Le parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim () est un parc archéologique situé de part et d'autre de la frontière franco-allemande et partagé entre les communes de Reinheim dans la Sarre et de Bliesbruck en Moselle. Ce projet transfrontalier a été initié en 1989. Il montre au sein d'un espace de soixante-dix hectares les vestiges archéologiques retrouvés sur les lieux. Un musée complète le dispositif.

Les principaux vestiges exposés sont d'une grande diversité : la tombe princière de Reinheim, un gallo-romain et une vaste romaine. Avec des restes archéologiques du Mésolithique, de l'âge du bronze, des périodes celtique et romaine, puis des migrations germaniques de l'Antiquité tardive, le site témoigne d'une occupation permanente de la vallée de la Blies sur une période de six mille ans.

En dépit de partis pris différents en France et en Allemagne, qui se nourrissent mutuellement, le caractère unique de la coopération en fait, selon l'archéologue Diane Dusseaux, .

Contextes géographiques Localisation vignette|gauche|Plan d'ensemble du parc. Le site est localisé à de la ville française de Metz et à de la ville allemande de Sarrebruck.

Il se situe à proximité du village français de Bliesbruck dans le département de la Moselle et du village allemand de Reinheim dans le land de la Sarre. Une route départementale relie les deux villages.

Un site de la vallée de la Blies vignette|alt=Vue d'un fleuve bordé par des arbres|Vue des rives de la Blies près de Bliesbruck. Au niveau hydrologique, le site est localisé dans la vallée de la Blies, sur la rive gauche. La vallée de la rivière est large sur ce site, qui comporte plusieurs niveaux de terrasses alluviales.

Le site possède des et également du bois en abondance.

Son territoire est partagé entre la ville et une grande . Le site possédait non seulement un axe fluvial avec la Blies, affluent de la Sarre, qui permettait le transport de marchandises mais aussi un accès routier avec la voie Strasbourg-Trêves.

Le site est dominé par une éminence, le Homerich, qui a peut-être abrité un sanctuaire.

Histoire, des origines à l'effacement

Des origines à l'âge du bronze

Le site est occupé dès le Mésolithique, vers -9000 comme peuvent en témoigner des lamelles de silex. Des changements importants s'opèrent au Néolithique, tant au point de vue économique avec , que social avec la sédentarisation, et technologique (pierre polie et céramique). Dans la vallée de la Blies, cette période est attestée uniquement par des découvertes fortuites.

L'âge du bronze moyen voit se développer la métallurgie au niveau local. Deux tumulus de cette époque sont connus, dont un sous lequel est inhumé un homme âgé d'environ . L'âge du bronze final, période de changements climatiques importants, voit une occupation de la vallée.

À la fin de l'âge du bronze, la zone est utilisée comme nécropole, puis lieu d'habitat, et devient importante après le . Ont été retrouvées notamment de nombreuses fosses-dépotoirs ou traces de silos ou greniers, outre des objets du quotidien comme des céramiques. Les nécropoles sont désormais constituées d'incinérations dans des urnes, avec des marqueurs sociaux déposés dans les tombes.

La zone de Bliesbruck-Reinheim est . La société est alors très hiérarchisée.

Âge du fer

Le fer se répand au , avec la culture de Hallstatt. Au début de l'âge du fer, l'inhumation est à nouveau pratiquée et les classes dirigeantes sont enterrées avec un riche mobilier. Ces classes sont en contact avec la région méditerranéenne et leurs résidences permettaient de contrôler le passage dans la vallée.

Avec la période de La Tène, la zone des tombes princières se modifie et occupe le Rhin moyen, la Moselle et la Sarre actuelle, ainsi que la Champagne. La tombe de la princesse de Reinheim date de cette époque. L'incinération est à nouveau pratiquée de manière progressive à partir du . Au deuxième âge du fer, les tombes princières sont situées vers le Rhin moyen et la Champagne.

Trente-deux tertres sont connus sur les hauteurs environnantes du site, en particulier à Rubenheim-Wolfersheim, les défunts étant accompagnés d'un mobilier plus ou moins riche. Dans certaines sépultures cohabitent des urnes funéraires et des inhumations. Le site périclite à partir du , alors que celui de Reinheim s'affirme comme . Ce rôle peut être lié à sa position sur la route du sel produit dans la vallée de la Seille, la route servant également à un commerce lointain d'objets destinés aux nécropoles aristocratiques. Une nécropole aristocratique est utilisée de la période de Hallstatt à La Tène ; deux autres nécropoles ont été retrouvées à proximité, et dans l'une des deux une tombe de deux adolescents était richement ornée. Des traces d'habitat ont été dégagées, dont certaines . Un défunt de la nécropole du Furtweg, mort vers à La Tène moyenne, était peut-être un mercenaire . La fin de la période celtique est mal connue et absente du site dans l'état des connaissances du milieu des années 1990.

Les Médiomatriques

vignette|gauche|alt=Carte montrant la localisation d'un site antique.|Localisation du site de Bliesbruck-Reinheim sur le territoire des Médiomatriques au , au début de la guerre des Gaules.

Le site de Bliesbruck-Reinheim appartient durant l'Antiquité au peuple celte des Médiomatriques et à la Gaule belgique. Le territoire des Médiomatriques se trouve entre ceux des Trévires et des Leuques.

Les Médiomatriques sont un des peuples celtiques qui se sont installés à partir du en Gaule, établis entre la Meuse et le Rhin, l’Argonne et la Forêt-Noire. À l'époque tardive et au début de l'Empire romain, leur capitale est l‘oppidum de Divodurum à l'époque romaine, mais est un nom gaulois latinisé. (actuel quartier Sainte-Croix à Metz), qui prend le nom de « Divodurum Mediomatricorum » à l'époque romaine. À la fin de la période de La Tène, l' principal est peut-être celui du Fossé des Pandours, d'une superficie de , placé sur l'axe reliant la Gaule et le Sud de l'Allemagne actuelle. Les Médiomatriques sont à leur apogée vers 120-. La fin du voit une chute des sites germaniques et les installations prennent leur essor.

La cité connaît un important développement durant la Pax romana. Le territoire est divisé entre différents comportant un chef-lieu ou .

Antiquité romaine

Haut-Empire romain vignette|alt=Carte montrant les grandes divisions territoriales d'une partie de la Gaule au .|Le Nord-Est de la Gaule vers 70 avec les frontières provinciales et linguistiques. Auguste réorganise administrativement la Gaule en en s'appuyant sur le découpage territorial des cités gauloises, et Agrippa s'occupe du réseau de voies, dont la via Agrippa qui traverse le territoire médiomatrique. Des vestiges d'un pont romain sur la Blies existaient encore au milieu du et ont fait l'objet d'une description, cependant son emplacement n'est plus connu au milieu des années 1990.

La ville, dont on ignore le nom antique, se constitue à partir de 40-50 à l'époque claudienne, parallèlement à la voie romaine reliant Lugdunum à Augusta Treverorum en passant par Divodurum. La localité est sur deux axes desservant l'espace qui sera à la fin du Haut-Empire découpé entre les provinces romaines de Belgique première et de Germanie première, commandant l'accès à de nombreuses positions fortifiées en Germanie. Elle est donc sur un axe stratégique important. Elle comporte des quartiers artisanaux et commerciaux.

Un édifice polygonal à usage cultuel a été découvert au lieu-dit Horres, à un kilomètre de la de Reinheim et sur une surface de dix hectares : ce site est utilisé de la fin de l'époque gauloise à l'époque gallo-romaine, sous la dynastie flavienne ; une certaine continuité existe donc. Dans les trous de poteaux du temple polygonal ont été découvertes des monnaies gauloises interprétées comme un dépôt de fondation. Un vaste sanctuaire gallo-romain prend sa place.

Les édifices mis au jour dans le centre monumental confirment le caractère urbain du site, mais aucune inscription n'en précise le statut juridique. Le a des et les ont un rôle de production agricole. Les habitants prennent pour la plupart leurs repas à l'extérieur dans des établissements.

Au cours des , la ville se dote de constructions monumentales comme le complexe thermal, qui parvient à son extension maximale, une basilique et une fontaine. L'apogée de l'agglomération romaine est le et est lié au commerce et à l'artisanat. L'agglomération, orientée nord-sud, s’étend alors sur environ trente hectares.

On ignore si la grande qui connaît son plus grand développement au ou dans la première moitié du a été précédée par un établissement de moindre importance datable de l'époque de Jules César ou Auguste. La suit de trente à quarante ans . Le territoire rural entourant Bliesbruck dans un rayon de dix kilomètres comporte de nombreux sites ruraux des , cent quatre-vingt-sept ayant été identifiés, avec une hiérarchie foncière entre métayers et fermiers.

Un vaste lieu de vingt hectares, probablement un sanctuaire datant de la période D de La Tène, se situe à un kilomètre et demi de la .

Bas-Empire romain

La ville atteint son apogée au durant lequel la est , mais la crise de la fin du siècle met un coup d'arrêt à la prospérité de cette agglomération secondaire. L'Empire romain ne peut empêcher les incursions des peuples germaniques, même si persiste .

Les quartiers artisanaux sont détruits à la fin du : le quartier occidental est probablement détruit en 258 et le quartier oriental en 273 ou 275. Les destructions sont sans doute le fait des invasions germaniques de 250-275. Des incendies ravagent le site vers 260 puis vers 275-276. Les thermes et le quartier oriental sont réhabilités à une période ultérieure. La fontaine et la basilique civile sont détruites, et la grande est . Les campagnes se transforment de la fin du , avec un maintien des sites mais des activités qui changent avec en particulier des ateliers dans la du Grosswald.

L'agglomération perd son caractère urbain et le déclin se poursuit jusqu'au , même si des bâtiments sont réhabilités dans la première moitié de ce siècle. La période 352 à 354 semble être difficile pour les populations du secteur en raison des invasions alamanes, principalement lors du règne de Magnence. Le centre de l'agglomération est peu occupé de même que tous les édifices de la cour de la grande , sauf un dans lequel des vestiges ont été retrouvés.

Des céramiques et des pièces de monnaie dont mille cent quarante imitations datant de l'époque de la chute du fort de Niederbieber sont découvertes. Un dépôt et un atelier de frappe monétaire pour la période 256-271 sont également attestés. La voie parcourant la localité reste l'axe structurant entre 275 et 300. À l'inverse, à la fin du le quartier occidental semble laissé à l'abandon. Les maisons du quartier oriental sont réhabilitées ou réaménagées. Les reconstructions ne sont pas de bonne qualité, l'occupation est moins dense et de nombreuses ruines parsèment alors le site.

Au , le site est réutilisé partiellement; seules les parties centrales et méridionales des thermes sont encore utilisées. Deux bronziers font leur apparition pendant ce siècle dans des parties de l'édifice et de l'habitat oriental supposé. Les vestiges de la basilique sont détruits et ceux de la fontaine servent de carrière de pierres à partir de 320.