Le discours de la Croix d'or fut donné par l'ancien représentant du Nebraska William Jennings Bryan lors de la démocrate le à Chicago. Bryan était un partisan du bimétallisme et de la libre frappe de la monnaie qui devait assurer la prospérité des États-Unis. Farouche opposant à l'étalon-or, le nom de son discours vient de la phrase le concluant : . Cette déclaration qui contribua à faire de lui le candidat démocrate à la présidence reste considérée comme l'un des plus grands discours politiques de l'histoire américaine.

La question monétaire divisait profondément les États-Unis depuis les années 1870. L'adoption de l'étalon-or en 1873 limita la masse monétaire mais facilita le commerce avec les nations, comme le Royaume-Uni, dont la monnaie était basée sur l'or. La nature déflationniste de ce système était appréciée par les milieux d'affaires mais de nombreux Américains considéraient que le bimétallisme était nécessaire à la bonne santé économique de la nation. Plusieurs législations furent adoptées en faveur de la libre frappe de la monnaie mais sans convaincre totalement les opposants de l'or. Le marasme provoqué par la panique de 1893 intensifia les débats et lorsque le président démocrate Grover Cleveland continua à soutenir l'étalon-or malgré l'opposition de son parti, ses adversaires décidèrent de désigner un candidat favorable au bimétallisme pour l'élection présidentielle de 1896.

Bryan était considéré comme un outsider lors de la convention mais son discours concluant les débats sur le programme électrisa les délégués et beaucoup considèrent qu'il lui garantit la désignation de son parti. Il perdit néanmoins face au candidat républicain William McKinley et les États-Unis abandonnèrent formellement le bimétallisme en 1900.

Contexte Politique monétaire des États-Unis vignette|gauche|Dollar or de 1849. À la demande du Congrès, le secrétaire au Trésor Alexander Hamilton publia en un rapport sur la question de la monnaie. À l'époque, il n'existait aucune institution chargée de frapper la monnaie aux États-Unis et les pièces étrangères étaient couramment utilisées. Hamilton proposa un système basé sur le bimétallisme par lequel la nouvelle monnaie aurait la même valeur qu'une certaine quantité d'or ou d'une plus grande quantité d'argent ; à l'époque, la valeur de l'or était environ quinze fois supérieure à celle de l'argent. Le , le Congrès adopta le définissant le dollar comme monnaie du pays. La valeur de cette nouvelle unité de valeur fut définie comme égale à d'or ou d'argent soit un ratio de 15 pour 1. Le texte établissait également l responsable de la frappe de la nouvelle monnaie.

Au début du , le marasme économique provoqué par les guerres napoléoniennes fit que la valeur faciale des pièces en or devint inférieure à leur valeur métallique. Celles-ci disparurent donc de la circulation et les réponses officielles furent entravées par le fait que personne ne comprenait réellement ce qui se passait. En 1830, le secrétaire au Trésor Samuel D. Ingham proposa de fixer le ratio entre or et argent de la monnaie américaine à 15,8 pour 1, le taux utilisé en Europe. Quatre ans plus tard, le Congrès vota un ratio de 16,002 pour 1 ; cela permit d'enrayer la thésaurisation ou la fonte des pièces en or car ces pratiques n'étaient plus rentables. Dans les années 1850, la production massive d'or liée à la ruée vers l'or en Californie provoqua une hausse des prix de l'argent et les pièces de ce métal furent à leur tour massivement fondues. Malgré l'opposition de divers parlementaires, la teneur en métal des plus petites pièces en argent fut réduite en 1853. L'argent étant à présent sous-estimé par la , de moins en moins de personnes lui demandèrent de convertir leurs lingots en pièces.

En 1873, le abolit la libre frappe de la monnaie en abolissant l'obligation de la de créer des pièces avec l'argent-métal fourni par les particuliers. Cette législation élimina de fait le bimétallisme même s'il ne s'agissait pas de l'objectif du texte ; les parlementaires avaient noté que l'argent n'était plus frappé et ils cherchèrent à éliminer une pratique jugée obsolète. Le chaos provoqué par la panique de 1873 provoqua néanmoins un effondrement de la valeur de l'argent mais aucune pièce ne pouvait plus être fabriquée. Les producteurs d'argent protestèrent et de nombreux Américains estimèrent que seul le bimétallisme permettrait de retrouver la prospérité via un accroissement de la masse monétaire. Les opposants répliquèrent que l'inflation engendrée par une telle politique nuirait aux ouvriers dont les salaires n'augmenteraient pas aussi vite que les prix et que la loi de Gresham ferait disparaître l'or de la circulation, plaçant de fait les États-Unis sous la règle de l'étalon-argent.

Tentatives de retour au bimétallisme vignette|gauche|Dollar Morgan en argent de 1882. Pour les partisans de ce qui devint connu comme le (« libre frappe de l'argent »), le texte de 1873 fut surnommé le . Avec le soutien d'influents législateurs comme le représentant Richard P. Bland du Missouri, ils présentèrent plusieurs lois autorisant les particuliers à obtenir des pièces en échange d'argent-métal. La Chambre des représentants adopta deux textes de ce type en 1876 et 1877 mais ils furent tous deux rejetés par le Sénat. Une troisième proposition fut finalement adoptée en 1878 par la Chambre mais elle fut profondément amendée lors de son passage au Sénat à l'initiative notamment du sénateur William B. Allison de l'Iowa. La loi n'annulait pas les dispositions du texte de 1873 mais elle imposait au département du Trésor d'acquérir chaque mois de l'argent-métal pour une valeur minimale de deux millions de dollars (environ de dollars de 2014Valeur calculée sur la base de la part de PIB (share of GDP) en utilisant le site Measuring Worth.) ; le profit ou seigneuriage de cette monétisation devait être utilisé pour acheter plus d'argent-métal. L'argent serait frappé sous la forme de pièces ou stocké comme garantie pour les . Le président Rutherford B. Hayes mit son veto à ce mais le Congrès passa outre et le texte fut adopté le .

L'application du ne mit pas fin aux appels en faveur du bimétallisme. Les années 1880 virent une forte baisse du prix des produits agricoles et les partisans de la libre frappe avancèrent que cette chute des cours était provoquée par l'incapacité du gouvernement à accroître la masse monétaire dont la valeur par personne était restée stable. De leur côté, les partisans de l'étalon-or attribuèrent cette baisse aux progrès des techniques de production et de transport. La pensée économique de la fin du était dominée par le principe du laissez-faire mais cette orthodoxie était de plus contestée.

En 1890, le accrut fortement la quantité d'argent devant être acquise par le gouvernement tandis que les pièces et les certificats sur l'argent émis selon ce texte pouvaient être convertis en or. Ce faisant, les réserves d'or du pays diminuèrent fortement au cours des années qui suivirent. Si la panique de 1893 avait été causée par plusieurs facteurs, le président démocrate Grover Cleveland estimait que l'inflation provoquée par la législation de John Sherman avait été l'une des principales causes et il demanda au Congrès de l'abroger. Ce dernier s'exécuta mais les débats furent houleux entre les partisans de l'argent et de l'or tandis que les deux principaux partis étaient eux-mêmes profondément divisés sur la question. Cleveland tenta de résoudre la crise en autorisant le Trésor à émettre des certificats ne pouvant être acquis qu'avec de l'or mais cela eut un impact limité et les particuliers continuèrent à demander la conversion de leurs pièces et billets basés sur l'argent. La récession qui débuta en 1893 et se poursuivit jusqu'en 1896 ruina de nombreux Américains et les estimations contemporaines situaient le taux de chômage à 25 %.

Approche de l'élection présidentielle Parmi ceux qui firent campagne contre l'abrogation du Sherman Silver Purchase Act figurait le représentant William Jennings Bryan du Nebraska. Réputé pour être un brillant orateur, il n'avait pas toujours été un fervent défenseur de la libre frappe et il déclara en 1892 qu'il y était favorable car ses constituants l'étaient. Son opinion sur le sujet évolua néanmoins et l'année suivante, il donna un discours de trois heures devant la Chambre des représentants contre l'abrogation du . Dans sa conclusion, il déclara :

vignette|William Jennings Bryan dans les années 1880. Malgré l'abrogation du texte, la situation économique resta morose et l'année 1894 vit de nombreux mouvements sociaux. Cleveland envoya ainsi l'armée à Chicago pour mettre un terme à la grève Pullman. Les ouvriers de la Pullman Company, qui fabriquaient des voitures de chemin de fer, avaient cessé le travail après une réduction de leurs salaires. En solidarité, les membres de l décidèrent de ne plus utiliser les voitures Pullman et cela provoqua une paralysie du réseau ferroviaire américain. Cette intervention du président et son opposition à la libre frappe lui valurent de nombreuses critiques et le gouverneur de l'Illinois, le démocrate John Peter Altgeld, commença à rassembler des soutiens au sein du parti pour empêcher Cleveland de se représenter en 1896. Même si Altgeld et ses alliés avaient pressé les électeurs de faire la distinction entre Cleveland et son parti, les démocrates perdirent à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de 1894, ce qui reste encore à ce jour, le plus grand revers pour un parti majoritaire. Les républicains prirent le contrôle de la Chambre et du Sénat dont les membres étaient élus par les législatures des États plutôt que par le vote populaire. Parmi les battus figurait Bryan.

Bryan envisageait depuis longtemps une candidature à la présidence. Même s'il n'aurait que en 1896 il estimait que la question de l'argent pourrait lui permettre d'obtenir non seulement la nomination mais également la présidence. Il réalisa de nombreux déplacement et fit des discours dans tout le pays. Il impressionna nombre de ses auditeurs et certains de ses adversaires reconnurent par la suite qu'il était l'orateur le plus convaincant qu'ils aient entendu. En , lors d'un discours au Congrès, il utilisa pour la première fois la phrase qui servit de conclusion à son discours de 1896 ; sous sa forme originale, il s'agissait de : .

Il a été avancé par la suite que Bryan était un inconnu avant 1896 mais cela est un mythe car il s'était déjà fait remarquer pour ses déclarations sur les questions monétaires et douanières. Le journaliste Albert Shaw indiqua qu'après la désignation de Bryan, beaucoup d'habitants de la côte Est avancèrent n'avoir jamais entendu parler de lui mais que .

Après la déroute de 1894, les partisans de la libre frappe menés par Altgeld entreprirent de prendre le contrôle du Parti démocrate. Dans son étude de l'élection de 1896, l'historien Stanley Jones suggère que les démocrates de l'Ouest se seraient opposés à Cleveland même si le parti avait conservé sa majorité au Congrès mais qu'après 1894, ils estimèrent que le parti serait balayé dans tout l'Ouest s'ils ne soutenaient pas l'argent. Le biographe de Bryan, Paulo E. Coletta note que .