vignette|upright=2|Processus de pollution environnementale par les pesticides.
La dérive des pesticides est l'ensemble des phénomènes qui accompagnent l'application des produits phytosanitaires et qui contribuent à ce qu'une part variable de ces derniers se perd dans l'air puis se disperse dans l'environnement sans jamais atteindre les plantes ciblées. Le phénomène principal est la « dérive de pulvérisation » dans lequel une partie du produit est directement emportée hors de la zone ciblée (fossé ou cours d'eau éventuellement) ou la quitte avant d'atteindre le sol (pour alors à nouveau polluer l'air, les nuages, pluies, brumes et rosées, éventuellement jusqu'à grande distance). De manière connexe, un phénomène de déperdition et migration dans le sol et, pour les pesticides solubles dans l'eau, de dérive dans les cours d'eau et/ou nappe intervient souvent également, les produits étant entraînés par les eaux de ruissellement notamment. La prévention repose sur la réduction des quantités pulvérisées, l'abandon des substances les plus volatiles et solubles dans l'eau, et le recours à des alternatives moins dangereuses ou biologiques. Cette des pesticides et de leurs produits de décomposition dans l'air est connue depuis les années 1960, mais des études récentes montrent qu'on l'a très sous-estimée, de même que ses enjeux sanitaires, environnementaux et réglementaires. insuffisamment pris en compte et de coexistence entre agricultures biologique et agriculture avec pesticides. En 2026, les scientifiques appellent à moderniser les modèles de dynamique des pesticides dans l'air, à renforcer la surveillance de l’air, et à réviser la réglementation pour mieux intégrer l’ampleur spatio‑temporelle et la complexité de la distribution des pesticides dans l’atmosphère.
Histoire Les disséminations à longue distance sont connues, au moins depuis la fin des années 1960, avec par exemple aux USA deux études pluriannuelles à l'échelle nationale fin des années 1960, qui ont analysé et trouvé dans l'air une grande variété de pesticides alors utilisés. Une autre étude à grande date de 1990-91 (mais limitée au centre-ouest et au nord-est du pays et n'ayant concerné que deux classes d'herbicides dans les dépôts humides. La plupart des pesticides analysés ont été détectés dans l'air ou dans la pluie, et représentent environ 25% du nombre total d'insecticides, d'herbicides et de fongicides en utilisation actuelleMajewski, M.S., and Capel, P.D., 1995, Pesticides in the atmosphere; distribution, trends, and governing factors: U.S. Geological Survey Open-File Report 94-506, xiii, 191 p. :ill., maps ;28 cm., https://doi.org/10.3133/ofr94506. ISSN: 2331-1258 (en ligne) |consulté le=2026-07-29, grâce à des analyses de l'air et/ou par des études révélant dans le sol des pesticides n'ayant jamais été utilisés in situ ni à proximité. On a par exemple trouvé en Europe 30 pesticides loin de l'endroit où ils avaient été pulvérisés.
Dans les années 2020, la qualité des données sur la contamination environnementale par les pesticides s’est améliorée, grâce aux progrès des méthodes d’échantillonnage, de la modélisation et des analyses large spectre (qui incluent tout ou partie des produits de transformation, parfois plus toxiques que la molécule mère). Les synergies entre molécules sont encore méconnues, mais l'information sur les quantités appliquées, les pratiques agricoles, la météo, les propriétés des substances a progressé. Ceci débouche sur une compréhension plus fine des dérives et du devenir des pesticides dans l'environnement, et de leurs transferts entre compartiments. L'ANSES publie en 2020 ses premières interprétations des résultats de la Campagne française exploratoire des pesticides (CNEP) dans l’air ambiant.
En 2020, deux ONG allemandes (Bündnis für eine enkeltaugliche Landwirtschaft et Umweltinstitut München) ont dosé les pesticides dans l'air, et y ont retrouvé 138 d'entre eux dans 163 sites répartis sur toute l'Allemagne (jusqu'au cœur d'aires protégées, dans les centres des villes ou au dessus de champs en agriculture biologique. Et 30 % de ces substances aéroportées n'étaient pas ou plus autorisées dans le pays (dont le DDT interdit depuis des décennies en Europe). . Ceci réfute l'affirmation selon laquelle le glyphosate ne se répand pas par voie aérienne – le glyphosate et ses sels étaient en effet considérés comme non volatiles, ce qui explique que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ait jusqu'ici écarté la possibilité de leur dissémination sur de longues distances. Une autre étude (2020) a mesuré sur 12 mois les taux de pesticides atmosphériques sur 50 points à travers la France. Du glyphosate était présent dans 80 % des cas, confirmant une large dispersion aérienne. Comme pour les microplastiques, des pesticides sont retrouvés presque partout sur la planète. .
En 2025, une étude a trouvé dans des gouttelettes d'eau échantillonnées dans des nuage au sommet du puy de Dôme, à plusieurs saisons, de 2023 à 2024, 32 pesticides (dont plusieurs étaient interdits en Europe depuis plus de 10 ans). Dans un tiers des cas environ, la concentration totale de pesticides dans l'eau de ces nuages dépassait le seuil réglementaires pour l'eau potable en France et en Europe. Les auteurs ont évalué la quantité totale de pesticides présente dans les nuages bas et moyens de France hexagonale comprise entre 6 et 139 tonnes.
Dans The Conversation, en 2026, une équipe de chercheurs français confirme que, loin de disparaître rapidement après l'épandage, une part importante des pesticides rejoint l'atmosphère sous forme de gaz, de gouttelettes ou de particules, et qu'une part de ces molécules peut voyager sur des milliers de kilomètres. Fixées sur des poussières ou des aérosols, elles se dégradent plus lentement que prévu par les modèles, et elles voyagent donc potentiellement plus loin (jusqu'à 132 fois moins vite que dans les modèles ne considérant que la phase gazeuse du pesticide). Cette atmosphérique, longtemps sous‑estimée, permet aux pesticides de persister, de se transformer et de se déposer très loin de leur zone d'émission. Cette source de pollution parfois transfrontalière. expose potentiellement des populations éloignées des zones d'épandage agricole et qui ignorent être exposées ; un problème qui est encore en 2026 selon Boulos Samia et al. (2026) sur la qualité de l'air.
Le phénomène de dérive ou de dispersion atmosphérique, et ses causes Selon l'« Atlas des pesticides 2023 » : Johanna Bär, Ulricke Bickel, Silke Bollmohr, Larissa Mies Bombardi, Clara Bourgin, Wolfgang Bödeker, Carsten Brühl, Helmut Butscher-Schaden, Henrike von der Decken, Dave Goulson, Susan Haffmans, Johannes Heimrath, Carla Hoinkes, Heike Holdinghausen, Dominic Lemken, Layla Liebetrau, Martha Mertens, Moritz Nabel, Andre Prescher, Ilang-Ilang Quijano, Anna Satzger, Achim Spiller, Lisa Tostado, Katrin Wenz, Johann Zaller, Anke Zühlsdorf (2023) L'Atlas des pesticides 2023 Faits et chiffres sur les substances chimiques toxiques dans l'agriculture 2023 ; Heinrich-Böll-Stiftung, Berlin, Germany - Friends of the Earth Europe, Brussels, Belgium - Bund für Umwelt und Naturschutz, Berlin, Germany - PAN Europe, Brussels, Belgium ; Traduction : Agnès El Kaim |url=https://solagro.org/medias/publications/f133_atlas-des-pesticides.pdf .
Plusieurs facteurs déterminent ou modulent la dérive : ils sont environnementaux (comme les conditions météorologiques : vent, pluie, température, humidité relative, etc.) et/ou technique (réglage du matériel de pulvérisation, nature de la substance active qui peut être sujette à un séchage ou une cristallisation trop rapide [dans l'air, avant d'être « collé » à la feuille ou au sol et/ou à une ou plusieurs volatilisation(s) ultérieure(s)].
Une étude récente (2024) basée sur l'analyse d'échantillonneurs passifs (des bracelets en silicone adsorbant), capables d'enregistrer des profils d'exposition aux pesticides gazeux et particulaires (et à certains de leur métabolites), hautement individualisés montre que la contamination de l'air extérieur et intérieur, et celle des agriculteurs et riverains par les dérives, envols et évaporation de pesticides ont été sous-estimées.
Une autre méthode en 2009 a associé une approche chromatographie en phase liquide à haute performance avec détection UV (HPLC‑UV) et un test bioluminescent (Microtox®) pour identifier, doser et évaluer la toxicité spécifique (EC50 ou « Effective Concentration 50 » qui désigne la concentration d'une substance qui provoque 50 % d'un effet mesuré ; par exemple, 50 % d'inhibition de la bioluminescence chez Vibrio fischeri dans le test Microtox). Elle a confirmé une grande variabilité de composés ainsi qu'une toxicité globale mesurable dans les échantillons atmosphériques et de pluie, permettant même d'évaluer la part (contribution relative) de chaque pesticide dans la charge toxique totale de l'atmosphère de Paris bien que loin des premiers champs cultivés..
Les progrès de la chimie de l'atmosphère permettent de mieux comprendre comment certains pesticides une fois sublimés ou passés en phase vapeur dans l'air peuvent ensuite s'adsorber sur des particules aréoportées, en fonction, principalement, de deux de leurs propriétés (qui expliquent presque la moitié des variations observées) : leur affinité avec l'air (KOA) ; leur pression de vapeur (PL). Des études récentes montrent que les ancien modèle d'équilibre figé et de calcul n'étaient adaptés à la compréhension de ce phénomène, et qu'il vaut mieux pour cela utiliser un modèle plus dynamique d'« équation d'état » (formule mathématique reliant entre elles les grandeurs physiques d'un matériau — en général pression, volume et température — pour décrire comment il se comporte. Elle sert à prédire comment une substance (gaz, liquide, solide, plasma) réagit quand on la chauffe, comprimes, dilate, etc.)..
Effets sanitaires la dérive des pesticides a des conséquences sur au moins trois plans. : ) économique (moindre efficacité des traitements, perte de produit et donc gaspillage d'argent) ; ) environnemental, avec notamment une pollution accrue de l'environnement et en particulier de l'eau, de l'air (selon une étude récente (2024) ayant mesuré l'exposition individuelle aux pesticides particulaires et gazeux à l'extérieur et dans l'air intérieur en zones d'agriculture intensive : ) et des sols, avec des effets écotoxicologiques induits, directs et indirects) ; et des sols, avec des effets écotoxicologiques induits, directs et indirects) ; ) santé publique.
Types de dérives, modélisations Toutes choses égales par ailleurs, la dérive est fortement liée au mode de pulvérisation (taille des gouttes, puissance du jet qui déterminent la plus ou moins grande légèreté de la brumisation de pesticide) et à la distance entre le pulvérisateur et le sol (le cas extrême étant celui de l'avion). Dans le cas de pulvérisation en ultra-bas volume (UBV), l'entraînement par le vent apporte une aide efficace à la diffusion des gouttelettes sur une vaste zone.
Himel en 1974 distingue l'« exodérive » (le transfert de pulvérisation hors de la zone cible) de l'« endodérive » où la substance active contenue dans les gouttelettes tombe dans la zone cible, mais sans atteindre sa cible biologique. L'endodérive est plus importante sur le plan volumétrique, et donc source d'une plus grande contamination de l'environnement (par exemple, réenvol de poussières contaminées, pollution des eaux souterraines).
La dispersion des pesticides fait l'objet de modélisations d'envols et de distribution spatio-temporelle de leurs retombées, de plus en plus précises. Elles permettent notamment, dans le domaine de la santé environnementale, d'évaluer l'exposition des écosystèmes et des populations situées sous le vent des engins d'épandage actifs sur les sites d'application.