Le Centre des hautes études américaines (CHEA) est un organisme privé français et belge, atlantiste, qui a fonctionné en France de 1946 à la fin des années 1960, et en Belgique de 1956 à 1964.
Historique
L'économiste libéral Henri Truchy, ancien professeur à la faculté de droit de Paris et membre de l'InstitutLe Monde, 16/6/1954, Eléments biographiques sur le site du CTHS, fonde à la fin de l'année 1945 l'Institut des hautes études américaines, afin d'en faire un centre de recherches et d'information pour les milieux scientifiques et les milieux d'affairesPrivé-France, compte-rendu annuel, 1950 : nécrologie d'Henry Truchy. Son nom est modifié en 1950 ou 1951, du fait de la plainte d'un Institut du même nom, filiale du comité France-Amérique« A propos du titre : " Institut des études américaines. " », Le Monde, 18 mars 1950. Malgré les bonnes relations avec Firmin Roz, qui collabora aux Études américainesJournal officiel, 21 avril 1951 : il devient le Centre des hautes études américaines. Durant les premières années, Eugène Schueller, membre du Centre, a tenu à installer le Centre dans un immeuble dépendant de ses entreprisesPrivé-France, lettre du Centre, mars 1957Christophe Bourseiller, Ombre invaincue, la survie de la Collaboration dans la France de l'après-guerre, 1944-1954, Perrin, 2021.. Le CHEA a eu à Paris plusieurs sièges successifs : 8, rue de l'Université, 20, rue Bayard, 179, boulevard Saint-Germain (en 1951), 30, rue de Fleurus (1952)Journal officiel, 4 janvier 1953, boulevard Malesherbes.
Le Centre est animé notamment par Achille Dauphin-Meunier et par l'éditeur Gaston Morancé, ancien président des jeunesses de l'Alliance démocratique et ancien vice-président de ce parti avant la guerre lorsqu'il était dirigé par Pierre-Étienne Flandin, ancien dirigeant sous l'Occupation d'une agence de presseRosemonde Sanson, Les jeunesses de l'Alliance démocratique. Morancé (1904-1992) préside les éditions Albert Morancé, fondées par son père Albert Morancé. Sergent-pilote après la guerre, au Maroc notamment, il est titulaire de la médaille militaire et a été grièvement blessé dans un accident d'avion en avril 1925 (L'Ouest-Eclair, 29/41925) ; il est amputé et préside l'association d'entraide les Ailes mutilées en 1940. Il a été le collaborateur du ministre Raoul Péret à partir de 1926, aux finances et à la justice (Péret était son oncle par alliance: Le Matin, 29/4/1925, Le Journal, 3/3/1933), puis celui de François Piétri en 1933, ce qui a valu la Légion d'honneur. Il est président des jeunesses de l'Alliance démocratique en 1934 puis vice-président de l’Alliance de novembre 1937 à 1940 (Journal des débats, 2/3/1934, Ibid., 18/11/1935, Ibid., 4/11/1937, L'Ouest-Eclair, 4/11/1937). Il a dirigé une agence de presse pendant l’Occupation, Presse-information. Exclu de l’Alliance démocratique à la Libération, il fonde des lettres d’information et préside le syndicat de la presse privée et des lettres d’informations fondé en 1957.. Le général de corps aérien Ludy Piollet, ancien chef d'état-major général de l'armée de l'air, a été un temps son délégué généralBiographie du général Piollet.
Dauphin-Meunier s'est adressé dès 1946 à l'Ambassade américaine pour convaincre les États-Unis d'aider financièrement le CentreRelations internationales, 1981, vol. 2, . Georges Morancé est envoyé aux États-Unis en 1955 pour développer sur place l'effort d'information du centre. Il a été reçu par Robert Murphy, secrétaire d'État adjoint et responsable des affaires européennes, et par Clarence B. Randall, conseiller économique du président américainPrivé-France, compte-rendu annuel, 1955.
Le Centre, ses animateurs, ses conférenciers et les personnalités qui ont collaboré à ses périodiques, ont salué « l'amitié américaine », le Plan Marshall notamment, et ont accueilli des diplomates américains. En 1948, le Centre organise ainsi un déjeuner au Cercle interallié au cours duquel la générosité américaine est mise en valeur. Truchy présente le Centre à ses invités et rend hommage aux États-Unis, représentés par plusieurs diplomates de l'Ambassade américaine. Georges Villiers, président du CNPF, relate son séjour aux États-Unis, en présence de patrons, d'universitaires et de diplomates, qui félicitent Dauphin-Meunier et MorancéLa France libre, 30 janvier 1949. Le maréchal Alphonse Juin, invité par le Centre à un déjeuner donné en son honneur en 1953, aurait cependant critiqué la politique étrangère des États-Unis« L'Amérique porte une grande responsabilité dans la situation actuelle aurait déclaré le maréchal Juin dans une allocution », Le Monde, 30/1/1953, « Le maréchal Juin : Les Russes sont à 150 km du Rhin », Le Figaro, 29 janvier 1953, France-Soir, 30 janvier 1953, Feuille d'avis de Neuchâtel, 30/1/1953, mais le Centre fait savoir que ses propos répercutés par la presser sont inexacts« A propos des déclarations du maréchal Juin », Le Figaro, 30 janvier 1953. Il a critiqué les États-Unis en 1957« Le maréchal Juin: l'affaire de Suez nous fait douter que les États-Unis défendraient l'Europe avec des armes nucléaires », Le Monde, 26 janvier 1957. En 1967, , à la suite de la décision du général de Gaulle en 1966 de quitter le commandement intégré de l'OTAN, Dauphin-Meunier cosigne au nom du CHEA une déclaration assurant et affirmant vouloir Le Monde, 15 avril 1967.
Le Centre est lié à une revue économique, la Nouvelle revue d'économie contemporaine, dirigée par Dauphin-Meunier. Sont membres de son comité de rédaction Claude-Joseph Gignoux, Louis Rougier, un habitué comme Gignoux des déjeuners du Centre, Jacques Chastenet, Bertrand de Jouvenel. Y collaborent des membres du conseil supérieur du Centre, des convives et des conférenciers de ses déjeuners : ce sont des anciens ministres de Vichy (Pierre-Étienne Flandin, Émile Mireaux, Georges Lamirand, René Belin), des leaders du Centre national des indépendants et paysans , des ingénieurs-économistes (Maurice Allais), des libéraux de la faculté de droit (Louis Baudin, Truchy), des intellectuels corporatistes (Louis Salleron), des patrons (Georges Villiers, Louis Charvet, L. Charvet, « La sidérurgie française devant le « pool » », NREC), unis contre l'étatisme. Le Centre et la NREC rassemblement donc des anciens du régime de Vichy, des néolibéraux et des partisans de l'atlantismeCollectif, The road from Mont-Pèlerin: the making of the neoliberal thought collective, Harvard University Press, 2009, . Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel, Perrin, 2008, ..
Le général Weygand, président d'honneur du Centre, a fait publier dans le bulletin du Centre en 1951, dans le contexte des élections législatives, un appel à la , appel demandant de passer outre aux divisions issues de la Seconde Guerre mondialeLe Figaro, 11 juin 1951. Il inaugure les nouveaux locaux du Centre la même annéeFrance-Soir, 8 juillet 1951.
Dauphin-Meunier et Morancé fondent ensemble la Faculté libre de droit, d’économie et de gestion (FACO Paris) en 1968.
Activités
Un organisme de documentation Il publie une revue bimestrielle, Les Études américaines, distribuée par les Nouvelles éditions latines. On y trouve des articles sur les États-Unis puis sur le continent américain. Son tirage est de exemplaires en 1951, de exemplaires en 1953 Privé-France, 1951 compte-rendu annuel ), Ibid., 1953 (compte-rendu annuel ). Il publie en outre des lettres « confidentielles » hebdomadairesLe Figaro, 16 novembre 1948 pour ses adhérents -Privé-France (l'éditorial fut confié à ses débuts à René Malliavinles Études sociales, janvier-mars 1997, biographie de Dauphin-Meunier, ) et le Bulletin économique (pour ses adhérents français), European newsletter (à destination des élites américaines), de 1951 à 1954. Le compte-rendu annuel de Privé-France en 1951 souligne que cette lettre est adressée à des industriels et des parlementaires américains, pour souligner l'importance de la lutte de la France en Indochine et la nécessité d'assurer la sécurité des pays de la Communauté atlantique. Cette lettre est supprimée en raison de ses frais trop lourds.
Il organise aussi un déjeuner mensuel (paper club), à destination des journalistes américains à Paris. Il est animé par l'industriel André ReynaudPrivé-France, compte-rendu annuel, 1957 et 1954.
Dans les années 1960, le Centre publie deux périodiques, L'Observateur européen et Le Courrier international, rédigés par Fabrice Laroche (alias Alain de Benoist) à partir de l'été 1967 à la demande de Dauphin-MeunierLiber amicorum Alain de Benoist, Les Amis d'Alain de Benoist, 2004, , Pierre-André Taguieff, Sur la nouvelle droite, Descartes et Cie, 1994, , The World of Learning, Volume 21, Allen & Unwin, 1970, , Joseph Algazy, L'extrême-droite en France de 1965 à 1984, L'Harmattan, 1989, .. L'Observateur européen est issu du périodique du groupement d'extrême droite Europe-ActionNotice de la BNF . Jean-Claude Valla est le directeur de publication du Courrier internationalNotice de la BNF. Le Centre devient les Hautes études internationales en 1968Joseph Algazy, L'extrême-droite en France de 1965 à 1984, L'Harmattan, 1989, .
Un petit établissement supérieur privé Établissement supérieur privé, reconnu par l'Académie de Paris, il accueille des étudiants américains installés à Paris et des étudiants français désireux d'étudier la civilisation américaine. Il délivre un diplôme d'études supérieures: 10 étudiants diplômés en 1951, 17 en 1954, 16 en 1955, 45 en 1957 (pour 71 candidats). Les étudiants sont inscrits aux grandes écoles et facultés commerciales. Le jury est entièrement américain, sous la direction du professeur Mead, directeur de la fondation des États-Unis à la Cité universitaire, à Paris. Il est admis en 1954 dans l'Association européenne des centres d'études américaines grâce au professeur Robert O. Mead.
Un lieu de sociabilité politico-mondain Le Centre organise 6 à 8 déjeuners par an au Cercle républicain (5, avenue de l'Opéra) pour ses membres et ses invités, venus écouter une conférence d'une personnalité, à partir de 1949. les conférences ne portent pas forcément sur les États-Unis mais sur des sujets d'actualité. Les conférenciers sont des généraux, des patrons, des hommes politiques, tels en 1949 Flandin, sur le libéralisme« M. P-E Flandin fait l'éloge du libéralisme », Le Monde, 9 juillet 1949 ou le Belge Paul Van Zeeland en compagnie de Pierre Ricard, vice-président du CNPFL'Aube, 28 mars 1949, Ibid., 23 mars 1949, Combat, 28 mars 1949, des diplomates.
Ont donné des conférences à ces déjeuners, parfois évoquées par la presse : en 1950 : Dauphin-Meunier, Raoul Nordling, le député Robert Bétolaud, l'amiral Jean Decoux (un habitué de ces déjeuners), Jacques de Maupeou, vice-président de La Fédération, le sénateur Marcel Pellenc, Jean-Jacques Guerlain, président d'une commission du CNPF, et le président de l'American Chamber of commerce in France, le député Édouard Frédéric-Dupont, en 1951 : Jacques Fourcade, le directeur des affaires d'Afrique et du Levant au ministère des affaires étrangères et Bressoles (recteur honoraire de l'Institut catholique), l'ambassadeur du Brésil, le président du Conseil national du patronat français Georges Villiers, Jacques Fougerolle (président de la Chambre de commerce de Paris), l'Académicien André Maurois, l'ambassadeur d'Argentine, le maréchal Alphonse Juin, Albert Sarraut, en 1952 : Max Hymans, un représentant du chef d'état-major de l'armée de l'air, le secrétaire d'État à la présidence du Conseil Guy PetitLa Croix, 14 avril 1952, Edmond Giscard d'Estaing et le professeur Harold Kaplan, de la Mutual security agency, le général d'armée Charles Léchères, chef d'état-major de l'armée de l'air et l'attaché militaire spécial de l'ambassade américaine,