L’histoire de l'icône byzantine et orthodoxe est la description des processus historiques d'apparition et de développement de la peinture d'icônes dans le monde orthodoxe. L'icône est un genre de peinture, de nature religieuse par ses thèmes et ses sujets, cultuelle par sa signification, qui débute au haut Moyen Âge, voire dans l'Antiquité tardive, dans l'Empire romain d'Orient. L'icône religieuse a pour but d'être un lien entre le monde divin et le monde terrestre, durant la prière individuelle ou la liturgie chrétienne.

La culture artistique grecque byzantine est à l'origine de l'iconographie des actuelles nations de religion orthodoxe : Grèce, Chypre, Serbie, Monténégro, Macédoine, Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Ukraine, Biélorussie, Russie, Géorgie, et des populations orthodoxes de Bosnie, d'Albanie, de Syrie, de Palestine, du Liban, d'Égypte et d'Éthiopie.

Histoire de l'icône La création d'images est apparue dès le début de l'art chrétien. La légende des premières icônes fait remonter cet art sacré à l'époque des apôtres, à Luc en particulier, considéré comme premier peintre d'icônes. C'est dans les catacombes romaines, à partir du au , que sont apparues les premières œuvres chrétiennes, consistant en peintures des murs avec des motifs symboliques ou narratifs. C'est là que se trouvent les premiers exemples de l'iconographie chrétienne.

Dès le , époque où l'Église est prudente à l'égard des représentations figurées, c'est dans les provinces orientales (Égypte, Syrie, Palestine) que les icônes deviennent une utilisation quasi païenne chez les fidèles (témoignage dans une vie apocryphe de saint Jean l'Évangéliste, ).

Or, c'est au milieu du que se développe le rôle des icônes dans la dévotion. Elles sont réalisées suivant la technique de la peinture à l'encaustique sur un support de peinture en bois, ce qui les rapproche de la peinture hellénistique-égyptienne appelée « portraits du Fayoum ». Une des plus anciennes icônes qui nous soient parvenues est celle du Christ Pantocrator, icône ayant survécu à la crise iconoclaste qui a frappé l'Empire byzantin du . Elle date du et se situe au monastère Sainte-Catherine, dans la péninsule du Sinaï.

Le concile in Trullo (691-692) interdit la représentation symbolique du Sauveur et prescrit de ne le représenter que « suivant sa nature humaine. »

Au l'Église chrétienne traverse la période iconoclaste de l'histoire byzantine, qui influença toute la vie politique, culturelle et religieuse de l'époque. Proscrites et détruites dans la capitale Constantinople et dans les grandes villes, les icônes continuent à être produites seulement en province, à l'écart de la surveillance de l'empereur et de l'Église. L'élaboration de réponses aux iconoclastes, l'adoption du dogme de l'iconodulie lors du deuxième concile de Nicée (787) apportèrent une compréhension renouvelée de l'icône sur une base théologique mieux étayée, s'attachant à lier l'image au sens théologique des dogmes chrétiens.

La théologie de l'icône provoqua un développement important de l'art des icônes, notamment en élaborant des canons iconographiques conventionnels qui en ont standardisé les proportions, les couleurs, les postures, les types, les usages. En même temps, cette théologie se tourne vers la représentation de visages, qui révèlent une plus grande sensibilité à la fois physique et spirituelle vis-à-vis du modèle et de l'artiste. La tradition hellénistique a joué un rôle important, qui a modifié la conception chrétienne en cette matière.

La compréhension différente de l'icône à l'ouest et à l'est de l'Europe a mené à des développements diversifiés : l'icône a joué un rôle capital en Italie durant la période de la Renaissance mais elle est, peu à peu, évincée par la peinture du Quattrocento et la sculpture. En revanche, sur les territoires de l'Empire byzantin et dans les régions qui restent dans l'orbite de l'orthodoxie, l'icône se maintient, jusqu'à nos jours, selon les canons élaborés après la crise iconoclaste. Toutefois, plusieurs périodes différentes peuvent être distinguées : la « Renaissance macédonienne » dans la première moitié du , le « style de la période Kominovski » de 1059 à 1204, la « Renaissance Paléologue » au début du .

L'icône diffuse du monde grec byzantin vers : le nord-ouest : Balkans, Carpates et Rus' de Kiev – sans la discontinuité figurée habituellement sur les cartes occidentales, car même si dans ces régions les populations dominantes pouvaient être catholiques (magyars) ou encore païennes (petchénègues, coumans), les populations non-dominantes (slaves, valaques) étaient pour leur part orthodoxes, comme en témoignent les chapelles troglodytiques des Carpates ou de Butuceni sur le Dniestr ; le nord-est : Géorgie du Caucase et Arménie (premier royaume officiellement chrétien ; le sud : Nobatie, Makurie, Alodie et Abyssinie, à partir de l'Égypte chrétienne ; ces régions développeront ultérieurement leur propre style d'icônes.

Écoles et styles

Durant des siècles de nombreuses écoles nationales d'icône se sont formées qui ont suivi leur propre développement stylistique particulier.

Empire byzantin

Les icônes grecques de la période byzantine sont les manifestations artistiques les plus nombreuses du monde chrétien oriental. L'Italie et en particulier la république de Venise subirent également cette influence. L'influence que Byzance a eue sur les peintures d'icônes dans ses périphéries (Balkans, Russie, Caucase, Égypte) est très importante, de même que l'apport local de ces régions qui créa de nouvelles tendances stylistiques.

Avant la période iconoclaste de l'Empire byzantin Les plus anciennes icônes qui sont arrivées jusqu'à notre époque datent du . Elles conservent l'antique technique de la peinture à l'encaustique. Certaines d'entre elles conservent des traits particuliers du naturalisme antique créant l'illusion de vie, comme l'icône du Christ pantocrator et celle de l'apôtre Pierre du monastère Sainte-Catherine du Sinaï). Certaines suivent le langage artistique particulier des régions orientales sous influence byzantine : l'Égypte, la Syrie, la Palestine. L'expression était plus importante chez celles-ci que la connaissance exacte de la représentation de l'anatomie Histoire de l'iconographie. Sources. Tradition. Actuel./ История Иконописи. Истоки. Традиции. Современность. М., «АРТ-БМБ», 2002, с.44-48.

C'est dans les mosaïques de la ville italienne de Ravenne que le processus évolutif des formes anciennes, leur spiritualisation par le christianisme peut être le mieux observé. Il s'agit du plus ancien ensemble chrétien et byzantin qui soit parvenu jusqu'à nous. Les mosaïques du (mausolée de Galla Placidia, baptistère des Orthodoxes) sont caractérisées par la vivacité des personnages, le modelage naturaliste, l'appareillage pittoresque des mosaïques. Les mosaïques de la fin du (baptistère des Ariens) et celles du (basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf et basilique Saint-Apollinaire in Classe, basilique Saint-Vital) présentent des figures à plat, avec des drapés de vêtements raides, aux plis sévères. Les gestes et les poses des personnages sont figés et semblent disparaître dans la profondeur de l'espace. Les traits perdent leur individualité, l'appareillage de la mosaïque est traité sévèrement Galina Kolpakova, Art byzantin, période antique et du Moyen Âge /Галина Колпакова. Искусство Византии. Ранний и средний периоды. СПб., "АЗБУКА-КЛАССИКА", 2004, с. 128—167. La raison de cette évolution est la recherche d'une expression capable d'exprimer la doctrine chrétienne.

Période iconoclaste de l'Empire byzantin Le développement de l'art chrétien est interrompu durant la période iconoclaste de l'histoire byzantine, à partir de 723 et jusqu'en 843. Les icônes et les peintures représentant le Christ ou les saints sont détruites dans les églises. Des persécutions sont organisées par les empereurs. De nombreux peintres d'icônes émigrent vers des régions lointaines dans l'empire ou dans des régions voisines : en Cappadoce, en Crimée, en Italie, en partie au Proche-Orient, où ils continuent à réaliser des icônes. En 787 enfin, lors du deuxième concile de Nicée, les iconoclastes sont considérés comme hérétiques et une formulation théologique est donnée à la création d'icônes. Un jour de fête, le dimanche de l'Orthodoxie est institué à partir de 843. Durant cette période iconoclaste, à la place des icônes seule la croix était représentée et, à la place des fresques anciennes, les murs étaient recouverts de sujets décoratifs de plantes et d'animaux, de sujets profanes comme des courses de chevaux que l'empereur Constantin V appréciait beaucoupHistoire de l'iconographie. Op. cit. С.48-49.

Période macédonienne Après la fin de la période iconoclaste en 843, la création d'icônes reprit aussi bien à Constantinople que dans d'autres villes. De 867 à 1056, la dynastie macédonienne régna sur l'Empire byzantin donnant son nom à la période qui peut être divisée en deux étapes.

Renaissance macédonienne

Durant la première moitié de la période macédonienne, l'intérêt pour l'héritage antique classique s'accroît. Les œuvres de cette époque se distinguent par le naturel dans la représentation des corps, la douceur du rendu des draperies, la vie sur les visages des sujets. Le meilleur exemple de classicisme est la mosaïque de la Théotokos sur le trône (milieu du ) avec l'enfant Jésus à Sainte-Sophie. Celui du rendu naturel est l'icône de saint Thaddée d'Édesse () au monastère Sainte-Catherine du Sinaï Histoire de l'iconographie Op. cit. /История Иконописи. Истоки. Традиции. Современность. С.49-50. Durant la seconde moitié du , l’icône conserve les traits classiques mais les peintres cherchent à donner à l'image plus de spiritualité, d'inspiration.

Lire l'article Art de la dynastie macédonienne à propos de l'art produit durant cette période.

Style ascétique

Durant la première moitié du , le style des icônes byzantines a changé radicalement dans un sens opposé au classicisme antérieur. Plusieurs ensembles monumentaux de cette époque ont été conservés jusqu'à nos jours : les fresques de l'église de la Panagia Chalkeon à Thessalonique édifiée en 1028, les mosaïques du monastère d'Osios Loukas à Phocide. Au , les mosaïques et fresques de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev et les fresques de Sophie d'Ohrid du troisième quart du , les mosaïques du monastère Nea Moni de Chios sur l'île de Chios (1042-1056) Gallina Kolpakova, l'art de Byzance, périodes primitives et moyenâgeuses, p.313-343.

Tous ces ensembles possèdent des caractéristiques du style ascétique. Les représentations sont débarrassées de tout caractère temporaire ou susceptible de varier. Les visages semblent n'avoir ni sentiment ni émotion à exprimer. Ils sont figés, et les yeux symétriques accentuent cet effet. Les personnages, trapus et lourds, sont représentés dans des poses sévères. Les mains et les pieds sont représentés à une échelle exagérée. Le drapé des vêtements est stylisé, purement graphique, sans mouvement naturel. La lumière est comme surnaturelle, de caractère divin.

À ce courant stylistique peuvent être rattachées de nombreuses enluminures miniatures de livres, comme celles du Psautier de Paris. La tendance ascétique a continué d'exister et réapparaît au Histoire de l'Icône Op.cit. История Иконописи. С.51-52.

Période Kominovski La période qui suit celle du style ascétique byzantin est celle de l'art de la dynastie comnène, puis de la dynastie d'Isaac II Ange (1059—1204). Le style et les icônes elles-mêmes de cette époque sont appelées par les exégètes russes style Kominovski, du nom de son descripteur.