Le cabildo de Buenos Aires est un édifice historique, pour partie vestige et pour partie reconstitution d’un ancien bâtiment de même nom, situé sur la place de Mai, dans le centre historique de la capitale argentine.

Autrefois, le terme cabildo de Buenos Aires désignait la mairie, c’est-à-dire le corps exécutif municipal de la ville, incarnation locale d’une institution politique spécifiquement coloniale qui, à Buenos Aires, resta en vigueur de la fondation de la ville en 1580 jusqu’à sa suppression en 1821. Actuellement, ce même terme se réfère uniquement à l’édifice qui hébergea cette institution et qui, déclaré monument historique national en 1933, abrite aujourd’hui, après d’importantes modifications dans sa structure, le Musée historique national du Cabildo et de la révolution de Mai (en esp. Museo Histórico Nacional del Cabildo y de la Revolución de Mayo).

Le cabildo de Buenos Aires fut le théâtre principal de la révolution de Mai de 1810, qui entraîna la destitution du vice-roi espagnol Baltasar Hidalgo de Cisneros et à laquelle s’enchaîna ensuite la longue guerre aboutissant à l’indépendance des Provinces-Unies du Río de la Plata.

Le bâtiment du cabildo est sis au n° 65 de la calle Bolívar, où il occupe une parcelle de terrain qui lui fut jadis assignée par le fondateur de la ville, Juan de Garay, et fait face à la place de Mai, le site originel et fondateur de la ville. Érigé dans la première moitié du , il fit l’objet de multiples remaniements au cours de son histoire, échappa de justesse à la démolition totale dans les années 1930, et ne prit son aspect actuel qu’en 1940.

Le cabildo comme institution coloniale

Le cabildo de Buenos Aires, à l’égal des autres cabildos existant en Amérique espagnole, avait à l’origine des compétences judiciaires et d’administration municipale. Les alcadesSelon le TLF, alcade est le « nom donné autrefois à certains juges et magistrats qui occupaient des charges civiles et judiciaires correspondant à la fois à celles du juge de paix, du lieutenant de police et du maire », charges qui coïncident donc grosso modo avec celles de l’alcalde du cabildo colonial. Au sens moderne, le mot espagnol alcalde a la même signification que le mot français maire (ou bourgmestre). ordinaires (‘alcaldes ordinarios’) du cabildo rendaient la justice de première instance en matière civile et criminelle, tandis que les regidores (échevins) et d’autres fonctionnaires s’occupaient des divers aspects de la gestion communale, tels que la salubrité, l’embellissement et l’approvisionnement de la ville et de la zone environnante. Le cabildo détenait également quelques compétences politiques, étant donné que jusqu’à ce que fut créé en 1716 le poste de teniente del rey (lieutenant, suppléant du roi), les alcaldes ordinarios pouvaient être amenés à suppléer temporairement au gouverneurCompendio de Historia Argentina, p. 24. Éditeur : CUP Archive.. Le cabildo pouvait, pour défendre ses intérêts, dépêcher des procureurs en Espagne ou s’adresser au roi par missive.

Usant de ses prérogatives de fondateur de la ville, Juan de Garay designa le les premiers alcaldes ordinarios ainsi que six regidoresHialmar Edmundo Gammalsson, Los pobladores de Buenos Aires y su descendencia, Municipalidad de la Ciudad de Buenos Aires, Secretaría de Cultura, Buenos Aires, 1980. : Alcaldes ordinarios : Rodrigo Ortiz de Zárate et Gonzalo Martel de Guzmán ; Regidores : Pedro de Quirós, Diego de Olavarrieta, Antonio Bermúdez, Luís Gaytán, Rodrigo de Ibarrola, et Alonso de Escobar : Procureur : Juan Fernández de Enciso.

250px|vignette|Le cabildo ouvert du 22 mai 1810. Tableau de Pedro Subercaseaux. À l’issue de leur mandat, chaque (ou, à partir du début du , tous les ), les alcaldes et regidores sortants élisaient leurs successeurs, étant entendu qu’on ne pouvait être élu une nouvelle fois avant deux ans passés et qu’il y avait lieu d’obtenir l’aval du gouverneur. En 1591, le roi ordonna que les postes mineurs du fonctionnariat municipal pouvaient s’acquérir en vente publique — qui normalement avait lieu à Potosí — et être ensuite occupés à vie ou transférés à des tiers ; en 1607, Bernardo de León fut le premier à se procurer ainsi une charge — celle de dépositaire général —, qu’il exercera ensuite pendant 30 ans José García Hamilton, Autoritarismo y la improductividad, éd. Sudamericana, 2011. , 9789875666856. Ultérieurement, le roi ordonna que les fonctions de regidores et d’autres offices sans compétences judiciaires fussent également vendues, à la faveur de quoi Juan de Vergara acheta en 1617 les 6 charges de regidor pour les distribuer ensuite entre les membres de sa famille. À partir de cette date, les élections ne se tenaient plus que pour nommer les deux alcades ordinaires, l’alférez royal et les alcaldes de hermandad ; cependant, faute de candidats, il advenait souvent que des postes restassent vacants, ce qui porta à partir de 1663 la Real Audiencia à donner les charges en location pour un an Macarena Perusset, Contrabando y Sociedad en el Río de la Plata Colonial, Editorial Dunken, 2006, p. 57 , 9789870219965. En 1705, l’on rétablit l’élection des regidores, en faisant alterner annuellement regidores élus et regidores nommés à vie, moyennant qu’ils fussent confirmés par le gouverneur, lequel était le président du cabildo. Entre 1785 et 1799, les alcades ordinaires avaient un mandat de deux ans, l’un des deux devant être renouvelé chaque année, et en 1786 furent supprimés les regidores à vie, tandis que le syndic procureur allait désormais aussi faire partie du cabildoRevista chilena de historia del derecho, p. 95-96. Éditeur: Editorial Jurídica de Chile..

Seuls pouvaient être membres du cabildo et voter lors des cabildos ouverts ceux parmi les citadins qui étaient des résidents permanents de la ville, possédaient quelque propriété, avaient de la famille et vaquaient à une occupation « non vile ». À l'alcade ordinaire de premier vote incombaient les missions d’un juge en matière civile, à celui de second vote les missions de juge en matière pénale, tandis que les alcades de confrérie (‘alcaldes de hermandad’) rendaient la justice à la campagne. Les regidores constituaient ensemble le collège des échevins (regimiento), étaient élus et votaient selon un ordre déterminé. La fonction d’alférez real, habilité à porter l’étendard du roi, représentait le plus grand honneur et pouvait se cumuler avec un autre poste. D’autres fonctionnaires étaient élus par le cabildo entrant, parmi lesquels le fiel ejecutor, l’alguacil mayor, le majordome et le syndic procureur. Le trésorier et le comptable étaient des officiers royaux.

En 1821, le gouverneur de Buenos Aires, Martín Rodríguez, décida l’abolition du cabildo de Buenos Aires.

Histoire de l’édifice

vignette|250px|Première photographie du Cabildo originel, prise en 1852. Il était alors encore doté de l’horloge espagnole de 1763, et présentait le blason national sur la façade. Noter la position ― relativement proche encore du Cabildo ― de la pyramide de Mai, laquelle a été depuis déplacée vers le centre de la place. vignette|250px|Le bâtiment du Cabildo en 1864, pourvu désormais de l’horloge anglaise, et la place de Mai arborée de lilas de Perse. Remarquer que la pyramide de Mai, quoique déjà ornée de bas-reliefs et d’une sculpture, se trouve encore beaucoup plus près du Cabildo qu’actuellement.

Lorsque, en 1580, Juan de Garay fonda définitivement la ville de Buenos Aires, la modestie de ce nouveau foyer de peuplement était telle que l’on s’abstint tout d’abord de construire un bâtiment pour y abriter la mairie ; les réunions du conseil municipal se déroulaient donc au domicile des habitants, et les prisonniers étaient enfermés dans le logis même des fonctionnaires du cabildo.

En cédant au Cabildo l’une des constructions du fort, afin qu’elle servît de salle capitulaire, le gouverneur Hernandarias permit à la municipalité de disposer pour la première fois de ses propres locaux et ordonna plus tard d’édifier un four à briques en vue de la future réalisation d’un bâtiment à l’usage propre du cabildo.

Première construction

Le , l’alcade Manuel de Frías souligna la nécessité de construire un cabildo ; le de la même année, Hernandarias communiqua que les travaux avaient commencé. La parcelle de terrain destinée au nouvel édifice avait déjà été assignée par Garay en 1580. En réalité, ce terrain, situé sur la Grand’Place (Plaza Mayor, ancien nom de la place de Mai), avait été choisi à l’encontre des lois des Indes, qui prescrivaient que le cabildo devait se trouver entre la Plaza Mayor et le temple, et jouxter les Maisons royales (‘Casas Reales’) et la douane, c'est-à-dire dans un lieu plus éloigné ..

L’ouvrage fut financé par de nouveaux impôts sur les vaisseaux entrant et sortant du port de Buenos Aires.

La construction des deux humbles pièces (la salle capitulaire et la prison) fut à charge du maître d’ouvrage Juan Méndez, tandis que Hernando de la Cueva se chargeait de la charpente, Pedro Ramírez des portes et fenêtres, Hernando Álvarez du plafonnage et des crépis, et des couvreurs brésiliens de la toiture.

Les travaux se terminèrent vers 1610, encore que peu de temps après eût déjà lieu le premier d’une série de remaniements de sa structure originelle, dont le dernier sera exécuté 200 ans plus tard.

En 1612, les maisons du Cabildo, incluant un terrain et des locaux destinés à être donnés en location, purent être livrés. Après seulement deux ans, en raison du nombre de détenus logés, le cabildo apparut trop exigu et dut être voué entièrement à sa seule fonction de prison, en raison de quoi les réunions des autorités municipales durent se tenir au logis du gouverneur et, plus tard, à nouveau dans le fort.

L’entretien de l’édifice ayant laissé à désirer pendant de longues années, il se trouva bientôt fort délabré. Dès 1632, ce cabildo primitif commença à menacer ruine, motivant la construction d’un nouveau, laquelle construction ne débuta qu’en 1635 et, par manque de fonds, s’étala sur plus de cinq ans.

En , les autorités proposèrent d’édifier un bâtiment de deux niveaux, lequel comporterait : à l’étage : la salle capitulaire et les archives ; au rez-de-chaussée : la prison pour personnes privilégiées, des geôles communes pour les hommes et d’autres pour les femmes, un local pour les surveillants, et des bureaux pour les juges et les greffiers.

Cependant, ce projet ne se concrétisa pas, la ville se cantonnant à entretenir le vieil édifice, pourtant de plus en plus insuffisant à mesure que s’accroissait la population.

Deuxième construction

En 1711, la Couronne donna son assentiment à la réalisation d’une construction plus solide.