Georges Peignot (Paris, - Givenchy-en-Gohelle, ) est un créateur de caractères, un fondeur de caractères et le gérant de la Fonderie G. Peignot & Fils jusqu’à sa mort au front, en 1915.
Père de quatre enfants (dont Charles Peignot et la poétesse Colette Peignot, dite Laure), il est, en 17 ans d’exercice, à l'origine de prestigieuses polices de caractères, dont le Grasset, le Cochin et le Garamond-Peignot, et il a hissé la Fonderie G. Peignot & Fils parmi les entreprises françaises de typographie les plus marquantes du .
Biographie Né en 1872, Georges Peignot est le quatrième enfant d’une fratrie de huit. Son père, Gustave Peignot, ingénieur des Arts et métiersEn octobre 1855, Gustave Peignot, boursier du Département, est reçu aux Arts et Métiers de Châlons. Cf. ., est à la tête d’une fonderie de blancs typographiquesLes blancs typographiques sont des éléments de plomb sans relief de taille supérieure ou égale à celle des caractères qu’ils accompagnent et qui couvrent tous les espaces non imprimés de la page (entre les mots, entre les lignes, sur les marges, etc.)., créée en 1842 par Pierre LeclercPierre Leclerc, créateur d’un atelier de blancs et de mécanique, meurt en 1856. Sa femme fait appel à son amie Clémentine qui dirige l’atelier avec le contremaître Genty. meurt en 1860, son fils Amédée en 1865. Cf. . Voir également le « Portrait original de M. Leclerc » dans le Fonds Peignot, bibliothèque Forney, B6/D1..
La fonderie avait été achetée à crédit au total, adjugée le juin 1865, dont payé immédiatement : issu de la dot de Marie, apportés par Clémentine et apportés par Gustave ; le reste () prêté par veuve Routier ; elle s’associe le 6 juin 1865. Cf. . en 1865 et avait été dirigée par sa mère, Clémentine Dupont de Vieux Pont (1815-1897)Les Peignot. Arbre généalogique Dupont de Vieux Pont. Cf. bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B6/D., veuve de Laurent Peignot. La bailleresse s’était associée aux Peignot sous le nom Veuve Routier & Peignot, qui était devenu G. Peignot, société en nom propre en 1875 quand le prêt fut remboursé et la mère partie à la retraiteEn 1875, le prêt Routier est remboursé, et la Fonderie est rebaptisée G. Peignot. Clémentine part à la retraite à Fontainebleau. Gustave, ingénieur, crée des machines pour la fabrication des blancs. Cf. ..
alt=Caractères d'imprimerie au plomb, composteur et composition|thumb|La composition typographique au plomb. Georges Peignot commence par fréquenter sans succès le collège Chaptal, avant de suivre un apprentissage chez son parrain, Émile Faconnet, maître taille-doucier où se révèlent ses dons pour les arts graphiques. Faconnet, graveur, est l'ami des parents de Marie Laporte-Peignot (épouse de Gustave Peignot) et le futur parrain de Georges. Un Portrait de Marie-Zélie Laporte jeune fille, a été réalisé par Auguste Renoir ; il est accroché au musée de Limoges, fief de Renoir.. En 1890, il est admis aux Arts décoratifs. En 1891, il part à Leipzig pour y apprendre, dans la fonderie de caractères Schwieger, la gravure de poinçons sur acier non trempé. Il y découvre le monde des caractères d’imprimerie.
En 1892, il est à Hambourg dans la fonderie de caractères Gentzsch« Avant le front » ; carte de Hermann Genzsch à Georges Peignot, 1915 (?) et lettre de Charles Peignot à M. Genzsch, 1926 (bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B2/D8). où, avec le fils de la maison du même âge, il fait le tour des services et des ateliers. Il continue à se passionner pour les caractères et passe comme à Leipzig tous ses temps libres à feuilleter les spécimens internationaux.
De retour en France en 1893, Georges Peignot fait deux ans et demi de service militaire, et sort adjudant, grade le plus élevé pour ceux qui n’ont pas le baccalauréat. En 1896, il épouse Suzanne Chardon (1876-1962), fille d’un imprimeur taille-doucier, chargé des impressions de la Chalcographie du LouvreLes ateliers de Charles Chardon se voient encore au 10, rue de l’Abbaye (cour)..
Ils ont quatre enfants : Charles (1897-1983), Madeleine (1899-1944), Geneviève (1900-1993) et Colette (1903-1938).
Entré à la fonderie en 1896, Georges Peignot est chargé par son père de la gestion des fonds de caractères récemment acquis (fonderies Cochard & David et Longien) et, éventuellement, de la création de nouvelles polices. En 1898, son père, souffrant, réunit ses enfants ; il transforme la société en nom propre en une commandite familiale au nom de G. Peignot & FilsActes notariés du 6 novembre 1898 (bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B6/D). Cf. également « Planche XXXI. — Contrat entre Gustave et ses deux aînés, Robert et Georges » (). Sur injonction de la mère de Georges Peignot, un second contrat inclura le gendre et concurrent, Charles Tuleu, et remplacera l’original (bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B1/D1, B1/D2). et il leur distribue les parts. Il a le temps de nommer Georges co-gérant avant de décéder l’année suivante.
En 1899, Georges Peignot devient seul gérant de l’entreprise. Les membres du Conseil sont Robert Peignot, ingénieur, fils aîné, chargé de la fabrication, Georges Peignot, et enfin Charles Tuleu, propriétaire de la fonderie Deberny et époux de Jane Peignot, la fille aînée. À l’assemblée du , Paul Payet, haut cadre des chemins de fer, époux de Julia Peignot, la seconde fille et conseil de la veuve Peignot, devient membre du Conseil sur instruction de la veuve.
Grasset (1898)
alt= Police d'écriture Grasset, créée par Eugène Grasset sur la demande de Georges Peignot|thumb|Grasset italique (1898). En 1897, Georges Peignot, jeune industriel âgé de 25 ans, rencontre Eugène Grasset, déjà célèbre dans le monde de l’Art nouveau (pour son mobilier, ses affiches, ses timbres, les titres et maquettes de livres, les textiles imprimés et papiers peints, etc.). Or Grasset a librement adapté au calame l’alphabet romain de Nicolas Jenson (1471), avec l'intention de s'en servir pour imprimer son livre, Méthode de composition ornementale, traité qui reprend les cours qu’il donne à l’école Guérin. Avec l’accord de son père, Georges Peignot acquiert l’alphabet de Grasset, le dépose officiellement le sous le nom de « Grasset » et en confie la gravure à Henri Parmentier, graveur de l’usine. Pour permettre des compositions harmonieuses, il décide d’offrir treize corps de ce même caractère et (Thibaudeau).
À l’automne 1898 sort, imprimé en Grasset, Les Aventures merveilleuses de Huon de Bordeaux, chanson de geste (car le Moyen Âge est l’époque favorite de l’Art nouveau). Le monde de la typographie est alerté et paraît favorable. En 1900, sept corps seulement sont gravés ; les demandes affluent et il faut commercialiser. Georges Peignot et Francis Thibaudeau. Co-auteur du Spécimen et des nombreuses plaquettes de présentation des caractères Peignot, Francis Thibaudeau écrit plusieurs livres sur la typographie pendant les années 1920 et invente une classification réputée des familles de caractères d’imprimerie., maître typographe de grande qualité qu’il vient d’engager, créent une petite plaquette d’un discret mais très bon goût. À l’envoi des plaquettes correspond un afflux de commandes (auquel contribuent les premiers caractères Auriol, cf. ci-dessous). Parallèlement, les éloges de la presse spécialisée et des connaisseurs d’art déferlent. Dans les cours d’immeubles du boulevard de Montrouge (plus tard rebaptisé en Edgar-Quinet) où ils sont installés depuis 34 ans, les ateliers Peignot sont brusquement engorgésAux numéros 66, 68, 70 et 72 du boulevard Edgar-Quinet, les ateliers construits au rez-de-chaussée et dans les cours ont été détruits. Mais les premiers portent encore le monogramme PL (Peignot-Laporte) dans la porte !. vignette|Monogramme P et L (pour Gustave Peignot et Marie Laporte) visible dans l'imposte de la porte d'entrée de l'immeuble nº68 du boulevard Edgar-Quinet, immeuble où est né Georges Peignot Le succès vaut à Georges Peignot, à 29 ans, la reconnaissance de ses pairs : il devient trésorier de la Chambre syndicalePrès de 200 documents photocopiés, notamment de la revue syndicale mentionnant Georges, sont consignés à la bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B13. Cf. également .. On le copie également : en , il doit faire saisir des caractères à la fonderie Renault. Le procès en contrefaçon est perdu en 1905 et l’entreprise G. Peignot & Fils condamnée aux dépens pour avoir… accusé la fonderie Renault d’avoir copié Gryphe, éditeur lyonnais du , amateur du Jenson, dont l’œuvre appartient à tous et peut donc être copiée. Les juges parce que gros lecteurs croient connaître la typographie mais ils l’ignorent et condamnent G. Peignot & Fils sans égard pour le tracé particulier du calame et les autres qualités spécifiques du Grasset.
L’accroissement très important des fabrications dû au succès des nouveaux caractères (Grasset, Auriol) ne peut bientôt plus être traité dans les anciens locaux de la veuve Routier. En 1902, la Fonderie achète un terrain au coin des rues Cabanis et Ferrus ( arrondissement) et demande à l’architecte Paul Friesé d’y construire sa nouvelle usine dont les surfaces sont minutieusement étudiéesDécompte construction et plans des bâtiments, bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B4/D3. L'opération donne lieu à une manœuvre financière de Marie Laporte-Peignot, la propre mère de Georges Peignot : elle achète les terrains, fait construire, loue et… revend à ses enfants (regroupés dans G. Peignot & Fils) par un accord spécial de l’assemblée du 12 mars 1913. Bibliothèque Forney, Fonds Peignot, B4/D1, B4/D2, B4/D3, B4/D4, B4/D5.. Parallèlement, deux des frères de Georges Peignot, Robert (ingénieur des Arts et métiers) et Lucien (ingénieur de l’École centrale), voguent vers les États-Unis où ils savent trouver les fondeuses automatiques les plus modernes, (bibliothèque Forney, Fonds Peignot).. La nouvelle usine ouvre en 1904, rue Cabanis.
Auriol et autres fontes (1902) alt=Police d'écriture Auriol italique, gravée par Georges Auriol à la demande de Georges Peignot|thumb|Auriol italique (1904) En 1898, Georges Peignot commande à George Auriol (de son vrai nom Georges Huyot), un chansonnier-poète-peintre très doué en calligraphie, un caractère de style Art nouveauConçus dans l'air du temps, les caractères Auriol sont pourtant décriés par la famille. Ils apporteront encore une clientèle alors que le Grasset s'essoufflera. Cf. .. En 1899, Auriol propose la Française Légère que Georges Peignot dépose le et dont il lance la gravure malgré l’opposition de sa famille. En 1902, l’alphabet complet est disponible dans cinq corps ; le succès est au rendez-vous, mais la carrière du nouveau caractère ne sera pas aussi productive que celle du Grasset : ce caractère de fantaisie, contrairement aux caractères de labeur comme le Didot ou le Garamond, est destiné aux textes courts, qu’il s’agisse de publicité, de sous-titres, etc. ; pour un fondeur donc, qui dit fantaisie dit peu d’usure du plomb, donc peu de renouvellement des caractères.
Les années qui suivent continuent dans la fantaisie : Georges Peignot lance l’Auriol Labeur (1904), la Française Allongée (1905), l’Auriol Champlevé (1906), la série des huit Robur (noir, pâle, tigré, clair-de-lune, etc., 1907). On comprend le risque qu’a pris Georges Peignot avec ces caractères « fantaisie » : en ne respectant pas la structure classique de la lettre (immuable depuis le ), il risquait que ses clients clients ne sacrifient la lisibilité à la beauté du caractère Auriol, très Art nouveau. En revanche, pour les caractères de labeur, avec lesquels on risque l’ennui, Georges Peignot préconise une « typographie », ce qui veut dire qu’un caractère de labeur doit être proposé en de nombreux corps avec son italique, ses vignettes et ses ornements. Il veut égayer la lecture !