Liconographie des modillons romans décrit les modillons recensés par les nombreuses études consacrées à l'art roman ; ils sont essentiellement visibles à l'extérieur des églises de l'Arc atlantique allant du nord-ouest de l'Espagne à l'Angleterre et l'Irlande, en passant par l'Aquitaine, la région Poitou-Charentes, le Maine et la Normandie. Certaines églises de l'Italie du Sud portent aussi quelques ceintures de modillons plus ou moins dégradées.
L'imagerie développée, d'abord décorative, est souvent figurative et chargée d'une symbolique dont la signification est parfois difficile d'accès. Leur description accompagnée d'une tentative de classification donne des pistes d'interprétation.
Un recensement des églises de France, d'Espagne, d'Angleterre et d'Irlande associé à cette classification permet un panorama de cet aspect de l'art roman occidental.
Introduction
Le terme « modillon » désigne un support ornemental placé en saillie au faîte des murs afin de soutenir une corniche, du chevet, de la nef et, assez souvent, sur la façade, au-dessus du portail. On parle aussi, selon la taille et la forme, de corbeau ou de console. Les modillons faisaient partie de la technique de l'architecture romane entre les et, dans certaines régions, au . Ces éléments sont l’héritage architectural et figuratif des constructions romaines ; les corbeaux sont largement utilisés dans l’architecture romaine mais ne sont pas sculptés, les modillons ornés et les sculptures romanes doivent beaucoup à l’art gallo-romain.
Les modillons sont parfois complétés par des métopes : la métope est une pierre rectangulaire entre deux corbeaux ou modillons, elle peut être décorée d’entrelacs, de damiers ou de motifs végétaux comme à l’église Notre-Dame d'Échillais formant une frise ; sur le chevet l’ensemble modillons métopes peut également être surmonté d’une autre frise ; plus rarement la métope est ornée de sculptures figuratives par exemple sur la façade de l’église Notre-Dame de Surgères ou le chevet de l'Église Notre-Dame de Fleuriel.
Formes et usages des modillons
L'usage des modillons sculptés pour soutenir les corniches est retrouvé en Espagne sur la grande mosquée de Cordoue, au , mais on en trouve dans les îles anglo-saxonnes, en Scandinavie et en Normandie dès le , à la suite des antéfixes de l'Antiquité et des extrémités sculptées des poutres transverses. On les retrouve sur les églises du nord de l'Espagne, de l'ouest de la France, des îles anglo-saxonnes aux et , ainsi que dans le sud de l'Italie.
Les premiers modillons avaient une décoration géométrique (rouleaux, barres, feuilles). Au , apparaissent des animaux et des figures humaines. Ces figures pouvaient avoir une fonction didactique, promouvoir la mission éthique de l’Église en illustrant les péchés et la damnation qui s'ensuivra. Les plus anciens exemples se trouvent sur les édifices associés aux chemins de Compostelle. L'inspiration graphique des sculpteurs romans puise dans les enluminures et l'orfèvrerie mérovingiennes et carolingiennes inaccessibles au peuple laïc ; on retrouve une influence plutôt gréco-romaine en Italie et en région méditerranéenne et celtique ou normande pour l'Arc atlantique (Blanc)(Prache). Malgré leurs disposition à l'extérieur ces éléments pouvaient être peints comme en témoignent les traces visibles sur l'Église Notre-Dame de Fleuriel illustrée plus bas.
À partir du , avec le style gothique, les chapiteaux historiés disparaissent et les modillons figurés font place aux gargouilles tout en haut des édifices ou en culs-de-lampe grotesques, sans signification apparente.
On remarque là des corbeaux romains, des modillons sculptés à copeaux Wisigoth et des bas reliefs romains proche de l'iconographie romane.
Les modillons subsistant au se trouvent autour des chevets, secondairement sur les murs de la nef et finalement au-dessus du portail, sauf en Normandie et dans les îles anglo-saxonnes dont ils sont totalement absents. Cette distribution des modillons peut s'expliquer matériellement : la construction d'une église commençait avec l'abside, pour abriter au plus vite le sanctuaire, de sorte que la façade ouest (en général, celle où se trouve le portail) attendait parfois un siècle le financement permettant de l'achever et les modillons étaient passés de mode. De même, lors de la reconstruction des églises, c'était, le plus souvent, la nef qui était refaite, avec sauvegarde de l'ancien chœur et de l'abside. Les modillons déjà présents dans la nef étaient arrachés ou utilisés ailleurs comme décorations. Cependant, ces ceintures de modillons requéraient un effort artistique et financier important qui répondait à une véritable nécessité anthropologique bien au-delà de la seule fonction décorative.
Qui plus est, au cours des siècles, les modillons « impudiques » étaient victimes des iconoclastes puritains, surtout ceux placés au-dessus du portail, immédiatement visibles lorsqu'on entre dans l'église.
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Un exemple typique de la réutilisation des modillons se trouve sur la façade sud de la nef de l'église Saint-Martin de Bonnetan, en Gironde. Lors de la reconstruction, six des modillons romans furent réutilisés à des fins décoratives.
La façade de l'église Saint-Martin de Mourens, en Gironde également, est un exemple de la destruction des modillons sur place. L'ensemble des modillons, de très bonne facture, a été martelé, y compris les têtes des personnages qui figuraient sur les chapiteaux du portail. En comparant les restes avec d'autres modillons de la région, on peut déduire que ces modillons étaient des « impudiques ».
Les églises dont la décoration romane est quasi complète se trouvent dans les petites communes où la paroisse n'a jamais eu le financement nécessaire pour « moderniser » l'édifice dans le style gothique. Dans les églises qui ont été reconstruites ou remaniées, le chevet était souvent laissé intact avec ses modillons. La nef était reconstruite ou un bas-côté ajouté, en style gothique ou ultérieurement en style néo-gothique, sans modillons.
Figures décoratives et adaptation au support
Une des finalités du modillon est sans doute décorative, cette intention peut guider le sculpteur dans le choix de ses motifs. Il doit s'adapter à la pierre : granite, grès, calcaire, et le choix du motif doit être approprié à la forme du support.. La fréquence de certaines représentations: visages, acrobates, objets, motifs non figurés peut se comprendre par cette adaptation. La finesse de ces décors et leur transmission jusqu'à nous, mises à part les destructions ou mutilations volontaires, dépendent de ces contraintes. Dans l'observation et la tentative d'interprétation que nous en faisons, certains spécialistes recommandent d'apprécier la représentation telle qu'elle est avant de l'enfermer dans une interprétation symbolique qui doit nécessairement être prudente car il existe toujours plusieurs niveaux de symbole et nous n'avons plus toutes les clés.
La présence des modillons ceinturant l'édifice est en réalité centrale dans la symbolique de l'édifice. Elles matérialisent les "Pierres Vivantes" (Lapis vivi d'Alcuin, Bède Vénérable, etc.) en une ceinture "Cuirassée" (Lurika de Sicard de Crémone) protectrice. Installées entre le mur qui supporte et le toit qui protège, ces ceintures surplombent les défunts et occupent une place anthropologique beaucoup plus importante qu'initialement imaginée. Leur symbolique et leur organisation renvoie à la vitalité des fidèles tout autant qu'à la protection contre les esprits malfaisants et les ennemis.
Représentations figurées dans les églises romanes Il existe deux formes de représentations figurées très caractéristiques de l'architecture des églises romanes du : les chapiteaux historiés et les modillons figurés. Les chapiteaux historiés que l'on trouve à l'extérieur de l'église, sur le portail ou soutenant la corniche du chevet, et, à l'intérieur, dans le chœur ou le sanctuaire, racontent soit des histoires de l'Ancien Testament, comme Adam et Ève dans le Jardin d’Éden, Daniel dans la fosse aux lions, ou du Nouveau Testament comme Salomé dansant pour Hérode, soit des allégories comme des oiseaux buvant dans le même calice, soit des leçons de moralité pour le clergé contre les tentations de ce bas-monde, comme à Doulezon, Saint-Sulpice-et-Cameyrac, Beychac ou Saint-Martin-de-Sescas en Gironde. Les modillons figurés sont des petits blocs de pierre sculptés, d'environ de large sur de haut, soutenant une corniche. Ils sont ornés de dessins plus ou moins abstraits, comme des entrelacs, des damiers, des feuilles ou de représentations profanes. On ne trouve pas de scènes tirées de la Bible comme pour les chapiteaux. Les personnages grotesques ou les animaux mythologiques sont issus des bestiaires comme le PhysiologusVoir le site Bestiaries pour des illustrations et des explications.. Les personnages humains peuvent exercer des activités telles que jouer d'un instrument de musique ou, souvent, des activités résolument sexuelles.
Ces dernières représentions sont surprenantes à nos yeux, habitués à voir dans les églises, depuis l'époque gothique, des feuilles de vigne, de figuier ou des « mains qui cachent ». Elles étaient qualifiées d'« obscènes » ou d'« impudiques » au et souvent victimes des marteaux d'iconoclastes puritains.
Dans la seconde partie du , Léo Drouyn, qui a étudié et dessiné en détail un très grand nombre de monuments de la Gironde, évitait de publier, dans ses dessins, ces sculptures « impudiques » et son successeur, Jean-Auguste Brutails, dans son étude dédiée aux vieilles églises de la Gironde, ne fait aucune description des modillons, sauf à dire que certaines sculptures, dans telle ou telle église, sont « barbares », sans autre précision.
Même aujourd'hui, certains guides touristiques décrivent toutes les sculptures d'un édifice, mais passent sous silence les modillons « impudiques ».
Les représentations qui figurent sur les modillons ont été longtemps considérées comme un art mineur, car elles ont été exécutées, dans la majorité des cas, par des artisans-maçons et non pas par des sculpteurs attitrés, comme pour la décoration monumentale des églises.
Si la décoration des modillons se résumait à seulement quelques entrelacs, des formes géométriques, des feuillages ou quelques représentations « impudiques », l’intérêt pour leur iconographie serait limité. La panoplie est au contraire riche en sujets et, surtout, assez homogène sur une zone géographique, allant de l'Espagne à l'Irlande en passant par l'Aquitaine, le Poitou-Charentes et la Normandie. L'art sculptural est certes mineur, parfois rudimentaire, mais les sujets traités sont loin de l'être. Les modillons figurés évoquent entre autres les Péchés Capitaux et le Mal. Ils rappellent à la population locale que tous les humains sont des pécheurs, tous ont de mauvaises pensées, tous ont des activités répréhensibles, que le Mal est partout autour d'eux et que l'Enfer les attend s'ils sortent du droit chemin ou n'effectuent pas leur conversion.
Il faut cependant souligner l'extrême rareté des symboles liturgiques dans les représentations des modillons qu'un inventaire systématique en Normandie a pu démontrer. L'objectif édificateur autrefois prêté à ces sculptures est sujette à caution et il semble préférable de les inscrire dans un quotidien et des imaginaires profanes que l'Eglise cherchait à attirer autour du monument central dans le processus d'encellulement de l'époque.
Weir et Jerman proposent des cartes présentant une distribution géographique, en Espagne, France, Angleterre et Irlande, desdits modillons « impudiques ».
Représentations profanes et crues