Le combat du col d'Ordal se déroule les 12 et , dans la province de Barcelone, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Elle oppose l'armée française d'Aragon sous les ordres du maréchal Louis-Gabriel Suchet à l'avant garde de l'armée anglo-espagnole du lieutenant-général William Bentinck. Cette dernière, sous le commandement direct du colonel Frederick Adam, est surprise par une attaque nocturne française et doit abandonner sa position près des défilés d'Ordal, de haute valeur stratégique. Le lendemain, la cavalerie de Suchet, lancée à la poursuite de l'ennemi, se mesure avec succès à son homologue britannique placée à l'arrière-garde.
La victoire du marquis de Wellington à la bataille de Vitoria, le , rend intenable la position de Suchet à Valence et en Aragon. Le maréchal est contraint d'évacuer les deux provinces et concentre ses troupes autour de Barcelone ; dans leur retraite, les Français sont suivis de très près par les alliés du lieutenant-général Bentinck. Face à cette menace, Suchet décide de se porter à la rencontre de l'avant-garde ennemie à Ordal avec tandis qu'un de ses divisionnaires, le général Charles Decaen, s'avance par le nord-est avec . Après la défaite d'Adam, Bentinck abandonne Vilafranca et rétrograde sur Tarragone. Il démissionne quelque temps plus tard de son commandement.
La victoire de Suchet ne sauve pas la situation stratégique française en Catalogne. Affaiblie par les ponctions nécessaires à la défense de l'est de la France, l'armée d'Aragon doit battre en retraite vers les Pyrénées, laissant derrière elle plusieurs garnisons. Celles-ci sont neutralisées les unes après les autres par les Anglo-Espagnols, à l'exception de Barcelone qui reste aux mains des Français jusqu'à la fin du conflit.
Contexte vignette|gauche|alt=Portrait d'un officier.|Louis-Gabriel Suchet.
Après le siège de Valence, qui s'achève sur la capitulation de la garnison espagnole le ., l'armée française d'Aragon est ralentie dans sa série de victoires par la maladie de son chef, le maréchal Louis-Gabriel Suchet. Le retrait d'importants contingents d'Espagne par Napoléon en vue de la campagne de Russie interroge en outre sur la possibilité de nouvelles conquêtes.. De fait, Suchet demeure relativement passif dans les mois qui suivent. Le , l'un de ses subordonnés, le général de division Jean Isidore Harispe, écrase une armée espagnole à la bataille de Castalla, ce qui incite le général britannique Thomas Maitland à abandonner son projet d'invasion de la Catalogne et à débarquer à la place sa petite armée anglo-alliée à Alicante. De fait, alors que l'été et l'automne voient les forces anglo-portugaises du marquis de Wellington remporter la bataille des Arapiles et occuper Madrid avant d'être repoussées jusqu'au Portugal à l'issue du siège de Burgos, la situation à l'est de l'Espagne est avant tout marquée par l'inactivité des chefs en présence..
Maitland étant tombé malade à son tour en septembre, son commandement est successivement relevé par les généraux John Mackenzie, William Henry Clinton, James Campbell et enfin John Murray.. Le , ce dernier repousse Suchet à l'issue de la deuxième bataille de Castalla mais, trop prudent, préfère battre en retraite après sa victoire.. À la demande de Wellington, Murray échafaude pour le mois de juin une attaque depuis la mer. Sa pusillanimité lors du siège de Tarragone laisse toutefois passer l'occasion de conquérir ce port encore faiblement défendu ; redoutant l'arrivée des troupes de secours dirigées par le maréchal Suchet et le général Mathieu, il ordonne une retraite précipitée, abandonnant sur place ses 18 canons de siège. Ce revers entraîne pour Murray la perte de son commandement au profit de Lord William Bentinck..
La victoire décisive remportée par Wellington à Vitoria, le , ne permet plus à Suchet de se maintenir dans les provinces de Valence et d'Aragon. Le , le général de brigade Marie Auguste Pâris, harcelé par les guérilleros de Francisco Espoz y Mina, est contraint d'abandonner Saragosse et de reculer en direction des Pyrénées.. Suchet, qui a lui-même évacué Valence le ., se retire à Tarragone, laissant diverses garnisons en chemin. Rendu inquiet par la présence de l'armée de Bentinck, le maréchal fait démanteler les fortifications de Tarragone avant de reculer vers Barcelone. L'armée française interrompt sa retraite fin juillet à Vilafranca, puis, un mois plus tard, recule encore jusqu'au Llobregat. Bentinck, prudent, se contente de suivre ses adversaires à distance, occupant progressivement le terrain abandonné ; il atteint Vilafranca le . De là, le commandant britannique effectue sa jonction avec les troupes espagnoles du général Francisco Copons y Navia, portant le total des forces placées sous son commandement à , diversement répartis entre Tarragone, Vilafranca del Penedès et Ordal.
Prélude vignette|gauche|alt=Officier de profil.|Frederick Adam.
Au matin du , laissant en garnison à Vilafranca, Bentinck choisit d'accompagner le colonel Frederick Adam et les de son avant-garde sur les hauteurs du col d'Ordal. Cet endroit, au sein duquel transite un axe de communication d'importance, est en outre réputé pour être une excellente position défensive. L'armée espagnole s'empresse d'y ériger quelques retranchements, jadis détruits en 1810. Dans le même temps, parti de Sant Sadurní d'Anoia, le colonel Torres arrive à Ordal à la tête d'une colonne de soldats espagnols de la division Sarsfield. Une patrouille de cavalerie est déployée à l'est du col sans signaler la présence française. Bentinck s'en retourne alors à Vilafranca, croyant son avant-garde en sécurité.
Adam prend ses dispositions et dirige le placement de ses troupes. Le Calabrian Free Corps est posté sur le flanc gauche ; au centre, quatre canons se mettent en batterie en travers de la route, appuyés par deux compagnies légères des Rifles et deux autres du Regiment of Foot ; les Espagnols de Torres, quant à eux, se déploient à droite des canons. À l'extrême-droite, Adam positionne le gros du , soit huit compagnies. Un détachement de 150 cavaliers du régiment des hussards de Brunswick forme la réserve. Le soir venu, Adam et ses hommes couchent sur leurs postes de combat. Le colonel anglais a toutefois négligé de faire garder le pont de Lledoner, à seulement du col d'Ordal.
Au même moment, le maréchal Suchet a quitté Molins de Rei avec . Une deuxième colonne française forte de , sous les ordres du général de division Charles Mathieu Isidore Decaen, part de Martorell et s'avance par le sud-ouest. Son objectif est le même que celui de Suchet : attaquer le gros de l'armée de Bentinck à Vilafranca..
Forces en présence Ordre de bataille français vignette|Le de hussards, fort de quatre escadrons, joue un rôle décisif lors de la poursuite française. Planche de Richard Knötel pour la série Uniformenkunde.
L'ordre de bataille français est tiré d'après .
Armée d'Aragon : maréchal Louis-Gabriel Suchet, commandant en chef — : général de division Jean Isidore Harispe — 6 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons : général de division Pierre-Joseph Habert — 6 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons d'infanterie de ligne — 2 bataillons Cavalerie : général de brigade Jacques-Antoine-Adrien Delort — 15 escadrons, hommes de hussards — 4 escadrons de cuirassiers — 4 escadrons de dragons — 3 escadrons Chevau-légers westphaliens — 4 escadrons
L'historien britannique Digby Smith donne comme commandant de la cavalerie le général de division André Joseph Boussart, avec un certain général de brigade « Meyers » en tant que commandant en second., probablement Bernard Meinrad Meyer de Schauensée.. Cependant, Charles Mullié écrit que Boussart est mort le , soit un mois avant le combat d'Ordal.. D'autres sources indiquent que c'est alors le général de brigade Jacques-Antoine-Adrien Delort qui est à la tête de la cavalerie de Suchet..Par erreur, Mullié a mis la biographie de Jacques-Antoine-Adrien Delort sous le nom de Marie Joseph Raymond Delort. Tous deux ont en effet été promus généraux de brigade en 1811 et sont morts la même année, en 1846, d'où une possible confusion.. La composition des forces de Decaen n'est pas connue.
Ordre de bataille anglo-espagnol L'ordre de bataille anglo-espagnol est tiré d'après pour les Britanniques et Miró pour les Espagnols.
Avant-garde de l'armée anglo-espagnole du lieutenant-général William Bentinck : colonel Frederick Adam, commandant en chef — , 4 canons Troupes britanniques — 2 bataillons, 2 compagnies et 4 canons, du — 1 bataillon Rifle Company du — 1 compagnie Rifle Company du d'infanterie de ligne de la King's German Legion — 1 compagnie (« Corps franc calabrais ») — 1 bataillon 4 pièces d'artillerie Troupes espagnoles : colonel Torres — 3 bataillons, — 1 bataillon liste à la place le régiment d'infanterie Badajoz. Régiment d'infanterie Tiradores de Cadiz — 1 bataillon Régiment d'infanterie Voluntarios de Aragón — 1 bataillon
Déroulement du combat vignette|Plan du combat du col d'Ordal. Les troupes anglo-espagnoles sont en noir et les troupes françaises en gris.
La colonne de Suchet, qui a quitté Molins de Rei en début de soirée, parvient, au prix de marches forcées, à arriver en vue du col d'Ordal à . Devant l'absence de sentinelles — fait inhabituel qui étonne le maréchal —, les Français traversent le pont de Lledoner sans être inquiétés et s'avancent en direction des hauteurs, alors que les Alliés sont encore en plein sommeil. Le bruit causé par le déplacement des troupes attire cependant l'attention d'une patrouille de cavalerie espagnole qui, s'étant portée en avant afin d'en identifier l'origine, est accueillie par une fusillade nourrie qui réveille les hommes d'Adam en sursaut. La division Harispe passe à l'attaque, le général de brigade Jean Mesclop et le de ligne en tête. Arrivé à mi-hauteur du sommet, le se heurte aux premiers retranchements tenus par quatre compagnies d'infanterie espagnoles, qui préfèrent se retirer à l'abri d'une seconde ligne de défense ; après quoi, renforcées de plusieurs contingents alliés, elles lancent une contre-attaque qui refoule brièvement le de ligne.
Rejoints par leurs camarades du d'infanterie, les fantassins du s'élancent à nouveau à l'assaut des redoutes et cette fois s'en emparent, tuant un grand nombre de défenseurs. Suchet, de son côté, ne reste pas inactif : après avoir dépêché la division Habert sur la gauche, il envoie la seconde brigade de la division Harispe à l'appui de Mesclop. L'attaque française progresse sur la gauche de manière à accentuer la pression sur le flanc droit des Alliés. Au sud du pont de Lledoner, le capitaine Thomas-Robert Bugeaud, du de ligne, tombe avec un seul bataillon sur le gros du Regiment of Foot britannique. Le colonel Adam, blessé dès le début de l'action, doit remettre son commandement au colonel Reeves, bientôt touché lui aussi. Les Espagnols se battent avec distinction sous la férule de leurs officiers, en particulier les Tiradores de Cadiz du colonel Antony Bray et les grenadiers commandés par Rafael Larruda. Toutefois, prise de flanc, l'aile droite anglo-espagnole craque sous le poids de l'attaque française. À la vue de ses adversaires en déroute, Suchet ordonne au général Delort de se lancer à leur poursuite avec le de hussards. Ralenti un moment par les « hussards noirs » de Brunswick, le de hussards rafle tout de même près de 500 prisonniers ainsi que les quatre canons britanniques emmenés vers l'arrière avant la fin des combats.