Robert Lemaignen, né le à Blois et mort le à Paris, est un militaire et chef d'entreprise français, commissaire européen (1958-1962).

Biographie

Ancien élève de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (1912-1914), Lemaignen est officier de cavalerie puis capitaine aviateur durant la Grande Guerre. Il est attaché à la direction de l'aéronautique, chevalier de la Légion d'honneur et titulaire de la croix de guerre, au lendemain du conflit.

Il fait un beau mariage en Le Gaulois, 5 octobre 1919, Le Figaro, 6 juillet 1919 : il épouse Yvonne de Nervo, fille du baron Léon de NervoFils de Robert de Nervo. Les de Nervo sont des actionnaires modestes de l'entreprise sidérurgique Denain et Anzin, mais des piliers de son conseil d'administration. Léon de Nervo, centralien né en 1873, qui a épousé la petite-fille d'un régent de la Banque de France (baron Davillier), va être vice-président du conseil de Denain et Anzin en 1930 et président de 1938 à 1940 (Odette Hardy-Hemery, « Le pouvoir dans l’entreprise : actionnaires et dirigeants dans les sociétés du Nord, 1880-1960 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2001/4, ), administrateur-délégué de la Société Mokta El Hadid et administrateur de la Société des hauts fourneaux et des forges de Denain et d'Anzin. Son beau-père le pousse à quitter l'armée et à rejoindre des entreprises contrôlées par la famille de Nervo et ses alliés, et dont il est le président du conseil d'administration : Union commerciale de Bordeaux-Bassens, Ateliers de Bordeaux-BassensAnnuaire industriel, 1925, Ibidem. Il devient le secrétaire de direction de la Société commerciale d'affrètements et de commissions (SCAM), qui s'occupe de manutention maritime, d'affrètement et de commerce international.

Il sort de la Seconde Guerre mondiale avec la médaille de la résistance, mais aussi avec la réputation d'avoir fait partie avec son beau-père de la mythique SynarchieAnnie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite: Les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, 2010, L'Appel, 21 août 1941, L'Action, Pierre Hervé, 16 novembre 1945. Il s'impose comme l’un des « quatre leaders d’opinion du grand patronat colonial »Catherine Hodeir, op. cit., : les trois autres étant Paul Bernard (polytechnicien) - il a présidé sous l'Occupation le COPIC (groupement des productions industrielles coloniales), dont Lemaignen a été le vice-président, Luc Durand-Réville et Edmond Giscard d'Estaing, Catherine Hodeir, Le grand patronat colonial français face à la décolonisation, 1945-1962 : problématiques, sources, conclusions, dans Outre-mers, 2001, vol. 88, : il est P-DG de la SCAM et de sa filiale la Société commerciale des ports africains de l’AOF (SOCOPAO), de 1941 à 1958, puis président de la société Optorg de 1962Paris-presse, L'Intransigeant, 16 mars 1962 à 1969. Il préside aussi la société générale des houilles et est administrateur de nombreuses firmes : la Banque de l'Afrique occidentale depuis , la Compagnie des Salins du Midi (1962)Paris-presse, L'Intransigeant, 28 juillet 1962, les anciens Ets Ch. Peyrissac et Cie (Bordeaux), la Société Mokta El Hadid, la société de l'annuaire Didot-Bottin, la Compagnie des docks et entrepôts du Havre. Il a été nommé par l'État administrateur d'Air France, jusqu'en 1958France-aviation, avril 1957: composition du conseil d'administration, Ibid., avril 1958.

Il est vice-président de la Chambre de commerce internationale de 1942 à 1958, et président de son comité de l'Afrique française, et membre à partir du de l'Académie des sciences d'outre-mer.

Il intègre le comité directeur du Conseil national du patronat français et est vice-président de sa commission des relations économiques internationales de 1950 à 1958Guia Migani, La France et l'Afrique sub-saharienne, 1957-1963: histoire d'une décolonisation entre idéaux eurafricains et politique de puissance, Peter Lang, 2008, Laurent Warlouzet, op. cit., ( la commission économique du CNPF selon cet auteur ) . Il est le premier président en 1951 du Comité France-actuelle, lié au CNPF - il est d’ailleurs installé au siège du syndicat patronal, avenue Pierre de Serbie à Paris -, fondé pour contrer la mauvaise image de la France. Ce comité diffuse aux États-Unis et en France des études destinées à renseigner les élites américaines sur le dynamisme de la France et de ses entreprisesDécolonisations européennes, IHTP, Université de Provence, 1995, , Régis Boulat, « Regards et expériences croisés : les milieux économiques français et américains au tournant des années 1950 : l’heure de la productivité », dans Olivier Dard, Hans-Jürgen Lüsebrink ( dir. ), Américanisations et anti-américanismes comparés, Presses univ. du Septentrion, 2008, '.

Il s'intéresse également à la construction européenne. Il prend part au Congrès de La Haye de 1948 et fait partie du comité français de la Ligue européenne de coopération économique (LECE)Présentation de la LECE, groupe d'étude et de pression d'inspiration libérale créé en automne 1946, composé de responsables économiques et politiques européens . Il anime au CNPF une commission des affaires européennes à partir de 1956Dictionnaire historique des patrons français, op. cit., . Il est partisan de relations plus étroites entre l'Europe en construction et l'Afrique en voie de décolonisation : , déclare-t-il en 1957R. Lemaignen, « L'inclusion des territoires d’outremer dans le Marché commun », Bulletin mensuel du CNPF. Février 1957, .

Il est nommé à l'un des deux postes de commissaire réservés à la France dans la toute nouvelle Commission européenne, de à , lorsque le traité de Rome de 1957 instituant la Communauté économique européenne (CEE) entre en vigueur. L'autre poste est attribué à Robert Marjolin, haut fonctionnaire. Sa nomination a causé la surprise chez ses collègues du CNPF et dans les milieux politiques selon luiRobert Lemaignen, L'Europe au berceau, op. cit., . Il reçoit le portefeuille des pays et territoires d'outre-mer, et gère donc, avec la Direction générale des pays d'outre-mer (DGVIII), la mise en place des fonds européens à destination des colonies et anciennes colonies françaises (FEDOM: fonds européen de développement pour l'outre-mer, devenu le Fonds européen de développement) Guia Migani, op. cit., .

Il prend position par la suite pour « une Europe forte ». Il critique en 1966 « l’Europe des patries » chère au général de Gaulle, car elle « ne débouche pas sur quelque chose de concret ». Selon lui, la construction « d’une Europe politique est inéluctable et indispensable à l’avenir de la France d’abord, et à notre civilisation ensuite »Les Cahiers du CEPEC, , conférence en juin 1966, pour le du Centre d'études politiques et civiques, intitulée « La jeune Europe en marche vers un monde nouveau ». Il est présenté comme « un grand ami du CEPEC, de longue date ». Georges Laederich, président du CEPEC, le connaît pour avoir été membre du comité France-actuelle. Lemaignen connaissait aussi l'ancien président d'honneur du CEPEC, le général Maxime Weygand ; il a servi sous ses ordres à l’état-major de Foch en 1918 et le général a été son voisin, avenue de Friedland à Paris dans le arrondissement, ce qui a facilité ses « nombreuses visites » au général de 1954 à 1965, selon ses dires lors de cette conférence.. Lemaignen avait dénoncé auparavant dans la presse « la manœuvre du gouvernement pour priver la commission de tout pouvoir ». L'année précédente, il avait critiqué la « politique de la chaise vide » menée par le gouvernement françaisLes Echos du 4 août 1965, « M. Robert Lemaignen : la France manœuvre pour vider le Marché commun de tout contenu politique », Le Monde, 5 août 1965 (il écrit: ), « La politique du gouvernement est prise à partie », Le Monde, 23 octobre 1965.

Il préside dans les années 1960 plusieurs groupements, comme « les élites africaines », une association fondée en , ou le Cercle franco-allemand, fondé en , qui vise à développer à Paris des relations individuelles entre personnalités allemandes et françaisesLes Cahiers du CEPEC, . Il reste membre de la LECE.

Vie personnelle Il est le père de Gérard Lemaignen, administrateur de sociétés, né en 1921« Gérard Lemaignen », whoswho.fr..

Distinctions et honneurs

Décorations

Décorations françaises

, en 1946 , ,

, par décret du

Étrangères

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Citations Citations :

Publications

(Lire le début dans Gallica)

Bibliographie Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010 Catherine Hodeir, Stratégies d'empire: le grand patronat colonial face à la décolonisation, Belin, 2003 Jean Suret-Canal, Afrique et capitaux : géographie des capitaux et des investissements en Afrique tropicale d’expression française, L’Harmattan, 1987, vol. 1 Laurent Warlouzet, Le choix de la CEE par la France: L’Europe économique en débat de Mendès France à de Gaulle (1955-1969), Institut de la gestion publique et du développement économique, 2011 Véronique Dimier, « Institutionnalisation et bureaucratisation de la commission européenne : l’exemple de la DG développement », dans Politique européenne, 2003/3, Guia Migani, La France et l'Afrique sub-saharienne, 1957-1963: histoire d'une décolonisation entre idéaux eurafricains et politique de puissance, Peter Lang, 2008

Notes et références

Liens externes

Terre et ciel. Revue du personnel d'Air France , juillet 1948: biographie

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