Antonina (en grec Ἀντωνίνα) est une patricienne byzantine et l'épouse du général Bélisaire.

Il s'agit d'un personnage controversé que l'historien Paolo Cesaretti présente comme le « bras droit » de l'impératrice Théodora dans l'exercice du pouvoir..

D'après son contemporain, l'historien Procope, elle disposait d'une grande influence sur son mari. Née vers 495, elle survit à son mari qui meurt en 565John Lemprière, Bibliotheca classica: or, A classical dictionary, Volume 1, 188, .

Jeunesse

Procope indique que le père et le grand-père d'Antonina étaient des conducteurs de char qui conduisaient devant différents publics, notamment à Constantinople et à Thessalonique. Procope ne mentionne pas leur nom. 

La mère d'Antonina, dont le nom ne nous est pas parvenu, était une actrice. Procope la mentionne avec mépris dans ses écrits. Il indique qu’elle était « une des prostituées du monde du théâtre ». Le terme utilisé pour « théâtre » dans ses écrits est « thymele » (grec: θυμέλη), qui équivaut au mot « orchestre » en grec (grec: ορχήστρα). On l’utilisait à l’époque pour désigner des artistes moins prestigieux que les acteurs tels que les acrobates, les danseurs, les jongleurs, etc. Le terme « artistes thyméliques » était presque toujours utilisé dans un sens négatifMartindale, Jones & Morris (1992), ..

Procope prétend qu’Antonina mena une vie de débauche durant sa jeunesse et qu’elle eut plusieurs enfants avant son mariage avec Bélisaire. À propos d'Antonina, Procope écrit : « Cette femme mena dans sa jeunesse une vie obscène et était un personnage dissolu. Elle côtoya plusieurs apprentis sorciers dans l’entourage de ses parents et en apprit suffisamment pour répondre à ses besoins. Elle devint plus tard la femme de Bélisaire, après être devenue la mère de ses enfants ».

C’est à cette époque qu’elle rencontre Théodora, future impératrice, avec qui elle restera amie tout au long de sa vieGarland (1999), .. Les deux femmes ayant été des actrices et des courtisanes durant leur jeunesse, il est probable que ce soit par le monde du théâtre qu'elles se sont rencontrées.

Le mariage entre Antonina et Bélisaire aurait eu lieu vers 530, au moment même où Théodora devient impératrice et commence à constituer une cour autour d'elle. D'après Paolo Cesaretti, Théodora n'aurait pas été étrangère au mariage entre Bélisaire et Antonina. Selon l'historien, il est probable que ce soit Théodora elle-même qui ait suggéré le nom d'Antonina à Justinien qui l'aurait ensuite imposé à Bélisaire. Antonina étant plus âgée que Bélisaire, Théodora aurait vu en Antonina une partenaire parfaite pour celui-ci, capable d'administrer les richesses qu'il allait probablement amasser durant ses futures campagnes militaires.

Relations avec Théodora vignette|Théodora représentée sur une mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne, 547 de notre ère. Lorsque Théodora arrive au pouvoir, Antonina est nommée surintendante de la garde-robe. Petit à petit, elle devient la principale collaboratrice de l’impératrice. Malgré tout, leurs relations n’auraient pas toujours été au beau fixe, en raison des infidélités d’Antonina vis-à-vis de son mari Bélisaire, Théodora n’étant pas prête à transiger sur les vertus publiques demandées aux dames de sa cour.

En tant que secrétaire de Bélisaire, Procope faisait partie du cercle rapproché de ce dernier et de sa femme Antonina. Profitant de cette proximité, Procope n'hésite pas à décrire longuement dans ses écrits les escapades d'Antonina, notamment sa liaison avec un jeune Thrace du nom de Théodose, qui était également le filleul de Bélisaire. Cette relation aurait fortement déplu à l'impératrice Théodora. Bien qu'elles soient amies de longue date, Antonina craignait de perdre ses faveurs.. Procope écrit en effet que : « Antonina craignait d’être l’objet de quelque machination de l’impératrice qui se mettait souvent en colère contre elle et lui montrait les dents »Ibid, 1,13.

Malgré leur différend à ce sujet, les deux femmes auraient travaillé en étroite collaboration, Antonina agissant comme un agent de Théodora à plusieurs reprises. Selon l'historien Henry Houssaye, Théodora aurait ainsi consenti à couvrir les aventures extra-conjugales de sa collaboratrice afin de gagner son dévouement. Préserver le secret d'Antonina était un moyen pour l’impératrice de s’assurer sa fidélité..

Femme au tempérament dynamique et habile aux intrigues, elle aurait aidé l'impératrice en diverses occasions, notamment pour éliminer des opposants politiques.

Guerres des Vandales

200px|thumb|Carte des opérations de la guerre des Vandales en 533-534. Selon les rumeurs de l'époque, Antonina prodiguait souvent des conseils utiles à son mari, le général Bélisaire, qu'elle accompagnait lors de ses différentes campagnes. Ce dévouement n'était cependant pas désintéressé. Selon Procope, il s'agissait en fait d'un moyen pour Antonina de garder une certaine influence sur lui :

Antonina est mentionnée pour la première fois lors de la campagne contre les Vandales de 533 à 535 :

Lors de la traversée de la mer Adriatique, les réserves d’eau de la marine byzantine auraient été contaminées. La seule exception était l'approvisionnement du bateau de Bélisaire, dont l'eau avait été préservée grâce à l'intervention d'Antonina. Celle-ci aurait en effet fait stocker l’eau dans des bocaux en verre et les auraient placés dans une pièce sécurisée, afin d’empêcher toute contamination. Procope écrit :

Les précautions d'Antonina permirent également probablement d'empêcher la croissance des algues à bord..

Une fois arrivés en Afrique de Nord, Bélisaire installa ses forces dans « un camp situé à trente-cinq stades de Decimum, entouré d'une solide palissade ». Procope écrit : « Bélisaire laissa sa femme en arrière avec l'infanterie barricadés dans le camp, puis il partit avec tous les cavaliers ». Alors qu'ils progressent vers Carthage, ils sont alors rejoints par l'armée vandale, qu'ils mettent en déroute lors de la bataille de l'Ad DecimumProcope, Guerres, Livre 3, Chapitre 19, 11. Antonina et l'infanterie les rejoignent le jour suivant : « Le lendemain, l'infanterie et l'épouse de Bélisaire se mirent en route et nous nous sommes tous dirigés ensemble vers la route de Carthage, où nous sommes arrivés en fin de soirée »Procope, Guerres, Livre 3, Chapitre 20, 1.

Guerre des Goths

Destitution du pape 200px|thumb|Carte des opérations de la guerre des Goths. Antonina est ensuite mentionnée comme le bras armé de Théodora dans la déposition du pape Silvère en au début de la guerre des Goths. Procope évoque l'événement dans un chapitre indépendant :

Procope reste néanmoins flou sur la manière dont les deux femmes s’y seraient prises. L’ouvrage Liber Pontificalis, qui fut rédigé par des clercs de la cour pontificale, donne plus de précisions :

D’après le Liber Pontificalis, Silvère aurait ensuite été envoyé en exil à Ponza, où il serait mort quelques mois plus tard, le . La cause de sa mort n’est pas connue avec exactitude. Néanmoins certains historiens évoquèrent plus tard la thèse d’un assassinat. Certains rejettent la responsabilité sur le nouveau pape Vigile, d’autres sur Antonina. Dans plusieurs écrits, Antonina est ainsi décrite comme accomplissant sa mission avec « une efficacité impitoyable » et une « rapidité à couper le souffle ».

Liberatus de Carthage et Victor de Tunnuna rapportent qu'Antonina força le nouveau pape Vigile, au début de son mandat, à signer une déclaration de foi en faveur du monophysisme. Cette déclaration aurait été envoyée aux principaux évêques monophysites. Cependant cette affirmation est considérée comme douteuse, aucune autre source ne permettant de la confirmer.

Siège de Rome Lorsque les Goths assiégèrent Rome de à , Antonina se tenait aux côtés de son mari, le général Bélisaire. À ce sujet, Procope écrit : « Au cours de la nuit, Bélisaire, qui avait jeûné jusque là, fut contraint par sa femme et ses amis qui étaient présents à manger un très petit pain ».

Au cours de l’année 537, Bélisaire envoya ensuite Antonina à Naples, apparemment pour sa propre sécurité. Une fois là-bas, Antonina ne resta pas oisive. Elle aida notamment Procope, alors secrétaire de Bélisaire, à constituer une flotte, qui serait destinée à transporter du grain et des renforts à Rome via le port d'Ostie. Procope écrit :

L’historien canadien Evans suppose que Procope aurait exagéré son propre rôle dans cette mission, car il semble qu’Antonina était elle-même chargée d’organiser l'expédition de grain.

Lorsque « la flotte des Isauriens » arrive enfin à Ostie, Antonina, en tant que responsable de l’acheminement des vivres, doit faire face à un certain nombre de problèmes. En effet, les cargaisons arrivées par bateau devaient initialement être transportées à Rome sur des péniches, mais les bœufs qui devaient tirer les péniches sur le Tibre étaient épuisés, « la moitié étant morts ». D’autre part, les routes des deux côtés du Tibre étaient bloquées. L’une d’elles était tenue par les Goths, l'autre était trop étroite et « totalement inutilisable ». Procope raconte :

Retour à Constantinople Procopius accuse par ailleurs d'Antonina d'être impliquée dans la mort de Constantinus à la fin de 537.

Cependant, Procope donne un récit assez différent des événements dans un autre passage, dans lequel il indique que Constantinus aurait été exécuté pour vol, insubordination et tentative d'assassinat sur Bélisaire.

Antonina séjourna ensuite probablement en Italie de 538 à 540, mais Procope ne donne aucun détail sur ses activités. Il indique simplement qu'elle et Bélisaire retournèrent à Constantinople en 540. Bélisaire avait en effet été rappelé pour participer à une nouvelle guerre contre les Perses. Procope écrit . D'après Procope, l'amant d'Antonina, Théodose, serait également revenu avec eux :

Chute de Jean de Cappadoce À son retour à Constantinople, Antonina aida Théodora dans sa lutte politique contre le préfet du prétoire d’Orient, Jean de Cappadoce. La chute et l’exil de ce dernier en 541 semblent avoir été le résultat d'une rivalité persistante entre lui, Théodora et Bélisaire. Jean et Théodora se livraient en effet une lutte d’influence auprès de Justinien, chacun cherchant des motifs d’accusation contre l’autre. L’impératrice et le préfet se haïssaient réciproquement. De son côté, Bélisaire avait gagné un soutien populaire considérable après son retour d’Italie et considérait Jean de Cappadoce comme un rival.

Dans ses écrits, Procope raconte en détail comment Théodora et Antonina brisèrent la carrière de Jean de Cappadoce :

Il semble en effet que Jean ait commis une erreur en cherchant refuge dans une église voisine. Celle-ci étant hors du périmètre de la justice impériale, ce geste fut ainsi perçu comme une preuve de sa culpabilité.

Procope poursuit : « Après avoir terminé son travail et avoir gagné encore davantage la confiance de l’impératrice, elle se dirigea vers l’Est en compagnie de son amant Théodose […] Là-bas, l’impératrice démontra à tous qu’elle pouvait récompenser ceux qui la servent par des dons toujours plus grands mais aussi par des faveurs sanglantes. Antonina avait tendu un piège à un de ses ennemis et avait trahi ce dernier. Elle récompensa alors Antonina en lui livrant une foule d’hommes et brisa leur vie, alors qu’aucune charge particulière n’avait été retenue contre eux. »

Tensions avec Bélisaire vignette|Ce personnage, représenté à la droite de l'empereur sur une mosaïque célébrant la reconquête de l’Italie par l’armée byzantine (basilique Saint-Vital de Ravenne), est probablement celui du général victorieux, Bélisaire.