Le château de Buzet-sur-Baïse est situé à Buzet-sur-Baïse, dans le département de Lot-et-Garonne et la région Nouvelle-Aquitaine.
Histoire
Les origines : deux châteaux pour une co-seigneurie La première mention de Buzet se trouve dans une charte de Bernard Guilhem, comte de Gascogne de 997 à 1009, qui confirme le don fait par son père à l’abbaye de Saint-Sever de trois églises et d’une forêts dans la juridiction de Buzet. Mais il n’est pas alors question du château. Celui-ci apparaît pour la première fois lorsque le successeur de Bernard Guilhem, Sanche de Gascogne (1009-1032), offrit aux moines de Saint-Pierre de Condom, son « domaine (curtem) nommé Buzet et le château (castellum) qu’il avait lui-même fortifié dans celui-ci, avec toutes ses métairies, vignes, bois, prés, pâtures, humides et secs, cultes et incultes (…)Arch. Dép. Gers, G 61, retranscrit dans Dom Luc d’Achery, Spicilegium veterum manuscriptorum, II, Paris, 1727, p. 588 : « curtem quae dicitur Buset et castellum quod ipse in eadem firmavit, cum omnibus appendiciis, villis, vineis sylvis, pratis, pascuis, aquosis et inaquosis, cultis et incultis (…) » ». Comme le précise le texte, le comte de Gascogne avait lui-même ordonné la fortification d’une demeure précédente, ce qui fait qu’on peut le considérer sans trop de doutes comme le fondateur du château de Buzet. gauche|vignette|348x348px|Première page des Coutumes de Buzet de 1273 (AD Lot-et-Garonne E sup. 2546 bis) Au milieu du siècle, sans qu’on sache exactement quand ni comment, les moines ont perdu leur seigneurie sur le château. A leur place, on trouve des seigneurs laïques : en 1259, Bernard de Rovignan prête fidélité au comte de Toulouse pour « ce qu’il possède au château de Buzet et ses appartenances« Hommage des seigneurs de l'Agenais au comte de Toulouse en 1259 » in Recueil des travaux de la société d'agriculture, sciences et arts d'Agen, série, tome XIII, p. 49-50 ». Les coutumes de 1273 précisent qu’il y a bien deux co-seigneurs à Buzet« Hommage des seigneurs de l'Agenais au comte de Toulouse en 1259 », mais ne donnent que le nom de Bernard de Rovignan : l’autre seigneur doit être de la lignée des Piis (ou Pins), qui sont explicitement mentionnés comme possédant la moitié du château de Buzet en indivision dans un hommage au roi d'Angleterre de 1286Jules de Bourrousse de Laffore, Notes historiques sur des monuments féodaux ou religieux du département de Lot-et-Garonne, p. 94, imprimerie de F. Lamy, Agen, 1879 (lire en ligne).. Si deux seigneurs se partagent le titre de sire de Buzet, plusieurs autres familles ont pu y avoir des droits, sans avoir là un château. En 1259, Aymeri de Savignac possède lui aussi des droits à Buzet ; en 1286-87, c’est un certain Bernardus Peloti qui prête hommage au roi d’Angleterre pour ce qu’il possède à Buzet« Hommage des seigneurs de l'Agenais au comte de Toulouse en 1259 », op. cit., p. 48-49 et Archives Historiques de Gironde, I, p. 355..
Chaque seigneur ayant sa demeure, il n’y a alors non pas un, mais deux châteaux se faisant face sur le site de Buzet. À la suite des pillages répétés de Bernard de Rovignan en Agenais, puis à son changement de camp pour le roi de France, des soldats anglais pillent et incendient les deux châteaux de Buzet en 1293-1294, pendant les archers à la solde du roi de France qui gardaient le siteThomas Rymer, Fœdera, conventiones, litterae et cujuscamque generis acta publica inter reges Angliae et alios quosvis....,Londres, 1704-1716 (20 vols.), vol. 1, pt. 3, p. 128-129.. Cette attaque sera un des motifs invoqués pour le déclenchement de la Guerre de Guyenne (1294-1297) par Philippe le Bel. Ce pillage explique probablement que les parties les plus anciennes du château actuel remontent visiblement à la fin du siècle ou au début du siècle, tout comme la tour qui fait face au château, seul vestige du second château du site de Buzet. gauche|vignette|Tour isolée, dernier vestige du "vieux château" ( s.).
Des Albret aux Grossolles Le , Bérard d’Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, et frère d’Arnaud-Amanieu, sire d’Albret, rachète à Jean de Rovignan la seigneurie de Buzet et toutes ses appartenances contre la somme de 2000 francs d’orArch. Nationales, 111AP 56.. Comme le même Bérard récupère à la même époque l’héritage des derniers seigneurs de Piis, il devient seul seigneur de Buzet. Dès lors, il n’y a plus besoin de deux châteaux sur le site, et l’un des deux est progressivement abandonné et renommé « le vieux château » par les habitants.
L’héritage des Albret de Sainte-Bazeille est à son tour récupéré par Charles II, sire d’Albret, chef de la branche aînée, en 1435. Mais celui-ci semble peu intéressé par le lieu. Moins d’un an plus tard, le , il engage en fief le château de Buzet comme paiement de 2000 livres qu’il devait à Louis de Noaillan, seigneur du Fréchou, à qui il venait d’acheter la seigneurie de Boulogne (actuelle commune de Saint-Pé-Saint-Simon). Cet engagement temporaire devint un échange définitif en 1445. En 1464, Jean d’Albret, fils aîné de Charles II d’Albret, confirma une nouvelle fois l’abandon de ses droits sur Buzet.
Malgré sa position non loin de la frontière franco-anglaise pendant la guerre de Cent Ans et sur un axe de circulation important, il semble qu’à aucun moment il n’eut à subir d’assaut, au contraire de la plupart des forteresses des environs. La seule grande invasion qui passa non loin, celle du comte de Huntingdon en 1439, bifurqua vers le Sud à Damazan, se dirigeant vers Vianne puis MézinJean Darnalt, « Les antiquitez d’Agen », éd. P. Lauzun (1914-1917), Revue de l’Agenais, ici , p. 437 : « L'an 1439, le Comte de Fontinthon arriva d'Angleterre à Bourdeaux, avec forces d'environ 15 mil hommes, avec lesquels print le Mas d'Agenois, la Mase, Viane, Lavardac, Duranse, Francescas, la Nondyeu, et la Monjoye. Et la mesme an, le seigneur de Caumon, et le seigneur de Tonneins (appelé Baron Anglés), prindrent Port Saincte Marie, et toutes les forteresses qu'estoient dedans. ».
La Renaissance Le château de Buzet restait un château parmi d’autres pour les Noaillan, qui avaient la résidence principale au château du Fréchou. Le mariage de Béatrix de Noaillan et d’Antoine de Grossolles en 1504 va complètement changer la donne. Cadet d’une famille originaire de serviteurs des comtes d’Armagnac, Antoine va faire du château de Buzet sa résidence principale, et ses descendants vont continuer d’y habiter jusqu’à la fin du siècle. Bien que l’on manque de documents pour dater de manière précise les travaux effectués à cette époque, de nombreuses structures du château portent la marque du siècle, comme la tour octogonale sur la façade sud du château, qui abrite un bel escalier à vis. Au début du siècle suivant, le château continua d’être embelli, comme en témoignent les plafonds peints à l’étage du château, où l'on retrouve des emblèmes ou symboles cryptés qui ont été tirés de l'ouvrage d'un érudit italien du milieu du , Andrea Alciat.
Un grand moment du château fut la visite, le , du roi Charles IX à Buzet. Le roi de France termine alors sa grande tournée qui lui a fait parcourir tout le royaume de France, et après avoir passé plusieurs jours à la cour des Albret à Nérac, il se rend à Buzet sur le chemin vers Bordeaux. Les Grossolles étaient alors des soutiens du parti royal et catholique dans un Gascogne où le parti protestant avait de nombreux bastions. Certes, il n’y passa qu’une nuit, mais comme le roi voyageait avec toute sa cour, plusieurs milliers de personnes, l’événement marqua durablement Buzet. gauche|vignette|327x327px|Plafonds peints du château de Buzet.
Ancien régime et révolution française La mort d’Antoine Agesilas de Grossolles, sire de Buzet qui avait rejoint la Fronde, le lors de la bataille du Faubourg Saint-Antoine, marque la fin d’une époque pour le château de Buzet. Si la veuve du défunt, Marie-Françoise Le Hardy de La Trousse, continue d’habiter le château, d’où elle correspond avec de grands esprits de son tempsP. Tamizey de Larroque, La marquise de Flamarens, Auch, 1883., ses enfants s’installent à Paris, puis à Versailles. Jusqu’aux années 1760, le château de Buzet est donc le plus souvent une coquille vide, et la seigneurie est gérée par des intendants. vignette|424x424px|Aquarelle représentant la façade Nord du château de Buzet dans les années 1780 (Arch. Nat., 111AP 61). À partir des années 1760, Emmanuel François de Grossolles, comte de Flamarens, lance de nouveau des travaux de modernisation du site castral. Il aménage des allées et jardinsArch. Nat., T70A. Son travail est poursuivi et accéléré par Agésilas Joseph de Grossolles dans les années 1780. Il aménage une aile à l’Ouest du château, installe une salle de bain moderne, refait les terrasses de la façade nord et sud, et le premier envisage de transformer définitivement ce qui reste de l’ancien bourg castral en un parc d’agrémentArch. Nat., 111 AP 61. Lors du déclenchement de la Révolution Française, Agésilas-Joseph de Grossolles, faisant partie de la noblesse « éclairée », rejoint la garde nationale de Buzet et adopte les idéaux révolutionnaires. Ses biens ne sont donc pas menacés avant 1793, lorsque plusieurs membres de sa famille émigrent. Il est alors emprisonné préventivement à Toulouse, et le château échappe de peu à la destruction quand un arrêté du 23 vendémiaire an II () ordonne la destruction de tous les châteaux forts du district. C’est finalement un débat de procédure sur la hauteur des tours du château par rapport au corps du logis qui permet de faire traîner l’affaire, et sauve le bâtiment !
Le siècle thumb|gauche||420x420px
Dans les années qui suivent, les travaux d’aménagement du château reprennent. À la mort d’Agésilas-Joseph de Grossolles sans héritier direct, en 1818, c’est sa cousine Joséphine de Grossolles qui lui succède, et qui transmet le château à son époux, Christophe de Beaumont, fervent monarchiste. Le château étant désormais une bâtisse au goût du jour pour l’époque, le couple le choisit comme résidence principale. Ils y reçoivent leurs amis et relations, dont la célèbre George Sand, qui passa quelque temps dans la région à la suite de son mariage avec le Baron Dudevant, installé à Pompiey, non loin de là. Dans ses Mémoires d’une vie, elle raconte : « A Buzet, dans les splendides plaines de la Garonne, la famille de Beaumont nous attirait par des réunions nombreuses et des charades en action dans un château magnifique. »
En 1852, Marie de Beaumont (1833-1915), dernière héritière de la famille, épousa Alfred de Noailles (1825-1895), et lui transmit la possession du château de Buzet. Ce dernier partagea sa vie entre Paris et Buzet. Il entreprit les dernières constructions et rénovations importantes sur le site du château : ajout d’une aile à l’Est dans les années 1860 sous la direction de l'architecte Duphot, de BordeauxArch. Dép. Corrèze, 81J 115, destruction du vieux château et des dernières maisons du bourg castral, transformation de l’église paroissiale en une chapelle privée… Passionné par la vigne, il transforma aussi le domaine du château en une exploitation viticole modèle, triplant le prix des bouteilles du vin de Buzet et les exportant aussi loin que la Chine, le Japon, les Etats-Unis… Il sut aussi lutter efficacement contre le Phylloxéra grâce à un investissement financier et humain constant.
De l'abandon au sauvetage ( siècle à nos jours) gauche|vignette|Dessin d'Alfred de Noailles paru dans Le Triboulet en mai 1886 (Arch. Nat. 111AP 8).