La crise burundaise de 2015-2020 est un ensemble de manifestations ayant lieu au Burundi à partir du visant à protester contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. La mort de Nkurunziza et la première élection démocratique du pays en 2020 met fin à la crise.
Contexte Président du Burundi depuis 2005 et réélu en 2010, Pierre Nkurunziza, affirme vouloir se représenter aux élections de 2015 afin d'entamer un troisième mandat présidentiel. Le Parlement rejette, le , une révision de la Constitution permettant à Nkurunziza de briguer un troisième mandat..
Le , il annonce qu'il se présente à l'élection présidentielle burundaise de 2015, qui doit se tenir le , pour un troisième mandat consécutif. Le , la Cour constitutionnelle valide sa candidature, dans la controverse« Burundi : le risque de contagion régionale existe », Laurence Caramel, Le Monde Afrique, 6 mai 2015. Son vice-président, dénonçant « des pressions énormes et même des menaces de mortViolences politiques : des milliers de Burundais se précipitent au Rwanda, Pierre Lepidi, Le Monde Afrique, 6 mai 2015 », démissionne et s'enfuit.
Par ailleurs, les textes sont formels.
D'une part . D'autre part l'article 96 de la constitution du Burundi, promulguée en , précise que : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois »..
Déroulement Tentative de coup d'État
Le , le général Godefroid Niyombare, ancien chef d'état-major des arméesBurundi : qui est le général putschiste Niyombare ?, Raoul Mbog, Le Monde Afrique, 13 mai 2015, issu du CNDD-FDDBurundi: Godefroid Niyombaré avait mis en garde Nkurunziza, Pierre Nkrurunziza, RFI, 13 mai 2015, annonce sur une radio privée un coup d'État alors que le président Nkurunziza s'était rendu à un sommet consacré à la crise politique burundaise à Dar-es-Salaam, en TanzanieBurundi : bras de fer entre le président et un général putschiste, Le Monde Afrique, 13 mai 2015. La présidence burundaise dément le coup d'État et annonce le retour du président. Le général putschiste ordonne la fermeture des frontières et de l'aéroport de Bujumbura.
Le , les putschistes échouent à prendre le contrôle de la Radio-Télévision nationale du Burundi, qui reste aux mains des loyalistes. Des combats ont lieu aux sièges d'autres médias, tels que la Radio publique africaine. Le soir, l'entourage de Pierre Nkurunziza annonce qu'il est rentré au Burundi.
Élections présidentielles et législatives
Post-élection Les troubles continuent, après l'élection. Plusieurs meurtres, visant des personnalités politiques ou militaires, de l'opposition ou du camp présidentiel, ont lieu. Le vendredi , le général Prime Niyongabo, chef d'état-major de l'armée, survit à un attentat faisant sept morts (deux assaillants, quatre militaires et une policière).
Des opposants réfugiés dans des pays voisins sont aussi tuésMélanie Gouby, « Le Burundi liquide ses opposants en exil », Le Figaro, samedi 3 / dimanche 4 septembre 2016, page 6..
Rébellion à partir de décembre 2015 Le , l'ex-lieutenant-colonel Édouard Nshimirimana annonce la formation des Forces populaires du Burundi (Forebu), dont le but affiché est de veiller à l'accord d'Arusha, renverser Pierre Nkurunziza et « restaurer la démocratie »Burundi: une nouvelle rébellion veut chasser Nkurunziza du pouvoir, RFI, 23 décembre 2015.. Le général Godefroid Niyombare en prend la têteBurundi: le général Godefroid Niyombaré à la tête des Forebu, RFI, 21 janvier 2016..
Le , le général Kararuza, officier tutsi et conseiller du Premier vice-président, est assassiné avec sa femme par des hommes armésBurundi: le général Kararuza tué dans une attaque à Bujumbura, RFI, 25 avril 2016..
En parallèle, la répression contre les manifestants de 2015 se poursuit au point d'entraîner en l'adoption d'une résolution en faveur d'une commission d’enquête à l'ONU., de même que l'ouverture d'une enquête par la Cour pénale internationale en ..
Le , un avant-projet de révision de la constitution du Burundi est annoncé.. Le projet final est annoncé le , et prévoit la création d'un poste de Premier ministre, le passage d'un quinquennat à un septennat, la limite de mandats sera seulement consécutive et le seuil d'adoption des lois passerait des deux tiers à la majorité absolue.. De fait, l'accord d'Arusha est abrogé.. En , lors de la campagne électorale pour le référendum, le pouvoir burundais a fait arrêter des opposants..
Le , des centaines de délégués du CNDD-FDD, parti au pouvoir, tiennent un congrès à Gitega, dans le centre du pays, pour désigner leur candidat à l'élection présidentielle. Évariste Ndayishimiye est choisi et devient le favori de l'élection. Ndayishimiye est élu avec 68,72% des voix et devance très largement le principal candidat de l'opposition, Agathon Rwasa, président du Conseil national pour la liberté (CNL), qui réunit 24,19 % des voix..
Conséquences Manifestations La candidature du président sortant provoque d'importantes manifestations à partir du . Près de Burundais ont fui à l'étranger, au Rwanda notamment. Au moins vingt-deux manifestants sont morts.
Réactions internationales Début , la Belgique annonce qu'elle suspendait son soutien financier au processus électoral.. Le , l'Union européenne a demandé le report des scrutins législatifs et présidentiels..
Action des ONG internationales et situation des réfugiés
La situation humanitaire s'aggrave au pays. depuis qu'éclate la crise politique consécutive à la tentative de coup d'État contre le président Pierre Nkurunziza après avoir brigué un troisième mandat Centre d’études stratégiques de l’Afrique, "La crise politique et la détérioration du secteur de sécurité au Burundi", 10 décembre 2015. Accessible sur : https://africacenter.org/fr/spotlight/la-crise-politique-et-la-deterioration-du-secteur-de-securite-au-burundi/, bien que la Constitution de 2005 l'interdise. La crise subsiste durant plusieurs années et se caractérise par une répression extrêmement violente de la part de l'État contre les opposants, une répression qui gagne même les camps de réfugiésPaul Nantulya,"Le Burundi, la crise oubliée, brûle toujours" Centre d'études stratégiques de l'Afrique, 3 octobre 2019. Accessible sur : https://africacenter.org/fr/spotlight/le-burundi-la-crise-oubliee-brule-toujours/. De nombreuses violations des droits de l'Homme sont constatées tandis que l'État de droit ne cesse de reculer en supprimant ses garanties constitutionnellesPaul Nantulya, "Après le référendum au Burundi, une volonté de démanteler les Accords d’Arusha", Centre d'études stratégiques de l'Afrique, 10 août 2018. Accessible sur : https://africacenter.org/fr/spotlight/apres-le-referendum-au-burundi-une-volonte-de-demanteler-les-accords-d-arusha/ . L'instabilité et l'insécurité sont telles qu'elles obligent certaines organisations internationales gouvernementales ou non-gouvernementales, par exemple, UniRef et Avocats sans frontières, à restreindre leurs actions, ce qui explique d'ailleurs que les programmes d'aide aux réfugiés dans la région soient les moins financés au monde.. L'exemple le plus flagrant est sans doute la fermeture du Bureau des droits de l'Homme en 2018. alors que l'ONU ouvrait une enquête indépendante sur ces violations en 2015.. Cet évènement survient alors que la situation dans les pays voisins se dégrade, augmentant les flux de réfugiés entrant au Burundi, au même moment où des réfugiés burundais cherchent refuge dans les pays voisins. En effet, l'instabilité s'accentue aussi parallèlement en République démocratique du Congo lorsqu'une nouvelle vague de violences tout aussi grave Conseil des droits de l’homme des Nations unies, «Rapport de l’Equipe d’experts internationaux sur la situation au Kasaï», 6 juin 2018. Accessible sur : https://www.ohchr.org/FR/HRBodies/HRC/ITEKasaiDRC/Pages/Index.aspx secoue à son tour ce pays entre 2016 et 2019. Faute de dialogue avec l'opposition, le Burundi est aujourd'hui dans une impasse politique qui minimise les chances de résolution du conflitPaul Nantulya, "Les coûts de l’inaction régionale face à la crise au Burundi", Centre d'Études Stratégiques de l'Afrique, 2 février 2017. Accessible sur https://africacenter.org/fr/spotlight/les-couts-de-linaction-regionale-face-la-crise-au-burundi/: et rend très difficile toute intervention humanitaire. Depuis , l'action des dernières ONG étrangères encore actives malgré les restrictions imposées depuis 2017, est suspendue par une circulaire gouvernementale.
Human Rights Watch, “Burundi: Events of 2015”, dans le World Report 2016. .
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Politique au Burundi Tentative de coup d'État de 2015 au Burundi Élection présidentielle burundaise de 2015
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