Étienne Colaud ou Collault est un enlumineur et libraire français, actif à Paris entre 1512 et 1541.
Plusieurs documents d'archives permettent de savoir qu'il est installé sur l'île de la Cité et qu'il appartient à une famille des métiers du livre. Il possède une clientèle prestigieuse composée de plusieurs grands seigneurs, de prélats et du roi de France lui-même. Grâce à un livre d'heures portant son nom, une vingtaine de manuscrits lui sont attribués d'après leur style. Il s'agit aussi bien de livres religieux, de traductions d'ouvrages latins ou italiens en français, de romans de chevalerie mais aussi d'ouvrages imprimés enluminés. Il est principalement influencé par un autre enlumineur parisien, Jean Pichore, mais ses œuvres montrent qu'il noue des liens avec presque tous les autres artistes parisiens du livre de son époque.
Il assure dans le même temps les fonctions de libraire, c'est-à-dire d'entrepreneur et donneur d'ordres dans la réalisation de manuscrits, de l'écriture à la reliure. Il délègue pour cela la peinture des miniatures à des collaborateurs ponctuels ou réguliers restés anonymes et pour cela désignés notamment sous plusieurs noms de convention : « exécutant principal des Statuts », « Maître d'Anne de Graville » ou « Maître des Puys de Rouen ». Son atelier, désigné sous le nom de « Groupe Colaud », est ainsi probablement à l'origine d'une vingtaine de manuscrits supplémentaires. On lui doit enfin la réalisation d'une quinzaine de manuscrits produits en série des Statuts de l'ordre de Saint-Michel, commandés par le roi .
Historiographie Le nom d'Étienne Colaud est repéré pour la première fois dans un document d'archives par Léon de Laborde dès 1850.. Il faut cependant attendre 1889 et Paul Durrieu pour lui attribuer un corpus d'œuvres : il s'agit de livrets des Statuts de l'ordre de Saint-Michel datés de la période de .. Durrieu poursuit son étude du sujet et identifie de nouveaux livrets en 1911.. Il constate cependant une grande hétérogénéité de style dans l'ensemble, ce qui lui fait penser que Colaud a dû assurer un rôle de libraire et non de seul enlumineur et que certaines miniatures ont dû être sous-traitées. Jules Guiffrey complète la biographie du personnage en exhumant de nouveaux documents des archives.. C'est seulement en 1997 que les historiens de l'art s'intéressent de nouveau à lui : l'Américaine Myra Orth lui attribue un nouveau manuscrit, le Panégyrique de François de René BombellesMusée Condé, Chantilly, Ms. 892. (attribution contestée depuis).. Une première étude universitaire, datée de 1999 et portant sur les livrets des Statuts de l'ordre, conclut à l'existence d'un « groupe Colaud », c'est-à-dire un groupe d'enlumineurs, auteurs des miniatures du corpus.. De nouvelles œuvres sont attribuées à l'atelier au cours des années 2000 et la thèse de Marie-Blanche Cousseau en 2009 permet de constituer un corpus plus complet et une distinction nette est alors effectuée entre la main du maître et celle de ses collaborateurs..
Éléments biographiques Traces dans les archives thumb|alt=Dessin en vue aérienne de l'île de la Cité avec ses rues, ponts et bâtiments.|Vue du quartier où habite l'enlumineur, détail du plan de Truschet et Hoyau, 1552. Plusieurs documents d'archives permettent de restituer une partie de la vie de l'enlumineur. La plus ancienne mention d'Étienne Colaud remonte à 1512, date à laquelle son nom se retrouve dans un livre d'heures. Il est donc déjà actif à cette date et sa date de naissance est située au plus tard à la fin du . Dans ce livre d'heures, il est indiqué qu'il habite alors rue de la Vieille-Draperie, près de la grande porte du palais de la Cité, devant l'église Saint-Pierre-des-Arcis, sur l'île de la Cité. Une quittance du , de , donne son nom pour la réalisation de manuscrits contenant les chapitres, statuts et ordonnances de l'ordre de Saint-Michel, probablement à destination des chevaliers qui ont récemment rejoint cet ordre. En 1528, un nouveau paiement indique la réalisation de livrets qu'il a écrits, enluminés, reliés et couverts. La rapidité d'exécution nécessaire pour ce travail fait penser qu'Étienne Colaud exerçait aussi le métier de libraire, faisant réaliser une partie de ces ouvrages en sous-traitance. Il dirige probablement la réalisation du livre, de sa copie, sa décoration, sa reliure et la fabrication de sa couverture, chaque étape étant assurée par un artisan différent. Il est néanmoins bien attesté comme enlumineur puisque le , il est payé par le chapitre Notre-Dame pour avoir peint des lettrines dorées dans quatre manuscrits récemment copiés. Il semble pour autant que son activité artistique baisse progressivement au profit de son activité d'entrepreneur dans le domaine du livre, beaucoup plus lucrative. Dans un contrat daté de 1540, pour lequel il assure un rôle de témoin, il est mentionné en tant que marchand..
Sa famille thumb|alt=Dans un cadre doré, David agenouillé reçoit la visite d'un ange au sein d'un paysage.|David pénitent, miniature attribuée à Martial Vaillant, gendre d'Étienne Colaud. Livre d'heures du Dauphin, , Bibliothèque nationale de France. Sa mort intervient probablement entre , date du dernier document qui atteste encore de sa vie et , date de l'inventaire de ses biens après décès. Cet acte notarié est extrêmement rare pour un enlumineur, signe qu'il a atteint un niveau de fortune non négligeable, possédant des terres dans les environs de Paris, notamment à Sceaux. Il est par ailleurs bien inséré dans le milieu du livre parisien par ses liens familiaux. Sa femme, Jeanne Patroullard, qui est probablement sa seconde épouse, décède en 1545, d'après la date de son testament. Son exécuteur testamentaire est Galliot du Pré, marchand libraire au palais de la Cité. Étienne Colaud a eu au moins quatre filles. La première, appelée Claude, épouse un parcheminier installé rue Saint-Jacques et sa quatrième, Marie, un enlumineur du nom de Martial Vaillant. Ce dernier, installé rue Neuve-Notre-Dame, assure en 1523 les fonctions de gouverneur de la confrérie de Saint-Jean-l'Évangéliste qui regroupe les métiers du livre. On lui attribue au moins un livre d'heures peint pour le dauphin, futur François IIBibliothèque nationale de France, Nouvelles Acquisitions Latines 104...
Sa clientèle Les documents d'archives mais aussi les œuvres qui lui sont attribuées permettent de se faire une idée de ses principaux clients et du succès de son entreprise. Le plus prestigieux est le roi , qui, outre les livrets des Statuts de l'ordre de Saint-Michel, lui commande probablement un évangéliaireBibliothèque nationale russe, Saint-Pétersbourg, ms. Lat. Q.v.I, 204. et un traité sur les souffrances de l'Italie. Un membre de son entourage, peut-être sa sœur Marguerite, commande un roman de chevalerie. Plusieurs membres de l'aristocratie font aussi partie de ses commanditaires : Guillaume de Montmorency ou son fils Anne, Marie d'Albret, comtesse de Nevers (mère de François de Nevers), Anne de Polignac, femme de Charles de Bueil qui le fait intervenir à trois reprises et peut-être Anne de Graville. C'est le cas aussi de prélats comme Philippe de Lévis ou François de Dinteville. Il travaille aussi pour des imprimeurs afin de décorer des exemplaires imprimés de prestige destinés à des grands, comme c'est le cas de Josse Bade, qui lui confie le décor d'un imprimé destiné au futur Charles Quint..
Style du peintre Caractéristiques thumb|alt=Dans un palais, un personnage sur un trône reçoit deux chevaliers entourés de 5 autres personnages.|Palamon et Arcita devant Thésée, Roman de Palamon et Arcita, . Le style des miniatures d'Étienne Colaud est défini à partir de la seule œuvre signée de sa main, le livre d'heures de 1512. Encore faut-il distinguer deux artistes au sein de cette œuvre : l'un d'entre eux, celui qui a réalisé quatre grandes miniatures, est considéré comme un membre de l'atelier de Jean Pichore ; l'autre, auteur de quinze autres grandes miniatures et des petites ainsi que probable maître d'œuvre du livre, est identifié comme Étienne Colaud..
L'art de Colaud se caractérise par des personnages aisément identifiables : ils sont marqués par un visage aux pommettes et joues en lavis rose, des traits de visages de couleur grise, avec des paupières bien marquées, des sourcils et bouches finement dessinés. Leurs cheveux sont souvent rehaussés d'or ou de jaune pour marquer leur volume et les boucles. L'artiste montre aussi un souci du détail dans le rendu des vêtements, de leur texture et de leurs plis. En dehors des miniatures traitées en grisaille, les miniatures utilisent les mêmes couleurs faites d'or, azur, vert franc, rouge, mauve, rose et plus rarement d'orange vif.. Colaud utilise des motifs de décors ou d'architecture que l'on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. Il s'agit par exemple des fleurs décorant les panneaux latéraux des chaires ou trônes, les colonnes renflées imitant le marbre ou encore des feuilles d'acanthe avec parfois, entre chaque, un visage..
Les œuvres de Colaud se caractérisent aussi par la réutilisation des mêmes compositions ou d'attitudes de personnages récurrentes : il s'agit par exemple de la disposition de la pièce et de la disposition des personnages à genoux dans une miniature représentant Palamon et Arcita aux pieds de Thésée ()Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, Ms. 5116. et dans les frontispices des Mémoires de Philippe de Commynes ()Bibliothèque nationale de France, Nouvelles Acquisitions Françaises 20960. et du ()Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, Ms. 1145.. Ses scènes de l'adoration des mages sont souvent similaires, entre celle du livre d'heures de François de Dinteville ()British Library, Londres, Add. MS. 18854. et celle du lectionnaire-évangéliaire de Philippe de Lévis ()coll. part., tout comme celles représentées dans les deux évangéliaires, celui de () et celui de la bibliothèque Sainte-Geneviève ()Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, Ms. 106...
Influences Plusieurs enlumineurs contemporains ou légèrement plus anciens influencent le style et les compositions de Colaud. L'artiste dont il est le plus proche est l'enlumineur parisien Jean Pichore. Il collabore avec plusieurs membres de son atelier et il reprend aussi ses compositions, Pichore lui ayant probablement prêté des cahiers de manuscrits qu'il a réalisés ou bien des modèles recopiés. Ainsi, il réutilise le Couronnement de la Vierge d'un livre d'heures de Pichore conservé à la Morgan LibraryMorgan Library and Museum, New York, M. 85. pour une Assemblée céleste dans l'Oraison de Jésus Christ (). Il est indirectement influencé par l'enlumineur tourangeau Jean Poyer, notamment par certaines des miniatures des Heures de Guillaume BriçonnetTyler Museum, Haarlem, Ms. 78., dont il a connaissance probablement par l'intermédiaire d'une copie en possession de l'atelier de Pichore.. Selon l'historienne de l'art américaine Myra Orth, Colaud a même probablement été formé au sein de cet atelier, le visage des femmes qu'il dessine rappelant celles de Pichore..
Il reprend aussi des modèles de Noël Bellemare, avec qui il collabore dans le Roman de Lérian et LauréolleBibliothèque nationale de France, Fr. 2150... Ces influences montrent que, du point de vue du style, Colaud entretient là encore des liens étroits avec les grands noms de l'enluminure parisienne de son époque. Seul le Maître de François de Rohan ne semble pas entretenir de rapport d'influence direct avec Colaud, même s'il prend sa suite dans l'achèvement d'au moins un manuscrit. Pour ce qui est de l'atelier du Maître des Entrées parisiennes, c'est plutôt Colaud qui lui fournit des modèles, par exemple dans un exemplaire du Roman de Lérian et Lauréolle conservé à GenèveFondation Martin Bodmer, Cologny, Cod.149., influencé par des miniatures du Roman de Palamon et Arcita..