Robert-Augustin Antoine de Beauterne, né en 1803 et mort en 1846Catalogue général de la BnF, notice de personne, lire en ligne., est un auteur français connu pour ses ouvrages sur Napoléon et ses volumes catholiques édifiants à destination de l'adolescence..
Ascendance L'écrivain descend en droite ligne de François Antoine (1695-1771), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et porte-arquebuse de Alain Bonnet, Chronologie et documentation raisonnées, 2008., ainsi que de Robert-François-Marc Antoine de Beauterne (1748-1821), porte-arquebuse de ...
Biographie La Mort d’un enfant impie est son premier ouvrage, d’abord publié en huit fascicules, avant d’être vendu en un volume relié, explicitement présenté comme un cadeau idéal de première communion. Il connaît deux éditions successives, en 1837 et en 1838. L’auteur y décrit sa conversion personnelle, survenue lors de l’adolescence, qu’il conclut par une réflexion édifiante sur la mort de l'empereur Napoléon intitulée « Mort de Napoléon religieux » Ce chapitre est la première ébauche de ce que sera le Sentiment de Napoléon sur le christianisme.
En 1840, Beauterne fit paraître les Conversations religieuses avec Napoléon, visant à relater sa relation intime avec la religion chrétienne. L’ouvrage était orné d’une gravure d’Horace Vernet : elle représente l'Empereur recevant le viatique des mains de l’abbé Vignali, à proximité d’un crucifix sur sa table de chevet. Il s'agit d'inciter à ne plus considérer la seule gloire militaire de l’empereur, mais à s’intéresser également à sa spiritualité.
La même année, à l’occasion du « retour des cendres », Beauterne publia une version complétée de sa « Mort de Napoléon religieux », intitulée Conversations religieuses de Napoléon ; en 1841, elle fit l'objet d'une réédition sous ce titre, puis dans une troisième et dernière version, sous le titre de Sentiment de Napoléon sur la divinité : pensées recueillies à Sainte-Hélène par M. le comte de Montholon. Ce dernier ouvrage est réédité en 1843, puis en 1845.
En 1846, il publia également un ouvrage sur l'enfance de Napoléon Bonaparte.
Ouvrages 1837 : Mort d'un enfant impie ; et Mort de Napoléon religieux, avec des "Lettres inédites de M. le général, comte de Montholon", VII-328 p. 1838 : Mort d'un enfant impie, 2 parties en 1 vol., 328 p. 1840 : Conversations religieuses de Napoléon, Paris, VIII-XIX-332 p. 1840 : Discours prononcé sur la tombe de M. le comte Cormier Du Médic, administrateur du Bureau de Charité et de la Caisse d'épargne, inspecteur des écoles primaires du premier arrondissement, Paris, 4 p. 1841 : Conversations religieuses de Napoléon avec des documents inédits de la plus haute importance, où il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, Paris, VIII-XIX-332 p. 1841 : Sentiment de Napoléon sur la divinité ; suivi de : Discours prononcé sur la tombe de M. le comte du Médic, Paris, 1 vol. 1843 : Sentiment de Napoléon sur le Christianisme, conversations religieuses, Paris, éd. Waille, éd. revue et corrigéeL'attribution de la seconde partie de cet ouvrage au Comte de Montholon est nettement indiquée dans cette édition., illustrée par Horace Vernet, 1 vol. en 2 parties. 1846 : L'Enfance de Napoléon, depuis sa naissance jusqu'à sa sortie de l'École militaire, Paris, éd. Olivier-Fulgence, In-16, LIV-231 p. 1865 : La Divinité de Jésus-Christ démontrée par l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, suivi de : Le Verbe incarné, discours sur N.-S. Jésus-Christ, par le Rév. P. J. Etcheverry, Tours, éd. A. Mame et fils, In-12, 138 p.
Sous le Second Empire, Conversations religieuses de Napoléon connut une nouvelle fortune éditoriale avec une version revue et corrigée par l’écrivain bonapartiste Bathild Bouniol intitulée Sentiment de Napoléon sur le Christianisme (quatre éditions recensées entre 1860 à 1868) ; une version clairement apologétique intitulée La divinité de Jésus-Christ démontrée par l’empereur Napoléon à Sainte-Hélène suivit (quatre éditions recensées entre 1865 et 1876). En, 1912, Sentiment de Napoléon parut dans une nouvelle édition, présentée comme la douzième, reprenant la version de Bathild Bouniol, avec une préface inédite de l’abbé Laborie.
En 2013 en ItalieNapoleone Bonaparte, Conversazioni sul christianesimo, Ragionare nella fede, Edizioni Studio Domenicano, , dimensioni : 115 x 190 mm, anno : 2013. et en 2014 en France, ont paru sous le titre Conversations sur le christianisme deux ouvrages recensant une série de propos de Bonaparte rapportés par Beauterne sous couvert de Montholon. L'ouvrage italien a été préfacé par le cardinal Giacomo Biffi. et l'ouvrage français préfacé par Jean Tulard.
Conversations sur le christianisme Contexte L'ouvrage le plus connu de Beauterne est Conversations sur le christianisme ; il s'agit d'un recueil de textes composé des témoignages du général comte de Montholon, qui côtoya Napoléon à Sainte-Hélène, complété d'autres sources issus de personnes ayant fréquenté l'empereur comme le Cardinal Fesch, Hudson Lowe, Louis-Joseph Marchand ; Beauterne évoque notamment le docteur François Antommarchi, les abbés Vignali et Buonavita, le général Henri Gatien Bertrand.
Il n'y a pas de contestations des propos dans les années 1830 et 1840, en particulier de Montholon, qui au contraire a attesté que Napoléon était croyant et que ses démêlés avec le pape, chef d'un État italien, avaient des causes politiques et militaires. Dans une lettre qu'il fit parvenir à Beauterne, Montholon confirme que Napoléon défendait la religion chrétienne par conviction intime et politique tout à la fois : « Comme homme, Napoléon croyait. Comme roi, il jugeait la religion une nécessité, un moyen puissant pour gouvernerNapoléon Bonaparte, Conversations sur le christianisme, préface de Jean Tulard, éd. du Rocher, 2014, . ». Il ne remet pas en cause les propos mis en avant par Beauterne ; pour le cardinal Giacomo Biffi : « De l'authenticité et de la fidélité de la transcription, on peut être certain, car, quand de Beauterne publie ces conversations pour la première fois, beaucoup des témoins et protagonistes de ces années d'exil sont encore en vie. » Dans ses mémoires, le docteur François Antommarchi note que Napoléon désapprouvait fortement le matérialisme supposé des médecinsFrançois Antommarchi, Mémoires, édition du Barrois, 1825, tome II, . et le docteur Barry Edward O'Meara assure qu'il lisait le Nouveau TestamentBarry Edward O'Meara, Napoleon in Exile, or A Voice From St. Helena, 1822.
Par ailleurs, Beauterne ne fait pas de l'empereur un saint de vitrail car il montre les failles de Napoléon d'un point de vue religieux : son apologie de la confession s'accompagne d'une réticence à la pratiquer et d'une tendance à la repousser le plus tard possible ; l'aveu de sa trop timidité dans l'expression de sa foi. Il veut simplement faire connaître les arguments de son adhésion intellectuelle et morale au christianisme.
En cela, il ne va pas dans le sens du premier bonapartisme ni des idées prédominantes sous la monarchie de JuilletG. Cholvy , Delacroix. L’Enfer et l’atelier, éd. Flammarion, 1998, (http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=124#sthash.SM5tjGwn.dpuf) ; Jacqueline Lalouette, Histoire de la libre pensée en France, 1848-1940, Paris, A. Michel, 1996 ; Jacques Le Goff, René Rémond, Histoire de la France religieuse, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, , t. 3, Paris, Seuil, 1991 ; René Rémond, L’Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, 1976. : de fait, l’entourage de Napoléon Bonaparte n’était pas constitué que de croyants et le parti bonapartiste intégrait en nombre des sceptiques, notamment dans la première partie du où prédominaient les bonapartismes jacobinFrédéric Bluche, Le Bonapartisme, , éd. Presses universitaires de France, 1981, et 32. ou libéralFrédéric Bluche, Le Bonapartisme, , éd. Presses universitaires de France, 1981, .. De fait, ce bonapartisme n’avait pas ni vocation ni intérêt à faire de Napoléon Bonaparte un thuriféraire du christianisme. Le comte Henri Gatien Bertrand, qui siégea sous la monarchie de Juillet à gauche, affirme sans la contester qu'il faut cacher cette face religieuse de l'Empereur : « Il ne faut pas que l’on puisse dire que cet homme si fort, mourut comme un capucinNapoléon Bonaparte, Conversations sur le christianisme, préface de Jean Tulard, éd. du Rocher, 2014, .. »
Selon Paul-François Paoli, même si on peut douter des propos qu'on lui fait tenir, certaines formules sont frappantes tant elles expriment le style spécifique de NapoléonPaul-François Paoli, Le Figaro, « Napoléon, Sa relation intime avec le christianisme », 13 novembre 2014. : « Moi qui ne conçois rien de la création, qui ignore l'essence des choses, dois-je m'étonner que l'explication même de tant de mystères soit un dogme tout mystérieux? Je m'étonnerais plutôt qu'il en fut autrement. »
Alors que rien ne l’y contraignait, un de ses premiers actes au pouvoir fut de rétablir l’Église catholique et de recomposer le catholicisme français. L’incroyance est de mise dans la classe politique et militaire, mais il force ses généraux à aller à la messe, refait sonner après une décennie de silence les cloches de Notre-Dame-de-Paris et choisit de se faire sacrer empereur par le Pape Pie VII. Si l’athéisme ou un vague déisme règnent dans les salons, il choisit de proclamer que la religion catholique est la « religion de la grande majorité des citoyens français ». La haute estime dans laquelle Napoléon tenait l'Église catholique, a été analysée par Silvia MarzagalliSilvia Marzagalli, De Bonaparte à Napoléon De Bonaparte à Napoléon, éd. Belin, 197 p., où l'historienne analyse l'évolution de sa politique en insistant sur les questions religieuses. Elle montre comment sous le Consulat et l'Empire, le clergé a progressivement recouvré ses droits. De fait, Napoléon a exigé la venue de prêtres sur Sainte-Hélène et qu'y soit célébrée la messe ; il est mort catholique conscient de son choix affirmé dans son testament, avec les sacrements reçus de l'abbé Vignali.
Contenu Pendant les années d'isolement à Sainte-Hélène, Napoléon s'entretenait souvent avec ses compatriotes en exil, parfois pour parler de religion. De ces discours improvisés, le cardinal Giacomo Biffi retient : « À la lumière de ces pages, on ne peut pas ne pas admettre que Napoléon n'est pas seulement un croyant, mais qu'il a médité le contenu de sa foi, mûrissant une profonde et sapientielle intelligence. » Sa vision de la religion se caractérise par quelques éléments saillants et le caractère à la fois passionné et réfléchi sur certains thèmes précis.
Ces convictions n'empêchent pas l'exilé de regretter de ne pas avoir fortement clamé sa foi : le cardinal Giacomo Biffi remarque que Napoléon admet avec une honnêteté candide que quand il était au trône, entouré de généraux qui étaient loin d’être des dévôts : Oui je ne le cache pas, j’avais du respect humain et beaucoup trop de timidité ; et peut-être je n’aurais osé crier tout haut je crois. Je disais : La religion est une force, un rouage de ma politique ; mais si quelqu'un, alors, me l'avait demandé explicitement, j'aurais répondu: "oui, je suis chrétien". Et si j'avais dû témoigner ma foi au prix de ma vie, j'aurais trouvé le courage de le faire.Napoléon Bonaparte, Conversations sur le christianisme, préface de Jean Tulard, éd. du Rocher, 2014, .. ». Quand Napoléon nomma Madame de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, il lui dit : « Madame, je vous confie les destinées de la France. Faites de mon fils un bon Français et un bon chrétien, l'un ne saurait aller sans l'autreBulletin de la Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, Volume 79, 1978, .Mémoires de Marchand, premier valet de chambre et exécuteur testamentaire de l'empereur, éd. Tallandier, 1985 - 481 pages, . »
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