Les fédaïs (en arménien occidental : Ֆէտայի, Fedayi ; en arménien oriental : Ֆիդայի, Fidayi), également appelés unités irrégulières arméniennes ou milice arménienne, sont des civils arméniens qui ont volontairement quitté leurs familles pour former des unités d'auto-défense et des bandes armées en réaction aux massacres de masse et aux pillages de villages à l'encontre de la population arménienne par des criminels, des forces tribales kurdes et des gardes hamidiennes pendant le règne d'Abdülhamid II à la fin du et au début du , connu sous le nom de massacres hamidiens. Leur objectif final est d'obtenir l'autonomie (Arménakans) ou l'indépendance (Dachnaks et Hentchaks) en fonction de leur idéologie et du degré d'oppression infligé aux Arméniens.

Le terme arménien fedayi est dérivé de l'arabe fedayin : فدائيون, fidā'īyīn, signifiant littéralement ..

Résistance sous l'Empire ottoman thumb|250px|left|Le vilayet de Bitlis (Taron historique) était le centre des opérations des fédaïs à la fin du et au début du . L'objectif principal des fédaïs arméniens est de défendre les villageois arméniens de la persécution et en même temps, de perturber les agissements de l'Empire ottoman dans les régions peuplées d'Arméniens. Les volontaires arméniens ont combattu pendant les massacres hamidiens, la révolte du Sassoun (1894), la , la défense de Van et l'. Ils sont les dirigeants et les membres du mouvement national arménien. Ces groupes sabotaient les lignes télégraphiques et attaquaient les ravitaillements de l'armée. Ils ont également commis des assassinats et des contre-attaques sur des villages musulmans. Ils ont aidé les Arméniens à se défendre lors des purges villageoises organisées par les fonctionnaires ottomans. Ils ont été soutenus par la population arménienne et ont rapidement gagné réputation, soutien et confiance.

Rouben Ter Minassian, représentant du parti Dachnak et un des chefs des fédaïs dans le Sassoun entre 1905 et 1908, expose leur programme d'action à cette date : Créer des cellules de village ou de quartier urbain avec une milice armée de pour se défendre contre les agressions. Si possible, faire élire comme chef du village un membre du groupe d'autodéfense. Créer dans chaque district un groupe mobile de fédaïs qui pourra servir plus tard à l'encadrement des milices locales. Percevoir des cotisations et amendes pour l'achat d'armes et les besoins des fédaïs. Une collecte auprès des paysans, une fois par an, est destinée aux besoins des écoles et des prisonniers. Toute autre levée d'argent est interdite. Lutter contre les féodaux kurdes mais chercher l'entente avec les paysans kurdes, surtout les Demlis (alévis) ; quelques chefs kurdes rebelles sont considérés comme des alliés possibles. Résister aux ghabilats (clans turcs, dominants dans l'administration urbaine) et aux muhacir, réfugiés musulmans des Balkans ou du Caucase auxquels l'administration ottomane distribue des terres. Faire connaître à la population et au gouvernement les exigences des fédaïs : à terme, leur but est la liberté et l'égalité pour toutes les populations de l'Empire. Neutraliser les multazims (fermiers des impôts), au besoin par la force, et faire que la collecte des impôts soit assurée par les paysans eux-mêmes. Interdire à tout Arménien de vendre sa terre à un Turc ou à un Kurde ; racheter les hypothèques de la Banque agricole ; décourager les acheteurs non arméniens, au besoin par l'incendie et le sabotage. Créer des écoles arméniennes dans les villages, financées par une part des impôts, une fois éliminé le système des multazims, et par les ressources du clergé. Interdire le recours aux tribunaux ottomans, considérés comme partiaux et corrompus ; la justice sera rendue par les comités du parti. Veiller à ce que chaque Arménien possède une arme tant que les autres peuples ne sont pas désarmés. Renforcer le comité central de Korod (Muş) qui assure les liaisons avec l'extérieur et avec les fonctionnaires et militaires turcs favorables au mouvement révolutionnaireRouben Ter Minassian, Mémoires d'un partisan arménien, Éditions de l'aube, 1990, ..

Les activités des fédaïs dans l'Empire ottoman se dissipent après la deuxième ère constitutionnelle de l'empire, lorsque le Comité Union et Progrès arrive au pouvoir et, pendant un temps, accorde aux citoyens arméniens de l'empire les mêmes droits que ses citoyens turcs et kurdes. La plupart des groupes fédaïs sont alors dissous, leurs membres retournant dans leurs familles.

Première Guerre mondiale thumb|Photo d'un volontaire arménien, Bibliothèque du Congrès.

Certains groupes fédaïs rejoignent l'armée ottomane après que le gouvernement ottoman a adopté une nouvelle loi de recrutement pour soutenir l'effort de guerre en exigeant que tous les hommes adultes puissent jusqu'à l'âge de 45 ans être recruté dans l'armée ottomane ou que des frais spéciaux soient payés (qui seraient utilisés dans l'effort de guerre) pour pouvoir être exempté de service. En conséquence de cette loi, la plupart des hommes valides sont retirés de leur foyer, laissant les femmes, les enfants et les personnes âgées à eux-mêmes. La plupart des recrues arméniennes est ensuite reléguée à des bataillons spécialement créés et affectée aux travaux et à la voirie, puis éliminés par petits groupes au cours de l'année 1915, par les gendarmes chargés de leur encadrement ou par les Kurdes appelés en renfort...

Le génocide arménien fait place au retour des fédaïs. En dehors de milliers d'Arméniens qui ont été recrutés ou qui se sont portés volontaires dans plusieurs armées différentes luttant contre l'Empire ottoman, et en dehors de ceux qui ont été enrôlés dans l'armée ottomane avant la Première Guerre mondiale., les fédaïs combattent à l'intérieur des frontières ottomanes.

Au cours de la première année de la République démocratique d'Arménie, les Arméniens d'Anatolie affluaient dans les zones de refuges. Les routes étaient encombrées de réfugiés. Plus au sud, à Van, les fédaïs aident les Arméniens locaux à résister contre l'armée turque jusqu'en , mais finalement sont forcés d'évacuer et de se retirer vers la Perse.

Pour envisager des mesures d'urgence, l'administration de l'Arménie occidentale organise une conférence qui adopte des plans pour former une milice de sous le commandement d'Andranik Ozanian en . Le commissaire civil, le , promeut Andranik major-général et prend le commandement de l'Arménie au sein de l'Empire ottoman. Ils combattent dans de nombreuses batailles à succès tels que la bataille de Kara Killisse, la bataille de Bach Abaran et la bataille de Sardarapat, au moment où les fédaïs fusionnent avec l'armée arménienne (centrée à Erevan) sous le commandement du général Tovmas Nazarbekian.

Le nombre total d'hommes dans ces bandes irrégulières était de , selon Boghos Nubar Pacha, le président de la Délégation nationale arménienne :

Boghos Nubar, dans le cadre de la délégation arménienne, à l'intention d'élargir l'indépendante République démocratique d'Arménie. Ainsi, il aurait élevé le nombre de fédaïs arméniens qui étaient en mesure de se battre pour montrer que les Arméniens sont capables de défendre une éventuelle grande frontière arméno-ottomane. En réalité, leur nombre à cette époque étaient beaucoup plus bas, considérant qu'il n'y avait pas plus que quelques poignées de fédaïs dans la plupart des affrontements entre eux et les irréguliers kurdes ou les soldats turcs, même selon des comptes rendus étrangers. Par ailleurs, la plupart des fédaïs étaient les mêmes et réapparaissaient dans divers endroits et batailles. Il convient également de noter que de nombreux combattants irréguliers arméniens sont morts en défendant les régions de l'Arménie occidentale pendant le génocide arménien.

Fédaïs notables

thumb|La statue de Andranik Ozanian au Musée fédaïs à Erevan.

Nom de guerre Année active (comme fédaï) Lieux d'opération Affiliation politique Arabo ≈1880-1893 Arménie occidentale Dachnak ≈1880-1894 Arménie occidentale Hentchak - 1896 Arménie occidentale, Constantinople Dachnak 1891-1899 Arménie occidentale Dachnak ≈1880-1904 Arménie occidentale Hentchak, Dachnak Kevork Tchavouch 1890-1907 Arménie occidentale Hentchak, Dachnak Sevkaretsi Sako - 1908 Arménie occidentale, Iran Dachnak Yeprem Khan ≈1880-1912 Arménie occidentale, Iran Dachnak - 1914 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Medzn Mourad ≈1880-1915 Arménie occidentale Hentchak Ichkhan - 1915 Arménie occidentale Dachnak Paramaz ≈1890-1915 Arménie orientale Hentchak Keri ≈1880-1916 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Hovsep Arghoutian 1889-1918 Arménie occidentale Dachnak ≈1890-1918 Arménie occidentale Arménakan ≈1890-1918 Arménie occidentale, Arménie orientale, Bakou Hentchak, Dachnak Andranik 1895-1919 Arménie occidentale, Bulgarie, Syunik Hentchak, Dachnak Aram Manoukian 1903-1919 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Sossé Mayrig ≈1890-1920 Arménie occidentale Dachnak 1890-1920 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Dro 1914-1920 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Vartan 1890 - ≈1920 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Garéguine Njdeh 1908-1921 Iran, Balkans, Arménie orientale (particulièrement Syunik) Dachnak ≈1880-1921 Arménie occidentale, Arménie orientale, Syunik Dachnak Armen Garo 1895-1922 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak Touman Toumian 1901-1906 Arménie occidentale, Arménie orientale Aucun Sarkis Gougounian 1890-1910 Arménie occidentale, Arménie orientale Dachnak ≈1890-1915 Arménie occidentale Dachnak

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Mouvement de libération nationale arménien Massacres hamidiens Génocide arménien Population arménienne ottomane

Bibliographie H. K. Vartanian, The Western Armenian Liberation Struggle, Erevan, 1967. Mihran Kurdoghlian, Badmoutioun Hayots, C. hador [« Histoire arménienne, volume III »], Athènes, Grèce, Hradaragoutioun Azkayin Oussoumnagan Khorhourti, 1996, . Rouben Ter Minassian, Mémoires d'un partisan arménien, Éditions de l'aube, 1990.

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