La littérature syrienne désigne l'ensemble des pratiques et productions textuelles, orales et écrites, à toute époque, en toute langue, en tout lieu (diasporas comprises, estimées à de personnes), par des Syriens de tout statut (citoyenneté, résidence, clandestinité, autre) et/ou toute personne revendiquant, au moins partiellement, son appartenance à la culture syrienne. Il s’agit d’abord de littérature contemporaine, principalement en arabe.
La démographie de la Syrie fournit des estimations d'évolution de la population : (vers 1000), (1900), (1936), (1940), (1981), (2004), (2011). Le pays est encore et toujours multiethnique et multilingue, très majoritairement, arabe, arabophone, musulman.
Histoire de la littérature Période antique
Il n'apparaît pas qu'il y ait eu de littérature antique spécifiquement syrienne. Par contre ont existé diverses littératures antiques (littérature sumérienne, littérature mésopotamienne, littérature sapientiale dans le Proche-Orient ancien, littérature grecque antique, littérature latine, etc.), dont certains écrits peuvent concerner en partie des réalités syriennes antiques, et dont certains auteurs ont pu être syriens.
Dans la grande région, le judaïsme, religion du Livre (Bible hébraïque), est une réalité antique et proche ( entre Jérusalem et Damas) : histoire de l'Israël antique, Canaan, Galilée, Judée, royaume de Juda, Exil babylonien (586-539), judaïsme hellénistique (333-164), révolte des Maccabées (175-140), province romaine de Judée, etc. Au plus tard à la période romaine, commence l', surtout après la première guerre judéo-romaine (66-73), puis la révolte de Bar Kokhba (132-135), avec l’installation de communautés, ce dont témoigne la synagogue de Doura Europos, permettant ainsi à des textes juifs de garder aussi quelque trace d’une Syrie disparue.
Syrie pré-islamique christianisée (30-638) Le christianisme primitif, autre religion du Livre (Bible chrétienne, Ancien Testament, Nouveau Testament) se développe, en diverses langues (hébreu, araméen, grec, etc.). La communauté juive de Damas, alors forte d’environ , et dirigée par un ethnarqueRichard Gottheil, Frants Buhl, M. Franco, Damascus, Jewish Encyclopedia, https://www.jewishencyclopedia.com/articles/4861-damascus, Accessed 30 January 2022., est exposée à l’évangélisation, ce qui motive l’épisode du chemin de Damas de Paul de Tarse : conversion de Paul, Ananie de Damas, première Église de Jérusalem.
Le christianisme dans le monde romain, minoritaire (40), interdit (112), condamné (Discours véritable, Contre les galiléens), pourchassé, persécuté, puis toléré (édit de Milan (313)), édit de Thessalonique (380)), puis à peu près religion d'État, est sans doute majoritaire, au moins en Syrie, dès le .
On voudrait croire que, peu à peu, les cultes païens, araméens ou arabes, sont remplacés par la foi chrétienne, du christianisme primitif. La réalité paraît plus complexe : paganisme, superstition et syncrétisme dans un Empire chrétien.
Toujours est-il que le christianisme en Syrie est ancien, varié, riche : titre de Nazôréen, Église de l'Orient, liste des monastères de Syrie (dont le monastère Saint-Siméon-le-Stylite), villages antiques du Nord de la Syrie, saints syriens, Pères apostoliques, Pères du désert (Égypte, Palestine, Syrie), centres religieux d’Antioche, Damas, Émèse (Homs), et débats théologiques (dont concile de Séleucie-Ctésiphon (410), concile de Beth Lapat (484)). Parmi les courants, sectes, schismes et parfois hérésies : arianisme, chalcédonisme, docétisme, ébionisme, monophysisme (miaphysisme), nestorianisme ( Rabban Bar Sauma (1225-1294), Yahballaha III (1244-1317)), Melchites, Elkasaïtes, Jacobites, Nazôréens (secte)...
Dans la région (particulièrement en survie difficile en Tur Abdin, province de Mardin (Turquie)), la littérature syriaque (en néo-araméen) atteste d’une recherche idéologique, spirituelle et théologique. Les actuelles Église syriaque orthodoxe (Jacobites, dont Dionysius Bar Salibi (?-1171)) et Église catholique chaldéenne (chaldéens), par exemple, en témoignent encore.
Parmi les papes d’origine syrienne : Anicet, pape (~155-166~), Jean V, (685-686), Serge , (687-701) Sisinnius (708), Constantin, (708-715), Grégoire III, (731-741).
Parmi les auteurs religieux chrétiens, de langue syriaque ou grecque : Ignace d'Antioche, Jean Mansûr (Saint Jean Damascène), (654-750), mais aussi théologiens nestoriens, liste des primats de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient, école théologique d'Édesse (363-489), école théologique de Nisibe (450-650)...
La littérature reconnue est surtout (latine ou) grecque. Les ouvrages (en grec) de Flavius Josèphe, l’historiographe romain juif d'origine judéenne du , fournissent un éclairage nécessaire sur la période en proche Judée romaine.
Les échanges commerciaux entre la Rome antique et l'Inde et la Chine, par routes commerciales caravanières et maritimes, passent par le Proche Orient, et la Syrie, vers les ports du Levant, de Gaza à Antioche.
Syrie islamisée (638-1516) L’expansion de l'islam, autre religion du Livre (Coran), passe par les longues guerres arabo-byzantines (634-1180), la rapide conquête musulmane du Levant ou conquête de la Syrie romaine (634-638) et les croisades (1095-1291).
Le Moyen Âge européen correspond à l’Âge d'or de l'Islam : culture islamique, sciences arabes, arts de l'Islam, architecture islamique, géographie et cartographie dans le monde arabo-musulman médiéval, historiographie de l'islam et du Coran, littérature de langue arabe.
Les Mille et Une Nuits sont un des sommets de la littérature indo-perso-arabe, non syrien. Parmi les textes syriens renommés : d'Oussama Ibn Mounqidh (1095-1187).
La Syrie (entre autres) connaît divers califats et/ou dynasties régionales (et un intermède chrétien européen) : Rachidoune Califes bien guidés (632-661), Omeyyades (661-750), avec Damas pour capitale, art omeyyade, Abbassides (750-1258), avec Bagdad pour capitale, art abbasside, Fatimides : 968-1075, art fatimide, Seldjoukides : 1075-1174, art d'Égypte et de Syrie des Fatimides aux Mamelouks, Croisés : 1096-1187, États latins d'Orient (1098-1291) et Royaume de Chypre (1192-1489), Ayyoubides : 1174-1259, Mamelouks : 1255-1516-1517, art mamelouk.
Aux marges, d’autres langues véhiculaires coexistent : arménien : Royaume arménien de Cilicie 1080-1375, art arménien, moyen perse (en alphabet perso-arabe) : Houlagides de l’Ilkhanat de Perse (1256-1335), Djalayirides (1336-1432), Timourides (1370-1507), art timouride langues turciques, dont le tchaghataï : Moutons noirs turcomans (Qara Qoyunlu, 1375–1469) et Moutons blancs turcomans (Aq Qoyunlu, 1378-1508), art turkmène ; dynastie persane turcophone des Séfévides (1501-1736), art safavide.
Il semble bien que la Syrie devienne rapidement arabe et musulmane, mais sans exclusive. Dans des États sous gouvernance musulmane, le système juridique islamique peut accorder le statut de dhimmi à certaines communautés (juive, chrétienne, etc.), leur permettant de participer à la vie collective et à son épanouissement, même si des difficultés socio-économiques peuvent transformer cette tolérance en stigmatisation et persécution, comme dans des États sous gouvernance non musulmane : persécution des Juifs pendant la première croisade, expulsion des Juifs, pogrom, antijudaïsme, persécution des chrétiens dans la Rome antique.
Parmi d’autres, Benjamin de Tudèle (1130-1173) témoigne de ces interactions. Et les Radhanites participent au commerce international, selon le Livre des Routes et des Royaumes de Ibn Khordadbeh (vers 820-885), particulièrement par la route de la soie, éventuellement en relation avec les Khazars. Aharon ben Moshe ben Asher est l'auteur du Codex d'Alep (910-930).
Parmi les minorités musulmanes non sunnites : le chiisme duodécimain, les Alaouites, le soufisme chiite des Qizilbash, et l'ismaélisme chiite des Qarmates et d'une partie des Kurdes.
Syrie ottomane (1516-1922)
L’Empire ottoman (1299-1922) est en expansion et aux portes de la Syrie, qui est conquise par le sultan ottoman Sélim en 1516. L’époque moderne (-) est ottomane.
La culture de l'Empire ottoman, c’est les sciences et techniques dans l'Empire ottoman, l’art ottoman. La langue religieuse demeure l’arabe, la langue administrative, commerciale et véhiculaire est le turc ottoman. La littérature turque de la période ottomane est globalement de bonne qualité.
Des trois premiers siècles assez agités de la Syrie sous l'Empire ottoman, il reste trop peu d’informations pour inférer une littérature syrienne particulière, autre que dynastique ou religieuse. On évoque surtout une sérieuse censure.
: Nahda La littérature arabe moderne commence, (après la Campagne d'Égypte de Napoléon en 1798-1801), avec la nahda ( éveil, essor, envol, renaissance), liée à la décomposition politique de l’Empire ottoman, au moment de réinvention identitaire du monde arabe qui l’accompagne, au pouvoir en Égypte de Méhémet Ali (1805-1848), à l'ère des réformes (tanzimat (1839-1878)) dans l'Empire ottoman, au mouvement réformiste musulman, et à un renouveau durable de la langue et de la culture arabes.
Tout au long du , l'ottomanisme, nationalisme ottoman pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane, reste majoritaire dans le monde arabe. Le nationalisme arabe semble plus tardif.
Une présence française en Égypte et en Syrie existe en raison des grands travaux de Méhémet Ali, vice-roi d’ Égypte de 1805 à 1848, et de ses successeurs, dont le barrage du Caire, achevé en 1835. Au Canal de Suez sont associés les noms des ingénieurs français Louis Linant (1798-1883), Charles Joseph Lambert (1804-1874), Ferdinand de Lesseps (1805-1894), Eugène Mougel Bey (1808-1890), avec le soutien d’Ismaÿl Urbain (1812-1884) et Prosper Enfantin (1864-1896). Pour la Syrie, il s’agit entre autres de la route de Beyrouth à Damas (1857-1863) (par le comte de Perthuis de Laillevault) et du chemin de fer de Beyrouth à Damas (1891-1895).
Le massacre de Damas (et au Mont Liban) en 1860, et les interventions de l’émir Abdelkader ibn Muhieddine (1808-1883) pour la protection des chrétiens, motivent l’expédition française en Syrie (1860-1861), et diverses réorganisations ottomanes : moutassarifat du Mont-Liban (1861-1918), vilayet de Syrie (1865-1918), vilayet d'Alep (1867-1918), moutassarifat de Jérusalem (1872-1917), vilayet de Beyrouth (1888-1917). C'est aussi la première grande vague de diaspora syrienne, particulièrement chez les écrivains, vers l’Égypte d’abord, puis vers l'Amérique, surtout du Sud (Brésil, Argentine, Colombie) mais aussi du Nord (Mexique, États-Unis, Canada).
Le déclin de l'Empire ottoman s’accentue avec Abdülhamid II (1876-1908).
Le statut de dhimmi est maintenu, dans le cadre du millet (minorité non musulmane protégée mais contrainte). L’Histoire des Juifs en terre d'islam, pour la Syrie, concerne les Juifs Mizrahim, dont les Juifs syriens. Une grande partie sont des Moustarabim, Juifs arabisés, rejoints par les Juifs expulsés d’Espagne en 1492) à Alep, Damas, et Qamichli (Kurdistan syrien, Histoire des Juifs au Kurdistan), pour la plupart capables de lire et écrire, et dont des écrits sont parvenus jusqu'au présent.
Parmi les écrivains : Abdelkader ibn Muhieddine (1808-1883), Rappel à l'intelligent. Avis à l'indifférent.Le livre d'Abd-el-Kader intitulé : Rappel à l'intelligent, avis à l'indifférent : Considérations philosophiques, religieuses, historiques, etc. Boutros al-Boustani (1819-1883), traducteur, linguiste, nationaliste, chrétien, maronite Francis Marrache (1835-1874), médecin, poète, essayiste, melchite Abdallah Marrache (1839-1900), commerçant, poète Mariana Marrache (1848-1919), poétesse Kostaki Homsi (1858-1941), poète, critique
Avant l'indépendance
Il existe encore peu de sources accessibles sur l’édition et la diffusion des journaux, magazines et livres à cette époque.