thumb|Fresque représentant Alexandre le Grand, Théophilos Hatzimichail (1900), musée national historique d'Athènes.
Alexandre le Grand occupe une place prépondérante dans la culture néo-hellénique. Sa mort survenue le à Babylone marque conventionnellement le début de l'époque hellénistique telle que l'a définie Johann Gustav Droysen dans son Histoire de l'hellénisme. Dans cet ouvrage, l'historien fait des conquêtes d'Alexandre le principal vecteur de diffusion de l'hellénisme, c'est-à-dire le fait d'adopter la langue grecque ainsi que les coutumes et le mode de vie des Grecs. Présenté comme l'un des plus grands conquérants de l'histoire, il est aussi l'une des figures les plus célèbres de l'Antiquité, Alexandre est donc considéré comme celui qui a permis la diffusion de la civilisation grecque.
Dès son vivant, le mythe d'Alexandre se forge. À la suite, son épopée occupe une place primordiale dans l'historiographie antique, notamment dans la Bibliothèque historique (livre ) de Diodore de Sicile, lAnabase (Arrien) d'Arrien, la Vie d'Alexandre de Plutarque et lHistoire d'Alexandre le Grand de Quinte-Curce. Au fil des époques, dans les différentes contrées concernées par ses conquêtes, le personnage d'Alexandre ne cesse d'être exploité, notamment dans le champ littéraire. En témoigne, par exemple, le Roman d'Alexandre composé au à partir du récit du Pseudo-Callisthène.
Dans la Grèce contemporaine, depuis la guerre d'indépendance, Alexandre fait partie des personnages qui ont forgé la nation grecque. Il est aussi un référent culturel incontournable en étant présent dans tous les domaines de la culture, et au-delà. Alors que le protagoniste historique continue à être étudié par les historiens grecs, le personnage littéraire est nourri des légendes qui se sont forgés au cours des siècles, se constituant un sujet privilégié par les artistes. Aujourd'hui, Alexandre le « Néo-Grec » renvoie au prestige et à la gloire de la Grèce ancienne tout en constituant une figure nationale qui rassemble les Grecs.
Alexandre le Grand dans les arts de la Grèce moderne Dans la littérature Romans Alexandre le Grand, jeune conquérant invaincu, se prête aux récits épiques. Dans la Grèce contemporaine, il inspire encore les écrivains et une pléthore de romans succède au Roman d'Alexandre, œuvre qui a eu un grand succès au Moyen Âge et a connu une importante diffusion dans toute l'Europe. Ce roman est fondé sur le récit du Pseudo-Callisthène, biographe officiel à la cour de Macédoine.
Parmi ces romans historiques, on peut citer entre autres La Compagne d'Alexandre le Grand (2007) d'Irini Tsamadou et Alexandre et Philippe, de Pella à Babylone de Nikias Leivadas (1997) ou encore Alexandre et son ombre de Kostas Arkoudéas (2004)Ouvrages non traduits à ce jour.. L'action de ce dernier roman se passe l'été 327 av. J.-C. au moment où Alexandre, après avoir conquis l'Empire perse, se lance dans sa dernière campagne: la conquête de l'Inde. Près de la ville de Taxila, il rencontre Kalanos, un sage indien, qui décide de le suivre et de devenir son ombre. Kalanos assiste à tous les moments éprouvants de la conquête : les batailles, les victoires, le refus de son armée de poursuivre, les intrigues, le passage de l'Indus, la très grave blessure d'Alexandre, l'amour du roi pour Roxane, etc. Il le suit également dans son retour vers la Perse et partage son projet de création d'un immense empire conservant les différentes cultures et religions des peuples qui le composent, et qui ne serait pas géré uniquement par des Grecs. Dans ce roman, la parole n'est pas donnée seulement à Alexandre et à Kalanos, mais également à de nombreux Macédoniens, Perses, Grecs et Indiens, connus ou inconnus, ce qui permet d'explorer différents aspects de l'époque, et en particulier, la personnalité bouillonnante d'Alexandre.
Alexandre est aussi un héros dans la littérature enfantine. En Grèce, il fait partie de l'imaginaire de tous les enfants. Parmi les romans qui leur sont destinés se trouvent par exemple : Les Dieux ne meurent pas à Pella d'Eléni Dikaiou (1993), Les Merveilleuses Aventures d'Alexandre le Grand d'Isaias Kostantivídis (2006) et Le petit Alexandre le Grand de Grigorios Xenopoulos qui date 1920 et qui a été plusieurs fois réédité, notamment en 2002.
Théâtre Au théâtre , le personnage d'Alexandre est particulièrement mis en scène dans le cadre du populaire théâtre d'ombres. Alexandre est le seul héros ancien à y figurer. Il est notamment le protagoniste de dans Alexandre le Grand et les énigmes de la fille du Vizir, d'''Alexandre le Grand et le serpent maudit et du Monstre, pièces célèbres dans leurs mises en scène d'Evgénios Spatháris. On peut également citer la récente création (2007) de Dímos Avdeliódis, Alexandre le Grand et le dragon maudit, performance avec cinq comédiens et quatre musiciens.
Dans ces œuvres, il est présenté comme un vieux guerrier portant une tunique, une armure et un casque. Sa tunique, pourtant, rappelle davantage la fustanelle des Evzones, et sa lance est ornée d'une croix chrétienne. La mission qu'il doit accomplir, c'est-à-dire tuer le monstre, le serpent ou le dragon, rappelle la figure de saint Georges, lequel, selon la tradition, a terrassé le dragon. Cette identification d'Alexandre avec saint Georges révèlerait le fait que les hommes de l'époque le considéraient comme chrétien.
Par ailleurs, Ioánnis Vássos a publié en 2000 une pièce de théâtre en trois actes, Αlexandre le Grand, destinée aux plus de dix-huit ans..
Poésie vignette|Constantin Cavafy (1863-1933) vers 1900. Le poème le plus célèbre faisant référence à Alexandre est celui de Constantin Cavafy (1863-1933), dans son poème En 200 av. J.-C, écrit deux ans avant sa mort, dans lequel il glorifie le conquérant comme vecteur de l’hellénisme :
Traduction de Jacques Lacarrière dans Dictionnaire amoureux de la Grèce :
L'hellénisme, source de fierté et motif récurrent dans l’œuvre de Cavafy, est ici célébré par le poète alexandrin au travers de la langue grecque, qui s'est diffusée grâce aux conquêtes d'Alexandre et qui réunit encore tous les Grecs de la diaspora. À travers le regard d'un Grec vivant aux alentours du , Cavafy loue les exploits d'Alexandre, qui a poursuivi l'œuvre de son père , ce qui explique que le titre de ce poème soit le début d'une inscription qu'a fait graver Alexandre après sa victoire du Granique en mai 334 : Aλέξανδρος Φιλίππου και οι Έλληνες πλην Λακεδαιμονίων (« Alexandre, Philippe et les Grecs sauf les Lacédémoniens »). En outre, l’œuvre poétique de Cavafy, lui-même originaire d'Alexandrie, est particulièrement parsemée de références à l'époque hellénistique.
D'autres poèmes se font l'écho de l'œuvre d'Alexandre (dont celui de Kostas Varnalis) et nombre d'entre eux sont mis en musique. Alexandre est aussi une source d'inspiration pour des poètes amateurs : il existe de nombreux poèmes, mais sans grande valeur littéraire. On peut néanmoins citer Εωθινά μαθητικά ονειρα (« Les rêves d'école deviennent réalité ») de Giannès Potamianos., ou bien Ωδη στη θαλασσα (« Ode à la mer »). De Pella jusqu'en Inde écrit par G. Lazamos, mérite également d'être mentionné(...) Από την Πέλλα ως την ΙνδίαΞεκινάει εκστρατείαΠάνω στο μαύρο άλογο του σαν θεόςΔιαφωτιστής στρατηλάτης και σοφός (...).
Dans la peinture Alexandre est un sujet récurrent dans l'iconographie grecque, et en particulier dans la peinture contemporaine. Théophilos Hadjimichaïl (1870-1934), un peintre naïf grec dont les sujets se réfèrent au folklore, aux traditions, à la mythologie et à l'histoire de la Grèce, a réalisé plusieurs œuvres évoquant Alexandre, parmi lesquelles une fresque exécutée en 1900 représentant le Conquérant sur son cheval noir Bucéphale (conservée au musée historique national d'Athènes), et un tableau où Alexandre livre bataille en Inde : Ο Μέγας Αλέξανδρος μάχεται τους Ινδούς (« Alexandre le Grand combat les Indiens », collection de Nikis Eleftheriadis-Vergos à Athènes).
En 1937, Fotis Kontoglou, sur l'immense fresque qu'il réalise à la mairie d'Athènes, fait figurer plusieurs fois le Conquérant. Entre autres, tout en conservant son imitation du style byzantin qui lui est propre, le peintre brosse un portrait en pied du jeune souverain, et le représente également, à un autre endroit, chevauchant Bucéphale.
Le peintre Chrysanthos Mentis Bostantzoglou (1918-1995), mieux connu sous le pseudonyme Bost, représente dans Ο Μεγαλέξανδρος με την αδελφή του την Γοργόνα. « (Alexandre le Grand avec sa sœur Gorgone »), Alexandre vêtu en guerrier, portant dans ses bras sa sœur la Gorgone, dans un tableau sur l'arrière-plan duquel figure la Tour blanche de Thessalonique. Dans une autre œuvre, Γοργόνα της ελλενικης μας θαλάσης (« Sirène de notre mer grecque »), il fait un portrait uniquement de la Gorgone, délicatement allongée sur la mer, coiffée d'une couronne, tenant dans une main un trident (symbole maritime par excellence, qui rappelle celui du dieu Poséidon), et soulevant de l'autre un navire.
Le surréaliste Níkos Engonópoulos (1907-1985) représente Alexandre aux côtés de Pavlos Mélas, mort durant la lutte en Macédoine contre les Bulgares et les Turcs en 1904, rassemblant dans un même tableau deux jeunes héros de la Macédoine, modèles de bravoure (collection de Nikis Eleftheriadis-Vergos, Athènes). Le peintre Alekos Fassianos (né en 1935) l'évoque également dans son tableau Αλέξανδρος ο Μέγας νικητής (« Alexandre le Grand victorieux »). En 1963, Thémistocle Ioannidis fait figurer Alexandre combattant à cheval sur une frise brodée, aux motifs traditionnels de Tyrnavos en Thessalie. Le peintre contemporain Vassílis Vagiánnis, qui s'inspire des grandes figures et des hauts lieux de la Grèce, a également représenté Alexandre dans une ambiance onirique et quelque peu surréaliste. À Thessalonique, en 2000, sous les auspices du ministère grec de la Défense nationale, l'artiste Evthimios Varlamis a réalisé une exposition de tableaux représentant Alexandre dans des versions différentes.
Dans les productions cinématographiques Dans Alexandre le Grand réalisé en 1980 par Theodoros Angelopoulos, un bandit s'enfuit de sa prison puis, après avoir capturé avec sa bande des otages britanniques, il rentre dans son village natal alors organisé en communauté sous l'égide de l'instituteur, après avoir traversé la Grèce. Là, il réclame au gouvernement l'amnistie des terres des paysans, en échange des otages. Mais le libérateur, tellement admiré et considéré presque comme un dieu, devient vite un tyran, qui s'oppose à l'organisation en communauté de son village. En effet, le libérateur devient tyran à partir du moment où il comprend que son « aura » commence à être remise en cause, ce qui le force à s'imposer de lui-même. Angelopoulos exprime ici l'idée de la destruction du socialisme, la faillite de l'utopie par le fait même de l'homme. Alexandre ne parle pas durant tout le début du film. Ses premières paroles sont tirées d'un vers du poète Georges Séféris que l'on peut traduire ainsi : « Je me suis réveillé avec une tête en marbre entre les mains, qui est lourde à porter, et je ne sais pas quoi en faire ». Aux références à l'Antiquité, Angelopoulos allie des éléments tirés de la liturgie byzantine (Cène, saint Georges, etc.).
Dans la musique
La figure d'Alexandre le Grand est récurrente dans la chanson populaire. On peut citer Να ΄μουν ο Μεγ΄Αλέξανδρος (« Être Alexandre le Grand »).. (1974) chantée par Georges Dalaras, où l'on retrouve une allusion la Gorgone. La chanson Η Μάνα του Αλέξανδρου (« La mère d'Alexandre »).., interprétée là aussi par Giorgos Dalaras (1979) met en scène, dans une ambiance quelque peu fantastique, la mère d'Alexandre, Olympias, se lamentant du départ de son fils parti conquérir l'Asie. C'est également un hommage à la Macédoine.
Alexandre est par ailleurs mentionné dans le refrain de la chanson Εργένης (« Célibataire »).., composée en 1984 par Míkis Theodorákis, d'après un poème de Leftéris Papadópoulos.