Le Centre d'études politiques et civiques (CEPEC) est un club de réflexion patronal français fondé à Paris en 1954. Son activité prend fin dans la seconde moitié des années 1970. Il appartient à la mouvance , aux confins de la droite et de l'extrême droite.

C'est à la fois un espace de production doctrinale d'une fraction du patronat chrétien libéral-conservateur et un carrefour de plusieurs réseaux, politiques et patronaux, où se croisent des chefs d'entreprises, des intellectuels, des cadres, des membres de professions libérales, des hommes politiques, des journalistes, des officiers, des étudiants.

Historique

Le CEPEC prend la suite du Comité d'études des groupes d'action régionale (CEGAR) de Pierre BaruzyLes Cahiers du CEPEC, . Il est déclaré à la préfecture de police de Paris le . Son but déclaré est de Journal officiel, 19 juin 1954. Son siège se situe à Paris, au 205, boulevard Saint-Germain, puis en 1955 au 25, boulevard des ItaliensJournal officiel, 18 novembre 1955, puis au 4, rue de La Michodière.

Dirigeants du CEPEC Présidents successifs Alfred Pose, de l'Institut, banquier, des débuts du CEPEC en 1954 à 1958 Georges Laederich, industriel vosgien du textile, de 1958 à son décès en 1969 François Lehideux, ancien industriel, ancien ministre de Vichy, de 1970 à la fin du CEPEC dans la seconde moitié des années 1970

Fondation et fondateurs

Le CEPEC est fondé par un banquier, Alfred Pose (1899-1969)Jean Garrigues, Les patrons et la politique : 150 ans de liaisons dangereuses, Perrin, 2011 (chap. 11, « Un patronat épuré ? » L'auteur présente faussement Pose comme un ancien ministre de Pétain et affirme sans preuves que le CEPEC a aussi été fondé par . et par d'autres patrons, membres de son comité directeur ; ils portent le titre de vice-présidents : Georges Laederich, industriel du textile (P-DG des Ets Laederich), Pierre Baruzy, P-DG de la compagnie des meules Norton, Théodore Boury, P-DG de Markt § Co, président-fondateur du syndicat national des entreprises du froid, Marcel Demonque, des ciments Lafarge, Maurice Firino-Martell, cogérant de Martell et CieDossier de la Légion d'honneur de Maurice Firino-Martell dans la base Léonore., Pierre Masquelier, directeur de l'Union pour le crédit à l'industrie nationale (UCINA), vice-président (1953) puis président (1956-64) de la Compagnie des forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons, administrateur des parfums CaronPetit-fils d'Henry Darcy (1840-1926), qui fut président de Châtillon-Commentry et de la Confédération générale de la production française : né en 1898, fils d’un lieutenant-colonel (Emile Masquelier) qui a épousé Jeanne, la fille aînée d’Henry Darcy, il est centralien (1923): Hervé Joly, Diriger une grande entreprise française au : modes de gouvernance, trajectoires et recrutement. École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), 2008. L'UCINA, dont il est directeur ou sous-directeur en 1954, est une filiale du Crédit lyonnais, spécialisée dans le crédit à moyen terme, fondée en 1919 en collaboration avec le Comptoir national d'escompte de Paris., Gaston Moyse, P-DG des Locotracteurs Gaston Moyse. La plupart de ces patrons dirigent ou administrent des PME, plus ou moins récentes. Certains dirigent des filiales de groupes américains (Baruzy, Boury, dont la firme vend en France les réfrigérateurs KelvinatorBoury a épousé en 1938 Suzanne Leewitz, fille d'Adolph Leewitz, Américain établi à Paris, président de Markt & Co à Paris, importateur en Europe de produits américains, et vice-président de la firme américaine Markt § Hammacher (mort en 1939 : Le Figaro, 21 mars 1939). Markt et Kelvinator fondent en France au début des années 1960 une société commune, Markt Kelvinator.). Les Ets Laederich seraient aujourd'hui une entreprise de taille intermédiaire. Lafarge et Châtillon-Commentry se situent parmi les cent plus grosses sociétés françaises dans les années 1950. Pose et Demonque sont ou ont été tous deux administrateurs d'une entreprise coloniale, fondée en au Maroc, à Casablanca, l'Union minière pan-africaineJournal officiel de l'AEF, 15 août 1949.

Deux autres vice-présidents présentent un profil plus divergent. Georges Lamirand administre ou est l'associé de plusieurs firmes au Maroc, qui est alors un protectorat français. Le comte Maurice de Waresquiel (1913-1993)Père de l'historien Emmanuel de Waresquiel, qui l'évoque dans Le Temps de s'en apercevoir (2018) diffère des autres de par ses origines aristocratiques d’abord. Du fait ensuite de sa carrière dans l’armée (il a quitté l’armée en comme chef de bataillon). Du fait enfin de ses occupations professionnelles : depuis 1946, il est propriétaire exploitant agricole, à Forcé en Mayenne.

Se sont joints à ces patrons deux intellectuels de droite, l'essayiste René Gillouin et l'économiste Louis Salleron, qui va être l'un des principaux intervenants lors des réunions du CEPEC, notamment celles de son bureau d'études.

Georges Laederich a joué un rôle important dans la fondation du CEPEC, dès avant 1954. Il écrit ainsi à l'industriel Jacques Warnier en 1952 : . Trois autres fondateurs du CEPEC y participent : Alfred Pose, Marcel Demonque et Gaston Moyse. Ainsi que d'autres patrons comme Warnier, Serge Scheer (ESSO SAF), François Lehideux, Roger Boutteville (vice-président de la Société alsacienne de constructions mécaniques dont Laederich est administrateur depuis 1952)Et ancien comme Laederich du Conseil supérieur de l’économie industrielle et commerciale du régime de Vichy., le minotier Louis VilgrainCofondateur avec Laederich d'une officine anticommuniste en 1937 à Nancy. Frère d'Ernest Vilgrain, il est P-DG des grands moulins de Paris et des moulins Vilgrain. ou Jean BorotraJean-François Colas, « Patronat et réseaux d'influence: l'exemple de Georges-René Laederich, ou les ambiguïtés du néolibéralisme chrétien », dans Collectif, Histoire de l'Europe libérale, Libéraux et libéralisme en Europe, , Nouveau monde éditions, 2016, ..

Demonque et Masquelier sont membres du comité supérieur du Centre des hautes études américaines. Demonque et Laederich sont membres du comité de direction du Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprises (CRC), lié au Conseil national du patronat français. Laederich est également vice-président du groupe français du Comité européen pour le progrès économique et social (CEPES), fondé en 1952 et présidé par François Lehideux. Baruzy et Demonque sont aussi membres du CEPES. Maurice de Waresquiel est membre du conseil de direction du Centre des jeunes patrons (CJP) et responsable national de sa section « agriculture »L'Information financière, économique et politique, 12 mai 1954, Le Figaro, 18 mai 1953, Ibid., 9 juin 1953. Lamirand a présidé la section marocaine du CJPMaroc-presse, 28 avril 1951, Le Petit Marocain, 28 avril 1951. Baruzy préside le Comité national de l'organisation française ; il a pu y croiser en 1953 Demonque et MoyseCNOF, juin 1953, p.3, 14 (Conférence donnée par Demonque).

Dès 1954, le général Maxime Weygand est président d'honneur du CEPEC, et le reste jusqu'à son décès en 1965. Le CEPEC lui demande de présenter l'amiral Gabriel Auphan à l'occasion de la conférence de ce dernier au bureau d'études le . Le , à 98 ans, il prend la parole au d’information, organisé pour célébrer le dixième anniversaire du CEPEC, aux côtés de Laederich, Gillouin, Salleron, Boury, le général Jean Touzet du Vigier (vice-président du CEPEC depuis le début des années 1960) et l'avocat Jacques-Louis Bourdelle, autre récent vice-président de l'association. Un numéro spécial des Dossiers du CEPEC est consacré à Weygand à l’occasion de son décès en 1965Il reproduit les discours laudateurs prononcés en son honneur pour fêter ses 90 ans en 1957, par le maréchal Juin – pour qui Weygand demeure « pour nous le Chef » -, le général Henri Zeller, l’Académicien Léon Bérard. Et aussi les articles publiés par divers périodiques à l’occasion de sa mort et du refus des Invalides par le pouvoir gaulliste, de quotidiens (le Figaro, L’Aurore, Le Monde) et de périodiques : Minute, la France catholique, Aux écoutes (général Vanuxem), les Nouvelles littéraires (duc de Levis-Mirepoix), la Revue des deux mondes (Gignoux), Aspects de la France (Vallat et Thibon). La publication du CEPEC est une anthologie des hauts faits et de la personnalité du général, présenté comme « un Ami, un Père prestigieux » du CEPEC, un panégyrique, qui transforme Weygand en un « saint » de la Patrie » selon l’expression du général Valluy lors d'un hommage organisé en mars 1965 à l'occasion d'un diner du CEPEC, en présence d'une trentaine d'officiers généraux ou supérieurs en retraite parmi lesquels l'amiral Auphan, les généraux Carpentier, Grout de Beaufort, Touzet du Vigier et Paul Vanuxem. Les deux thèmes dominants sont résumés par ces mots du maréchal Juin : « Soldat et chrétien, le général Weygand a toujours uni (…) la Foi et la Patrie. Homme d’idéal et d’action, il a symbolisé pendant près d’un siècle le soldat chrétien de France » : « Le général Weygand est un "saint de la patrie" déclare le général Valluy », Le Monde, 19 mars 1965.

Si certains fondateurs du CEPEC ne sont pas connus pour leur engagement avant 1954 (Demonque, Waresquiel, Boury), d'autres en revanche ont fait parler d'eux avant la Seconde Guerre mondiale, à droite sinon à l'extrême droite, comme Gillouin, ancien conseiller municipal parisien, ou Salleron, militant corporatiste et collaborateur de revues de la Jeune Droite. Certains ont été formés par l'Action française (Salleron, Masquelier). Firino-Martell a été président du conseil d’administration du quotidien bordelais La Liberté du Sud-Ouest, à partir de 1933. Un quotidien d’inspiration catholique, suspendu à la Libération, en Hubert Bonin, Sylvie Guillaume, Bernard Lachaise (dir.), Bordeaux et la Gironde pendant la reconstruction (1945-1954), Ed. de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 1997, .. Il a en outre été vice-président de l'Union diocésaine des catholiques charentais et président de l'arrondissement de Cognac de cette association affiliée à la Fédération nationale catholique« L'assemblée des catholiques de la Charente du 11 juin 1933 », La Croix de la Charente, 18 juin 1933, « Chronique des oeuvres diocésaines », Ibid., 30 mai 1937. D'autres ont été des militants « nationaux », tels Laederich (Fédération républicaine, Croix-de-Feu) ou Masquelier (Faisceau, Croix de FeuGeorges Valois, L' Homme contre l'argent: Souvenirs de dix ans 1918-1928, Presses Univ. du Septentrion, 2012, : (, François de La Rocque, Pourquoi je suis républicain, Seuil, 2014, : (), Jacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, Fayard, 1996, (Masquelier, ingénieur chez Schneider, ami de Pozzo di Borgo, membre du comité directeur du Regroupement national autour des Croix de feu)). Baruzy a été un militant corporatiste au sein des Jeunesses patriotes. « JP de la première heure », dès 1926, il a intégré sa commission ouvrière en 1933. Devenu son président en 1934, il la rebaptise Union corporative des travailleurs et producteurs de France (UCTPF). Laederich a fondé en 1937 et animé dans les Vosges une officine patronale anticommuniste, liée à d'autres officines semblables dans d'autres départements. Moyse aurait été membre du Parti populaire français (PPF) avant la guerre et sous l'OccupationAnnie Lacroix-Riz, « De la France « européenne » et « résistante » contre Pétain au triomphe des vichysto-américains ? » (note 7 : dossier des RG) : Lire en ligne.