L'Armée de la Conquête (en arabe , ) était une chambre d'opérations militaires formée le pendant la guerre civile syrienne et active jusqu'en 2017. Elle rassemblait la majorité des factions rebelles islamistes syriennes de la poche d'Idlib, c'est-à-dire tout le gouvernorat d'Idleb et certaines parties des gouvernorats de Hama, de Lattaquié et d'Alep.
Actions thumb|Situation dans le gouvernorat d'Idleb le après les offensives rebelles.
L'armée de la conquête est créée le , avec pour but de chasser les forces loyalistes d'Idlib et du gouvernorat du même nom.
L'Armée de conquête prend la ville d'Idleb le , quatre jours après sa formation. Durant la bataille de Jisr al-Choghour, l'armée a prend le contrôle de la ville en seulement trois jours, le . Après sa victoire, elle vise le port de Lattaquié et continuent d'avancer dans le gouvernorat d'Idleb, mais fait face à de rudes bombardements du régime.
Mais le matin du , les rebelles s'emparent du camp militaire d'al-Qarlmid ou Maamal al-Karmid (la fabrique de brique) près de la ville d'Ariha. Selon l'OSDH, les affrontements ont fait au moins 15 morts chez les loyalistes et huit tués du côté des rebelles, dont deux kamikazes. Trois chars du régime ont également été détruits lors des affrontements, sept autres sont capturés par les rebelles, ainsi que six canons. En réponse, des hélicoptères du régime larguent une dizaine de barils d'explosifs sur le camp.
Le , après deux jours de combats, l'Armée de la conquête s'empare du camp militaire d'Al-Mastouma, la plus grande base du régime dans la région d'Idleb. Au moins 16 rebelles y sont tués selon l'OSDH. Les loyalistes se replient sur la ville d'Ariha, à sept kilomètres au sud et à l'aéroport militaire d'Abou Douhour, à une cinquantaine de kilomètres à l'est.
Le , l'Armée de la conquête attaque Ariha, mais les forces de l'armée syrienne et du Hezbollah battent rapidement en retraite et après seulement trois heures de combats, la ville est prise à son tour. Selon l'OSDH, 18 soldats et miliciens loyalistes sont tués au combat et 13 autres sont capturés et exécutés. Les rebelles tiennent alors la quasi-totalité du gouvernorat d'Idleb.
Le , les rebelles prennent une dizaine de villages situés sur la route d'Ariha à Lattaquié, ainsi que le barrage de Maassara, le plus important encore tenu par le régime dans le gouvernorat d'Idleb. Selon l'OSDH, au moins 13 rebelles et 32 loyalistes sont tués dans ces combats. L'armée de la conquête parvient donc, un peu plus de deux mois après sa formation, à chasser pratiquement totalement les forces loyalistes du gouvernorat d'Idlib.
Elle prend part également à la Bataille d'Alep .
Selon Luc Mathieu, journaliste de Libération : .
Composants Front al-Nosra, puis Front Fatah al-Cham jusqu'au ; Ahrar al-Cham ; Jound al-Aqsa, jusqu'au ; Liwa al-Haq jusqu'au ; Jaych al-Sunna jusqu'au ; Ajnad al-Cham ; Faylaq al-Cham, jusqu'au ; Le Parti islamique du Turkestan, à partir de ; Harakat Nour al-Din al-Zenki, du au ; Suqour al-Cham, du jusqu'au .
L'Armée de la conquête compte environ . Ahrar al-Cham et le Front Fatah al-Cham, sont les deux groupes dominants.
Thomas Pierret, maître de conférences à l'Université d'Edimbourg et spécialiste de la Syrie explique que les combattants .
Le Parti islamique du Turkestan intègre l'Armée de la conquête au début du mois de . Puis le Harakat Nour al-Din al-Zenki rallie à son tour la chambre d'opération le , suivi par Suqour al-Cham le , groupe qui avait fait défection d'Ahrar al-Cham quelques jours plus tôt .
Dissolution Le , Jound al-Aqsa annonce qu'il se retire de l'Armée de la conquête, il dénonce certains groupes qui la composent et les qualifie de « salafistes modérés ». Ce groupe est en effet proche de l'État Islamique.
Le , Faylaq al-Cham se retire à son tour, mais sans faire état de tensions avec les autres groupes, et annonce qu'elle se redéploie à Alep en raison de la progression des forces loyalistes sur ce front.
En 2015 et 2016, le Front al-Nosra, renommé Front Fatah al-Cham, étant le groupe le plus puissant de la région avec Ahrar al-Cham, avait ouvert à plusieurs reprises des discussions avec ce dernier, dans le but d'opérer une fusion entre les deux mouvements, ce qui aurait créé un groupe véritablement hégémonique dans la poche rebelle. Mais elles s'étaient achevées sans résultat, décevant ainsi les espoirs du Front Fatah al-Cham de dominer la région par la diplomatie et les alliances.
Après leur défaite en décembre à la bataille d'Alep, de vives tensions opposent les groupes rebelles du nord de la Syrie. Selon le reporter du Figaro Georges Malbrunot, les djihadistes du Front Fatah al-Cham — l'ex-Front al-Nosra — blâment d'autres factions à cause de leurs échecs dans leurs tentatives pour briser le siège d'Alep : .
Le , un cessez-le-feu est conclu entre le régime et l'opposition par l'intermédiaire de la Russie, de l'Iran et de la TurquieCélian Macé, En Syrie, une trêve sous le signe du duo Poutine-Erdogan, Libération, 29 décembre 2016. ; et le , une conférence de paix s'ouvre à AstanaBenjamin Barthe , Syrie : quelles sont les forces en présence à Astana ?, Le Monde, 23 janvier 2017.. Cependant le Front Fatah al-Cham fait part de sa vive opposition et condamne ces pourparlers qui sont selon lui une tentative visant à de Bachar el-Assad.
Exclu des pourparlers à cause de ses liens avec al-Qaïda et hostile à toute négociation, le Front Fatah al-Cham subit également à cette période une intensification des frappes aériennes de la coalitionCaroline Hayek, En Syrie, une trêve aux accents de guerre intestine rebelle, OLJ, 27 janvier 2017.. Il crie alors au complot et accuse plusieurs autres groupes d'avoir conclu un accord contre lui et d'être les complices des AméricainsOlivier Tallès, En Syrie, la guerre dans la guerre des rebelles d’Idlib, La Croix avec AFP, 27 janvier 2017..
Les tensions montrèrent donc jusqu'à ce que les combats éclatent finalement entre le Front Fatah al-Cham et Ahrar al-Cham le .
Ainsi, le , le Suqour al-Cham se rallie à nouveau à Ahrar al-Cham. Et, le , le Front Fatah al-Cham, le Liwa al-Haq, le Jaych al-Sunna, et le Harakat Nour al-Din al-Zenki fusionnent pour former le Hayat Tahrir al-Cham.
L'armée de la conquête avait donc disparu de facto car la plupart des groupes armés qui la composaient avait dû prendre parti pour l'un des deux protagonistes des combats.
Soutiens L'Armée de la conquête est soutenue par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Avant la bataille d'Idleb, Ahrar al-Cham reçoit d'importantes livraisons d'armes via la Turquie, qu'il redistribue ensuite à d'autres groupes. Selon le chercheur Charles Lister, à l'été 2016, en pleine bataille d'Alep, l'alliance reçoit pour la première fois des armes de fabrication américaine.
Références
Liens externes .
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