La période d'Obeïd est une étape protohistorique du développement de la Mésopotamie qui va d'environ 6500 à 3750 (du selon d'autres sources) et qui doit son nom au site de Tell al-Ubaid.
Certains sites, comme Halaf et Ninive, sont abandonnés pendant cette période ; d'autres sont incendiés ou réoccupés. La culture d'ObeïdLe site ayant donné son nom à cette période est le Tell d'Obeïd (en arabe : tall al-ʿubayd, ) un site proche de celui d'Ur situé en d'après (ville du sud) s'étend sur toute la Mésopotamie. Eridu est le site le plus important (19 niveaux d'occupation) ; les Sumériens en faisaient la résidence terrestre d'Enki, seigneur des eaux et des techniques. On y trouve un cimetière protohistorique et un « palais ». Dix-sept niveaux de temple se superposent, dont les plus profonds étaient de briques crues avec une salle contenant un piédestal, une table d'offrande et une poterie de qualité décorée de motifs géométriques bruns ou rouge foncé sur fond pêche. . Dans les temples des niveaux supérieurs, la céramique est décorée sur ses deux faces. L'architecture des maisons comporte une terrasse et l'intérieur est compartimenté ; l'extérieur est décoré de niches et redans.
Dans les figurines trouvées à Ur, les « principes » féminins sont très marqués et le visage ébauché avec une indication de chevelure au bitume.
Une culture méridionale aux origines obscures (v. 6500-5300 av. J.-C.)
La première partie de la période d'Obeid est (P. Butterlin). Le nombre très réduit de sites fouillés sur ces périodes limite drastiquement les connaissances sur cette période de plus d'un millénaire. Celles-ci sont fragmentaires, seulement éclairées par endroits et par moments. Mais malgré ces limites plusieurs questionnements importants surgissent de l'analyse de ces données.
Évolutions de la côte et de l'environnement
La période d'Obeid coïncide avec la période durant laquelle la transgression marine postglaciaire, c'est-à-dire la remontée des eaux consécutive à la fonte des glaces après la fin du dernier âge glaciaire, est la plus rapide. Ce phénomène commence après la fin du dernier maximum glaciaire, vers 16000 av. J.-C. Le golfe Persique était alors totalement à sec, traversé par une paléo-rivière formée par la réunion du Tigre, de l'Euphrate et du Karun, et il commence à être envahi par les eaux marines de l'Océan indien autour de 10000 av. J.-C.
La Basse Mésopotamie est très affectée par cette remontée des eaux marines. Selon les propositions de P. Sanlaville, vers 6000 av. J.-C. le niveau marin est de 20 mètres inférieur au niveau actuel, puis vers 4000 à 3000 av. J.-C. il est de 2 mètres supérieur au niveau actuel. Le trait de cote remonte alors plus haut que de nos jours, jusqu'aux villes actuelles de Nasiriya, Amara et Ahvaz. Les villes antiques d'Eridu et d'Ur étaient alors situées sur le littoral. Par la suite la terre progresse avec l'apport de limons charriés par les fleuves qui se déversent dans le Golfe, repoussant le trait de cote vers le sud.
J. Pournelle propose un rythme sensiblement similaire et insiste également sur les conséquences des évolutions quant à la constitution des zones marécageuses qui caractérisent la zone de rencontre des fleuves et du Golfe. Le niveau actuel de côte est atteint autour de 6150 av. J.-C., la remontée ralentit ensuite, ce qui se traduit notamment par l'extension des marécages par l'action des fleuves. Puis la remontée accélère à nouveau, autour d'un demi-mètre par siècle, sur la période d'environ 5450 à 4550 av. J.-C., recouvrant les anciens marécages, jusqu'à Ur.
Ainsi que le résume J. Oates, au début de l'époque d'Obeid
À cela s'ajoute le fait que la période d'Obeid se situe à la fin de l'optimum climatique du début de l'Holocène. Le climat de la région semble avoir été plus humide que de nos jours, la mousson estivale remontant plus au nord. Les températures estivales sont alors plus chaudes de 2 à 4°C que de nos jours, et celles d'hiver plus fraiches de 2 à 4°C. La période de pluies est plus longue qu'à l'heure actuelle, débutant plus tôt en automne et finissant plus tard au printemps, accroissant l'importance des espaces humides et la luxuriance de leur végétation. Les conditions actuelles se mettent en place progressivement, par une aridification progressive du climat.
La question des débuts de l'occupation sédentaire
En l'état actuel des connaissances, le site archéologique le plus ancien connu pour la Basse Mésopotamie est Tell el-Oueili, dont la phase la plus ancienne date environ de la période 6500-6000 av. J.-C., ce qui coïncide avec le début du Néolithique céramique dans les régions voisines (Haute Mésopotamie et Syrie, Iran). Le fait qu'aucun site antérieur n'ait été trouvé ne signifie pas que l'occupation de la région ait commencé à cette période. Déjà, de l'avis du fouilleur d'Oueili, J.-L. Huot, le niveau le plus ancien qui y a été fouillé n'est pas la première occupation du site, qui n'a pas pu être atteinte car elle est sous la nappe phréatique. Ensuite, des explications géomorphologiques peuvent être avancées pour expliquer la difficulté à repérer des sites préhistoriques dans le Sud mésopotamien, en plus de la présence de la nappe phréatique, notamment le fait que les alluvions déposées par la suite par les fleuves ont souvent recouvert les niveaux de ces périodes, les rendant donc difficiles à repérer et explorer par les archéologues. Cela implique que les prospections archéologiques menées dans plusieurs parties de la Basse Mésopotamie avant 1990, qui ont généralement conclu à une faible occupation à l'Obeid, ne sont pas fiables pour cette période. Au surplus cela peut refléter tout simplement le retard de la recherche sur ces périodes. De plus, bien des sites occupés dès l'Obeid ont eu des phases d'occupation postérieures recouvrant les niveaux de ces périodes, qui ne peuvent souvent être approchés que par des sondages (Ur, Uruk, Eridu), avant tout par la céramique, d'où l'intérêt des fouilles de sites sans occupation postérieure tels que Oueili.
Pour les phases plus anciennes, pré-céramiques, seules les spéculations sont possibles, mais il y avait bien des populations à ces époques dans le voisinage de la Basse Mésopotamie, et probablement aussi dans cette dernière : des silex rappelant les types du Néolithique précéramique B du Levant (donc v. 8500-7000/6400 av. J.-C.) ont été trouvés dans des anciens cours d'eau qui rejoignaient l'Euphrate depuis l'ouest à ces époques mais sont aujourd'hui asséchés et sont situés dans le désert. D'autres parallèles ont été tracés avec les industries lithiques du nord de l'Arabie, qui devaient aussi s'étendre dans les régions du golfe Persique alors à sec, mais en l'état actuel des connaissances il y a peu de traces d'occupations de ces périodes le long du Golfe..
Il ne faut du reste pas supposer que le profil économique des communautés de Basse Mésopotamie de ces époques repose sur des bases agro-pastorales semblables à celles des autres cultures du Néolithique proche-oriental. Elles ont pu connaître un processus de néolithisation spécifique, notamment parce qu'elles se développent dans un environnement bien différent de celui du reste du Moyen-Orient.. Comme vu précédemment les zones marécageuses sont situées au contact des sites de l'époque d'Obeid, et ces espaces humides sont probablement plus importants dans le développement des communautés obeidiennes qu'on ne l'a longtemps pensé. L'opinion traditionnelle, notamment celle issue des travaux de R. McC. Adams, partant de l'aridité de la région durant les époques antiques, a développé un modèle de développement agricole de la Basse Mésopotamie autour de l'agriculture irriguée, de l'élevage ovin et caprin, conjugués à l'exploitation des ressources des marais. Les travaux de J. Oates puis ceux de J. Pournelle. ont réévalué la place des zones marécageuses, qui seraient selon elles primordiale durant les dernières phases de la Préhistoire. La plupart des sites obéidiens (notamment les futures cités sumériennes Eridu, Uruk, Larsa, Umma, Girsu, Lagash, Nina) auraient été établis de préférence sur des buttes constituées au Pléistocène, qui surplombent la plaine, extrêmement plate dans ces régions (elles ont été identifiées par l'analyse de l'imagerie satellite ; Pournelle les désigne comme des « dos de tortue », turtleback, en raison de leur forme vue du ciel). Elles constituent ainsi des sortes d'« îles » au milieu des marécages, tenant leurs habitants à l'abri des crues et des marées.
Ces espaces marécageux devaient se caractériser par Leur exploitation aurait alors joué un rôle primordial dans l'économie de la période, avec notamment une grande importance de la pêche dans l'alimentation et du travail des roseaux (vannerie) dans l'artisanat. Néanmoins les fouilles de Tell el-Oueili ont mis en avant l'existence d'une agriculture céréalière irriguée dès les phases anciennes de l'époque d'Obeid, avec un élevage domestique. En l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible de déterminer qui de la céréaliculture et de l'exploitation des marais prévalait.
Les premières phases de l'Obeid en Basse Mésopotamie
Le plus ancien site connu en Basse Mésopotamie est Tell el-Oueili, fouillé par des équipes françaises de 1976 à 1989. Son niveau le plus ancien a révélé une phase culturelle inconnue jusqu'alors, qui a été nommée Obeid 0, ou bien période d'Oueili. Elle est datée approximativement de 6500 à 6000 av. J.-C. Il ne s'agit manifestement pas du niveau originel du site, et du reste le profil culturel qu'il présente révèle une culture déjà bien constituée. Du point de vue architectural, le niveau (subdivisé en 3 sous-périodes) a livré des greniers et des maisons à plan tripartite, la plus vaste mesurant 240 m². Les constructions emploient de longues briques semi-moulées (pressées entre deux planches). Peu d'objets ont été trouvés. La céramique, réalisée à la main, a une pâte claire, ornée de formes géométriques simples, peintes de couleur brun sombre. On y cultive le blé et l'orge, on y élève des chèvres, des moutons, des bovins, des cochons. Il y a peu de traces d'échanges avec l'extérieur.
La phase suivante est l'Obeid 1, ou période d'Eridu (premiers siècles du , jusqu'à environ 5600). La céramique peinte est plus élaborée qu'auparavant : certes les formes sont simples, mais les décors, toujours des formes géométriques, mais plus complexes, de couleur sombre, souvent noire, exécutés avec plus de maîtrise que par le passé, leur donnant un aspect lustré, et couvrant une grande partie du vase. Le site-type de la période, Eridu (Tell Abu Sharain, niveaux XIX à XV), est une des futures cités sumériennes de premier rang. C'est à l'époque un village construit sur une grande dune, à côté de marais et d'une lagune. L'habitat consiste en des constructions en roseau recouvert d'argile, mais l'usage de la brique intervient rapidement. Un édifice identifié comme un temple est construit à l'ouest du site, certes de petite dimension, mais initiant une séquence de constructions qui s'étale jusqu'à la fin de l'Antiquité mésopotamienne. À Oueili cette phase est peu attestée, elle comprend des greniers, plus petits que ceux de la phase antérieure, et une grande maison de 150 m², donc une architecture plus vaste et élaborée que celle d'Eridu à la même époque.
L'Obeid 2, est également nommé phase de Haggi Muhammad (v. 5600-5300), du nom du site fouillé par des équipes allemandes en 1937 où il a été identifié. Cette phase est aussi connue sur un autre site méridional brièvement fouillé, Ras al Amiya, en plus d'Oueili et Eridu. Sur ce dernier site, les temples qui sont construits à cette période (niveaux XI à VIII) ont un plan plus complexe que par le passé. La céramique peinte poursuit la tradition antérieure, accentuant la densité du décor.