Jules Adolphe Georges Weiss, né le à Bischwiller (Bas-Rhin) et mort le à Strasbourg, est un médecin, ingénieur et physicien français. En 1919, il est l'organisateur et le premier doyen de la nouvelle faculté de médecine de Strasbourg suivant le retour de l'Alsace-Moselle à la France, après la Grande Guerre.

Aperçu biographique Une jeunesse alsacienne puis lorraine D'une famille originaire de La Petite-PierreLe grand-père paternel Georg Adam Weiss (1790-1861) est né à La Petite-Pierre; il est boulanger ou brasseur (selon les sources)., il est fils de notaireAuguste Weiss , né à La Petite Pierre le 23 août 1831 et mort à Nancy le 28 juin 1885.. Il demeure à Strasbourg et assiste aux bombardementsVoir Gustave Fischbach: Le siège et le bombardement de Strasbourg : guerre de 1870, [ édition revue et considérablement augmentée], Cherbuliez (Paris), 1871, un volume (-324) : portr., plans ; in-16, . de la guerre franco-allemande de 1870 alors qu'il est âgé d'une dizaine d'années. Choisissant l'exil comme de très nombreux alsaciens, la famille s'installe à NancyHélène Sicard-Lenattier, Les Alsaciens-Lorrains à Nancy 1870-1914: une ardente histoire, Gérard Louis, 2002, 464, . lors de l'annexion de l'Alsace-Moselle au Reich. Après une scolarité « médiocre »Selon le mot du , cité en bibliographie., il y passe son baccalauréat en 1878 et fréquente le lycée Condorcet avant d'être reçu à l'École polytechniqueSite de la bibliothèque de l'École polytechnique, onglet « Catalogues de la BCX → Famille polytechnicienne », recherche « Georges Weiss », résultat : « Weiss, Jules Adolphe Georges (X 1879 ; 1859-1931) » ; sa fiche mentionne notamment qu'il est entré classé et est sorti classé . en 1879. Il en sort dans un bon rang et intègre l'École des ponts et chaussées pour en sortir ingénieur du corps des ponts et chaussées, licencié ès sciences physiques en 1884. Il est d'abord affecté à la construction de la ligne ferroviaire de Montauban à Brive achevée en 1889« Ligne de chemin de fer Brive - Montauban », Texte intégral en ligne dans le site Structurae..

Les débuts parisiens d'une carrière scientifique prometteuse Préparateur à la faculté de médecine de Paris, sa rencontre avec Charles-Marie Gariel est déterminante et le pousse à entreprendre des études de médecine à l'âge de 30 ans ! De façon exceptionnelle, menant de front deux voies d'études, il est docteur en médecine en 1889 et agrégé de physique médicale en 1890. Le de cette même année, il se marie à Louise Courtois de Viçose (1868-1954), fillePaul Frank Courtois de Viçose (1840-1905) est banquier et conseiller municipal à Toulouse, membre du Consistoire de l'Église Réformée et de la commission administrative du Bureau de Bienfaisance. Par décret du 22 juillet 1863, il obtient le droit d'ajouter au nom de « Courtois », celui de « de Viçose de Lacourt » d'un banquier protestant de Toulouse. Du point de vue de sa carrière scientifique débutante, il s'attache, pour commencer, à l'étude de l'électrophysiologie. Il est alors sous-directeur de l'Institut Marey depuis sa création en 1898Liborio Dibattista, « L'Institut Marey : naissance et destin d'un rêve scientifique », : Vesalius, , 1, , 2005, Texte intégral.Turbiaux Marcel, « La résistible création d'un laboratoire du travail » Bulletin de psychologie 4/2008, , 341-356. avant d'en être un des administrateurs. Il participe à l'Exposition universelle de 1900 occupant un poste de secrétaire pour cette manifestation internationale. Il tient cette même fonction de secrétaire à la Société française de physiqueIl ne faut pas le confondre avec un autre physicien alsacien de Mulhouse, Pierre Weiss, membre éminent de la société savante à la même époque. Voir les Informations générales sur la Société Française de Physique, (mises à jour le 19 septembre 2014). en 1900, tout en étant membre titulaire (1896-1930), trésorier (1900-1908) puis vice-président (1909) de la Société de biologieVoir sa lettre du 29 juin 1896 à Édouard Brissaud, Texte intégral dans le site isidore.Voir aussi la « Liste des membres de la Société de biologie de 1848 à 1940 » dans le site des Archives de l'Institut Pasteur.. Il est élu titulaire de la chaire de physique médicale à la faculté de médecine de Paris de 1911 à 1919. Jules Amar (1879-1935)Hugues Monod, Janine Monod, « Jules Amar (1879-1935). À propos d'un centenaire », : Histoire des sciences médicales, 1979, 13 (3), , Texte intégral. y sera prépérateur sous sa direction. Il est l'un des principaux organisateurs du Congrès international d’Éducation Physique à Paris en 1913Mierzejewski Stéphan, El Boujjoufi Taïeb, « Le recrutement socio-professionnel du personnel enseignant des Instituts Régionaux d'Éducation physique (1927-1939) » Staps 1/2007, , 9-24. .

La refondation de la faculté de médecine de Strasbourg dans l'immédiate après-guerre vignette|« Le Professeur Weiss. Doyen de la faculté de médecine de Strasbourg » [Caricature de Georges Weiss et de ses deux fils Henri et Alfred)] par Henri Frantz, : Chanteclair, 1922, , 3« Le Professeur Weiss. Doyen de la faculté de médecine de Strasbourg » par l'illustrateur Henri Frantz, Texte intégral

vignette|Défilé devant l'Université de Strasbourg le , [photographie de presse: Agence Rol, négatif sur verre, 13 x ], Collection Bibliothèque nationale de France, .

En 1914, il s'engage volontairement à la Manufacture d'armes de Puteaux pour participer à l'élaboration du canon de Filloux. Son fils aîné ÉdouardGeorges Weiss aura trois enfants : Édouard Auguste Frank Weiss (1891-1914), Henri Charles (1893-1978), qui s'orientera vers des études pétrolières, et Alfred Gustave (1898-1979) qui sera chirurgien à Strasbourg., étudiant en médecine et engagé volontaire, sous-lieutenant au de chasseurs à pied, meurt à Arras le Voir la lettre émouvante qu'il lui adresse, alors qu'il combat sur les hauteurs de Schirmeck : Histoire de dans le site europeana 1914-1918.fr.

Lors du retour à la paix, le président Raymond Poincaré, qui est natif de Lorraine, veille personnellement au renouveau de l'université revenue dans la giron national. Dès le , il nomme Georges Weiss « administrateur provisoire » de la nouvelle faculté de médecine de Strasbourg sur la proposition du professeur Édouard Quénu qui a refusé le poste. Le but est de recréer une université nationale de premier plan. L'Assemblée nationale repousse l'idée d'une « faculté bilingue », exigeant un enseignement dans la seule langue françaiseJoseph Schmauch, Les services d’Alsace-Lorraine face à la réintégration des départements de l’Est (1914-1919), [thèse de l'École des Chartes, 2004], Résumé en ligne.. Il préside alors à la refondation et à la réorganisation de la nouvelle institution : cela constituera la tâche majeure de sa vie. Il disposera de nombreux moyens et jouira d'une grande latitude pour mener à bien cette mission.

Parmi les rares candidats locaux, il recrute alors de prestigieux professeurs « Français de l'intérieur » et étrangers (pour un nombre de chaires volontairement réduit) comme Pautrier, Bouin (avec ses élèves Benoît, Courrier, Aron), Ancel, Masson, Borrel, Nicloux, Barré, Ambard, Chavigny, Duverger, Bellocq, Bard, Sencert et plus tard Fred Vlès, Leriche… La faculté bénéficie de dons privés des frères André et Édouard Michelin et surtout de John Davison Rockefeller Tournès Ludovic, « La fondation Rockefeller et la naissance de l'universalisme philanthropique américain » Critique internationale 2/2007, , 173-197. . Le premier cours en français y sera donné le par le professeur Robert Debré, spécialement dépêché de Paris. Georges Weiss sera élu (après avoir été nommé) premier doyen de la faculté réorganisée pendant dix années, plus précisément du quinze au premier , date de sa retraite. Durant ce long mandat, il mène sa mission couronnée de succès avec « fermeté » et de manière « paternaliste » (selon les mots du ), attentif aux requêtes de chacun. De multiples laboratoires et instituts de la Faculté formeront des chercheurs et cliniciens de renom.

Le , les troupes françaises, conduites par le général Gouraud, faisaient leur entrée à Strasbourg. Enfant, je fus témoin de cet événement historique qui se déroula dans un enthousiasme indescriptible.

La renaissance de l'université française de Strasbourg fut un des premiers soucis du gouvernement. Raymond Poincaré, président de la République, était Lorrain et se préoccupa personnellement du renouveau et du rayonnement de l'Université dont Charléty fut le premier recteur. Le , un an après la libération de la ville, Poincaré inaugura avec une grande solennité, au milieu d'un concours de professeurs français et étrangers, l'université de Strasbourg redevenue française. Elle comportait sept Facultés: lettres, sciences, droit, médecine, pharmacie et, particularité unique dans les Universités françaises, une Faculté de théologie catholique et une faculté de théologie protestante. La loi de séparation de l'Église et de l'État, votée en 1905, alors que l'Alsace-Lorraine était sous domination allemande, ne s'appliquait pas aux trois départements recouvrés qui vivent encore aujourd'hui sous le régime du Concordat.

Georges Weiss fut le premier doyen de la Faculté de médecine. Alsacien d'origine, ami personnel de Poincaré, il était professeur de physique médicale à la Faculté de Paris. Weiss eut la charge de recréer la Faculté de médecine française; il le fit avec autorité et clairvoyance; l'éclat que connut la faculté de Strasbourg entre les deux guerres doit beaucoup à Weiss. D'une part, il sut attirer et faire nommer à Strasbourg des patrons de grandes notoriété: Bard, venu de Genève, cardiologue de réputation internationale; Bouin et Ancel de Nancy, créateurs de l'endocrinologie; Borel, élève de Pasteur, à qui fut confié la chaire de bactériologie; Masson, un des grands maîtres de l'anatomie pathologique; Leriche, appelé de Lyon en 1924 comme professeur de clinique chirurgicale; d'autre part, il fit appel, avec un grand discernement, à de jeunes médecins encore inconnus, mais dont il pressentait à juste titre la valeur: c'est ainsi que furent nommés Barré en neurologie, Pautrier en dermatologie, Duverger en ophtalmologie, qui contribuèrent à illustrer l'école de Strasbourg; enfin, en politicien avisé, il comprit qu'il convenait de ne pas écarter les médecins alsaciens de cette Faculté renaissante; il fit nommer professeurs des praticiens alsaciens de notoriété régionale, Stolz en chirurgie, Pfersdorff en psychiatrie, Forster en anatomiePaul Marx, « Histoire de la chaire d'ophtalmologie de la Faculté de médecine de Strasbourg », : Histoire des Sciences médicales, 1987, 21 (3), , Texte intégral..