Hildegarde de Bingen (ou en ), née en à près d'Alzey (Hesse rhénane) et morte le à Rupertsberg (près de Bingen), est une moniale bénédictine allemande, parfois dénommée Hildegarde de Rupertsberg..

Elle a développé de nombreux talents, étant à la fois abbesse, mystique, visionnaire, illustratrice, compositrice, poétesse, fondatrice et prédicatrice franconienne. Elle est aussi une figure marquante de l'apogée de la médecine monastique de la fin du haut Moyen Âge, période de transition vers le Moyen Âge central dans lequel se situe sa vie.

Déclarée bienheureuse de l'Église catholique depuis le Notice d'autorité sur Katalog der Deutschen Nationalbibliothek., elle est canonisée et proclamée docteur de l’Église par le pape en 2012Il est aussi possible de voir orthographier le nom au féminin, l'Académie française ayant autorisé la féminisation des titres, voir l'article : Féminisation des noms de métiers en français. Le titre Docteur de l’Église est toujours orthographié au masculin dans les textes officiels du Vatican. ..

Biographie Enfance vignette|redresse|Retable de la chapelle Saint-Roch de Bingen, Allemagne. Hildegarde naît aux environs de 1098La date exacte de la naissance d'Hildegarde est difficile à préciser... Elle est la dixième enfant d'une famille noble du Palatinat, et ses parents, Hildebert et Mechtilde (Mathilde), sont probablement issus du comté de Spanheim.

Hildegarde affirme avoir reçu les premières visions dès sa petite enfance :

Entrée en vie religieuse . sur la Nahe, affluent du Rhin, dans le diocèse de Mayence.

Vers l'âge de 14 ou 15 ans (la majorité étant fixée à 12 ans pour les filles), Hildegarde reçoit le voile des mains de l’évêque Othon de Bamberg qui, de 1112 à 1115, remplace l’archevêque Adalbert de Mayence, prisonnier de l'empereur . Selon la règle de saint Benoît, l’accent est mis sur la prière et le travail manuel ou intellectuel, loin de l’oisiveté et de l’ascétisme excessif : ce sont ces idées que l’on retrouve dans la correspondance d’Hildegarde de Bingen.

Abbesse du monastère bénédictin de Disibodenberg Devenue magistra (prieure) de la communauté, Hildegarde, à la mort de mère Judith (Jutta von Sponheim) en 1136, est élue abbesse de Disibodenberg, à l'âge de 38 ans. Elle gouverne dès lors la partie réservée aux moniales de ce monastère double.

Cette particularité de l'abbaye de Disibodenberg, soumise à la double autorité de l'abbé et de l'abbesse, compliquera plus tard le transfert des moniales, rendu nécessaire par l'afflux des vocations, dans un autre lieu, Rupertsberg, au confluent du Rhin et de la Nahe, près du petit port de Bingen.

Fondation et voyages C'est entre 1147 et 1150 que Hildegarde fonde l'abbaye de Rupertsberg. Le monastère devient célèbre pour la qualité de sa gestion et l’harmonie qui y règne. Guibert de Gembloux, le dernier secrétaire d’Hildegarde, ne tarit pas d’éloges sur l’incontestable réussite de ce monastère modèle. En 1165, elle fonde l'abbaye d'Eibingen, extension du précédent monastère, sur la rive droite du Rhin, où s’installent environ trente sœurs. Abbesse des bords du Rhin, elle parcourt les routes de l’Ouest de l’Allemagne, voyageant non pas de son propre chef, mais poussée par les injonctions de Dieu au cours de ses visions. Elle entreprend ainsi quatre séries de voyages qui la mènent d’abord sur le Main, en 1158-1159, à l’âge de soixante ans, puis en Lorraine l’année suivante, avant de traverser la Rhénanie de 1161 à 1163. À soixante-douze ans enfin, elle repart une dernière fois visiter les villes et les cloîtres de Souabe. Plusieurs grandes cités, Cologne, Trèves, Metz, Mayence, Wurtzbourg et Bamberg reçoivent ainsi sa visite. Elle se rend également dans de nombreux monastères et abbayes comme celle de Graufthal.. Elle y tient en public des discours de prophétesse reconnue tant par la hiérarchie ecclésiastique que par les foules urbaines ; la prophétie est chez elle inséparable de la vision, la voix et la lumière divines lui parvenant simultanément. Elle s'emploie à rappeler les voies de Dieu et à lutter contre le catharisme par des prédications au clergé et au peuple. Dans la lutte contre les désordres, les injustices et les crimes, le combat, à ses yeux, nécessite un engagement actif. Quelques-uns de ses sermons ont été conservés sous forme de lettres. Ces voyages témoignent de son succès, en même temps qu’ils contribuent à le forger.

Visions consignées dans le Scivias

vignette|Portrait d'Hildegarde recevant une vision.

Par la suite, elle consignera les visions qu'elle a depuis l'enfance, dans le Scivias (du , ).

L'approbation du pape lors d'un synode réuni à Trèves fin 1147 – début 1148, encourage Hildegarde à poursuivre son activité littéraire. Elle achève le Scivias, composé en 1151. Puis elle écrit le entre 1158 et 1163, et le entre 1163 et 1174.

Pensée et travaux vignette|180px|Miniature de la Première ; Troisième vision : Dieu, le Cosmos, et l'Humanité.vignette|180px|Miniature de la Deuxième ; Cinquième vision : La Hiérarchie de l'Église.Illustrations du Scivias d'Hildegarde, manuscrit de 1165 à l'abbaye Sankt Hildegard d'Eibingen. La plupart de ses écrits sont réunis dans un grand livre (le Riesencodex) conservé à la bibliothèque régionale de Hesse à Wiesbaden en Allemagne. Bernard de Clairvaux lui-même lui a assuré que ses visions étaient des grâces du ciel.

Selon Jean-Noël Vuarnet, ..

Mystique vignette|redresse|La troisième vision du . Liber divinorum operum simplicis hominis Liber divinorum operum en latin ou le Livre des œuvres divines en français est un mélange de théologie et de philosophie naturelle, où elle expose ses idées en visions cosmiques. L'organisation de l'univers et la nature de l'Homme ont pour origine commune la création divine. Les deux ne peuvent être séparés : de grandeur différente, ils ont été construits selon les mêmes proportions. Un principe d'analogie universelle fait de l'Homme un petit monde dans le grand (microcosme dans le macrocosme). L'Homme est le miroir du monde qu'il reflète par l'organisation de son corps. Dans un de ses manuscrits, conservé à Lucques, on trouve la miniature ci-contre (ci-dessus dans la version de la page en mobile). Elle représente un homme aux bras étendus dans un cercle, recevant toutes les influences cosmiques. Ce dessin sera modernisé par Léonard de Vinci dans l'Homme de Vitruve.

Hildegarde se livre à une sorte d’ekphrasis mentale. Dans cette ekphrasis, elle écrit ses visions telles qu’elles lui apparaissent, en donnant sa voix à celle de Dieu qui parle par elle :

Dans ses dix visions du Liber divinorum operum simplicis hominis, Hildegarde dicte à ce qu’elle entend et voit. Un dialogue se crée entre voir et voix, et s’offrent à elle les œuvres divines du Ciel :

La première vision d’Hildegarde, dans le Livre des œuvres divines, est celle de la Trinité, à l’origine de l’univers et de l’homme. L’homme, à l’image du cosmos, est une œuvre divine..

La troisième vision d'Hildegarde met en œuvre l'univers où il y a sept planètes qui rayonnent sur l'homme et sur les têtes des animaux. Le vent du midi, le vent d'ouest, le vent du nord et le vent du sud . Chacun des vents amène du bienfait ou des catastrophes tels que des inondations, des canicules, du tonnerre, de la grêle, du froid et des éclairs. L'homme les reçoit et s'unit avec eux. La pensée, la parole, l'intention et la vie affective, les quatre énergies de l'homme, ressemblent aux quatre vents selon Hildegarde. Le vent du midi apporte de bonnes choses pour l'esprit alors que le vent d'ouest lui apporte de mauvaises choses. Le vent du nord est inutile puisqu'il amène à l'humain les pensées du bien et du mal.

Médecine et étude des plantes Hildegarde de Bingen est considérée comme la première naturaliste d'Allemagne. Son double don de voyance et de guérisseuse en fait l’un des médecins les plus renommés de son temps. Sa médecine combine des éléments savants de grands auteurs et des ressources locales de médecine populaire.

Physica L'ouvrage Physica ou De la nature, est une description peu ordonnée de plantes et d'animaux. Il décrit près de , la plupart selon une observation personnelle, d'oiseaux et autres animaux volants (chauve-souris, insectes…), et de mammifères. Les exposés ont un but thérapeutique, et Hildegarde indique les remèdes qui peuvent être obtenus à partir de chaque plante ou organe animal. Ce texte appartient plus à l'histoire de la médecine populaire qu'à l'histoire des sciences naturelles.

Hildegarde de Bingen utilise ainsi tout ce que la nature peut lui offrir en matière de traitements : les simples, mais aussi les minéraux. Ainsi, par exemple, elle écrit dans le langage imagé de son époque que :

Elle attribue ainsi des vertus protectrices, curatives, prédictives, purificatrices aux minéraux, suivant en cela des pratiques antiques, fondées sur un symbolisme magique et religieux. Dans la mentalité médiévale, le divin et le magique ne s'excluent pas. .. Cette mentalité se retrouve dans les encyclopédies médiévales, dans les lapidaires (ouvrages sur les pierres précieuses, comme le De lapidibus ou Lapidarius de Marbode) et aussi les bestiaires comme le Physiologus.

Causae et curae Les causes et les remèdes débutent par un exposé sur la théorie des humeurs. Hildegarde se serait inspirée de Constantin l'Africain, et à travers lui, des médecins antiques comme Hippocrate, Galien ou Dioscoride, ainsi que des médecins arabes. Elle reprend la théorie des quatre humeurs, non pas comme des liquides organiques, mais comme des ensembles de tendances, de prédispositions et de réactions morbides, sur un double plan physique et spirituel. Elle applique cette théorie à la création de l'homme par Dieu, à partir de l'eau et de la terre. Le créateur aurait d'abord créé la forme extérieure de l'homme, puis a comblé le vide par des organes. Hildegarde reprend l'idée d'Aristote selon laquelle le cœur est le siège de l'âme et du principe de connaissance. Elle s'intéresse ainsi à la mélancolie, qu'elle voit dans l'histoire de l'Homme comme une conséquence du péché originel chrétien : .

Le corps est la demeure de l'âme, avec une porte, des fenêtres et une cheminée. L'âme fait entrer et sortir les pensées comme par la porte (le cœur), le cerveau est la cheminée de l'âme qui discerne et évacue les mauvaises pensées. Les fenêtres apportent la lumière, ..

Elle a également pu écrire sur le corps féminin, sur ses maladies et ses cycles. Ainsi que sur l'accouchement et les douleurs qui l'accompagnent. Dans des correspondances, elle a pu répondre sur la possibilité de Béatrice, épouse de Frédéric Barberousse, d'enfanter. De ce fait elle a pu gloser sur la part substantielle de la femme dans la conception par la double semence comme pouvait l'affirmer Galien ou au contraire le nier Aristote. Néanmoins, elle ne prend pas position si ce n'est pour ajouter une vision spirituelle à la reproduction.

L'ouvrage contient des indications médicales à base de symbolisme et de superstition, mais aussi quelques affirmations intuitives qui se révèleront vraies plus tard, comme le fait que la Terre tourne autour du Soleil, placé au centre du monde, que les étoiles fixes sont en mouvement, que le sang circule dans le corps. Ou encore ce conseil préventif, dans Causæ et Curæ sur les maux de dents :