L'accès à l'électricité en Afrique est un enjeu déterminant pour le continent.

La consommation d'électricité par habitant de l'Afrique est seulement à 17,2 % de la moyenne mondiale en 2019.

La production d'électricité en Afrique repose surtout sur les combustibles fossiles (77,7 %) : en 2019, 39,1 % de l'électricité est issue du gaz, 30,3 % du charbon, 8,3 % du pétrole, 1,5 % du nucléaire et 20,5 % des énergies renouvelables (16,5 % de l'hydraulique, 2 % de l'éolien, 0,9 % du solaire photovoltaïque, 0,3 % du solaire thermodynamique, 0,6 % de la géothermie, 0,2 % de la biomasse).

Les ressources sont considérables, mais encore peu exploitées, du fait de la difficulté à réunir les financements nécessaires.

Histoire Les premiers développements de systèmes électriques sont apparus en Afrique du Sud, où un prototype de lampe à arc est présenté en 1860 ; le premier système télégraphique électrique est inauguré la même année entre Le Cap et Simon’s Town. En 1881, la gare du Cap est illuminée par l'électricité, ainsi que le Parlement colonial du Cap en 1882, année où Kimberley devient la première ville africaine à éclairer ses rues à l'électricité, alors que Londres est encore éclairée par des becs de gaz. La première centrale électrique est inaugurée en 1891, la première centrale hydroélectrique en 1892 et le premier trolleybus en 1896 Electricity in South Africa - Early Years, Eskom.. En 1923 est fondée l'Electricity Supply Commission (ESCOM), chargée d'électrifier des lignes de chemin de fer et de tramways ; pour les alimenter elle construit des centrales hydroélectriques ; c'est l’ancêtre de l'entreprise nationale Eskom ESCOM 1923 - 1929 - The Years of Establishment, Eskom..

Au Sénégal, Saint-Louis est la première ville éclairée à l'électricité en 1887 par l’ingénieur civil Hippolyte Vaubourg ; la première centrale électrique du pays est mise en service en 1889 à Saint-Louis. En 1909, la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES) est créée à Dakar par l’administration coloniale et la commune de Dakar ; elle construit l’usine électrique de Bel Air et alimente en 2011 le port de DakarHistoire : de 1886 à 1927, Senelec (Société nationale d'électricité du Sénégal)..

Au Ghana, la première idée de construire un barrage sur la Volta (fleuve) remonte à 1915, mais les premiers plans ne furent dessinés qu’en 1940 et la construction du barrage d'Akosombo ne débuta qu'en 1961en History of Akosombo dam, Ghanaweb..

En République démocratique du Congo (RDC), sur le site des barrages d'Inga, les centrales Inga I () et Inga II () ont été développées à partir de projets belges, lancés dès 1925. Le projet est relancé à la fin de l'époque coloniale, en 1958Estelle Maussio, "INGA, la grande utopie", Afrique Méditerranée Business, 9 novembre 2015.. Le projet Inga III () a connu de nombreux reports à cause de la difficulté d'obtention de financements et de signature de contrats de vente à long terme pour sa production ; en , la RDC a signé un « accord de développement exclusif » avec deux entreprises chinoise (Three Gorges Corporation) et espagnole pour tenter de financer ce projet de 12 milliards d’euros.. À long terme, le projet de barrage Grand Inga () ferait d'Inga le plus grand complexe hydroélectrique du monde, deux fois plus puissant que le barrage des Trois-Gorges..

Au Cameroun, les premières centrales hydroélectriques privées de Luermann et Malale sont inaugurées en 1929 pour fournir l’électricité dans la région de Muyuka. Les premiers foyers d’électricité de Nkongsamba, Douala et Yaoundé sont créés par l’Administration peu avant la guerre de 1939-45. En 1948, la société d’économie mixte « Énergie Électrique du Cameroun » (ENELCAM) est créée et chargée d’aménager l’usine hydroélectrique d’Edéa I sur la Sanaga pour l’alimentation électrique de Douala et Edéa ; cette centrale de à son inauguration en 1954 est complétée progressivement pour atteindre en 1976 ; le barrage hydroélectrique de Song Loulou () est inauguré à l'amont d’Edéa en 1981Historique de l’électricité au Cameroun, Eneo..

Le barrage de Ruzizi, construit à la sortie Ruzizi du lac Kivu en 1958 pour fournir l'électricité à Bubanza et Kigoma, ainsi que son extension Ruzizi II ajoutée en 1989, sont exploités par une société tri-nationale (Burundi, Rwanda et République démocratique du Congo), mais la production d'électricité est insuffisante pour répondre aux besoins locaux dans ces trois pays. La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé fin 2015 un financement de 138 millions de dollars pour le financement du projet Ruzizi III ()Afrique centrale : 138 millions de dollars de la BAD pour le barrage Ruzizi III, Jeune Afrique, 5 janvier 2016..

Dans les colonies portugaises, le barrage de Cahora Bassa, sur le fleuve Zambèze dans l'actuel Mozambique, est né d’un accord entre le Portugal et l’Afrique du Sud le , pour fournir de l’électricité à celle-ci, via une ligne à haute tension de de long et développer l'industrie au MozambiqueLes nouveaux enjeux géopolitiques de l'eau en Afrique australe, Hérodote 2001/3 par cairn.info, 2001..

En Ethiopie, des entreprises chinoises investissent massivement dans le secteur, notamment dans la ligne de transport d'électricité à haute tension qui évacuera la production du Barrage de la Renaissance (), en construction sur le Nil Bleu, ainsi que dans les projets de fermes éoliennes Adama () et Adama II () et dans le projet hydraulique de Tekeze ()Éthiopie : les exportations d’électricité ont rapporté plus de 81 millions de dollars en une année, afrique.latribune.fr, 21 juillet 2018..

Production et accès à l'électricité

vignette|L'Afrique éclairée la nuit : L'accès à l'électricité est un enjeu déterminant pour le continent. notamment pour faciliter l'atteinte de l'objectif 7 () des Objectifs de développement durable définis par les Nations unies.

Le continent africain est aujourd’hui le continent où l’on consomme le moins d’électricité : en 2019, la consommation moyenne d'électricité par habitant était de en Afrique, soit seulement 17,2 % de la moyenne mondiale de ( en France, aux États-Unis, en Chine). La quantité d’électricité consommée en 2019 sur le continent, , est à peine supérieure à celle de l’Allemagne : Agence internationale de l'énergie (AIE - en anglais : International Energy Agency - IEA), Key World Energy Statistics 2021 (pages 60-69), septembre 2021, .. La production de 2021, estimée par BP à , est en grande partie localisée en Afrique du Sud (, soit 27,2 %) et en Afrique du Nord (, soit 43,8 %, dont en Égypte, soit 23,4 %, en Algérie, au Maroc) BP Statistical Review of World Energy 2022 - 71st edition (pages 45, 50 et 51), , BP, ..

L’accès à l’énergie sur le continent africain fait partie de l’objectif 7, développement durable, des Nations unies car, sans accès à l’énergie, le développement économique de l’Afrique est fortement ralenti. Il s'agit de garantir l’accès à des services énergétiques fiables, durables et modernes, accessible à la population du point de vue économique. En 2016, 42 % de la population africaine a accès à l’électricité, et il existe de fortes disparités entre pays (certains ont un taux inférieur à 10 %) et entre ménages ruraux et urbains (22 % contre 71 %). Une région comme l’Afrique du Nord a un pourcentage d’électrification de presque 100 % et de 85 % en Afrique du Sud, alors qu'il est de 38 % pour les pays subsahariens. Le manque d'accès à l'électricité touche essentiellement les zones rurales (63 % des habitants du continent) dont, en surface, moins de 10 % sont couverts par les réseaux de distribution nationaux d’électricité. En outre, le prix élevé ainsi qu’un manque de fiabilité de ces réseaux font augmentent encore la difficulté à accéder à l’énergie. En 2012, la Banque mondiale considère que 25 des 54 états africains sont en situation de crise énergétiqueCantoni Roberto, Musso Marta, « L’énergie en Afrique : les faits et les chiffres. Introduction », Afrique contemporaine, 2017/1 (N° 261-262), p. 9-23..

L’est du continent est dans une situation de surproduction d’électricité, non pas par manque de demande, mais par insuffisance des infrastructures de transport de l’énergie. La consommation des habitants des pays de la région reste faible (en 2017, à peine  44 % des Éthiopiens, 22 % des Ougandais et 9 % des Burundais avaient accès à l’électricité) malgré la mise en service de nombreuses centrales, du fait des difficultés d'accès, en particulier du développement insuffisant des réseaux. Le programme Power Africa estime la surcapacité de production à et prévoit qu'elle atteindra en 2025.

+ Consommation d'électricité en Afrique Source 1990 2000 2010 2015 2019 var.2019/1990 Consommation (TWh) 287 406 590 696 732 +155 % Population (millions) 630 816 +108 % Consommation par habitant (MWh) 0,46 0,50 0,56 0,58 0,56 +22 %Source des données : Agence internationale de l'énergie

La production provient surtout des combustibles fossiles : en 2018, 39 % de l'électricité est issue du gaz, 31 % du charbon, 9 % du pétrole, 15 % de l'hydraulique et 5 % des autres énergies renouvelables.

+ Production d'électricité en Afrique par source (TWh) Source 1990 % 2000 % 2010 % 2015 2019 % 2019 var.2019/1990 estimation 2021 Charbon 164,7 51,8 208,7 47,0 259,3 38,4 255,9 259,7 30,3 % +58 % 247,4 Pétrole 40,6 12,8 51,4 11,6 63,8 9,5 87,6 71,1 8,3 % +75 % 76,2 Gaz naturel 45,1 14,2 91,6 20,6 220,1 32,6 290,1 334,4 39,1 % +641 % 355,6 Total fossiles 250,5 78,8 351,8 79,2 543,2 80,5 633,6 665,3 77,7 % +166 % 679,2 Nucléaire 8,4 2,7 13,0 2,9 12,1 1,8 12,2 13,3 1,5 % +58 % 10,4 Hydraulique 58,2 18,3 77,7 17,5 113,0 16,7 124,6 141,4 16,5 % +143 % 153,4 Biomasse 0,5 0,1 1,1 0,2 1,7 0,3 1,9 2,0 0,2 % +190 % nd Géothermie 0,3 0,1 0,4 0,1 1,5 0,2 4,5 4,9 0,6 % +1398 % 8,0géothermie + biomasse Éolien 0,2 0,1 2,4 0,4 8,5 17,5 2,0 % ns 24,4 Solaire PV 0,003 0,001 0,3 0,05 2,8 7,4 0,9 % ns 16,5solaire PV + solaire thermodynamique Solaire thermodyn. 0,2 2,7 0,3 % ns nd Total EnR 58,9 18,5 79,6 17,9 119,4 17,7 143,9 175,9 20,5 % +199 % 202,4 Autres 0,1 0,02 0,6 0,1 1,6 1,6 0,2 % ns 5,5 Total 317,9 100 444,4 100 674,7 100 789,8 856,1 100 % +169 % 897,1Source des données : Agence internationale de l'énergie Energy Statistics Data Browser - Africa : Electricity 2019, Agence internationale de l'énergie, octobre 2021.

Transition énergétique en Afrique L’Afrique est le continent le moins électrifié au monde : en 2014, il représentait 16 % de la population mondiale, moins de 6 % de la consommation énergétique et 3 % des émissions de gaz à effet de serre. L’Afrique subsaharienne fait par ailleurs face à une fracture énergétique marquée : plus de 65 % de la population n’a toujours pas accès à un service électrique et plus de 80 % utilise des combustibles traditionnels (bois, charbon de bois) pour cuisiner.

La capacité de production installée totalise en Afrique du Sud avec un taux d'accès à l'électricité de 85 %, en Afrique du Nord (taux d'accès : 100 %) et en Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud (80 % de la population, taux d'accès : 33 %).