L'église Notre-Dame d'Ève est une église catholique paroissiale située à Ève, en France. Elle se singularise par sa façade dissymétrique, à quatre travées, qui englobe un étage et demi d'un clocher roman du milieu du . Le très riche décor à pinacles plaqués, accolades, animaux fantastiques et réseaux flamboyants, ainsi que l'élégante flèche cumulant à de hauteur, datent de la première moitié du . Comme la façade l'augure déjà, le plan de l'église est également irrégulier, au moins dans la première travée de la nef, qui se compose de la base du clocher plusieurs fois remanié, et d'un narthex. Le reste du vaisseau central est inhabituellement large pour une petite église rurale, et se termine par une grande abside à cinq pans. Les deux premières travées à l'est du clocher représentent le chœur gothique du second quart du , dont l'architecture est d'une grande qualité. Les travées adjacentes du bas-côté nord datent de la même époque. Il faut savoir que la nef se situait à l'ouest du clocher avant sa destruction sous la guerre de Cent Ans. Au lieu de la reconstruire à son emplacement primitif, il fut décidé, au , de transformer le chœur gothique en nef, et de prolonger cette dernière vers l'est, afin d'obtenir un nouveau chœur. Le vaisseau central est donc augmenté d'une travée droite et d'une abside à cinq pans, le bas-côté nord est prolongé d'une travée, et un bas-côté est ajouté au sud. Ces travaux s'échelonnent sur deux campagnes de construction, et s'achèvent avant 1540. C'est cette date qui se lit sur la verrière d'axe du chevet, qui comporte des vitraux de la Renaissance remarquables, au sujet de la dormition de la Vierge Marie et de son Assomption. Le clocher et les vitraux ont été classés aux monuments historiques par la liste de 1862., puis l'église a été classée en totalité par arrêté du .. L'église Notre-Dame est aujourd'hui affiliée à la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, qui s'étend sur quinze communes. Elle accueille des messes dominicales anticipées quelquefois par an, ainsi que des célébrations particulières.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, près de la limite avec la Seine-et-Marne, sur la commune d'Ève, rue de la Courcelle. La façade est précédée d'un grand parvis engazonné, qui correspond à l'ancien cimetière, et est toujours clos par des murs.. La rue de la Courcelle passe autour de la place, puis longe l'élévation septentrionale de l'église, contourne deux maisons, tourne vers le sud, et passe ensuite près du chevet de l'église. Celui-ci est également précédé d'une pelouse appartenant à la commune, et bien mis en valeur. Une étroite ruelle permet de regagner à pied le parvis. Cependant, une ancienne ferme jouxte presque immédiatement l'élévation méridionale, qu'il est donc impossible de contempler en prenant du recul.
Historique thumb|upright|left|Nef, vue vers l'est.
L'église est placée sous le vocable de l'Assomption de la Sainte-Vierge. Selon le chanoine Louis Pihan, elle serait incontestablement de fondation seigneuriale. La date de fondation de la paroisse est toutefois inconnue. Le collateur de la cure était le chapitre Notre-Dame de Senlis.. Sous l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné et du diocèse de Senlis.. La construction de l'église actuelle débute à la fin de la période romane. Seuls les étages du clocher, dont le premier n'est que partiellement visible, subsistent de cette époque. Dominique Vermand réfute clairement les hypothèses émises par les auteurs du , selon lesquels l'église d'Ève possédait initialement un clocher-porche : . La nef se situait donc sur l'actuel parvis. Elle a probablement été détruite ou fortement endommagée sous la Guerre de Cent Ans. Mais dans un premier temps, au second quart ou au milieu du , l'église est simplement agrandie. Le chœur roman est remplacé par un vaste complexe gothique, qui comporte un haut et large vaisseau central de deux travées, qui fait suite à la croisée du transept et au croisillon sud du transept. Ce vaisseau n'est accompagnée d'un bas-côté qu'au nord. L'ancien croisillon nord est partiellement maintenu, mais en grande partie reconstruite dans le même style. : (Eugène Müller)..
Après la guerre de Cent Ans, soit au dernier quart du ou au début du , la nef romane est démolie, comme déjà signalée, et une nouvelle façade vient fermer l'édifice à l'ouest. Elle est plus large que l'ancien transept, car un bas-côté est ajouté au sud. À la même occasion, le croisillon sud est remplacé par une petite travée servant de narthex, et les piliers du chœur du sont reprises en sous-œuvre dans les angles sud-ouest, sud-est et nord-est. Ils sont remplacés par des piliers ondulés, mais la partie supérieure des faisceaux de colonnettes et leurs chapiteaux sont maintenus, ce qui est nuisible à la cohérence stylistique de l'édifice. Par ailleurs, le bas-côté sud est plus large que son homologue du nord. Le chanoine Louis Pihan estime donc que les agrandissements successifs du auraient été .. Ces agrandissements se poursuivent par le prolongement du vaisseau central et de ses bas-côtés par une quatrième travée. Dominique Vermand situe cet agrandissement pendant les années 1530, mais la seule différence stylistique par rapport aux trois premières travées du bas-côté sud sont les liernes et tiercerons de la voûte et le remplage des fenêtres au chevet et au nord de la quatrième travée du nord. Sauf ce type de remplage, rien ne s'oppose au rattachement de cet agrandissement à la campagne de construction déjà citée. En revanche, l'abside date incontestablement de la fin des années 1530, puisqu'un vitrail de l'axe du chevet porte le millésime de 1540, et les dais des niches à statues que l'on voit à l'extérieur épousent le style de la Renaissance. De même, le réseau des fenêtres est placé sous l'influence de la Renaissance débutante. La flèche du clocher date de la même époque. thumb|upright|Grotte de Notre-Dame-de-Lourdes.
Sous la Révolution française, les paroisses sur le territoire du département de l'Oise sont rattachées au diocèse de Beauvais. Avec le Concordat de 1801, le siège épiscopal de Senlis est définitivement supprimé, et le diocèse de Beauvais est même annexé au diocèse d'Amiens, situation qui perdure jusqu'en 1822. — Le clocher et les vitraux sont classés aux monuments historiques par la liste de 1862. Le chanoine Pihan écrit : . En 1881, le beffroi en charpente à l'intérieur du clocher est supprimé. Il était conçu pour recevoir quatre cloches sur deux étages, et du temps que le carillon était encore au complet, avant la Révolution, tout le beffroi se mit en branle, et heurtait les murs du clocher, qui se lézardaient. En plus, le clocher s'incline de plus d'un mètre vers le sud-ouest. La restauration et la consolidation est entreprise à partir de 1881 sous la direction de l'architecte Werlé. La flèche est alors exhaussée de plusieurs assises afin d'améliorer ses proportions..
L'église est classée aux monuments historiques en totalité par arrêté du . Ève n'est, depuis plusieurs décennies, plus une paroisse indépendante, et est intégré depuis 1996. dans la nouvelle paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, qui s'étend sur quinze communes, et dont le lieu de culte principal est l'église Saint-Pierre de Nanteuil-le-Haudouin. À l'instar de l'église voisine de Ver-sur-Launette, l'église Notre-Dame n'accueille plus de messes régulières pendant plusieurs années, et est utilisée exclusivement pour les célébrations particulières (messes, baptêmes, obsèques). Les messes dominicales anticipées ne reprennent qu'au printemps 2016.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Régulièrement orientée, l'église se compose d'une large nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés se terminant par un chevet plat, et d'un chœur qui se limite à une abside à cinq pans. La dernière travée de la nef abrite actuellement le chœur liturgique. La sacristie occupe l'angle entre le chevet du bas-côté sud et l'abside, et une tourelle d'escalier se situe à l'angle nord-ouest de la façade. La première travée de la nef est subdivisée en deux travées, qui sont moins élevées que les autres. La travée du nord est la base du clocher, et correspond à l'ancienne croisée du transept. La travée au sud tient lieu de narthex, et correspond à l'ancien croisillon sud. Jusqu'au , la nef se situait devant le clocher, sur l'actuel parvis de l'église. Toutes les travées sont voûtées d'ogives. Dans la quatrième travée de chacun des trois vaisseaux et dans l'abside, les voûtes sont agrémentées de liernes et tiercerons. L'on accède à l'église par le portail principal en façade, qui ouvre sur le narthex, ou par une petite porte dans le mur occidental du bas-côté sud. Nef et bas-côtés sont recouverts d'une toiture unique à deux rampants, avec un grand pignon en façade, qui englobe le clocher.
Intérieur Base du clocher et narthex thumb|upright|Vue depuis la nef. thumb|upright|Base du clocher), vue vers le nord.
Pratiquement plus aucun élément d'architecture romane ne subsiste à l'intérieur de l'église. L'arcade vers l'ancien croisillon nord comporte un rang de claveaux non mouluré et simplement chanfreiné, qui conserve des restes d'un décor en faux-appareil, et est susceptible de remonter au milieu , mais cet élément n'est pas spécifiquement roman. Le rouleau inférieur de la même arcade a été retaillé à la période gothique, et est désormais mouluré d'un méplat entre deux tores dégagés. Les supports au nord et au sud de l'arcade sont également susceptibles de remonter à la période romane, au moins en partie, mais les chapiteaux ont été arasés ou totalement supprimés. La très étroite arcade vers l'ancien croisillon sud est à double rouleau chanfreiné, et pourrait elle aussi dater du milieu . Ses supports ont été refaits au second quart du . Il s'agit de faisceaux de trois colonnettes à chapiteaux, dont celle au centre correspond au rang de claveaux inférieur. Elle est placée en avant des autres, et de plus fort diamètre que les autres. Les chapiteaux de crochets ont été trop grattés, voire resculptés lors d'une restauration au cours des années 1870. À l'ouest, le motif des chapiteaux se poursuit sur la frise d'un petit pilier à l'arête coupée, et se retrouve sur une colonnette à chapiteaux réservée à l'ogive contiguë à ce pilier. Dans l'angle nord-est, en face, le chapiteau est devenu illisible.