César ZamaCezar Zama, selon la graphie ancienne. (Caetité, 1837 — Salvador, 1906) était un médecin, homme politique, journaliste, historien et écrivain brésilien.
Médecin de formation, il ne pratiqua cependant guère, mais s’impliqua de bonne heure dans la politique et fut élu député national pour la Bahia, d’abord sous l’Empire, puis sous la République. Il s’engagea en faveur de l’abolition de l’esclavage, fut en plein régime impérial un ardent défenseur de la république, permit que fût accompli un premier pas en direction de l’égalité légale entre hommes et femmes, et lutta pour le rétablissement de la démocratie constitutionnelle après le coup de force de Deodoro da Fonseca en 1891 et contre les dérives autoritaires du maréchal Floriano Peixoto dans les années suivantes ; il s’opposa à Rui Barbosa sur nombre de sujets, notamment sur la gestion financière (dénonçant l’Encilhamento), sur le conflit de Canudos, et sur le suffrage censitaire. Dans la Bahia, où il jouissait d’une grande considération auprès du peuple, il réussit, en faisant assiéger par une foule de ses partisans le palais du gouverneur à Salvador, à évincer du pouvoir le gouverneur et grand propriétaire foncier José Gonçalves da Silva, qui avait ouvertement soutenu Fonseca.
Définitivement retiré de la politique parlementaire en 1894, il se voua ensuite à l’écriture d’articles de presse et d’ouvrages traitant de l’histoire, tant contemporaine que de l’Antiquité.
Biographie
Enfance et jeunesse
La mère de César Zama, Rita de Sousa Spínola Soriano, appartenait à une famille fortunée établie à Caetité, dans le sud de la Bahia, famille dont procéderont plusieurs personnalités brésiliennes connues, comme Anísio Teixeira, Aristides Spínola, entre autres. Rita de Sousa Spínola épousa en secondes noces Cesare Zama, médecin italien, originaire de la ville de Faenza, dans le nord de l’Italie, qui, sous le coup d’une accusation de conspiration, avait quitté son pays en compagnie de son collègue Libero Badarò pour se réfugier au Brésil ; le Dr. Zama avait ensuite, le , présenté pour accréditation ses diplômes de médecine à la session de la Chambre municipale de Caiteté, ainsi que son attestation d’examen l’autorisant à exercer la médecine au Brésil. C’est du reste dans l’exercice de sa profession que le Dr. Zama fut appelé au chevet du premier mari de Rita de Souza Spínola et qu’il fit sa connaissance. Cependant, le malade, qui avait eu sept enfants avec son épouse, succomba, et la veuve, riche et d’une famille patricienne traditionnelle, céda — chose fort rare dans l’arrière-pays Bahianais — aux avances du médecin étranger et l’épousa. De ce mariage naquit Aristides César Spínola Zama, unique enfant du coupleHelena Lima Santos, Caetité, pequenina e ilustre, Tribuna do Sertão, Brumado, 1996, éd.. La famille de la femme toutefois répudia cette alliance et se montra hostile à l’Italien, en raison notamment de sa personnalité et de son tempérament.
Le père de César Zama était en effet réputé badin, mais aussi atrabiliaire et d’une nature violente, et passait pour abuser de la confiance qui lui était accordée de par son office et de sa connaissance intime des situations familiales. S’il s’était donc fait une multitude d’ennemis, ce fut pourtant son esclave, du nom d’Antônio, qui à la suite d’une punition s’empara de l’arme de son maître et, au moment où celui-ci se rendait au chevet d’un malade, l’assassina. L’incident se produisit en 1840, au moment où César Zama avait deux ans. Un charpentier du nom de Fiúza fut injustement accusé du crime et mourut des suites des tortures subies en prison. Après la découverte du véritable auteur, celui-ci fut pendu, mais déjà une révolte avait éclaté dans la ville, au cours de laquelle la potence dressée sur la grand’place et aussi le pilori, vestiges de la domination portugaise, furent nuitamment incendiés et détruits André Koehne, Cezar Zama: a verdade, dans Caderno de Cultura Caetiteense, vol. 3. D’autres versions de cet homicide cependant circulent. L’une d’elles tient que le Dr. Faenza Zama, dans un moment de colère mal contenue, frappa au visage le vieux Fiúza, menuisier qui était à son service. Celui-ci se retira en se promettant solennellement qu’il le tuerait. Dans cette intention, il se mit à chasser quotidiennement dans les terrains broussailleux longeant la route. Quelque temps après, le médecin fut appelé en urgence auprès d’un malade et s’y rendit accompagné d’un esclave qui lui servait de valet. À mi-trajet, Zama se souvint avoir oublié un instrument chirurgical et envoya le valet le lui chercher. Peu après, Zama fut assassiné par un tir bien ajusté parti d’un endroit dissimulé par une clôture de pierres. Le vieux Fiúza, au même moment, était en train de chasser, ou peut-être était à l’affût de la victime. Ayant entendu le coup de feu, et voulant savoir d’où il provenait, il émergea des broussailles porteur, malencontreusement, de sa carabine. Aussitôt, le valet, revenu entre-temps, et les passants se saisirent de lui. Interrogé, il indiqua qu’il s’était promis de tuer le Dr. Faenza, pour venger son honneur outragé, mais qu’il n’avait pu le faire jusque-là. Soumis à la torture, il continua tout d’abord de clamer son innocence, mais ne put résister au garrot et aux aiguilles sous les ongles, et finit par s’accuser du crime, à la suite de quoi il fut condamné à l’unanimité à la peine capitale. Cependant, la tradition rapporte que le Dr. Faenza avait cruellement châtié le valet pour vol et que peu avant l’exécution de la sentence un enfant surprit un dialogue entre le valet et sa vieille mère, esclave elle aussi, où elle réprimandait son fils d’avoir tué son maître. Le valet appréhendé, soumis à interrogatoire et torturé, avoua le crime, expliquant que, retourné chercher l’instrument, il se saisit aussi du revolver du Dr. Zama, s’avança dans les broussailles jusqu’au lieu où se trouvait son maître et put facilement, à l’abri du mur de clôture, perpétrer son forfait ; et en effet, l’arme déchargée, et déjà assez rouillée, y fut retrouvée.. Il s’agit d’ailleurs de la dernière exécution capitale accomplie dans la ville de Caetité ; la potence ne sera plus jamais érigée ensuite.
À nouveau veuve, Rita de Sousa Spínola, sans doute pour préserver son enfant du scandale, s’en fut s’installer avec les enfants de ses deux mariages à Lençóis, dans les Lavras Diamantinas, et Aristides Cezar Spínola Zama sera envoyé à Salvador pour y faire ses études dans les meilleures écolesIntegração (revue), n° 37, année VI, janvier/février 1998., probablement au collège Bahiano, du renommé baron de Macaúbas, ou au collège São João, c’est-à-dire dans les mêmes établissements que fréquentaient aussi plusieurs contemporains et compatriotes bahianais destinés comme lui à la célébrité politique ou littéraire : Plínio de Lima, Aristides de Souza Spínola, Joaquim Manoel Rodrigues Lima, Castro Alves et Ruy Barbosa.
Formation et débuts dans la politique
Dans la décennie 1860, il s’inscrivit à la faculté de médecine de Salvador, où il sera le condisciple de Joaquim Manoel Rodrigues Lima. La guerre de la Triple Alliance éclata alors qu’il effectuait sa quatrième année à la faculté, et Zama ainsi que Rodrigues Lima décidèrent en 1865 de s’engager comme volontaires dans les hôpitaux de campagne. Zama organisa alors un mouvement pour obtenir que les étudiants de quatrième année pussent bénéficier eux aussi de la perspective de se voir décerner le diplôme de médecine à l’issue du service militaire volontaire, comme cela avait été promis par l’empereur aux étudiants de cinquième année. César Zama obtint gain de causeSelon une autre source, il se serait inscrit en médecine en 1852 (c’est-à-dire à l’âge de 14 ans), pour se diplômer docteur en sciences médico-chirurgicales en 1858, et aurait participé à la guerre de la Triple Alliance non pendant ses études, mais plusieurs années après l’obtention de son diplôme..
Revenu à Caetité au terme de sa formation médicale, il n’exerça jamais la profession de médecin, mais se lança bientôt dans la politique, comme nombre d’autres grands intellectuels bahianais de sa génération, en particulier Joaquim Manoel Rodrigues Lima et Aristides de Souza Spínola, ce dernier devenant député général (c’est-à-dire national) pour la province de Bahia de 1878 à 1881, puis, sur désignation de l’empereur, président de la province de Goiás de à Le poète Plínio de Lima, quant à lui, mourut trop jeune.. Quant à Cezar Zama, il sut se faire élire député provincial — une première fois en 1860, renouvelant ensuite plusieurs fois son mandat jusqu’à 1865 —, et fut deuxième secretaire du comité de direction de l’Assemblée bahianaise en 1862. À partir de 1868, il sera à nouveau élu député provincial pour plusieurs législatures, et ce jusqu’en 1878.
Zama épousa à Salvador Hermínia Faria Rocha, sœur du général Faria Rocha. Le couple habitait Praça da Piedade, dans le centre de Salvador, et resta sans enfants. Il gagna — et dépensa — pas mal d’argent, menait grand train, et offrait des repas raffinés et variés, auxquels il admettait les convives de son seul choix, sans considération de position sociale ou de couleur de peau.
En 1878, toujours sous l’Empire, il fut élu député général pour la Bahia ; ayant pu ensuite renouveler son mandat, il lui fut donné de présider, conjointement avec un autre député, l’ultime session parlementaire de l’Empire, avant qu’il ne fût mis fin brutalement au régime impérial par le coup d’État républicain de . Mais auparavant, sous l’Empire, César Zama avait rejoint les rangs des abolitionnistes et des républicains et se montra l’un des députés les plus actifs, se signalant par sa présence d’esprit et son sens de la repartie lors des divers grands débats qui agitaient alors le pays — ainsi p.ex., lorsque le patron minier Valadares, interpellé par Zama à propos de la loi dite des sexagénaires, tenta de réfuter les arguments de Zama en faveur de l’abolition en lui rétorquant : « Votre Excellence est médecin, et donc parle sous le point de vue juridique de la médecine », Zama répliqua : « Non. Je parle sous le point de vue juridique du Christ, qui prêchait que tous les hommes sont égaux, et comme quelqu’un qui ne tient pas un de ses semblables en esclavage. »
Chute de l’Empire et assemblée constituante