Les arts martiaux portugais englobent l'ensemble des sports de combat conçus et pratiqués au Portugal, fondés sur des règles sportives et un code moral spécifiques.

Apparus dans l'Antiquité, et enrichis au fil des siècles, notamment pendant la , puis pendant l'expansion et l'Empire portugais, un certain nombre d'entre eux visent au départ à l'auto-défense en milieu urbain et rural. Certains, tels que le , sont également pratiqués en Galice, dans le Nord-Ouest de la péninsule Ibérique.

Parmi les arts martiaux et les sports de combats traditionnels portugais reconnus et recensés actuellement comme tels : le , ou « escrime lusitanienne », sans doute l'art martial portugais ayant le plus de visibilité internationale, est une escrime d'auto-défense au bâton, apparentée à la canne de combat française, pratiquée au moins depuis la fin du Moyen Âge au Portugal ; la , « lutte traditionnelle de Tras-Os-Montes », est une lutte traditionnelle ancienne pratiquée dans le Nord du Portugal, dans le district de Bragance. Elle est apparentée à la lutte gréco-romaine ; le gauruni, ou « lutte traditionnelle lusitanienne », lutte traditionnelle ancienne apparentée à la luta galhofa, pratiquée au moins depuis le dans la municipalité de Sabugal. ; Parmi les sports de combat portugais présentés comme ayant des origines anciennes par leurs instances officielles, mais qui sont sans doute de conception récente : ; le pombo, ou « lutte lusitanienne », est un sport de combat libre et d'auto-défense portugais, proche des arts martiaux mixtes actuels ; Parmi les sports de combat portugais contemporains : ; le contacto total português, ou contacto total militar, art martial et sport d'auto-défense portugais remarquablement complet, mis au point au sein de forces armées pendant les guerres coloniales portugaises ; lartdo, ou artdo policial, art martial portugais contemporains faisant la synthèse de plusieurs techniques d'arts martiaux, enseigné aux forces de polices de Lisbonne ; le T.D.C.U., ou Técnicas de Defesa e de Combate urbano, est un sport de combat et self-défense urbain portugais.

Le jogo do pau Le jogo do pau, « jeu du bâton », ou « bâton portugais » est un art martial portugais et galicien qui se pratique avec un bâton, le pau. Le jogo do pau a vraisemblablement des origines rurales et populaires anciennes.

Histoire et influences étrangères Dans l'Antiquité Les premières traces du maniement codifié du bâton à des fins sportives ou festives au Portugal remontent vraisemblablement à l'époque de la Lusitanie pré-romaine. Avant l'arrivée des Romains, la tradition celte intègre, comme beaucoup d'autres sociétés, des danses exécutées avec un bâton assez proche des mouvements exécutés en jogo do pau. Ces danses sont pratiquées pendant les jeux celtiques. On retrouve aujourd'hui encore des danses celtisantes centrées sur l'usage d'un bâton chez les pauliteiros de Miranda, dans le Nord du pays.. Toutefois, le bâton ne figure pas comme arme de combat dans l'arsenal des guerriers lusitaniens décrit en détail par Strabon. Et s'il existe des indices sur une filiation et des influences réciproques, rien ne permet de relier directement le jogo do pau en tant que sport de combat aux danses celtes de l'Antiquité.

L'utilisation du pau au Moyen Âge et pendant la Période moderne Si l'on se base sur les documents d'archives, les origines du jogo do pau actuel remontent à l'époque médiévale. Tout au long de la Reconquista, les différents royaumes chrétiens et musulmans s'affrontent dans des guerres parfois très violentes afin d'absorber ou de dominer leurs voisins.

vignette|gauche|Bataille d'Aljubarrota, en 1385. Sans doute influencés par les soldats arabo-berbères pratiquant le matrag à des fins militaires pendant la période d'Al-Andalus, dès le Moyen Âge central, les paysans, bergers et boieiros portugais vivant au Nord du Tage ont l'habitude de se déplacer avec un long bâton afin de se défendre contre le brigandage sur les routes. Les bergers, notamment, ont une canne spécifique, le cajadoDu Latin Baculus, “vara, bordão, bastão”, par la forme Cajatus., varapau ou bordão, qu'ils utilisent pour corriger leurs bêtes ou les sauver en cas de chute, et dont ils peuvent se servir en cas d'agression. On retrouve des pratiques semblables en milieu urbain, pour des raisons similaires de sécurité, mais les citadins ont un bâton plus court, moins encombrant, adapté à la vie en ville.

À l'époque, d'un point de vue sociologique, le port du bâton marque le passage à l'âge adulte. Il est autorisé aux garçons à la suite de leur première barbe. Arme peu chère et efficace, elle est intégrée dans l'habit quotidien typique des Portugais, aux côtés du barrete, le « bonnet phrygien portugais », sur la tête, du lenço, le « foulard », autour du cou, de la cinta (ou faixa), la ceinture au niveau de la taille, et de la capa, la « cape », sur le dos. Quel que soit le milieu, lors de rixes, de guerres ou de révoltes, les bâtons servent de canne de combat.

vignette|Entraînement au pau dans les Salles d'Armes de la Période moderne. Généralisé comme arme d'autodéfense au sein de la population, le pau est également utilisé dans les armées dès le Moyen Âge. À l'instar de ce qui se passe dans le reste de l'Europe, il est très présent dans les Salles d’Armes, pour l'initiation à l'escrime médiévale (l'épée longue), ou en tant qu'arme à part entière.. Du fait du mode de recrutement de lost, qui intègre les paysans, les techniques acquises au sein des armées influencent nécessairement l'usage fait du pau dans la vie civile, et réciproquement. Ces interactions expliquent sans doute la proximité entre certaines techniques du jogo do pau et celles de l'escrime médiévale, notamment pour les mouvements parfois légèrement accroupis et la prise à deux mains. Pendant la Reconquista, le pau est utilisé par les troupes chrétiennes aux côtés des épées, au maniement similaire. Pendant la bataille d'Aljubarrota (1385), il est l'arme principale de l'armée portugaise. Lorsque le roi Édouard Ier de Portugal écrit un traité au début du pour enseigner le combat à cheval, le maniement du pau est déjà considéré comme ancien.. Des gravures datant de la Période moderne montrent des entraînements pratiqués en Salles d'Armes avec des pausNotamment les gravures du traité de l'escrimeur Meyer, en 1570.. Quelques siècles plus tard, il est utilisé par la population du nord du pays lors de la Révolte de Maria da Fonte.. Et les soldats de l'armée portugaise sont initiés à son maniement jusqu'à la Première Guerre mondiale. Des films d'archives montrent les soldats du Corps expéditionnaire portugais s'entraînant au maniement du pau dans les tranchées françaises...

vignette|gauche|Foule armée de piques, de fourches et de paus lors de la révolte de Maria da Fonte, en 1846. Le jogo do pau, en tant qu'art martial codifié, avec des techniques et des codes spécifiques, serait vraisemblablement né au Moyen Âge au croisement de ces coutumes populaires et de ces usages militaires. Sorte d'escrime populaire, il serait d'abord apparu dans le nord du Portugal, dans la région du Minho, dans le contexte des combats de rue, lors des fêtes populaires ou des foires, et comme moyen de combattre des communautés villageoises, avant de devenir un véritable sport national d'auto-défense codifié, individuel ou collectif, aux techniques élaborées et précises, nécessitant un apprentissage long et difficile.

Il est possible que les techniques de combat originelles portugaises aient subi l'influence de techniques de danses indiennes kalarippayatt importées des établissements de l'Inde portugaise à partir du Le second niveau du kalarippayatt, le kolthari, englobe la pratique des armes en bois qui sont de plus en plus courtes à mesure des progrès de l'élève. Le Kettukari ou Vaddi (bâton à 5 pieds de longueur), le Muchan (bâton à 2 pieds de longueur dont l'épaisseur d'une extrémité est d'environ 3 cm de diamètre et de l'autre d'environ 1,5 cm de diamètre), le Otta (bâton incurvé d'une longueur de moins de 60 cm. Cette étape est considérée comme la grammaire du kalaripayatt. Cette arme est la plus dangereuse et prestigieuse du kalaripayatt car les points d'attaques sont uniquement les points vitaux de l'adversaire, le Gadai (massue de Hanuman), le Marma Vadi etc.. Cela expliquerait la « théorie de l'origine indienne » de ce sport. Pendant la période moderne, un grand nombre de soldats portugais originaires du Nord du Portugal se rendent dans l'océan Indien afin de servir dans les armées royales, aux côtés des canarins chrétiens, des Nayaks du Kerala et des cipayes indiens, avant de revenir dans leurs villages d'origineL'Empire portugais d'Asie, de Sanjay Subrahmanyam, Maisonneuve et Larose, Paris, 1999.. Il est tout à fait vraisemblable que ces hommes, le plus souvent pauvres et venus de la campagne, aient enrichi leurs techniques de combat originelles pendant leurs années de service en Orient. D'autant que la discipline indienne connaît son âge d'or sur la côte du malabar pendant la période de domination portugaise. Le kalaripayatt est alors un pilier institutionnel de la société kéralaise. Engagés dans les armées portugaises, ou alliés à la Couronne portugaise, les guerriers Nayaks pratiquant le kalarippayatt sont les garants de l'ordre social et de la sécurité des côtes du Malabar dominées par les Portugais.

Historiquement, les premiers pratiquants recensés, appelés jogai en portugais, terme signifiant « jouez », sont des paysans ou des bergers qui utilisent le pau comme arme défensive. La première école de jogo do pau destinée à transmettre formellement les techniques de combat naît dans la région du Minho. Bien que d'essence populaire, et pratiqué par des populations pauvres, le jogo do pau a parfois la faveur de personnages puissants, comme le Marquis de Pombal au , qui le pratique à la perfection, ou le roi Charles Ier de Portugal à la fin du , initié par le célèbre maître José Maria da Silveira, connu sous le surnom de Saloio. Sous le coup de l'intérêt porté par les Lumières au peuple, le jogo do pau apparaît dans la littérature dès la fin du , dans le poème héoïco-comique Santarenaida, de Francisco de Paula de Figueiredo, publié en 1792, et dans le livre de vers Pastor do Douro, de B. A., de S. Belmirode, publié en 1798. Il figure par la suite de façon récurrente dans la littérature portugaise du , par exemple dans Roberto Valença, d'António Teixeira de Vasconcelos (1848), O Génio do Mal (1857) et Honra ou Loucura (1858), d'Arnaldo Gama, Archivo universal, Brios de Soldado, d'A. F. de Loureiro (1860), etc.

Au cours du , les techniques rurales du jogo do pau sont importées dans la région de Lisbonne, où elles subissent une adaptation leur permettant d'être applicables au combat au sabre. À la fin du , le Gymnase Royal de Lisbonne accueille dans la confrérie des sports le jogo do pau. La seconde école de jogo do pau naît à cette époque dans le centre du Portugal. Dans la capitale, le jogo do pau perd progressivement son aspect brutal et guerrier pour devenir une discipline sportive individuelle, où les deux adversaires s’efforcent de se toucher sans se molester. À l'époque, à l'instar de ce qui se fait dans les campagnes, les bourgeois des grandes villes utilisent couramment un bastão pour se défendre.

Le jogo do pau au Au , les combats de rue sont fréquents dans tout le pays. Parfois, les rixes intègrent des villages entiers. D'autres fois, les combats sont individuels, ou opposent un combattant à plusieurs assaillants. C'est l'époque des puxadores, les « tireurs », nom donné aux joueurs dans le Nord, et aux varredores de feira, les « balayeurs des marchés », des combattants affamés qui se déplacent dans les foires (feiras) et les fêtes populaires (romarias) pour défier leurs adversaires, afin de prouver leur valeur.