Helene Riefenstahl, dite Leni Riefenstahl, née le à Berlin et morte le à Pöcking (Allemagne), est une actrice et réalisatrice de cinéma allemande ; elle fut d’abord danseuse ; elle termine sa carrière comme photographe.

Elle occupe une place importante dans le monde du cinéma, d'abord en tant qu'actrice dans le genre des films de montagne puis, en tant que réalisatrice, Son premier film est Das Blaue Licht, sorti en .

Sous le Troisième Reich en 1934, elle réalise à la demande expresse d'Hitler le documentaire de propagande Le Triomphe de la volonté (qui couvre le congrès nazi de Nuremberg), et en 1937 Les Dieux du stade (qui met en scène et documente les Jeux olympiques de Berlin en 1936), film qui reçoit le prix du meilleur film à Paris lors de l'exposition universelle et est honoré par le CIO. Leni Riefenstahl est reconnue pour avoir inventé une sorte de "grammaire visuelle" de la propagande. Surnommée la In VU, journal de la semaine, E. de la Vigerie, Promenade et dialogue avec Leni Riefenstahl, le 13 juillet 1938, Paris, pp. 878-879., ou encore Émile Henin , « Leni Riefenstahl, dictateur de la Beauté du Reich », Le Monde illustré, le 3 juillet 1937, Paris. p. 482., elle et sa société de production, la Leni Riefenstahl Studio, auront gagné beaucoup d'argent grâce aux mandats du régime.

Bannie après 1945, elle est convoquée à plusieurs procès de dénazification mais jamais condamnée. Elle a toujours affirmé n'avoir fait que son métier, du cinéma. Par la suite, elle voyage aux États-Unis, pratique la photographie ethnographique et vit en Allemagne à côté de Munich à partir des années 1960.

Biographie Helene Amalia Bertha Riefenstahl naît le , à Berlin dans le quartier de Wedding, de l'union d’Alfred Theodor Paul Riefenstahl (1878-1944), fonctionnaire devenu propriétaire d’une florissante entreprise de plomberieCharles Ford, Leni Riefenstahl, La Table Ronde, Paris, 1978, ., et de Bertha Ida Scherlach (1880-1965).

En 1914, elle devient membre du club de natation Nixe et adhère, sans la permission de son père, à une fédération de gymnastique. À partir de 1918, elle prend des cours de peinture et de dessin à l’Académie des arts de Berlin et, en parallèle, de danse classique et moderne.

Danseuse thumb|Leni Riefenstahl, à droiteVoir Steven Bach, Leni Riefenstahl, une ambition allemande, Jacqueline Chambon, 2008, Paris. dans le film Les Chemins de la force et de la beauté, de Wilhlem Prager (1925). À partir de 1920, Leni Riefenstahl connaît le succès dans la danse et participe à diverses tournées en Allemagne, en Tchécoslovaquie et en Suisse. Pendant six mois, en 1923, elle suit les cours à l’école de danse de Mary Wigman à Dresde en compagnie de Gret Palucca, mais arrête car elle n’aime pas les cours en groupe. Elle danse en solo en octobre de la même année pour la première fois à Munich et y reçoit un triomphe. Elle est engagée par Max Reinhardt comme danseuse soliste pour le Deutsches Theater de Berlin. Sa carrière est brisée en 1924 par un accident au genou survenu lors d’un récital de danse à Prague.

En 1924-1925, elle participe à son premier film, Force et BeautéSelon le titre de 1925, aujourd'hui connu comme Les Chemins de la force et de la beauté. de Wilhlem Prager, où elle apparaît comme danseuse-figuranteIn Lilian Auzas, Le génie dans l'ombre, Quatre essais sur Leni Riefenstahl avant 1933, Connaissance et savoir, 2016..

Actrice vignette|redresse|Leni Riefenstahl photographiée par Alexander Binder. En 1926, elle est découverte par Arnold Fanck, qui lui confie son premier rôle au cinéma dans le film La Montagne sacrée (Der heilige Berg). C’est le début d’une carrière prolifique d’actrice de films de montagne.

Elle acquiert sa popularité en jouant le personnage principal de films comme Le Grand Saut, L’Enfer blanc du Piz Palü, Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, pour lesquels elle apprend l’alpinisme et le ski.

Joseph Goebbels décrit l’actrice dans son journal, après l'avoir découverte le lors d’une projection de L’Enfer blanc du Piz Palü :

Le , le futur ministre de la Propagande la rencontre à l’hôtel Kaiserhof, lieu de résidence habituel d’Adolf Hitler à Berlin : . Elle danse plus tard chez Joseph Goebbels, en présence d’Adolf Hitler. inscrit le futur ministre de la Propagande dans son journal le François Albera, « Leni Riefenstahl », in Journal de Joseph Goebbels (1929-1944) en 1895 , Paris, AFRC, juin 2008, 288 p., . Traduction de l'allemand par Clara Bloch..

Réalisatrice Ayant acquis auprès d’Arnold Fanck les bases de la réalisation, du cadrage et du montage et après avoir fondé en 1931 sa société de production, la « Leni Riefenstahl Produktion », elle réalise en 1932 son premier film, La Lumière bleue (). Écrit et réalisé avec Béla Balázs et Carl Mayer, elle y tient le rôle principal dans un appel à la tolérance et au respect des faibles. Comme Béla Balázs, elle est alors membre du Parti communiste allemand, dont elle finit par déchirer la carte. Profitant des lois anti-juives du Troisième Reich, elle supprimera du générique les noms des deux co-réalisateurs pour mettre le sien à la place et s'attribuer leur travailSorj Chalandon, « L'odieuse du stade », Le Canard enchaîné, 18 novembre 2020, p. 7..

Ce film lui vaut l'admiration de Joseph Goebbels, pour qui elle apparaît comme la cinéaste du Reich, et attire l’attention d’Adolf Hitler.

Rencontre avec Adolf Hitler thumb|Affiche du film de propagande Le Triomphe de la volonté (1934), réalisé par Leni Riefenstahl. En 1932, fin février, Leni Riefenstahl se rend à un rassemblement politique au Sportpalast de Berlin. écrit-elle dans ses Mémoires. Le , elle lui écritMémoires, Leni Riefenstahl, traduction de l'allemand par Laurent Dispot, Paris : Grasset, 1987, . :

La veille de son départ, Leni Riefenstahl reçoit un appel de Wilhelm Brückner, l’aide de camp d’Adolf Hitler, afin de fixer un rendez-vous à Wilhelmshaven le lendemain. Dans la voiture venue la chercher à la gare, Wilhelm Brückner lui confie ces paroles d’Adolf Hitler : Pendant l'entrevue, Adolf Hitler lui annonce avoir vu tous ses films : Le soir, Leni Riefenstahl, Adolf Hitler et sa suite se rendent au restaurant. Ce dernier la complimente abondamment et fait remarquer que jamais une femme n’avait été présente à leurs réunions. Lors d'une promenade à l’issue du repas, Adolf Hitler écrit-elle. Elle se met sur la défensive, il la lâche, lève les mains au ciel et s’écrie :

Réalisatrice de propagande vignette|redresse|Leni Riefenstahl avec Adolf Hitler. vignette|redresse|Leni Riefenstahl rencontre Himmler, . thumb| , article d'Émile Hennin paru à l'occasion de l'Exposition universelle de 1937 à Paris, dans Le Monde illustré (source BNF).

Après une expédition au Groenland et son rôle dans SOS Iceberg (SOS Eisberg) en 1933, elle accepte une commande du parti national-socialiste maintenant au pouvoir. Adolf Hitler choisit Leni Riefenstahl pour mettre en scène avec Albert Speer et filmer les rassemblements du parti au Reichsparteitagsgelände à Nuremberg. Elle réalise une trilogie de documentaires pour le parti nazi : La Victoire de la Foi (Sieg des Glaubens, 1933), Jour de la Liberté – notre armée (Tag der Freiheit – unsere Wehrmacht, 28 min.,1935) et Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1934). Ce film grandiose, qui révèle l’esthétique et la grandiloquence cinématographique de Leni Riefenstahl, constitue l’un des plus grands documentaires de propagande jamais réalisés.

Le Triomphe de la volonté (1935) Pour Le Triomphe de la volonté, elle mobilise 16 équipes de tournage (plus de ) et impressionne plus de 60 heures de pellicule. Cette œuvre reste comme l’un des plus célèbres et l’un des plus efficaces film de propagande. Elle met en avant l'unité du parti autour de son chef, en alternant les images à un rythme inattendu et en rompant avec le déroulement chronologique du rassemblement. La place des caméras tire parti de l'éclairage pour créer une ambiance mystique autour du Führer dans un décor conçu par l'architecte Albert Speer. La « cathédrale de lumière » (LichtdomOu « cathédrales de lumières », comme les décrira Robert Brasillach dans son roman Les Sept Couleurs (1939).), des dizaines de projecteurs de DCA pointés à la verticale et associés aux flambeaux, ainsi que la musique mettent en valeur les symboles du parti : la croix gammée, les drapeaux et l’aigle du Reich. L'œuvre reçoit en 1934 le prix du Film allemand et la coupe Mussolini à la Mostra de Venise, puis un grand prix lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937http://www.leni-riefenstahl.de/eng/film.html#tdw Photographie du diplôme avec la filmographie de Leni Riefenstahl (en anglais ou allemand)..

Jour de la Liberté – notre armée (1935) La réintroduction du service militaire obligatoire en 1935 donne à Leni Riefenstahl l’occasion de filmer le Jour de la Liberté – notre armée (Tag der Freiheit – unsere Wehrmacht). Le tournage a lieu entre le 10 et le , lors de la journée de la Wehrmacht () et vise à satisfaire l’armée, qui s’est plainte auprès d’Hitler de ne pas avoir été suffisamment représentée dans Le Triomphe de la volontéFrançois Albera, , (note 22)..

Olympia vignette|redresse|Leni Riefenstahl avec son cameraman pendant le tournage des Dieux du stade en août 1936. En 1936, Leni Riefenstahl, au faîte de sa gloire, réalise Les Dieux du stade (Olympia) un documentaire sur les Jeux olympiques de Berlin. Elle met en œuvre une technique inédite en filmant les épreuves. Du montage, qui dure 18 mois, naît un film en deux parties : Fête des peuples (Fest der Völker) et Fête de la beauté (Fest der Schönheit). Les images exaltent la virilité des athlètes, l’esthétique des corps masculins et la force martiale par différentes techniques de cadrage, le travelling, la caméra sur grue et la caméra sous-marine. La première projection du film (les deux parties durant en tout près de quatre heures) a lieu le , en hommage au Führer, pour son anniversaire. Ce film acquiert une reconnaissance internationale et reçoit le premier prix de la Mostra de Venise. En 1939, Leni Riefenstahl se voit décerner pour ce film une médaille d’or du Comité international olympique.

L’admiration et la confiance que lui porte Adolf Hitler valent à la réalisatrice l’inimitié du ministre de la Propagande, Joseph Goebbels. Leni Riefenstahl est convoquée vers la fin du mois de par Benito Mussolini au sujet d’un projet de film, mais est finalement chargée de messages qui déclenchent l’Anschluss. Après en avoir fait rapport à Hitler, elle est convoquée par Hermann Göring, qui insiste afin de prendre connaissance des messages. Devant le refus de Leni Riefenstahl, il se met en colère, et, peu après, Goebbels lui inflige toutes sortes de brimades : tentative d’expulsion de ses locaux, vérification de sa comptabilité, demande de licenciement d’un de ses meilleurs collaborateurs puis de son attaché de presse, exigence de réduire Les Dieux du stade à une partie et d’en éliminer les séquences où apparaissent des athlètes noirs. Enfin, Joseph Goebbels ordonne le que son ministère ne verse plus d’argent à sa société. Leni Riefenstahl, qui envisage d’abandonner le film et d’émigrer, rapporte ces faits au Führer le , lors d'une entrevue. Après avoir pleuré devant lui, elle lance et fournit des preuves à Hitler. Quelques jours plus tard, Wilhelm Brückner lui transmet ce message : Bref résumé de la relation écrite par Leni Riefenstahl dans ses Mémoires au sujet de Goebbels..

C’est en , lors de la Journée de l’art allemand, que Leni Riefenstahl découvre la position des nazis vis-à-vis de l’art moderne, qualifié d'« art dégénéré ». Elle décide de ne plus accepter de commande du régime nazi. Dans son Journal, écrit a posteriori, elle écrit :

Seconde Guerre mondiale vignette|redresse|Leni Riefenstahl (avec un couvre-chef en cuir) présente à la tribune parmi des soldats et officiers de la Wehrmacht pendant la Führerparade, Varsovie, .