger et son official Wolfgang Tucher traiter les affaires courantes. Le chancelier avait de ce fait certes une position de force, mais il restait un exécutant. La résistance à l'introduction progressive de la Réforme dans la ville et les chapitres capitulaires strasbourgeois se faisait davantage par les chanoines et les nombreuses communautés religieuses de la ville. Dans ce cadre de confrontation idéologique et confessionnelle, le chancelier semble avoir clairement annoncé la couleur : à la séance du 23 septembre 1556 du conseil des princes de la diète, les membres présents pense qu'en tant que .
Origines familiales
Dans certaines sources, on lit la variante in , 14 avril 2015 ou encore sur pièce 37, et pièce 436, U 100) « Wölsinger » dont la forme « Welsinger » n’est finalement que la prononciation régionale alémaniqueDe nombreux dialectes alsaciens et allemands méridionaux prononcent le phonème /ö/ plus comme un /é/ comme dans « schéén » au lieu de « schön » pour dire « beau ». Quand les Welsinger ou Wölsinger sont nommés dans les documents officiels ou les correspondances épistolaires privées, ils gravitent majoritairement dans le couloir rhénan dans le Bade et l'Alsace, mais aussi la Souabe.
Dans les pièces et actes d’archive du du royaume de France ou du Saint-Empire romain germanique, on rencontre trois hommes dénommés Welsinger qui occupent des offices publics plus ou moins élevés: Christophe (Christoff, Christoph, Christofle) ; Philipp (Philippe) ; Jean-Jacques (Hans-Jakob).
Le fait que de nombreuses pièces attestant les activités de Christophe Welsinger sont conservées aux archives du land de Bade-Wurtemberg, division de Karlsruhe, ne surprend pas puisque le margrave Philibert de Bade-Bade lui donna en fief la maison Heimhofershaus à côté de l‘hôtel Baldtraith à Baden. De même, sa fille Maria Salomé qui épouse Christoph Aschmann, né dans la ville impériale libre de Biberach, magistrat adjoint (KreisassessorDéfinition dans e-Lexikon.ch) pour l’Autriche antérieure, gouvernement d’InnsbruckLe magistrat est le chef administratif d’un kreis ou circonscription dans l’empire., en poste à Spire à partir de 1586, est déclarée propriétaire de deux biens: la Haimenhauer Haus et un autre à la Friedshofshalde à Baden-Baden La correspondance du cardinal, Jean du Bellay, nous apprend que Christophe et Philippe sont des frèresLoris Petris, Remy Scheurer: Correspondance du Cardinal Jean du Bellay. Librairie Dioz, 1969, Société de l'Histoire de France, Paris, 2008, Bd.III, S. 364–370. Philippe est désigné comme baillis de Meimbach et statthalter de la commanderie hospitalière de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem de Colmar.
La parenté avec Jean-Jacques, nommé notaire et secrétaireJean-Jacques a exercé sa fonction environ pendant deux ans car un décret royal du 30 avril 1546 nomma Pierre Potier, seigneur de Saint-Hélix, comme successeur de Jean-Jacques Welsinger. du roi de France, François , le 12 mai 1543 n’est pas attestée dans les textes. L’ordonnance du 9 mars 1545 octroie à Jacques Brûlard une avance sur ses gages pour avoir pris la succession du poste laissé vacant par le décès de J.J. WelsingerOrdonnance . Bibliothèque Nationale de France, Paris, 9. März 1545, ms.fr.5127 fol.2.. Au moment du décès de celui-ci pendant une mission diplomatique à l’étranger, le Strasbourgeois Jean Sturm écrit une lettre le 25 avril 1546 à Jean du Bellay à laquelle il joint un courrier du prince-évêque, le supérieur et donneur d’ordre de Christophe Welsinger, pour demander aux autorités françaises d’éclaircir au plus vite le cas Jean-Jacques Welsinger. L’évêque, Sturm et le coursier savernois Antoine représente la partie alsacienne qui semble manifestement connaître ce Jean-Jacques Welsinger et ne voudrait pas être mise dans l’embarras à cause de cette affaire. La famille Welsinger devait être aisée car les offices étaient le plus souvent vénaux. Jean-Jacques a payé un demi-florin d’or pour être admis dans le collège des notaires et secrétaires royaux.
Dans une lettre du magistrat de la ville impériale libre de Strasbourg, on lit que la veuve et les enfants de feu Jean Welsinger lui demandent .
Christophe et Philippe avaient une sœur Marie († 27. Dezember 1579) qui épousa en 1521 Apollinaris Kyrser de Pforzheim, leur beau-frère dans les pièces d’archive. Formé à l’université de Tubingen, il enseigna à l’université de FribourgAedes privilegati. Universität Freiburg, 25. August 1543 – um 29. Dezember 1561. Comme Christophe Welsinger, il est au service d’un chapitre cathédral en sa qualité de doyen du chapitre de l’évêché de Bâle jusqu’au 27 décembre 1579. En outre, Kyrser devint chancelier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ce qui le relie à Philippe Welsinger.
Délégué et conseiller aux diètes d’empire États représentés par le chancelier strasbourgeois thumb|Diète d'Augsbourg, collège des princes d'empire, Welsinger y est présent
Les recès d’une diète impériale établissent la liste des états impériaux présents physiquement ou par leur(s) délégué(s) qui ont signé et scellé les décisions finales. À l‘étude de ces listes sur un demi-siècle, on se rend compte que les prélats se sont rarement déplacés en personne aux diètes d’empire et qu’ils ont envoyé leur délégué, accompagné ou non d’un secretaire ou conseiller.
Christophe Welsinger intervint souvent aux diètes impériales pendant son mandat de chancelier épiscopal comme député délégué , mais aussi à d'autres conseils du Collège des princes d'empire, à des commissions internes des diètes et des conseils régionaux ou à encore des réunions préparatoires aux séances plénières et officielles. Les souverains ecclésiastiques et laïcs suivants sont ceux qui reviennent le plus souvent dans les actes des diètes impériales : + États impériaux représentés par Christophe Welsinger État représenté : Principauté épiscopale Strasbourg Langraviat Alsace Comté de Bitche-Deux-Ponts Abbaye de Gengenbach Ordre de Saint-Jean de Jérusalem Abbaye impériale Murbach-Luders Évêché de Bâle Comté de Limpurg-Gaildorf Cercle de l'Empire : Cercle du Haut-Rhin 30px Cercle du Haut-Rhin 30px Cercle du Haut-Rhin 30px Cercle du Haut-Rhin 30pxCercle du Haut-Rhin 30px Cercle du Haut-Rhin 30px Cercle de Franconie 30px Prince ou comte représenté : Erasme de Limpurg Jacques de Bitche-Deux-Ponts Ernest V de Bitche-Ponts Frédéric III de KeppenbachMaître Grand Prieur d’HeitersheimJean Rodolphe Stör de StörenburgPhilippe de Gundelsheim Guillaume de Limpurg-Gaildorf Siègeant dans le collège des: Princes d’empireComtes et seigneursPrélatsPrinces d’empirePrinces d’empirePrinces d’empireComtes et seigneurs Représentations aux diètes de :Spire 1544 Worms 1545 Ratisbonne 1546 Augsbourg 1547/48 Augsbourg 1550/51 Augsbourg 1555 Spire 1560 Augsbourg 1566Augsbourg 1547/48 Augsbourg 1550/51 Nuremberg 1543 Spire 1544Ratisbonne 1546Augsbourg 1555 Augsbourg 1547/48 Augsbourg 1550/51 Augsbourg 1555 Augsbourg 1547/48 Augsbourg 1550/51 Augsbourg 1547/48 Augsbourg 1550/51Blason du souverain :50px50px
On remarque que, pour l'essentiel, Welsinger représente des états initialement catholiques ou ecclésiastiques à l'exception des comtés de Deux-Ponts-Bitche-Lichtenberg et de Limpurg-Gaildorf qui passeront en partie ou en totalité à la Réforme. Il est à noter qu'il les représente avant la Confession d'Augsbourg de 1555. S'il représente deux fois Guillaume de Limpurg-Gaildorf, c'est parce qu'il est le frère de son chef d'état, l'évêque Érasme de Limbourg.
La mention « chancelier » devant le nom de Christophe Welsinger n’apparaît qu’à partir du recès de la diète de Worms en 1545, comme conseiller d’Érasme, prince-évêque de Strasbourg et landgrave d’Alsace. Welsinger a démarré ses fonctions de secrétaire et conseiller représentant le prélat strasbourgeois aux diètes impériales plus tôt puisque l’évêque Guillaume de Hohnstein souffrant d’une grave crise de goutte ne put se rendre à la diète de Ratisbonne en 1541 ; il décéda d’ailleurs la même année un peu plus tard. C'est Welsinger qui se rend à Ratisbonne seul pour représenter la principauté épiscopale alors que Guillaume de Hohnstein avait presque toujoursEn 1524, ni l'évêque, ni Rechburger sont présents ; c'est le Simon Ribeisen qui est délégué à Nuremberg. En 1532, c'est l'évêque de Spire qui parle au nom de l'évêque de Strasbourg à Ratisbonne, cf. Aulinger - Schweinze-Burian, . été accompagné ou représenté par le chancelier Eitelhans RechburgerOn lit également selon les sources et travaux les prénoms : Jean Ulrich, Ittel Johann ou Ittelhans. Parfois, son nom est orthographié Rechberger. Certains sources le désigne comme le vicaire général de l'évêché, mais dans les recès des diètes sous le règne de Charles Quint, il y a la mention « chancelier ». de 1506 à 1532. Welsinger prend le relais de Rechburger sans qu'il y ait eu présence commune ou collaboration des deux hommes sur les bancs du collège des princes d'empire ; le premier succède au second sans transition. Le chancelier Rechburger dut lui-même être indisposé ou avoir quitté ses fonctions dans les années 1530 puisqu'avant l'intervention de Welsinger en 1541 c'est le prince-évêque de Spire, , qui représente le prince-évêque de Strasbourg en 1532 à Ratisbonne. Rechburger fut parfois assisté par Jakob von Oberkirch, Johann Bock ou Bernhard Göler von Ravensburg.