Robert Bontine Cunninghame GrahamConformément à la coutume écossaise, il n’y a pas de trait d’union entre les deux patronymes, lesquels ont été reliés la première fois par le trisaïeul de Don Roberto, Robert Graham of Gartmore, en 1796, lorsque celui-ci hérita de son cousin John, et dernier baron de Glencairn, le domaine cunninghamien de Finlaystone dans le Renfrewshire.(Londres, 1852 – Buenos Aires, 1936) est un homme politique, écrivain, journaliste et aventurier écossais.
En dépit de ses origines sociales et de sa fortune personnelle, il rejoignit le camp travailliste et se présenta aux élections nationales de 1886 avec un programme radical comportant, entre autres propositions, la suppression de la Chambre des lords, l’instauration du suffrage universel, d’amples nationalisations, l’application de la journée de huit heures, et la mise en place d’un gouvernement autonome en Écosse ; élu à la chambre des Communes, il devint ainsi, quoique tout d’abord sous l’étiquette libérale, le premier parlementaire britannique socialiste de l’Histoire. Son franc-parler à la Chambre devait lui attirer plusieurs suspensions, et son engagement direct aux côtés d’ouvriers en lutte lui vaudra même un séjour en prison.
Œuvrant par ailleurs pour une plus grande autonomie de son Écosse natale, dans le centre de laquelle il possédait de vastes domaines, il fonda ensuite (et fut le premier à présider) le Parti travailliste écossais (1888-1893), cofonda également le Parti national d'Écosse en 1928, et fut désigné, déjà fort âgé, premier président du Parti national écossais en 1934, bien qu’il ne parvînt plus à se faire réélire. Il consacra les dernières décennies de sa vie à rédiger et publier de nombreux ouvrages — biographies, nouvelles, esquisses littéraires, essais, et aussi récits de voyage relatant les périples qu’il avait accomplis dans ses jeunes années notamment en Afrique du Nord et en Amérique latine.
Jeunesse Cunninghame Graham était le fils aîné de William BontineUne clause du testament de Nicol Bontine of Ardoch léguant le domaine à son cousin Robert Graham of Gartmore stipulait que le détenteur de Gartmore ne pouvait pas être simultanément détenteur d’Ardoch, et requérait le détenteur d’Ardoch d’adopter le nom de Bontine. Ceci conduisit le fils aîné à adopter le nom de Bontine du vivant de son père, mais, une fois qu’il eut hérité à son tour de Gartmore, à rétablir le nom de Cunninghame Graham, en ajoutant toutefois à son nom le prénom Bontine. La maladie empêcha le major Bontine de rétablir lui aussi son ancien nom de Cunninghame Graham. Cette pratique est devenue quasiment impossible à notre époque, même si le chef actuel de la famille Cunninghame Graham, William Robert Bontine Cunninghame Graham of Gartmore, reprit le nom de Bontine au milieu de son nom après la mort de son père en 1996., major de la milice de Renfrew et ancien cornette chez les Royal Scots Greys, avec lesquels il servit en Irlande. Il eut pour mère Anne Elizabeth Elphinstone-Fleeming, fille de l’amiral Charles Elphinstone-Fleeming of CumbernauldElle était donc la nièce à la fois de John, Lord Elphinstone et de Mountstuart Elphinstone, gouverneur de Bombay et auteur d’une précoce histoire de l’Inde. Son frère, John Elphinstone-Fleeming, devint le Lord Elphinstone en 1860. et d’une noble dame espagnole, Doña Catalina Paulina Alejandro de Jiménez, qui passe pour avoir exercé, en même temps que son deuxième mari, l’amiral James Katon, une profonde influence sur l’éducation de Cunninghame Graham ; ainsi la première langue qu’apprit Cunninghame Graham fut-elle la langue maternelle de sa mère, l’espagnol. Il passa la majeure partie de son enfance dans le domaine familial de Finlaystone dans le Renfrewshire et à Ardoch dans le Dunbartonshire, dans le centre de l’Écosse, en compagnie de ses frères cadets Charles et Malise..
À l’issue de ses études secondaires dans une école privée à Harrow, près de Londres en Angleterre, Robert Bontine acheva sa formation à Bruxelles, en Belgique, avant de se transporter en Argentine, notamment dans la province d'Entre Ríos, pour y faire fortune comme éleveur. Il acquit bientôt dans ce pays la réputation de grand aventurier et de gaucho, et était affectueusement appelé Don Roberto. Il voyagea également au Maroc, déguisé en cheikh turc, fut chercheur d’or en Espagne, se lia d’amitié avec Buffalo Bill au Texas, et donna des cours d’escrime à Mexico, après s’y être rendu dans un convoi de chariots au départ de San Antonio de Bexar en compagnie de celle qu’il faisait passer pour sa jeune épouse, Gabrielle Chideock de la Balmondière, prétendument poète mi-française mi-chilienneEn 1986, quelque 80 années après sa mort, l’on découvrit qu’elle se nommait en réalité Caroline Horsfall, était la fille d’un médecin de Ripon, et avait fugué à plusieurs reprises. Elle et Don Roberto avaient, avec l’évidente complicité de la mère de ce dernier (la redoutable dame Anne Elizabeth Bontine, qui tenait salon), concocté une toute nouvelle identité à son usage pour la rendre plus acceptable dans le milieu social de la famille..
Conversion au socialisme vignette|190px|Robert Bontine Cunninghame Graham par John Crealock.
Après la mort de son père en 1883, il rétablit comme son patronyme le nom familial traditionnel Cunninghame Graham, que son père, pour une question d'héritage, avait dû changer en Bontine. Il s'en retourna au Royaume-Uni et se mit à s’intéresser à la politique. Il assista à des meetings socialistes, lors desquels il écouta et rencontra William Morris, George Bernard Shaw, Henry Hyndman, Keir Hardie et John Burns. En dépit de ses origines sociales et de sa fortune, Graham se convertit au socialisme et commença à prendre la parole dans des réunions publiques, faisait alors grande impression comme orateur et se révélant particulièrement habile à remoucher les chahuteurs.
Député au parlement pour le Parti libéral
Quoique socialiste, il se présenta aux élections générales de 1886 comme candidat du Parti libéral dans la circonscription écossaise North West Lanarkshire. Son programme électoral, d’allure radicale, appelait notamment à :
l’abolition de la Chambre des lords ; l’instauration du suffrage universel ; la nationalisation des terres, des mines et des autres industries ; la distribution de repas gratuits dans les écoles ; la séparation de l’Église et de l’État (disestablishment de l’Église d’Angleterre) ; la mise en place d’un gouvernement autonome (Home Rule) en Écosse ; l’application de la journée de huit heures.
Appuyé par les libéraux et les socialistes, Graham réussit à battre par 322 voix le candidat unioniste. Auparavant, lors des élections générales de 1885, il avait affronté le même candidat et avait alors été battu de plus de .
Robert Cunninghame Graham refusa de respecter les conventions de la Chambre des communes. Le , il fit l’objet d’une suspension comme parlementaire pour s’être rendu coupable de ce qui fut dénommé alors une référence irrespectueuse à la Chambre des lords. Il fut le premier membre du parlement britannique à subir une suspension de la Chambre des communes pour profération de juron ; le terme incriminé était damn.
Les principaux sujets de préoccupation de Graham à la Chambre des communes étaient le sort des sans-emploi et la préservation des libertés civiques. Il dénonça les tentatives faites par la police en 1886 et 1887 d’empêcher des rassemblements publics et l’exercice de la liberté d’expression. Il participa à la manifestation de protestation tenue sur Trafalgar Square le , qui fut dispersée par la police et reçut le nom de Bloody Sunday ; Graham fut violemment battu lors de son arrestation et emmené au commissariat de Bow Street, où son oncle, le colonel William Hope, s’efforça de le faire libérer sous caution. Cunninghame Graham, que consentit à défendre l’avocat et futur premier ministre Herbert Henry Asquith, ainsi que John Burns, furent reconnus coupables d’implication dans ladite manifestation et condamnés à six semaines d’emprisonnement.
Après que Graham eut été libéré de la prison de Pentonville, il poursuivit sa campagne visant à renforcer les droits des travailleurs et à infléchir leur exploitation économique. En , il fut derechef frappé de suspension de la Chambre des communes pour avoir protesté contre les conditions de travail dans les forges où se fabriquaient les chaînes. Sa réplique au président de la Chambre, « je ne me rétracte jamais », sera plus tard reprise telle quelle par George Bernard Shaw dans le Héros et le SoldatNotes to Captain Brassbound's Conversion: Sources of the Play, George Bernard Shaw, ..
Indépendance de l’Écosse et Parti travailliste écossais Partisan résolu de l’indépendance de l’Écosse, Graham fut en 1886 cofondateur de la Scottish Home Rule Association (Association pour l’autonomie de l’Écosse) et s’appliqua, pendant qu’il siégeait à la Chambre des communes, à persuader ses collègues parlementaires de l’opportunité d’un parlement écossais. Un jour, Graham plaisanta en disant qu’il souhaitait un « parlement national avec le plaisir de savoir que les impôts étaient gaspillés à Édimbourg plutôt qu’à Londres. »
Tandis qu’il se radicalisait toujours davantage à la Chambre des communes, Graham entreprit de fonder, aux côtés de Keir Hardie, le Parti travailliste écossais (1888-1893). Il finit par quitter le Parti libéral en 1892, pour se présenter dans une nouvelle circonscription en tant que candidat travailliste.
Dans le même temps, il apporta son soutien aux travailleurs lors de leurs conflits sociaux, s’engagea activement aux côtés d’Annie Besant dans la grève des ouvrières des manufactures d’allumettes en 1888 et dans la grève des dockers londoniens de 1889. En , il assista au congrès marxiste de la Deuxième Internationale à Paris en compagnie de James Keir Hardie, William Morris, Eleanor Marx et Edward Aveling. L’année suivante, il prononça à Calais un discours considéré comme tellement révolutionnaire par les autorités qu’il fut mis en arrestation et expulsé de France.
Graham militait en faveur de la journée de huit heures et fit plusieurs tentatives pour faire adopter une loi en ce sens ; si, à l’été 1892, il était parvenu à faire avancer son idée, il ne réussit pas cependant à persuader le gouvernement conservateur et unioniste, dirigé par Lord Salisbury, de prévoir le temps nécessaire à ce que son projet de loi pût être pleinement débattu.
Aux élections générales de 1892, Graham se présenta comme candidat du Parti travailliste écossais pour la circonscription de Glasgow-Camlachie. Il fut toutefois battu, ce qui mit un terme à sa carrière parlementaire. Néanmoins, il demeura actif dans les cercles politiques, aidant notamment son collègue Keir Hardie à fonder le Parti travailliste indépendant et à entrer au parlement en tant que député de West Ham.
Graham continua de croire fermement à l’autonomie de l’Écosse. Il joua un rôle actif dans la création du Parti national d’Écosse (National Party of Scotland, NPS) en 1928 et fut élu premier président du Parti national écossais (Scottish National Party) en 1934. Il fut à plusieurs reprises candidat de l’association estudiantine Glasgow University Scottish Nationalist Association pour le rectorat de l’université de Glasgow, mais perdit l’élection en 1928 de seulement soixante-six voix face à Stanley Baldwin, alors premier ministre.
Œuvre écrite vignette|Cunninghame Graham, déguisé en autochtone, effectuant à cheval son périple à travers le Maroc (vers 1897).