Cet article traite des dialectes batanga (ndowè).

thumb|Hommes en tenue traditionnelle thumb|Hommes et femme en tenue traditionnelle

En Guinée équatoriale et au Gabon, les Batanga sont appelés ndowè qui signifie « ceux qui disent « iwε na éé » » pour dire « nous disons que » dans le but d'interpeller un auditeur. Les ndowè se divisent en deux sous-groupes : les Bomba (benga, bapuku, banôhô, lohongè et batanga) qui pour interpeller un auditeur disent « mba na éé ». les Bongwè (kombè, iyasa, eone, bohiko, mari) qui le font en disant « ngwε na éé ».

La consonne « s » en iyasa devient « r » en kombè. Exemple : « vusέcέ » qui veut dire « attends ! » en iyasa devient « vurέcέ ».

Les Bapuku de Guinée-Équatoriale sont les bapuku ba manga. Ils sont voisins des Benga. Les Bapuku du Cameroun sont les bapuku ba ebóndo. Les Bapuku et Benga forment une sous-famille parmi les Bomba tandis que Banôhô et Batanga forment l'autre sous-famille conformément à leurs langues. Les Banôhô seraient originaires de la région du Bas-Nyong, plus précisément de Lôtè d'après leur tradition orale. D'ailleurs un village à l'embouchure du Nyong, Behondo, parle à l'accent près la même langue que les Banôhô.

Le lohongè qui est uniquement parlé à Lokoundjé est une langue en voie de disparition. Elle est actuellement parlée par moins de trente personnes. À quelques mots prêts, elle représenterait la langue Tanga sans influence des langues voisines.

Les langues banôhô-batanga-lohongè seraient filles des langues bapuku-benga.

Origines

Les langues ndowè sont très proches des langues kota, duala, isuwu, limba, mboko, odi, pongo, kpe, londo, ôrôkô, etc. Ces langues présentent une étroite parenté avec les langues de la province de l’Équateur en République démocratique du Congo comme le lingala, le bobangi et le lingombé. Le kakô et le mbimô parlées dans les départements de la Kadey et de la Boumba et Ngoko à l’est du Kamerun relèveraient des mêmes liens avec les confins oubanguiens :

kakɔ́ batanga français peng penge blessure mpupό mpupέ vent sángwε ángwε père nyangwέ nyangwέ mère náni náni comment pundɔ (sortir) ipúnda (sortir tôt le matin) sortir ndεmbέ ndεmbέ frère cadet

Les gbaya à l’Est et dans l’Adamaoua utilisent le même préfixe « bo » comme les ndowè pour désigner le clan ainsi on trouve les noms des clans comme « bodante », « bodayi », etc. On pourra remarquer que les bangando de Moloundu qui sont parents des gbaya s’appellent « bongandό » c’est-à-dire « le clan du caiman » comme le dirait les ndowè pour dire « clan du caiman ». Tout ceci semblent indiquer que le batanga serait une langue qui viendrait des confins oubanguiens en passant par l’est du Cameroun.

Classification

Les langues batanga appartiennent au groupe A de la sous-famille de langues bantoues stricte, du groupe de langue bantoïde sud de la famille des langues nigéro-congolaises.

Classification Guthrie : A.30 (Bube-Benga).

Voyelles Fermé i u Mi-fermé e o Mi-ouvert ɛ ɔ Ouvert a

l L I Les tons notés sont : le ton haut noté à l’aide de l’accent aigu : á le ton moyen noté à l’aide du macron : ā le ton bas est noté par la voyelle seule : a le ton montant noté à l’aide de l’accent antiflexe : ǎ le ton descendant noté à l’aide de l’accent circonflexe : â

Consonnes valeur phonétique exemplesa A [a] mbamba (serpent), mbámbá (grand-parent), ncǎngo (beaux-frères dans une même famille);b B [ɓ] botemu (faiblesse)c C [tʃ] cɔci (église en tanga)d D [ɗ] idango (source d’eau)e E [e] ikédenge (lièvre)ɛ Ɛ [ɛ] vɛ́ngɛ (aujourd’hui)g G [ɡ] gɔ́vina (gouvernement)h H [h] mehoni en tanga (chair) i I [i] iyɔ́ni (honte)k K [k] kékélé (traverse)kp KP [kp] dié kpa en iyasa (jamais)l L [l] melímɛ (un poisson de fleuve)m M [m] mambo (les choses)mb MB [ᵐb] mbόso (récipient pour écoper)mp MP [ᵐp] mpupɛ (vent)n N [n] inína (disparaître)nd ND [ⁿd] ndéngé (proue)ng NG [ᵑɡ] nganga (guérisseur)nk NK [ᵑk] nkόhό (sucre)ny NY [ɲ] nyánda (ongle)o O [o] moto (être humain), dibόngo (débarcadère)ɔ Ɔ [ɔ] ngɔbɔ́ (proverbe) p P [p] bopele (padouk)s S [s] sísako (citronnelle)t T [t] tɛtɛ (grand-père)u U [u] bulú (nuit), búdúbudu (turbulent)v V [v] ivaha (chercher)w W [w] bewɔ́wɔ (disputes)y Y [j] iyíba (voler)ng’ NG’ /ŋ/ ng’álo en noho, nkálo en puku (idiome)

Le batanga contient plusieurs consonnes occlusives prénasalisées : Consonnes ɓ ɗ ɡ p k Prénasalisation ᵐb ⁿd ᵑɡ ᵐp ᵑk

Quand le ɓ et le ɗ sont nasalisés, ils deviennent b et d.

Une particularité des langues ndowè est qu’elles ne tolèrent pas de terminaisons consonantiques. Ainsi les mots comme avion ou soupe seront toujours articulées « aviɔ́ŋi » ou « súpu ».

Phonologie

Harmonie vocalique En batanga, comme aussi en lingala, les mots suivent un synharmonisme. La voyelle semi-fermée /o/ ne se trouve pas dans des mots contenant la voyelle semi-ouverte /ɔ/. Par exemple : dibɔ́ngɔ́ (genou) et dibóngo (débarcadère) existent mais * dibɔ́ngo et * dibongɔ́ n’existent pas.

Prosodie La pénultième syllabe des mots en Tanga est généralement accentuée, comme en italien et en swahili. Du fait du voisinage du limba et du koko, cet accent est moins ressenti dans la variante Tanga.

Grammaire

Les classes nominales Le système de noms batanga est basé sur un ensemble de classes nominales organisées en paires singulier-pluriel, ou marquant des noms invariables, de noms collectifs ou de noms abstraits.

n[ⁿ], mo/ba- (1/2)n[ⁿ], mu-/me- (3/4)di-/ma- (5/6)e-/be- (7/8)n-/n- (9/10)vi-, i-/lo- (11/12)bo- (13)va- (14)ό- (15)ná- (16)

Selon le grammairien Johannes IttmanGrammatik des Duala, Berlin, 1939 les classes 3 et 4 « désignent des êtres vivants ou en mouvement ou remplis d’une force vitale animiste, par ex. des hommes envoutés, des esprits, des phénomènes naturels, … ». Il dit aussi que les classes 5 et 6 « désignent des choses allant de pair comme les yeux, les joues, les mains, les cuisses, les dents, les jumeaux, etc., et par suite des choses comportant un élément double, comme une échelle, une lance, un fourreau d’épée, une nageoire caudale, un ventre ; … ».

Exemple: classe préfixe singulier traduction pluriel traduction1, 2 m-/mo-/n-, wa-/ba- moto personne bato wato en iyasa personnes3, 4 n-/ me- ndio grande marée medio grandes marées5, 6 Ø/di-, ma- divíndí œil mavíndí nuages7, 8 e-, be- elimbí caisse belimbí caisses9, 10 Ø/n-, Ø/n- njuke souffrance njuke souffrances11, 12 i-/lo- inôni oiseau lonôni oiseaux13 bo- bonènè faiblesse –14 va- vae terre _15 ό ό à 16 ná- ná, nanè comme-çi, comme-ça _

Classe nominale du mot en batanga Langue ce chien ces chiens noho mbɔ́ te ni mbɔ́ te yi npuku mbwá te ni mbwá te yi lohongè imbwá te ni imbwá te yi tanga imbwá te ni lombwá te lolimba nin imbɔ́ lon lombɔ́duala nin mbɔ́ yin mbɔ́

Ce mot appartient à la classe 9 au singulier 10 au pluriel qui n’admet pas de modification au pluriel cette classe a pour affixe ni au singulier et yi au pluriel. Le tanga et le limba se sont basés sur le « i » de imbwá pour le traiter comme un mot de la classe 11 où les mots au singulier commencent par « i » et font leur pluriel en « lo » classe 12 exemple inôni te vi (cet oiseau) au pluriel donnent lonɔni te lo (ces oiseaux). Il aurait fallu qu’on dît « imbwá te vi » pour qu’on ait au pluriel « lombwá te lo ». Donc « imbwá » ou « imbɔ́ » devrait rester invariable comme dans les autres langues.

Préfixes verbaux

personne préfixe verbal(sujet) exemple traduction1 sg. na, i na dipandi, i dipakandi je frappe2 sg. o- o paekandi tu reçois3 sg. animé a a beakandi il parle3 sg. inanimé e e ndi c’est1 pl. i i dipakandi nous frappons2 pl. o o nɔngɔnkɔndini vous prenez3 pl. animé ba- ba beakandi ils parlent3 pl. inanimé be/i be/i ndi ce sont

Infixes sémantiques Il y a plusieurs infixes sémantiques en batanga. Ceux-ci permettent de modifier le sens des verbes, et parfois le mode ou le temps de conjugaison. Ils s’attachent directement à la suite de la racine du verbe, précédant ainsi la désinence. Par exemple le verbe idiba, « fermer », à la racine -diba (-dib- et la désinence -a) et sa forme réversive est dibua, « ouvrir », à la racine kokangola (-dib-, le réversif -u- et la désinence -a).

-bε : statif idá «manger» → idábε « être mangé» idibua « ouvrir » → idibuabε « être ouvert »

-am- : statif reflexif ibumε « tourner ventre contre terre» → ibumama « se tourner ventre contre terre» idibua « ouvrir » → idibuama « trouver ouvert »

-an- : directif, statif itála « regarder » → itálanè « se regarder (mutuellement) » ibiya « connaître, savoir » → ibiyanε « se connaître (mutuellement), être connu »

-iy- : causatif puma « sortir » → pumiyε « faire sortir »

-u- : réversif pumba « jeter » → pumbua « ressusciter » ipátε « accrocher » → ipátua « décrocher »

-ea : applicatif ilinganea « plaider pour »

-ea : intransitif ipumbea « se perdre »

-ea : reflexif idiba « fermer » → idibanea « se fermer »

L'applicatif qui existe en duala et en lingala semble avoir disparu dans les langues ndowè.

Conjugaison

Dans tout ce qui suivra nous noterons la langue nôhô N., la langue bapuku P., la langue batanga stricto-sensu T., la langue Benga B. et la langue Iyasa I..

Formes du verbes

Action complètement terminée a) N., T. et L. na míndi ida ; P. i míndi ja « J’ai fini de manger ».

Accomplissement parfait (l’action s’est achevée dans le passé) b) N. et T. et L. na déindi ; P. i jéndi « j’ai mangé ». a) N. et T.et L. na jáindi na mada ; P. i má já ndi «J’avais mangé ».

Narration (l’action a eu lieu dans le passé) a) N. ,T., L. mba bo dáha ; P. mba bo jáka b) N. et L.et T. mba na dáha ; P. mba na jáka « je mangeai ».

Présent a) N. et L.et T. na tubwandi idá ; P. i tubwandi ijá « je commence à manger ». b) N. et L.et T. na ndi idá ; P. i ndi ijá « je suis en train de manger ». c) N. et L.et T. na dándi ; P. i jándi « je mange ». e) N. et L.et T. na bi té na dáha ; P. i bi te i jáka « je continue de manger ». f) N. et L.et T. naha ndi ida ; P. na bei ja « j’ai commencé à manger ».

Futur a) N. et L.et T. na landi ida ; P. i ka jándi « je mangerai ou je vais manger». (ka est aussi auxiliaire du futur en égyptien antique)

Principales formes modales des verbes Infinitif N. ,T., L. idá ; P. ijá « manger » Indicatif (intemporel)

à) itératif

N. ,T., L. na dáha ; P. na jáka « je mangeais continuellement »

b) verbe dans la relative

N. ,T., L. moto a dέhε ; P. moto a jásε « l’homme qui mange »

N. moto wami á ma vέnɔ ; L. et T. moto amέ á vέnɔ; P. moto wamέ a vέsε « l’homme à qui je donne »

Potentiel N. ,T., L. na ndi na daha ; P. i ndi i jaka « je peux manger » Habituel N. ,T., L. na jandi idá ; P. i jandi ijá « j’ai l’habitude de manger » Conditionnel

a) réel

N. ,T., L. na déi ngέ ; P. i jé ngέ « si je mange » b) irréel

N. ,T., L. na jai idá ; P. i jaki já « si je mangeais »

Concession a) réel

N. ,T., L. tɔmbété na dálε; P. tɔmbété i jalέ « si je mange »

N. ,T., L. na dálέ té; P. i jálέ té « si je mange »

b) irréel

N. ,T., L. tɔmbéte na jai idá ; P. tɔmbété i jaki já « si je mangeais » Optatif

N. ,T., L. na dáe ; P. i jáse B. i jáke « que je mange »

Impératif

N. ,T., L. dáhá ; P. et B. jáká « mange »

Formes verbales négatives Négation avec hí (ton haut) a) présent N. na hí ma da ; L. et T. ná dá ; P. ná jáká « je ne mange pas » b) Parfait N., L. et T. ná déi ; P. ná bo já ou ná já « je n’ai pas mangé » N. ná hí déi te ;L. et T. ná hi ma dá té ; P. náhá jé té « je n’ai pas encore mangé » Négation par hi (ton bas) N., L. et T. na hi dé P. na hi jé (moi n’ayant pas mangé) Négation par itíwε N., L. et T. na itíwε na dáha; P. na itíwε na jáka « je ne peux pas mangé » Négation par ibέwέ N.,L., T., P.,Ibέwέ ijá « sans avoir mangé » Prohibitif N., L. et T. ná dáhá ; P. ná jáká « je ne dois pas manger »

Les nombres 1. -yɔkɔ́/yɔ'ɔ 6. ntόbá 11. jόmu na jɔ́kɔ́2. -ba 7. ntόbá na -ɔ́kɔ́ ou εmbwεdi 12. jom na béba 3. -lálo 8. lɔmbi 20 mabό ma ba4. –naí 9. Dibuá 30 mabό ma lálo5. –tánu 10. Jόmu 100 ébwéa; 1000 tɔ́jέni