Éventail avec deux danseurs bugaku est le titre d'une impression sur éventail du style ukiyo-e datant d'entre le milieu des années 1820 et 1844, réalisée par le célèbre artiste Utagawa Kunisada, aussi connu sous le nom Toyokuni III. Cette gravure est un exemple à la fois des genres uchiwa-e (impression sur éventail) et aizuri-e (impression en bleu monochrome). Elle fait partie de la collection permanente de la galerie d'art du Japon du Musée royal de l'Ontario au Canada.

Uchiwa-e

Les uchiwa (団扇) sont des éventails plats, ovales et non-pliants, encore utilisés de nos jours pour refroidir le riz lors de la préparation des sushi, au cours des représentations de danse et comme instrument pour se rafraîchir. Du point de vue historique, les uchiwa sont un accessoire ostensiblement féminin, les hommes portant plus généralement des éventails pliants appelés ōgi (), suehiro () ou sensu ()Salter 2006, . Ils sont associés à l'été puisqu'ils se vendent seulement au cours des mois de cette saison et sont souvent décorés d'images estivales. Un critique fait valoir qu'en raison de leur utilisation par les femmes pendant les périodes de chaleur intense, les uchiwa « peuvent avoir une connotation suggestive »Salter 2006, .

Comme les impressions ōgi-e () d'éventails pliants, les uchiwa sont traditionnellement faits de papier de riz washi monté sur un cadre de bois. Des images sont imprimées sur le papier puis découpées le long des marges et collées sur un cadre en bambouBell 2004, Marks 2010, . En raison de leur manipulation fréquente, il en reste peu d'exemplaires intactsHarris 2010, .

Aizuri-e

Également connues sous les noms aizome-e () et ai-e (), les aizuri-e () se traduisent littéralement par « images imprimées en bleu » et décrivent des impressions produites entièrement ou principalement dans les tons de bleuLes exemplaires plus tardifs comprennent de petits éléments jaunes ou vermillions (http://www.weblio.jp/content/%E8%97%8D%E6%91%BA%E7%B5%B5). Pendants des benizuri-e () ostensiblement rouges et roses, les aizuri-e constituent un développement apparu à la fin de l'époque d'Edo. Peut-être en raison du fait que les impressions simples de couleur sont moins chères à produireJapanese Architecture and Art Net Users System, la technique des aizuri-e est particulièrement populaire pour les uchiwa-e.

Dans le passé, certains historiens de l'art ont théorisé que les aizuri-e sont apparus à la suite d'une interdiction en 1841 par le gouvernement de l'utilisation de couleurs somptueuses dans les gravures nishiki-e (), estampes multicolores alors dominantes. L'existence d'un certain nombre d'exemples éminents antérieurs à l'interdiction suggère cependant que les aizuri-e ne sont pas simplement apparus comme alternative aux images polychromes. Tandis que l'usage le plus ancien de cette technique est une gravure d'Eisen datant de 1829, Sadahide, Hokusai10 des gravures originales des Trente-six vues du mont Fuji (1826-1833) ont été produites en aizuri-e (Harris 2010, 106)., HiroshigeVoir la gravure uchiwa-e « Pleine Lune sur l'île Tsukuda » () de la série 69 étapes du Kisokaido de 1852., Toyokuni IIVoir « Beauté tenant une pipe » de la série 5 beautés modernes ca. 1830. et Kunisada en ont tous produit de notables exemples.

La popularité croissante des aizuri-e est directement liée à l'importation en 1829 du premier colorant de synthèse au Japon. Appelé en occident bleu de Prusse, le bleu de Berlin ou bero () comme il en est venu à âtre appelé, a efficacement contesté l'indigo naturel comme fondement essentiel de lukiyo-e en raison de son prix inférieur et de la diminution de la sensibilité à la décoloration par l'exposition à la lumière. Un critique a décrit les aizuri-e comme ayant « révolutionné l'estampe de paysage ».

Bokashi Étant donné le manque de contraste de couleur dans les aizuri-e monochromes, les artistes de la fin de l'époque d'Edo commencent à expérimenter des techniques pour augmenter la complexité de l'image. C'est ainsi que se développe le bokashi, technique d'impression qui permet la reproduction et le mélange de différents tons de couleur sur une image unique. Ce résultat est obtenu grâce à des applications soigneusement graduées de mélanges d'eau et de pigments sur la gravure sur bois avec un pinceau hakeHarris 2010, . Le résultat est une impression d'une seule couleur caractérisée par l'ombrage et la tonalité. Il est pratiqué le plus efficacement dans le rendu du ciel et de l'eauFaulkner 1991, . Tandis que les aizuri-e eux-mêmes sont peu coûteux à imprimer, les bokashi le sont. Ils se rencontrent donc généralement dans les gravures formelles et moins souvent dans les supports moins chers tels que les uchiwa-eSalter 2006, . Kunisada a toutefois utilisé la technique dans cette impression sur éventail, plus particulièrement dans les régions de nuages et du sol où la valeur du pigment bleu s'approfondit du bleu très pâle à l'opacité presque noire. vignette|Détail des deux personnages

Utagawa Kunisada Biographie Utagawa Kunisada (歌川国貞) naît en 1786 dans le district Honjō d'Edo (moderne Tokyo) au sein d'une riche famille de propriétaires de services de traversierMarks 2010, . Il commence son apprentissage en 1807 auprès de Toyokuni I, chef de la prestigieuse école Utagawa et prend le nom d'artiste Kunisada afin d'y inclure le second caractère ( - kuni) du nom de son mentorJesse 2012, . En 1844, Kunisada succède à son maître sous le nom Toyokuni III ()Harris 2010, Du jour de son accession au nom Toyokuni en 1844, Kunisada a toujours signé ses œuvres « Toyokuni II », indiquant par là son refus d'accepter la légitimité de son prédécesseur immédiat, Toyokuni II. Il est cependant toujours dénommé Toyokuni III (Marks 2010, )..

Kunisada se fait un nom en tant qu'illustrateur de livres en 1807 avec la série « Douze heures des courtisanes » (Keisei jūnitoki). Les illustrations de livres kuchi-e sont essentielles au succès des livres sharebon et kibyōshi alors populaires et Kunisada y trouve bientôt un marché lucratif en raison de son talent et de son ambition. Sa position au sein de l'école Utagawa lui donne accès à une formation auprès des meilleurs maîtres et lui permet de nouer des liens avec les éditeurs, les acteurs, les théâtres et les associations de poète ce qui en conséquence lui amène de nombreuses commandes. Au début des années 1810 il ouvre son propre studio et la demande pour ses illustrations dépasse celle de son maître. Il se dit que son grand succès est également lié à son « attitude conviviale et équilibrée et [au fait qu'] il livre ses commandes en temps et en heure ».

Kunisada était « sans aucun doute... le graveur d'estampe le plus prolifique et connaissant le plus de réussite de tous les temps ». Il était incroyablement prodigieux et a créé entre 35 et 40 mille dessins pour gravures ukiyo-e au cours de sa vie. Son atelier était plus grand qu'aucun autre graveur d'estampes et il possédait une « écurie » de plusieurs dizaines d'élèvesLe succès commercial et le sens aigu des affaires de Kunisada est attesté par le faste de sa propriété : « Une rare image d'une maison d'artiste se trouve dans un livre sur le tremblement de terre Ansei d'Edo de 1855, montre la grande maison de Kunisada avec un bâtiment d'entreposage adjacent mais elle ne peut être considérée comme modèle pour tous les artistes en raison de succès sans précédent de Kunisada » (Marks 2010, 25). Comme indication supplémentaire de son succès sans précédent, quand il est mort en 1865 après avoir dirigé l'école Utagawa pendant environ 40 ans, il a fait l'objet de quatre portraits commémoratifs shini-e distincts . Il est enterré dans l'enceinte du Banshōin Kōunji dans l'actuel arrondissement de Nakano à Tokyo, aux côtés de Toyokuni I (1769–1825) et Kunisada II (1823–1880).

Noms Comme nombre d'artistes de l'époque d'Edo, Kunisada est associé à plusieurs noms tout au long de sa vie..

Noms personnels

Noms d'artiste

Œuvres Bien que Kunisada a dessiné beaucoup d'images de surimono et d'éventails, la plupart de ses œuvres sont au format ōbanUn parmi plusieurs formats d'impression standard, mesurant environ .. Il a également peint plus de soixante tableaux.

Compte tenu de sa production incroyable, il n'est pas surprenant que Kunisada a été actif dans différents genres dont le kabuki-e et le yakusha-e (images d'acteurs kabuki), le bijin-ga (images de beautés), le yūrei-zu (images de fantômes), le sumō-e (images de lutteurs de sumo), le shunga (images érotiques), le musha-e (gravures de guerriers) et luchiwa-e. Il est crédité de la popularisation du Genji-e, genre d'impressions associées au roman Le Dit du Genji du , avec sa série de livres parus de 1829 à 1842, Nise Murasaki inaka Genji (« Un Genji de la campagne par un faux Murasaki »)Marks 2010, 25. En 1808, il commence à créer des yakusha-e qui constituent bientôt le pilier de sa production, ce qui représente 60 à 70 % de son œuvre au total. Il est si prolifique qu'il en vient à être surnommé « Kunisada, le portraitiste des acteurs » (yakusha-e no Kunisada)”.

Les images de la nature (kachō-e/ ) et les paysages (fūkei-e/ ) sont deux genres populaires sous-représentés dans l'œuvre de Kunisada. Il a rarement conçu des paysages purs mais a commencé dans les années 1820 ou 1830 à incorporer des éléments de paysage dans des gravures représentant des belles femmes et des acteursMarks (2010, ) date le recours aux paysages dans les années 1830 tandis que Faulkner (1991, ) fait valoir qu'il « a suivi la vogue du paysage, y compris dans ses peintures » dans les années 1820. Éventail avec deux danseurs bugaku avec son arrière-plan paysager dénudé, est un exemple de ce type de pièce.

Renommée Malgré son succès en son temps, Kunisada n'était pas hautement considéré en Occident jusqu'à tout récemmentThe Lavenberg Collection of Japanese Prints. Les critiques contemporains considèrent que Kunisada a été « un créateur de tendances... en phase avec les goûts de la société urbaine », lui attribuent un style « plus humanisé » que ses contemporainsFaulkner 1991, et le créditent d'avoir apporté un sens du réalisme à lukiyo-e, en particulier dans sa description de la forme féminineCalza 2003, .

Beaucoup affirment cependant, que la qualité des œuvres ultérieures de Kunisada s'est dégradée par une utilisation « voyante et ostentatoire » de la couleurHarris 2010, et « a perdu... élégance dans la représentation de la forme humaine »Faulkner 1991, . Rupert Faulkner, spécialiste de l'ukiyo-e, est particulièrement virulent, affirmant que l’œuvre de Kunisada « est devenue sensiblement plus grossière et quelque peu maladroite, se révélant une caricature de bas étage et criarde d'expressions faciales et de poses grotesques exagérées »1991, . Il a été suggéré que sa production a généralement souffert « en raison de la surproduction et de l'abaissement des normes artistiques »Munsterberg 1998, ainsi que de possibles problèmes de santé mentale ou physique qui ont conduit Kunisada à devenir un quasi-reclus à partir de 1847. Comme le note l'historien de l'art J. Hillier, « La carrière de Kunisada raconte la tragédie de la chute de lukiyo-e. Avec un talent évident et une formidable verve, ses premières gravures ont des qualités qui l'associent à la période d'or de l'école mais la grande majorité de ses estampes est hâtivement conçue, sur-colorée et mal imprimée »Hillier 1991, .

Impression sur éventail Image