Guillaume III de Hohnstein, parfois Honstein, (1466- à Saverne) fut prince-évêque de Strasbourg de 1506 à 1541 sous le règne des empereurs Maximilien de Habsbourg et Charles Quint, et les pontificats de plusieurs papes depuis Jules II à Paul IIILes autres papes furent Léon X Adrien VI Clément VII).. Il fut assisté dans ses fonctions par un évêque titulaire, d'abord Johann Ortwin, évêque de Mathones, puis Konrad Wickgram, évêque de Dunes..

Son épiscopat, tout comme d'ailleurs celui de son successeur, est très représentatif de l'histoire alsacienne et strasbourgeoise du Moyen Âge et des temps modernes car il illustre les mécanismes complexes de la géopolitique du Saint-Empire romain germanique à l'époque troublée de l'introduction de la Réforme, l'ancrage de l'Alsace dans le bassin rhénan majoritairement germanophone à cette époque, le caractère multiculturel et multiconfessionnelle de la ville impériale libre de Strasbourg opposée à la principauté épiscopale bien implantée en Basse-Alsace avec un territoire diocésain qui jadis dépassait les frontières actuelles de l'Alsace et de la France. En outre, l'origine thuringeoise de Guillaume III et de son frère François met en évidence le rayonnement suprarégional des chapitres, collégiaux ou cathédraux, de Strasbourg dont les nobles s'enorgueillissent d'être chanoines prébendés à l'instar des chapitres de Cologne, Spire, Worms, Mayence ou Bamberg. De très nombreux grands personnages et protagonistes de l'histoire strasbourgeoise pendant l'épiscopat de Guillaume III, clercs, civils ou réformateurs, ne sont pas originaires de la ville ou de l'Alsace, mais appartiennent à un territoire plus large en interconnexion entre la Lorraine et la Souabe, la Rhénanie et la Suisse. Nonobstant leurs origines diverses, de nombreux acteurs de la vie politique et théologique de Strasbourg au se sont totalement identifiés au devenir de la ville au point que leur nom reste dans la postérité parfois plus attaché à l'histoire de Strasbourg qu'à leur pays natal, comme pour Guillaume III, le Franconien Érasme de Limbourg, le Westphalien Jean Sturm, les Badois Nicolas Gerbel et Christophe Welsinger ou le Luxembourgeois Johannes Sleidanus.

Ses origines et sa vie avant l'épiscopat

thumb|Guillaume III fut chanoine séculier avant son épiscopat. Habit du chanoine avec la barrette. Guillaume est originaire d'une famille noble de Thuringe. Son père était Ernest IV, comte de Hohnstein (* 1440; † 1508), sa mère Anna-Margaretha von Gera.. Son grand-père était Heinrich XI le Téméraire (* 1402; † 1454) qui a épousé la comtesse Margareta von Waldeck. Par manque de descendance mâle, le titre de comte de Hohnstein est passé à d'autres maisons dynastiques comme les rois de PrusseInformations généalogiques issues de la page allemande sur les ..

Son demi-frère François de Hohnstein, issu d'un second mariage de leur père Ernest IV, comte de Hohnstein et seigneur de Lohra et Klettenburg, est chanoine capitulaire de Strasbourg et prévôt à Saverne en 1512.

Guillaume a fait ses études aux universités de Fribourg et de Pavie. Il n'était pas novice dans la gestion d'un évêché puisqu'il fut vicaire général de son oncle, l'archevêque de Mayence, Berthold von Henneberg. Cette fonction correspond au chef du gouvernement d'une principauté épiscopale au sein de la curie diocésaine avec l'official chargé de la justice et le chancelier attaché à l'administration et les archives..

Guillaume était chanoine de Cologne et de Mayence (1482-1488), de Strasbourg (1488 - 1506), custode de Strasbourg et prévôt de la collégiale de Saint-Jean-Baptiste à Mayence (1499-1507), prévôt de JechaburgJechaburg et aujourd'hui un quartier de Sondershausen, l'église est dorénavant protestante en 1505 lorsqu'il fut élu par les chanoines capitulaires le à l'unanimité des voix après le prêche de Jean Geiler. Le pape Jules II confirma l'élection de Guillaume le . Guillaume de Honstein, seigneur de Lohra et Klettenburg., était juste sous-diacre lorsqu'il fut élu. Le , il reçut l'ordination sacerdotale à Saverne et la consécration épiscopale le quatrième dimanche du carême dans le cœur de la cathédrale de Strasbourg des mains de l'archevêque de Magdebourg, Ernest, duc de Saxe et primat de Germanie, assisté par l'évêque de Coire et les évêques titulaires de Spire, Konrad Wickram, et Strasbourg, Johann Ortwin.

L'empereur Maximilien , qui séjourna une vingtaine de fois à Strasbourg de 1492 à 1511, assista à la cérémonie puisqu'il résidait à ce moment-là au couvent de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Deux jours plus tard, l'empereur conféra à Guillaume dans la ville de Haguenau tous les insignes de Prince d'empire le .

Les événements majeurs pendant son épiscopat

Guillaume fit son entrée solennelle dans la ville épiscopale le lundi . Les événements sont relatés dans Bischoff Wilhelms von Hoehnsteins waal und einrit attribué à l'humaniste Sébastien Brant., chancelier de la ville de Strasbourg et auteur d'un des premiers bestsellers européens, la Nef des fous. Le fait que le sacre de Guillaume de Hohnstein eut lieu dans la ville de Strasbourg fut une exception car traditionnellement le nouvel évêque strasbourgeois était consacré à Mayence par le métropolitain dont les évêques de Strasbourg étaient suffragants.. La cérémonie du sacre et de l'entrée solennelle se renouvelait à chaque vacance du siège épiscopal. Rares sont les évêques qui firent exception à la consécration dans la cathédrale de Mayence ; avant Guillaume de Hohnstein, on a des récits sur le sacre de Henri II de Veringen en 1207 et de Frédéric de Lichtenberg, élu le . Des doutes subsistent encore sur le sacre de Gauthier de Geroldseck à Strasbourg.

Cérémonie d'entrée solennelle à Strasbourg Les délégations et les personnalités participant au défilé Quatre représentants du Magistrat conduit par Othon Sturm se rendirent à la porte de Saverne avec 40 cavaliers pour accueillir l'évêque. Frédéric Bock fit un discours. Les ecclésiastiques réguliers et séculiers sortirent en procession de la cathédrale jusqu'au pont de la Steinstraße. La Place aux chevaux, aujourd'hui Place Broglie, était remplie par 140 personnes. À 11 heures du matin, le bruit des canons signalait l'arrivée du prélat.

648 cavaliers suivaient Philippe de Hanau, grand maréchal de l'évêché, qui portait le drapeau de l'évêché. À ses côtés, le comte Reinhart de Deux-Ponts, seigneur de Bitche, prévôt de l'évêché, portait les étendards du landgrave et le comte Guillaume de Fürstenberg, représentant son père Loup de Fürstenberg, ceux des Hohnstein. Derrière eux sur leur monture, Philippe, margrave de Bade et son fils Christophe précédaient les émissaires et diplomates: Délégation de l'empereur et du roi des Romains. Freiherr Caspar de Mörsberg, bailli de Basse-Alsace représentant Maximilien de Habsbourg; Délégation de l'archevêché de Mayence Comte Hamann von Henneberg représentant le métropolite Jakob von Liebenstein ; Délégation du Palatinat

Délégation du duché de Lorraine

Délégation du duché de Wurtemberg

L'évêque arriva ensuite dans son manteau noir, l'habit des chanoines du chœur, et sa barrette. Autour de l'évêque, on trouvait:

300 cavaliers fermaient la marche.

À l'entrée de la cathédrale, l'évêque déposa les habits du chanoine, puis se rendit, accompagné du doyen et de l'écolâtre, vers le trône où il reçut les insignes de sa dignité épiscopale.

Un épiscopat pendant une période difficile

Le passage à la Réforme

Pendant environ 20 ans, la situation se dégrade aussi bien au niveau de la population bourgeoise citadine de Strasbourg. qu'au sein de la grande communauté des chanoines et clercs séculier régulier de l'évêché. Une grande partie des intellectuels passe progressivement à la réforme est compris parmi les prêtres chargés de la prédication à la cathédrale et les églises collégiale. On ne peut pas encore parler à ce moment-là d'un schisme confessionnel flagrant, mais une attente forte vis-à-vis du Vatican pour une réforme en profondeur de l'église pour faire cesser ce que la plupart des observateurs de l'époque considérée comme des abus de la hiérarchie catholique.

Le , la curie épiscopale cite les prêtres mariés à comparaître à Saverne, mais comme ils refusèrent d'obtempérer en reconnaissant leur faute et en annulant leur mariage devant Dieu ; l'évêque pria le Magistrat de la ville libre de Strasbourg d'expulser ces mauvais prêtres qui ont violé leurs vœux sacerdotaux et provoqué la colère du peuple.. Le Magistrat fit la sourde oreille et conserva les clercs hérétiques dans leur fonction. Il pouvait en fait se le permettre puisqu'une partie du haut clergé de la ville protégeait et favorisait la nouvelle pratique basée sur la lecture des Évangiles, comme le doyen du chapitre Sigismond de Hohenlohe, ou le prévôt de la collégiale Saint-Thomas, Wolfgang Fabricius Köpfel, dit Capiton. De plus, le prélat semble ignorer que la population strasbourgeoise accueille plutôt favorablement l'évolution des pratiques religieuses de leur cité.

En toute logique, l'évêque déclara le l'excommunication des prêtres mariés qui se sont détournés de la vraie foi.. En réponse à cette excommunication, les prêtres rassemblés au domicile du prédicateur de la cathédrale, Matthieu Zell, qui a épousé la fille d'un jardinier, Catherine Schütz, rédigèrent une demande d'appel à considérer au prochain concile: .. Ils affichèrent cette supplique le sur le portail de la cathédrale. Au lieu d'enrayer le phénomène, Guillaume l'a presque accéléré : le moine augustin Wolfgang Schultheiss se marie et part à Schiltigheim pour y introduire la réforme. Se marient également le vicaire du chapitre de la cathédrale, Conrad Spatzinger, le templier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Alexandre de Villingen, le prêtre de la chapelle Saint-Erhard, Johannes Riebling, le chapelain d'Obernai, Lucas Hackfurt, le prêtre de la collégiale Saint-Étienne et prédicateur de la cathédrale, , ou encore le célèbre prédicateur de la cathédrale Caspar Hedio, ami d'Érasme.

Face à la fronde de plus importante des clercs protestataires, se sentant dans leur bon droit et en aucune manière en opposition avec les principes fondamentaux de l'Église, l'évêque de Strasbourg n'a pas d'autre solution que de manifester son opposition et de déposer une plainte officielle à la diète de Nuremberg par son émissaire, le moine franciscain et théologien alsacien, Thomas Murner, auprès du Cardinal Campeggio. Le cardinal convoqua à la diète les deux représentants de la ville libre de Strasbourg, Daniel Mueg et Bernard Wurmser, leur demanda des explications, mais les émissaires strasbourgeois semblent s'être bien défendus puisque cette entrevue se solda par un échec pour le camp catholique. Les délégués strasbourgeois ont tout au plus dû transmettre les remontrances du légat papal.

Fort de cette relative impuissance des hauts dignitaires catholiques, le Magistrat de Strasbourg n'hésite pas à prendre en main les affaires cultuelles et ecclésiales de la cité.. C'est lui qui institue les prêtres et les prédicateurs. Il nomme Caspar Hedio et Matthieu Zell à la cathédrale, Antoine Firn à la collégiale de Saint-Thomas, Bucer à Saint-Aurélien, Capiton à Saint-Pierre-le-Jeune, , dit Nigring, à Saint-Pierre-le-Vieux, Latomus à Saint-Nicolas, Pollio à Saint-Martin et Martin Hag à la Ruprechtsau. Les années 1526-1547 furent fastes et fructueuses pour la Réforme à Strasbourg.