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Les comblements de Nantes sont des opérations d'aménagement urbain menées de 1926 à 1946 dans le centre-ville de Nantes, dans le département français de la Loire-Atlantique en région Pays de la Loire.
Ils ont principalement abouti à la suppression des deux bras de la Loire les plus au Nord et au détournement d'un affluent du fleuve, l'Erdre, dont le cours et l'embouchure ont été déplacés vers l'est, la rivière se jetant depuis dans le canal Saint-Félix aménagé à cette occasion, via un tunnel. Les surfaces ainsi gagnées sur le fleuve ont permis la création des cours des 50-Otages, John-Kennedy, Franklin-Roosevelt, Commandant-d'Estienne-d'Orves ainsi que du « terre-plein de l'île Gloriette ». Ces travaux et les aménagements qui ont suivi ont marqué l'urbanisme de la ville jusqu'au .
Histoire Contexte Le port de Nantes vignette|Plan de la ville de Nantes en 1756, par Cacault, détail du centre-ville.
Nantes doit beaucoup au fleuve qui la traverse. Située à une cinquantaine de kilomètres de la côte, la ville s'est formée en tant que carrefour fluvial et terrestre, et s'est développée grâce à la prospérité du commerce maritime, devenu l'activité principale au , les navires nantais remontant l'estuaire de la Loire. Le négoce nantais a connu, au , une période de forte expansion avec le développement du commerce colonial, notamment de celui des esclaves. ...
Au fil du temps, l'activité portuaire s'est déplacée vers l'ouest (donc vers l'aval) et le sud (les îles qui donneront plus tard naissance à l'île de Nantes).. Le quai de la Fosse est allongé au , atteignant le niveau de la place du Sanitat en 1680. L'accroissement et l'enrichissement de la ville au ont amené l'aménagement de quais le long des bras de la Loire autour de l'île Feydeau (1750-1770), ainsi que la canalisation de l'Erdre (vers 1770), tandis que dans le prolongement du quai de la Fosse, les quais de Chézine et d'Aiguillon sont créés à partir de 1761. Au , la ville utilise des avant-ports (Paimbœuf, Le Pellerin) et fait creuser le canal de la Martinière. De 1902 à 1922, de nouveaux quais sont aménagés à l'aval de Chantenay-sur-Loire et sur la partie est de l'actuelle île de Nantes. La ville a réussi a éviter de perdre son activité portuaire face à l'essor de Saint-Nazaire depuis 1856, mais cette volonté conduit à l'abandon du centre-ville comme pôle principal et même au sacrifice de celui-ci pour permettre la viabilité du nouveau port..
Les premiers terrains gagnés sur le fleuve
Au début du , la recherche de terrains pour la spéculation immobilière conduit à l'aménagement de l'île Feydeau, sur un remblai gagné sur la Loire, à partir d'un banc de sable prolongeant l'île de la Saulzaie. Les bords des cours d'eau sont dès lors, malgré des difficultés techniques, sujets à convoitise.. L'embouchure de la Chézine, qui se jette au niveau de la rue Michel-Le-Lou-du-Breil, est canalisée, puis enterrée, afin de libérer des espaces pour l'industrie. Les quais le long de la Loire et de l'Erdre sont élargis et aménagés dans les , sous l'impulsion de l'architecte Jean-Baptiste Ceineray..
L'île de Versailles, née de dépôts d'alluvions et consolidée au par saint Félix., est aménagée et viabilisée au début du avec des déblais extraits du creusement et de l'aménagement du canal de Nantes à Brest.. Mais le principal site de gain d'espaces sur les cours d'eau se trouve dans les îles de la Loire. En un siècle, entre 1770 et 1870, de vastes zones sont remblayées, et l'ensemble commence à former une grande île, parcourue de boires (bras mineurs de la Loire)...
Situation au début du vignette|Détail d'un plan de 1909, revu et corrigé en 1921.
Le comblement des boires des îles s'est poursuivi, donnant à l'ensemble un aspect se rapprochant de la future « île de Nantes » (les derniers comblements y ont eu lieu dans les années 1970).
Dans la région, la vallée de la Loire subit des inondations causées par les crues du fleuve, notamment en 1904 et 1910. Cette dernière est particulièrement importante, Nantes est fortement touchée et subit un profond ralentissement économique. Cet épisode marque les esprits, et les aménagements destinés à atténuer les crues de la Loire sont attendus avec impatience..
Devant l'augmentation croissante du tirant d'eau des navires marchands, les responsables de la ville sont confrontés au problème de l'ensablement chronique des fonds de la Loire, phénomène inéluctable étant donné son faible débit, le faible effet du courant des marées et la quantité de sable charriée par ses eaux vers l'aval. Des opérations de dragage sont menées ; l'abaissement du fond du fleuve entraîne l'augmentation de la vitesse du courant. Mais cela a pour effet de fragiliser les quais. En 1924, plusieurs incidents surviennent : en mai, le quai Magellan s'effondre, suivi par le pont de Pirmil et une cale de l'île Feydeau. Cela s'ajoute à la fragilité constatée des quais de la Bourse et Hoche. L'ingénieur Marcheix fait un constat alarmant, affirmant que les quais bougent progressivement vers la Loire, que leurs éléments en bois pourrissent et que le sable sous les constructions est progressivement emporté par les eaux ..
vignette|gauche|Enjambée par le pont sur l'Erdre, l'embouchure de la rivière sur la Loire en 1890.|alt=Pont métallique sur lequel circule un train à vapeur.
Autre facteur fragilisant, les vibrations de la ligne de chemin de fer conduisant vers Saint-Nazaire qui emprunte les quais depuis 1857. Lors de la Première Guerre mondiale, la voie est doublée, et les quais sont également utilisés pour le tramway..
Cette activité ferroviaire contrarie également la circulation automobile naissante : le tronçon de entre la gare de Nantes et celle de Chantenay compte à niveau, provoquant chacun 80 à par jour. L'éventualité d'un comblement des bras Nord de la Loire est accueillie par la municipalité comme une solution de désengorgement.
Les images de Nantes de l'époque montrent souvent des cours d'eau « remplis », mais la réalité est autre : l'abaissement du niveau de l'eau entraîne l'assèchement périodique de vastes zones, le bras de l'Hôpital est par exemple hors d'eau une bonne partie de l'année. Durant ces périodes, les émanations des dépôts de vase en décomposition incommodent les citadins. L'Erdre est également réputée pour les odeurs qu'elle dégage et la pollution qu'elle subit. L'eau en centre-ville est donc perçue comme un facteur d'insalubrité.
Après la phase du négoce florissant, c'est l'industrie qui dynamise la ville depuis le milieu du . Le fer de lance en est la construction navale. Mais le changement d'échelle de production a déplacé l'activité vers l'estuaire, du quai de la Fosse à Saint-Nazaire. Alors que l'activité portuaire est à son apogée, la fonction économique des cours d'eau autour de l'île Feydeau devient négligeable. Par contre, les acteurs économiques liés au port font en sorte que tout soit mis en œuvre pour maintenir la viabilité du site. Pour permettre aux navires de gros tonnages de fréquenter les chantiers navals et le port, des travaux importants sont menés, notamment le creusement du lit du fleuve, la suppression pure et simple de l'île Mabon, et la création de l'éphémère canal de la Martinière. Les sommes engagées dans ces opérations sont importantes, les moyens techniques mis en œuvre colossaux, mais les améliorations ne sont que passagères. C'est dans ce cadre que les comblements, bien que coûteux, sont envisagés..
Nantes, « Venise de l'Ouest »
La formule « Nantes, Venise de l'Ouest ». est surtout reprise après le début des comblements, magnifiant exagérément les caractéristiques de la ville avant les travaux. La ville compte en effet , principalement dans le centre-ville et dans « les îles », ce qui lui donne un certain charme., élément souvent repris, avec l'activité du port, dans des écrits, par exemple dès le sous la plume du cartographe Albert Jouvin de Rochefort (1640-1710) : ..
Projets Le premier projet envisageant de faire disparaître certaines des parties en eau date du . Une commission mise en place par le conseil municipal se prononce sur un « Projet pour l'assainissement et l'agrandissement de la ville de Nantes et la rectification du chemin de fer d'Orléans au moyen de la dérivation du canal de l'Erdre et de la suppression du bras Brancas » (le bras Brancas est un autre nom du bras de la Bourse). D'autres études sont menées en 1894 et 1914 .. Le projet le plus radical prévoit de ne conserver que le bras de Pirmil : s'il avait été retenu, Nantes n'aurait alors plus possédé d'île sur la Loire..
Dans le cadre de l'utilisation des fonds attribués au titre des réparations de guerre, conformément au traité de Versailles de 1919 et selon les termes du plan Dawes, les villes françaises peuvent bénéficier de grands travaux. En 1920, les services de l'État inscrivent dans ce cadre le comblement d'une partie des bras de la Loire à Nantes..
L'avant-projet déposé le , jugé trop onéreux par l'État, modifié pour se concentrer sur le comblement des bras Nord de la Loire, est finalement approuvé par le conseil municipal la même année.. Cependant, les services de l'État décident, le , de ne prendre en charge que les actions liées à la fragilisation des ponts et quais présentant un caractère d'urgence. Le conseil municipal, conduit par Paul Bellamy choisit de prendre à sa charge l'extension des travaux au détournement et au comblement partiel de l'Erdre, projet validé le ..
Réalisation Les travaux de comblement sont réalisés, entre 1926 et 1946, en plusieurs phases, certaines se déroulant dans les mêmes temps. Le rythme du chantier n'est pas régulier. Les travaux préparatoires destinés à permettre la continuité du trafic fluvial, dont la durée est parfois sous-estimée, provoquent des retards. Les crues entraînent des interruptions non prévues à l'origine du projet. Les matériaux utilisés pour remblayer, prélevés par dragage dans le fleuve, s'avèrent parfois inutilisables. Enfin, la coordination de l'ensemble des intervenants est quelquefois complexe, ce qui occasionne des ralentissements. Si la Deuxième Guerre mondiale ne met pas un terme au chantier, les bombardements de 1943 entraînent, eux, un arrêt prolongé.
Comblement du bras de la Bourse (1926-1928, puis 1938-1940) vignette|Schéma du comblement, sur la base d'un plan de 1930. Les travaux, qui concernent la partie Ouest du bras, entre la Bourse et le pont de l'Erdre (au niveau de l'actuelle allée Cassard) se déroulent à partir de 1926, dans la période des basses-eaux du fleuve, de mai à octobre.. Pour permettre la continuité de la navigation, un chenal est aménagé dans le bras de l'Hôpital. Puis un barrage de planches métalliques est placé entre la pointe de l'île Feydeau et le quai de la Bourse, et un mur de pierre est installé au niveau du pont d'Erdre.. Une machine de dragage, dite « refouleuse », extrait du sable et de la vase au fond du lit de la Loire, là où il a été décidé d'augmenter la profondeur, pour déposer le remblai dans le bras de la Bourse. Un système d'égout est installé, puis le bras est comblé et compacté sur la portion concernée. Après les tassements naturels, les terrains sont remis progressivement à la ville à partir de 1926, et l'opération est achevée le 1928 ; l'ensemble couvre . La partie orientale du bras est ensuite comblée à partir de 1938, après le détournement de l'Erdre par un tunnel vers le canal Saint Félix, opération officiellement achevée en ..
Rescindement de l'île Gloriette (1926-1929) vignette|Schéma du rescindement, sur la base d'un plan de 1930.