vignette|Des étudiants participent à un atelier sur des ordinateurs. L’éducation aux médias et à l’information vise à développer les connaissances et les compétences des individus pour leur permettre d’utiliser avec discernement les médias de manière critique et créative tant dans la vie quotidienne que professionnelle.

Par le terme « médias », on entend tous les moyens d’information, de communication, de divertissement, d’influence, de réseautage, d’enseignement et d’apprentissage, d’organisation du quotidien, etc., autrement dit, non seulement les médias de masse traditionnels (livres, journaux, cinéma, radio, télévision), mais aussi les médias numériques (Internet, réseaux sociaux, applications de communication, agents conversationnels, dispositifs de réalité virtuelle ou augmentée, jeux informatiques, etc.).

L'éducation aux médias et à l'information est, dans le système éducatif français, un enseignement pluridisciplinaire, présent dans les programmes des cycles 2 et 3 (du CP à la ), du cycle 4 (de la à la ) et du lycée (de la seconde à la terminale). C'est la raison d'être du CLEMI (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information), fondé en 1983 ; la notion apparaît pour la première fois dans le socle commun en 2006, puis dans la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République du . Dans le canton de Genève (Suisse), l'éducation aux médias et à l'information est également prise en compte dans le système scolaire. Elle est abordée à travers différents enseignements, notamment dans les cours d'éducation citoyenne et de MITIC (Médias, Images et Technologies de l'Information et la Communication), conformément aux objectifs définis dans le Plan d'études romand (PER).

Son objectif est de permettre aux élèves d'acquérir une culture de l'information et des médias. Il s'appuie sur les préconisations de l'UNESCO qui promeuvent une nécessaire maîtrise de l'information pour devenir citoyen d'une société numérique. Il s'inscrit dans le parcours Citoyen, l'un des quatre parcours éducatifs prévus par la loi de refondation de l'école de 2013.

Origines : de la (MIL) à l'éducation aux médias et à l'information (EMI) Avant les années 1990, les sciences de l'information étudient principalement les compétences relatives à la recherche d'information. La , un champ de recherche qui émerge aux alentours des années 1970, s’intéresse traditionnellement à l'analyse de l'information et à sa diffusion à travers différentes formes de médias.

En 2003, l'UNESCO organise une conférence internationale à Prague pour débattre de l'importance de l’.. Dans la déclaration qui en résulte, cette dernière est définie comme une clé pour le développement social, culturel et économique des pays, des institutions et des individus du . La maîtrise de l'information devient indispensable dans le cadre du droit de chacun à pouvoir apprendre tout au long de la vie. En 2005, la conférence d'Alexandrie introduit de nouveau l'information literacy, présentée maintenant comme un droit de l'homme, nécessaire à la démocratie.. Elle a pour objectif de donner à tous les citoyens les moyens d’acquérir une réelle maîtrise de l’information.

En 2012, l'UNESCO parle désormais de ou M.I.L.. Dans la traduction française du « programme de formation pour les enseignants », l’acronyme est traduit par E.M.I. (Éducation aux Médias et à l’information). Deux domaines distincts sont désormais associés : l’éducation aux médias (media literacy) et l'éducation à l'information (information literacy). En matière d'éducation à l'information il s'agit pour les élèves d'être capable de "reconnaître quand émerge un besoin en information puis de trouver, évaluer et enfin exploiter cette information"information literacy : définition de l'American Library Association, 1989, traduction P. Bernhard. L'éducation aux médias a quant à elle pour objectif de permettre aux élèves de comprendre les fonctions des médias, d'en évaluer les effets, et d'être capable de les utiliser et de s'exprimer par leur biais. Aujourd’hui ces deux domaines sont fortement liés à la maîtrise du numérique (en matière de fonctionnement, d'évaluation, de production). Ainsi, les réflexions autour de la littératie de l'information englobent également les littératies médiatique et numérique. On parle alors de translittératie. Les enseignants sont considérés comme les acteurs incontournables pour en promouvoir le développement.

Les trois grands domaines du programme de formation des enseignants sont : La connaissance et compréhension des médias et de l’information dans la perspective du débat démocratique et de la participation sociale ; L'évaluation des textes médiatiques et des sources d’information ; La production et utilisation des médias et de l’information.

L'EMI est une combinaison des Sciences de l'information et des Sciences des médias, au niveau mondial, en France sous l'angle des Sciences de l'information et de la communication. L’intérêt d'être un « lettré » en information et média est alors de se positionner dans la société numérique : nous aurions besoin d'être capable d'utiliser, de comprendre, de se renseigner, de créer, de communiquer et d'avoir une pensée critique. Il serait important d'avoir la capacité de réellement accéder, organiser, analyser, évaluer et créer des messages sur différents supports. La nature évolutive de l'EMI comprend des travaux créatifs et la naissance de nouveaux champs de connaissances, ainsi publier et collaborer de façon responsable nécessitent des connaissances éthiques, culturelles et sociales.

En France Le concept de la formation à la maîtrise de l’information est considéré comme crucial par l’UNESCO, pour permettre aux populations de faire face au défi du bon usage de l’information. C’est dans cette perspective que se situent les apprentissages scolaires avec notamment l’éducation aux médias et à l’information. Du fait d'un contexte particulier, l'éducation aux médias et à l'information, transversale dans le système éducatif français, tend à se démarquer d'un modèle international. Elle se distingue de l'information-documentation, domaine d'enseignement des professeurs documentalistes. En tant que telle, l'éducation aux médias et à l'information n'est instituée que pour le cycle 4, de la à la . Pour autant, en considération de contenus en information-documentation et en éducation aux médias, l'EMI peut apparaître, de manière plus ou moins dense, dans les autres cycles et au lycée.

L'information et les médias avant l'éducation aux médias et à l'information Depuis 1973, dans les établissements du secondaire, le Centre de documentation et d'information (CDI) est un lieu didactisé dédié aux apprentissages associés à la notion d'information. La circulaire de missions du confirme le rôle des personnels responsables du CDI pour ces apprentissages, avec l'Initiation à la recherche documentaire (IRD).. En 1989, la création du CAPES de documentation est une nouvelle étape pour instituer des apprentissages info-documentaires sous la responsabilité du professeur documentaliste.

En 1983, est créé le CLEMI, Centre de liaison pour les moyens d’information, devenu en 2007 le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d’information. Cet organisme fait partie du réseau CANOPE et sert à promouvoir et accompagner l'éducation aux médias dans les établissements du primaire et du secondaire. Les médias sont compris ici comme les médias d'information, avec des partenariats proposés avec des chaînes de télévision et des stations de radio. Peu à peu le CLEMI a proposé un accompagnement des enseignants également pour l'utilisation d'outils de production et d'expression à utiliser avec les élèves, dans le sens d'une « éducation par les médias ». Aujourd'hui le CLEMI développe des outils pour les enseignants pour travailler avec des médias en classe (journal imprimé, webradio, webTV...), avec un ensemble de conseils relatifs au droit de l'information.

Dans leur pratique pédagogique, les professeurs documentalistes ont largement contribué au développement de l'éducation aux médias dans les collèges et lycées, en complémentarité avec l'initiation à la recherche documentaire et le développement de la production documentaire des élèves à l'issue des recherches. Dans les années 2000, le développement du parc informatique dans les collèges et lycées a favorisé cette évolution. Depuis 2004, les professeurs documentalistes sont davantage associés, dans leur formation, aux Sciences de l'information et de la communication, avec dans leur pratique des apprentissages qui participent d'un développement de la culture informationnelle des élèves : connaissance des environnements informationnels et numériques, savoirs relatifs à la recherche d'information et à l'exploitation de cette information pour des productions documentaires, connaissance des médias d'information, des médias sociaux, de l'histoire de la communication, développement de notions de droit de l'information. On parle alors d'information-documentation ou d'apprentissages info-documentaires, en complémentarité avec l'éducation aux médias, avec des éléments communs avec l'informatique. Alors qu'il existe une formation initiale en information-documentation, pour le CAPES de documentation, il n'en existe pas pour l'éducation aux médias.

Dans l’Éducation nationale Depuis , l'éducation aux médias et à l'information est inscrite dans le code de l'éducation comme devant être dispensée à tous les élèves des collèges. Selon la loi, la formation scolaire « développe les connaissances, les compétences et la culture nécessaires à l'exercice de la citoyenneté dans la société contemporaine de l'information et de la communication. ». Le Conseil supérieur des programmes intègre ce nouvel enseignement, mais uniquement dans le cycle 4. Denis Tuchais, professeur documentaliste, est chargé de développer un programme.

L'EMI est désormais instituée en tant qu'enseignement dans les programmes de cycle 4, dans le cadre de la réforme du collège 2016. L'éducation aux médias et à l'information s'inscrit aussi dans le Parcours citoyen, elle y est mise en lien avec l'Enseignement moral et civique (ou EMC), dans le contexte particulier des attentats et des questionnements sur la lecture des médias et sur l'utilisation importante des médias sociaux en ligne par les enfants. Cependant, l’EMI reste un enseignement transversal et non une discipline scolaire. Certes, elle touche plus particulièrement plusieurs disciplines mais les notions info-documentaires ne figurent pas de manière équilibrée dans leurs programmes et sont traitées de manière variée. C’est dans ce contexte que les professeurs documentalistes interviennent. Au sein de l'équipe pédagogique, l'organisation de cet enseignement est une des compétences des professeurs documentalistes, « enseignants et maîtres d'œuvre de l'acquisition par tous les élèves d'une culture de l'information et des médias », avec la nécessité pour eux de « maîtriser les connaissances et les compétences propres à l'éducation aux médias et à l'information », selon le référentiel de compétences professionnelles actualisé en . Cette transversalité de l’EMI pose la question de la cohérence pédagogique, mais aussi celle de la cohérence de l’évaluation, étant donné que plusieurs professeurs travaillent sur cet enseignement.