Ichikawa Omezō en pèlerin et Ichikawa Yaozō en samouraï est le titre d'une estampe ukiyo-e publiée vers 1801 par l'artiste japonais Utagawa Toyokuni I. Elle représente deux des plus importants acteurs de la fin de l'époque d'Edo en personnages d'un drame contemporain du répertoire kabuki. C'est un exemple classique du genre kabuki-e ou yakusha-e. L'estampe appartient à la collection permanente de la galerie d'art du Japon du Musée royal de l'Ontario au Canada.

Toyokuni et kabuki Utagawa Toyokuni (), aussi connu sous le nom Toyokuni I, est le deuxième chef de l'école Utagawa et l'un des graveurs d'estampes les plus influents de l'époque d'Edo. Dès son adolescence il est apprenti chez Utagawa ToyoharuChiappa 2013 ce qui lui donne la possibilité d'étudier le style de son mentor ainsi que ceux de Chōbunsai Eishi, Utamaro et Eishōsai ChōkiPercival 1978, .

Bien que ses premières tentatives se terminent par des échecsThe Columbia Electronic Encyclopedia, Toyokuni connaît le succès commercial en 1786 avec des illustrations pour le roman-feuilleton kibyōshi Tsugamonai hanashi no oyadama ()Sekai daihyakka jiten. Il découvre bientôt son marché : les bijin-gaPercival prétend que Toyokuni était considéré comme le « plus proche rival d'Utamaro dans le genre bijin-ga ».(1978, ) et, de façon plus significative, le yakusha-eEncyclopaedia Britannica. Entre 1794 et 1796, il crée une série de gravures intitulées Yakusha butai no sugata-e (« Portraits d'acteurs dans différents rôles » - () qui lui assure une « reconnaissance rapide »Tazawa 1981, et « marque l'apogée de son travail de création ». Toyokuni se lie d'amitié avec des acteurs de premier plan et l'« écrasante majorité » de ses gravures se rapporte au kabukiMarks 2010, .

Son style est loué pour ses « lignes puissantes et vives », ses « saisissants contrastes de couleurs », son « emphase décorative »Lane 1978, et ses « conceptions élégantes et audacieuses »Newland 2003, . Il est crédité pour son innovation de formats polyptyquesPercival 1978, et la formation d'élèves de premier plan dont Kunisada et Kuniyoshi.

Toyokuni est souvent comparé à Sharaku, artiste actif durant l'année 1794 et spécialiste du yakusha-e. Alors que Sharaku favorise une approche exagérée, stylisée, les représentations de Toyokuni sont plus réalistes et saisissent les acteurs tels qu'ils « paraissent sur scène » et les idéalisent. Ses kabuki-e sont plus populaires auprès de ses contemporains que ceux de son rival, Cependant les critiques modernes ont tendance à créditer Sharaku d'une plus grande acuité artistique.

Toyokuni est extrêmement prolifiqueSelon Marks, à l'époque de son décès à 57 ans, Toyokuni avait produit plus de 90 séries d'impressions, plus de 400 livres illustrés et plusieurs centaines d'impressions sur feuille unique. (2010, ) et, en 1800, l'école Utagawa a supplanté l'école Katsukawa comme productrice majeure de kabuki-e. Cependant, l'abondance découlant de son succès semble avoir eu des répercussions négatives. Le consensus contemporain est que la qualité de son travail tardif « montre un déclin marqué » et même « dégénère souvent en pur grotesque ». Certains critiques d'art soutiennent que son talent était « essentiellement d'imitation »Lane 1978, résultant plus de l'étude que d'un « génie intuitif Chiappa 2012. vignette|90px|gauche|De gauche à droite : Ichikawa Yaozō, Ichikawa Omezō

Ichikawa Omezō en pèlerin et Ichikawa Yaozō en samouraï Genre Image de deux acteurs posant en personnages d'une pièce, cette estampe appartient au genre kabuki-e (), aussi appelé shibai-e (), gekijou-e () ou gekiga ()JAANUS "yakusha-e". Littéralement « images kabuki », la production des kabuki-e commence à la fin du JAANUS "kabuki-e". Tandis que la popularité du théâtre kabuki se développe, le public s'intéresse toujours plus aux acteurs. L'apparition d'acteurs vedettes amène à la création des yakusha-e (), sous-genre de kabuki-e dans lequel les acteurs sont représentés individuellement ou, comme sur cette gravure, en paireJAANUS "yakusha-e"Le site JAANUS présente d'autres sous-genres du yakusha-e : portraits en buste (ōkubi-e), portraits en pleine longueur (zenshin-zu), scènes à l'intérieur des loges, images parodiques (mitate-e), portraits de défunts (shini-e). (JAANUS kabuki-e). Ces images paraissent comme gravures sur feuilles uniques ou en livres de gravures d'acteurs appelés yakusha ehon ().

Image Sur cette gravure, Toyokuni représente un tableau de deux des plus populaires acteurs kabuki de l'époque dans une scène extraite d'une pièce non identifiée. Le personnage au premier plan est un samouraï qui porte des sandales de paille waraji, une casquette noire décontracté eboshiJlearn.net et un kamishimo à deux pièces<ref>« La pièce supérieure est appelée le kataginu''' et est en fait une veste sans manches ou une veste aux épaules exagérées... La pièce inférieure est le hakama : larges, pantalons fluides ». (Samurai Archives)</ref> sous un noir manteau haori. Les poignées de ses deux sabres pointent derrière lui sur la gauche, dans la position habituelleSamurai Archives. Son maquillage rouge kumadori est typique des personnages principaux, signifiant « bravoure et forte personnalité »Ring 2011.. Une poignée de tiges de blé ou de riz pend à son genou droit, qui sont sans doute un élément du drame.

Le personnage debout est en habit typique de pèlerin ou de prêtre voyageur : waraji, une robe grise et des kyahan de couleur claire et des housses de brasClark et al 1994, . De plus, il est vêtu d'un gong autour de sa taille et porte un bâton de pèlerin shakujō ()Schumacher 2011.. Derrière lui, le corps et les sangles d'un sanctuaire portable sont à peine visibles. Les héros et leurs ennemis se déguisant en pèlerins est un populaire motif du répertoire kabuki. La pose agressive du personnage — bras droit éloigné de sa robe, l'expression menaçante du visage — indique qu'il n'est probablement pas un pèlerin inoffensif.

Pièce Au-delà des noms de deux des acteurs représentés, il y a très peu d'indices dans cette impression pour identifier la pièce qu'ils illustrent. Bien que certains kabuki-e et yakusha-e comprennent des caractères ou des noms de pièces, cette copie n'en propose aucun. En outre, l'absence de timbre de date ou de sceau de la censure rend difficile l'identification de la pièce par une date.

Les documents de l'époque d'Edo relatifs au kabuki révèlent qu'au début de l'année 1798 Yaozō et Omezō sont apparus ensemble dans la pièce Tomioka koi no yamabiraki (aussi connue sous le titre Ninin Shimbei)Shōriya 2013. Cependant, les images de Toyokuni qui nous sont parvenues dont on sait qu'elles illustrent cette représentation — dont une dépeint Yaozō — sont très différentes en style et en format de la version du Musée royal de l'OntarioVoir l'image du British Museum ici et celle du Tobacco and Salt Museum ici.

On sait qu'en 1803, Yaozō a paru dans Yoshitsune Senbon-sakura, drame représentant des personnages de prêtre et moine. Comme la liste de rôle des acteurs a été perdue, on ne sait si Omezō y paraît aussi. Une estampe de Toyokuni de Yaozō dans cette pièce est réalisée dans un style semblable à celui de la version du musée royal, cependant le costume est tout à fait différent. vignette|100px|Détail du kaemon

Ichikawa Yaozō III Tant le cartouche de nom dans le coin supérieur gauche que le kaemon (), blason personnel figurant sur les bras de kimono du personnage accroupi au premier plan, l'identifient comme Ichikawa Yaozō III () (1747-1818)Lane 1978, L'autre marque officielle de Yaozōqui apparaît sur quelques autres gravures, est composée de trois carrés concentriques, le plus à l'intérieur étant noir avec un caractère blanc (hachi) en son centre. (Clark et al. 1994, ). Yaozō, dont les débuts professionnels datent de 1760, est issu d'une famille d'acteurs de kabukiSon père était l'acteur Sawamura Sōjūrō II et son frère, Sawamura Sōjūrō III. (Shōriya 2013). Il s'est formé auprès de deux maîtres différents : le renommé Segawa Kikunojō II pour les onnagata (rôles d'actrice) et le maître Ichikawa Danjūrō V du aragoto (« style rude »). Il est particulièrement admiré dans ses rôles de wajitsu (héros calme, intelligent) et pour son rendu des jeunes femmesNewland 2003, . Il paraît sur plusieurs estampes de Toyokuni ainsi que sur des gravures de Katsukawa Shunkō, Katsukawa Shun'ei et Sharaku.

Noms de scène Suketakaya Takasuke II Suketakaya Shirogorō Ichikawa Yaozō III Segawa Yūjirō I Sawamura Shirogorō I Sawamura Kimpei I noms littéraires Kōga Chūsha Shabo Kion Roshū Autres noms Ichikawa Chūsha III Guildes Kinokuniya Tachibanaya Maîtres Ichikawa Danjūrō V Segawa Kikunojō II Rôles spécialisés wajitsu ( - hommes calmes, intelligents) wakaonnagata ( - jeunes filles)

Ichikawa Omezō I Selon le cartouche du nom, le personnage debout est Ichikawa Omezō I () (1781-1833), premier acteur d'un lignée de 6 générations qui s'est perpétuée jusqu'à nos joursIchikawa Omezô VI (1967- ), prend le nom en mai 2003. (Shōriya 2013). Il est spécialiste des rôles dramatiques d'hommes tachiyaku () et dans ceux de méchants guerriers jitsuaku (). Sans surprise, compte tenu de son importance comme vedette du théâtre kabuki, il est un sujet populaire pour ToyokuniWaterhouse 1975, . Un de ses portraits les plus connus est celui qu'a réalisé Toyokuni de lui dans le célèbre drame ShibarakuVoir l'image ici.

Noms de scèneNewland 2003, 445 Ichikawa Benzō II Ichikawa Omezō I Ichikawa Bennosuke Noms littéraire Shinsha Kaigan Guilde Takinoya Maîtres Ichikawa Danjūrō V Rôles spécialisés tachiyaku (立役 - hommes) jitsuaku ( - mécréants)

Date Le MRO date l'estampe de c. 1801. Bien que la gravure ne porte pas de date ou de sceau discernablesDe 1790 jusqu'en 1876, le shogunat imposait que les tirages proposés à la vente publique soient évalués par les censeurs officiels. Une fois approuvée, une copie était marquée du sceau de la censure et d'un timbre à date. Cette pratique ne concernait pas les gravures surimono privés ou les shunga érotiques. (Chiappa 2012), plusieurs éléments indiquent que la date d'impression la plus plausible se situe entre 1800 et 1804 : Toyokuni commence à travailler avec l'imprimeur Iseya Magobei en 1795 et réalise une série d'« impressions oblongues de paires d'acteurs » pour l'éditeur au début des années 1800Marks 2010, . Ichikawa Yaozō III prend le nom Suketakaya Takasuke II en 1804 et cesse d'être appelé Ichikawa YaozōShōriya, 2013.

Provenance Cette estampe a été donnée au musée royal d'Ontario par Sir Edmund Walker (1848–1924), président de longue date de la et premier président du conseil d'administration du muséeWaterhouse 1975, . Walker a commencé à recueillir l'art japonais dans les années 1870, faisant de lui l'un des premiers collectionneurs d'Amérique du Nord. Il a acheté de nombreuses pièces à New York dans les années 1870 et 80 et pendant un voyage à Londres en 1909Waterhouse 1975, . En 1919, après un voyage au Japon, en Chine et en Corée, il est nommé Consul général honoraire du Japon pour TorontoWaterhouse 1975, .

Détails de l'estampe vignette|80px|Toyokuni ga / Iseya Magobei Medium : nishiki-e estampe sur papier Taille : chūban Format : tate-e Titre japonais : aucun Titre de l'exposition : Ichikawa Omezō en pèlerin et Ichikawa Yaozō en samouraï Sujet : scène d'une pièce kabuki non identifiée Signature : Toyokuni ga (), bord du centre à gauche Éditeur : Iseya Magobei ()Newland 2005, . Marque de l'éditeur : Isemago/ Iseson, sous la signature Sceau de la censure : aucun Sceau de date : aucun Genres : yakusha-e, kabuki-e Crédit : don de Sir Edmund Walker

Notes et références

Annexes Bibliographie Calza, Gian Carlo. Ukiyo-e. New York: PHaidon Press, 2005. Chiappa, J. Noel. Utagawa Toyokuni (1769-1825). 2013. Clark, Timothy, Osamu Ueda and Donald Jenkins. The Actor's Image: Print Makers of the Katsukawa School. Edited by Naomi Noble Richard. Chicago: Art Institute of Chicago, 1994.