Le code Chappe est un code permettant de transmettre un texte à l’aide des éléments mobiles du Télégraphe Chappe, premier réseau de télécommunication à grande échelle de l'histoire. Mis au point à partir de 1793 dans le cadre des travaux de Claude Chappe, sa paternité appartient en réalité à Léon Delauney et de Mathieu Xavier Durant, il permettait de transmettre rapidement des mots, des phrases ou des instructions administratives au moyen de combinaisons de positions mécaniques observées à distance au télescope. Inventé en 1793 pour la télégraphie, ce codage assigne à chaque mot, ou groupe de mots une combinaison unique de signaux intermittents.

Contrairement à une idée répandue, le télégraphe Chappe ne fonctionnait généralement pas selon un alphabet lettre par lettre. Il est basé sur un codage par Livre-code. À un mot ou à une expression est associé un code numérique, généralement composé de deux nombres. Le code pouvait également faire l’objet d’un brouillage supplémentaire, appelé surchiffrement. Lorsqu’un mot ne figurait pas dans le répertoire, une section spécifique du vocabulaire permettait de coder les lettres, les chiffres ou les syllabesFlorent Chavand , Des données à l’information: De l’invention de l’écriture, 2017, p. 315.

Son efficacité reposait sur un vocabulaire codé (comparable à un dictionnaire chiffré), dans lequel chaque mot ou groupe de mots était associé à des nombres transmis sous forme de signaux visuels. Cette méthode permettait d'accroître considérablement la vitesse de transmission sur des centaines de kilomètres. Le code Chappe constitue ainsi l'un des premiers exemples de codage normalisé des communications à distance, préfigurant les systèmes de télégraphie électrique et certains principes des télécommunications modernesGerard J.Holzmann, Optical Telegraph Codes (Geheimschrift und Zeichensprache), publié en 1995. Voir en ligne.

Histoire Les origines Claude Chappe réalisa le une première expérience publique de communication à distance entre Parcé-sur-Sarthe et Brûlon, distants d'environ . L'expérience utilisait alors des cadrans à aiguilles appelés « tachygraphes » (deux cadrans mobiles dotés d'aiguilles et de chiffres). Léon Delauney assiste à Brûlon aux premières expériences du télégraphe des frères Chappe, dont il est cousin.

L'expérience, qui consistait à envoyer un message dans chaque sens, fut réussie et authentifiée par un compte rendu officiel. Claude Chappe put, avec ces preuves de fonctionnement, se rendre à Paris pour promouvoir son invention. Le succès de la démonstration permit à Chappe de présenter son invention aux autorités révolutionnaires. La langue télégraphique Dès cette période, la seule transmission de signes ne suffisait pas. Il fallait mettre au point une véritable langue de communication permettant de convertir des mots et des phrases en signaux transmissibles rapidement par une chaîne de stations. Léon Delauney participa à l'élaboration de ce premier vocabulaire télégraphique : il aida par ses compétences linguistiquesEt par un dictionnaire de cryptographie utilisé en diplomatie. ces derniers dans la composition de la langue télégraphique.

Le message était transmis de station en station, chaque relais étant généralement situé à une distance comprise entre et environ du suivant.

L'emploi d'un code était indispensable pour répondre à deux contraintes majeures: 1. la transmission lettre par lettre aurait considérablement ralenti l'acheminement des informations ; le message devait donc être condensé sous une forme codifiée. 2. un procédé garantissait la confidentialité des échanges : seuls l'expéditeur et le destinataire étaient en mesure d'interpréter le contenu du message, tandis que celui-ci demeurait incompréhensible pour les opérateurs chargés de sa transmission.

L'adoption du télégraphe aérien thumb|Code Chappe, vers 1794 En 1793, la Convention nationale adopta officiellement le télégraphe aérien. Une première ligne relia Paris à Lille et permit notamment d'annoncer rapidement la reprise de Condé-sur-l'Escaut aux Autrichiens en 1794. Cette réussite démontra l'intérêt stratégique du systèmeFrançois Gautier, L'oeuvre de Claude Chappe, créateur de l'administration française des télégraphes et inventeur du télégraphe aérien établi sous les auspices de la Convention nationale : centenaire de la télégraphie, 1793-1893 ,... ; Blais, Roy et Cie, Poitiers, 1893. Voir en ligne. Durant les décennies suivantes, le réseau s'étendit progressivement vers Strasbourg, Brest, Toulon, Lyon, Turin, Amsterdam et plusieurs autres centres administratifs ou militaires. À son apogée, il constitua le plus vaste réseau de communication rapide au monde.

Le succès du télégraphe Chappe en France fut connu à l'étranger, des initiatives similaires furent lancées dans plusieurs pays. Ce fut notamment le cas en Suède, où Abraham Niclas Edelcrantz commença à expérimenter ses propres modèles de télégraphe optique quelques semaines seulement après avoir pris connaissance des premières informations relatives aux travaux de Claude Chappe en France. L'élaboration des premiers protocoles de communication ne fut pas un phénomène exclusivement français. Ces travaux s'inscrivaient par ailleurs dans un héritage intellectuel plus ancien remontant aux réflexions de Robert Hooke, qui avait dès le esquissé plusieurs concepts fondamentaux de la signalisation à distance.

Avant l'apparition du télégraphe électrique, les réseaux télégraphiques nationaux reposaient principalement sur le télégraphe optique, constitué d’une chaîne de stations relais permettant de transmettre des signaux visuels de poste en poste au moyen de sémaphores ou de volets mobiles. Les différences portaient sur l'utilisation de code ou vocabulaire distincts qui s'expliquait par la conception des appareils employés dans les différents pays : alors que le système de Chappe utilisait des bras articulés mobiles, comparables à ceux de l'Alphabet sémaphore, par exemple, le système britannique reposait sur un ensemble de volets pouvant être ouverts ou fermés selon diverses combinaisons.

Principe du code

La véritable innovation de Chappe résidait dans son système de codage. Les différentes positions du télégraphe ne correspondaient pas directement aux lettres, mais à des valeurs numériquesIgnace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne. Chaque signal permettait de transmettre un nombre. Les nombres étaient ensuite associés à des entrées dans des ouvrages de codage spécifiquement conçus pour l'administration télégraphique. L'opérateur destinataire consultait alors le même livre de codes et retrouvait immédiatement le mot ou la phrase correspondant. La machine télégraphique thumb|Télégraphe de Chappe. Le régulateur est le segment AB. Les indicateurs sont les segments AC et BD.|upright=0.7 Le télégraphe Chappe se composait d'un mât central portant : 1. un régulateur (barre principale) ; 2. deux indicateurs articulés ; 3. un mécanisme de commande situé dans la station.

Les opérateurs observaient la station précédente au moyen d'un télescope puis reproduisaient immédiatement la position observée afin de transmettre le signal vers la station suivante.

Les signaux La théorie Le mécanisme du télégraphe Chappe offrait théoriquement comme Point de code possibles (=8×7×4) distinctes, comme pour l'ASCII étendu, résultant de la combinaison de possibles pour chacun des deux indicateurs et de quatre positions pour le régulateur central.

Cependant, certaines de ces configurations présentaient une visibilité insuffisante lorsqu'elles étaient observées depuis les stations voisines. En particulier, les positions où les indicateurs se trouvaient alignés avec le régulateur ou dissimulés derrière celui-ci étaient difficilement discernables à grande distance. Pour garantir la fiabilité des observations, ces configurations furent exclues du système de signalisation, ramenant le nombre de positions effectivement exploitables à . Cette contrainte illustre l'importance accordée par les concepteurs du réseau à la lisibilité et à la réduction des erreurs de transmission.

Dans l'ensemble des systèmes de codage employésY compris le premier, adopté en 1794, les positions effectivement porteuses d'information étaient limitées aux configurations où le régulateur occupait une position horizontale ou verticale. Bien que l'appareil puisse théoriquement produire un plus grand nombre de combinaisons, cette restriction réduisait l'ensemble des signaux disponibles à (=7×7×2).

Après exclusion ou réservation d'un certain nombre de position pour des fonctions de contrôle, le code disposait d'un alphabet opérationnel restant de signaux utilisables. Les positions où le régulateur était incliné n'étaient toutefois pas inutilisées. Elles servaient aux opérateurs lors de la mise en place d'un nouveau signal.

Pour former un signal, le régulateur était d'abord incliné vers la droite ou vers la gauche, tandis que les deux indicateurs restaient repliés. Les indicateurs étaient ensuite placés dans leur nouvelle position. Enfin, le signal était validé en ramenant le régulateur à une position horizontale ou verticale.

Les différents type de signaux

On distingue les signaux de correspondance et les signaux de contrôle. Les signaux de correspondance utilisent une position horizontale ou verticale du régulateur. De plus, la position oblique gauche du régulateur est utilisée pendant la composition des signaux de correspondance. Les signaux de contrôle (urgence du message, absence, problème divers, brouillard…) utilisent uniquement la position oblique droite du régulateur.

Les signaux sont valides quand les petites ailes noires nommées indicateurs sont : repliées sur le régulateur ; ou forment un angle à 45° ou 90° avec le régulateur. La position dans le prolongement du régulateur n'est mécaniquement pas possible. Elle a été abandonnée pour éviter confusion et ambiguïté avec la position repliée sur le régulateur.

Signaux de contrôle Une partie des positions possibles n'était pas destinée au contenu du message mais à l'exploitation du réseau. Ces signaux permettaient notamment : d'indiquer le début d'une dépêche ; de signaler la fin d'un message ; de demander une répétition ; d'annoncer une erreur ; de suspendre momentanément la transmission.

Ces commandes constituaient un véritable protocole opérationnel, indispensable au bon fonctionnement du réseau télégraphique Chappe. Ces procédures constituent l'un des premiers exemples connus de protocole de communication, comparable à certaines fonctions de contrôle utilisées dans les réseaux informatiques modernes comme le Caractère de contrôle.

Le code d'origine (1793) « Lille » Vocabulaire de 9999 entrées

Le code d'origine développé avec l'aide de Léon Delauney en 1793 utilisé sur la ligne Paris-Lille se composait d'un Livre-code de (ou vocabulaire) ; chaque mot étant représenté par un nombreAnnales télégraphiques, , , 1860.. Prenant les bases de chiffrement adoptéesÉdouard Gerspach, Histoire administrative de la télégraphie aérienne en France, E. Lacroix (Paris), 1861, 116 p. Voir en ligne pour la sténographie utilisées dans les correspondances diplomatiques, Léon Delauney compose le vocabulaire ou chiffrageLes techniques du télégraphe Chappe Le code ou vocabulaire. qui devait s'appliquer au télégraphe optique jusqu'en 1795. Ce système est alors le privilège de la diplomatie, et consiste à traduire chaque mot de la langue par un nombre différent, de façon à trouver par la traduction des nombres les mots de la dépêcheBrunswick, Dictionnaire de la correspondance télégraphique secrète, 1867. Voir en ligne.

Les signaux de convention nécessaires au service étaient seuls compris par les opérateurs.