Le mont Erebus, dont le sommet culmine à d'altitude, est un volcan d'Antarctique situé sur l'île de Ross, dans la mer de Ross, ce qui en fait le volcan en activité le plus austral du monde. Il est remarquable du fait de la longévité de sa phase éruptive actuelle débutée en 1972 toujours active en 2024, et de la présence d'un lac de lave au fond de son cratère principal.

Il tient son nom du , un des deux navires de l'expédition menée par le Britannique James Clark Ross qui le découvrit en 1841. Sa première ascension n'a lieu qu'en 1908 par un membre de l'expédition Shackleton. Depuis, plusieurs explorations scientifiques ont eu lieu pendant les courts étés australs, comme celle de Jean-Louis Étienne en 1993-1994, mais les conditions climatiques extrêmes limitent le champ de connaissances sur ce volcan. Les études sont orientées principalement sur son histoire éruptive, sa pétrologie, sa géophysique, les caractéristiques de son lac de lave ainsi que des gaz volcaniques et enfin les formes de vie simples qui se développent uniquement autour des fumerolles présentes sur certaines pentes et qui bénéficient de mesures de protection spéciales.

Le mont Erebus a été le théâtre, en 1979, d'une catastrophe aérienne faisant 257 victimes sur le vol Air New Zealand 901 dont le but était la découverte touristique de l'Antarctique. Les causes de l'accident seraient une erreur dans le plan de vol et une illusion d'optique provoquée par la luminosité.

Toponymie Le mont Erebus est nommé d'après le , un des deux navires de l'expédition qui découvrit l'île de Ross et ses deux volcans en 1841. est le nom latin d'Érèbe, une divinité grecque née du Chaos, personnifiant les ténèbres, l'obscurité des Enfers.

Géographie Situation Le mont Erebus est situé en Antarctique, dans le centre-ouest de l'île de Ross située elle-même dans l'ouest de la mer de Ross, à proximité des côtes du continent dont elle est séparée à l'ouest par le détroit de McMurdo. La montagne est entourée par le mont Bird au nord, le mont Terra Nova et le mont Terror à l'est, la station de McMurdo et la base de Scott à l'extrémité de la péninsule de Hut Point au sud et le détroit de McMurdo à l'ouest dont la baie Erebus et la langue terminale du glacier Erebus au sud-ouest. Le mont Erebus se trouve dans l'ouest de la dépendance de Ross, la revendication néo-zélandaise sur l'Antarctique gelée par le traité sur l'Antarctique signé le et entré en vigueur le . Du fait de sa position et de sa géologie, le mont Erebus est le volcan actif le plus méridional de la Terre.

Topographie thumb|Carte topographique de l'île de Ross.

Le mont Erebus est le point culminant de l'île de Ross. Il culmine à d'altitude et se présente sous la forme d'une montagne massive. La pente générale du relief varie avec l'altitude : elle est assez douce en partie basse et se redresse aux alentours de 30° entre mètres à mètres d'altitude environ jusqu'au rebord de la caldeira qui couronne le sommet. Dans la partie sud de cette caldeira circulaire se trouvent trois cratères : le , en français « Cratère principal », le plus grand, dont le rebord sud-est constitue le point culminant du mont Erebus et qui contient le puits abritant le lac de lave, le , en français « Cratère occidental », le plus petit, et le , en français « Cratère latéral », accolé au sud-ouest du .

Géologie thumb|left|Vue aérienne des cratères du mont Erebus.

Le mont Erebus est un stratovolcan actif depuis environ d'années. L'étude des roches montre une composition géochimique s'étendant des basanites aux trachytes et phonolites. La bipolarisation prononcée de la pétrologie serait due à la fusion partielle à basse température et la progression lente du panache mantellique Petrologic Evolution of Anorthoclase Phonolite Lavas at Mount Erebus, Ross Island, Antarctica, , vol. 33, , 1992, pages 849-875. Consulté le 31 mai 2008.. Avant l'Holocène, l'activité éruptive du mont Erebus était caractérisée par de grands épanchements de coulées de lave entrecoupés de périodes explosives comme l'attestent les couches de cendres volcaniques retrouvées piégées dans l'inlandsis de l'Antarctique parfois à des dizaines de kilomètres de distance, au-delà de la chaîne Transantarctique. Depuis le début de l'Holocène, ses éruptions sont majoritairement effusives, de type hawaïen avec la présence d'un lac de lave ainsi que la production de coulées de lave confinées à l'intérieur du cratère, ponctuées d'épisodes plus explosifs, de type strombolien avec l'émission de téphras allant des cendres aux bombes volcaniques.

Sa dernière éruption, débutée en 1972, est encore en cours en 2024 et fait de lui le volcan le plus actif d'Antarctique. Cette éruption est caractérisée par la présence d'un lac de lave dans le puits du , dans la caldeira au sommet du volcan, un des rares au monde à exister en continu pendant des dizaines d'années. En outre, des épanchements temporaires de lave se produisent dans le fond du cratère et des épisodes stromboliens projettent des téphras de la taille des cendres jusqu'aux bombes volcaniques.

La lave émise au cours de cette éruption et qui compose donc le lac de lave est une phonolite contenant des phénocristaux d'anorthoclase feldspathoïdes de taille centimétrique.. Le dégazage du lac de lave se fait habituellement sans effusions mais des explosions stromboliennes surviennent régulièrement et jusqu'à par jour, provoquées soit par la remontée de bulles de gaz volcaniques, soit par la chute de glace provenant de l'intérieur du cratère.

L'autre particularité de ce volcan est la présence, dans ses laves, d'une teneur en or supérieure à la normale. Cet or est projeté dans l'atmosphère sous forme de fines particules métalliques, d'une taille comprise entre 0,1 et dans les gaz échappés du volcan et de dans la neige aux alentours de la montagne.. La quantité émise par le volcan est estimée à par jour. Cette particularité est rendue possible par la présence d'un lac de lave au fond du cratère, où l'or a le temps de cristalliser à la surface du magma avant d'être expulsé par les panaches de gaz, contrairement aux volcans plus classiques dont les explosions sont généralement violentes.

Le volcanisme ayant donné naissance aux différents volcans de l'île de Ross, dont principalement le mont Erebus, a pour origine le point chaud de l'Erebus. L'ascension du panache de matière mantellique dans l'asthénosphère progresse à une vitesse estimée à six centimètres par an et s'accompagne d'une fusion partielle libérant un magma qui perce un passage au travers de la croûte terrestre au niveau de la mer de Ross, permettant la formation de terrains volcaniques par-dessus les sédiments du bassin de la terre Victoria. C'est l'analyse des roches volcaniques prélevées sur les flancs et au sommet du mont Erebus qui a permis la reconstitution des étapes de sa formation. Ces analyses reposaient à l'origine sur la méthode traditionnelle du quotient qui compare le taux de potassium par rapport à celui d'argon mais une campagne menée à partir de 1993 et reposant sur la méthode de datation radiométrique plus fiable du rapport des isotopes de l'argon, contredit le scénario d'un mont Erebus âgé de plusieurs millions d'années.

Climat Soumis à un climat polaire, la moyenne des températures est de en hiver et de en été. .

Faune et flore thumb|Une partie de la colonie de manchots Adélie du cap Royds.

En raison des conditions climatiques extrêmes, toute forme de vie avancée est impossible à cette latitude. Pourtant, le mont Erebus est l'un des trois sites d'altitude connus en Antarctique, avec le mont Melbourne et le mont Rittmann, à présenter des fumerolles abritant des formes de vie simples Management Plan for Antarctic Specially Protected Area (ASPA) - Tramway Ridge, Mt. Erebus, Ross Island. Consulté le 24 avril 2008.. Les lithosols autour de ces fumerolles, du fait des réactions acides qui s'y produisent et de l'humidité constante formée par la condensation de la vapeur et de la température, fournissent un habitat restreint. L'unique espèce de mousse trouvée, , offre une curiosité étonnante du fait qu'elle reste au stade de protonema. Diverses formes de microalgues sont également présentes. La végétation qui s'est développée sur les sols autour de ces fumerolles diffère significativement de celle découverte dans le reste de l'Antarctique. Une variété inhabituelle de cyanobactéries thermophiles est particulièrement remarquable car elle est dérivée de , habituellement présentes autour des cheminées hydrothermales. La température joue un rôle prédominant dans la répartition des formes de vie : les sols les plus chauds, entre 35 et , sont colonisés par des feutrages sombres dans les tons bleu-vert ou rouge-brun de cyanobactéries, tandis que les sols plus froids, entre 10 et présentent des encroûtements de couleur verte formées de la mousse et de cinq espèces différentes de chlorophytes coccoïdes. Aucune présence d'invertébré n'est certifiée.

Sur la côte au pied du mont Erebus, dans les zones rocheuses non recouvertes de glace du cap Royds, se trouve la colonie de reproduction de manchots Adélie la plus près du pôle Sud, qui compte entre et Plan de gestion pour la zone spéciale de cap Royds. Des labbes antarctiques nichent aussi à proximité : on dénombre quelques centaines de couples le long de la côte ouest de l'île de Ross E. C. Young, Skua studies, Journal of the Biological Society, 1967, . Des manchots empereurs fréquentent également le secteur mais leur site de rassemblement hivernal le plus proche se trouve à l'autre extrémité de l'île de Ross, au cap Crozier, à environ plus à l'est État de l'environnement de la région marine de la Mer de Ross / Localisation des colonies de manchots empereurs de la mer de Ross (page 20) Birds of new Zealand : Emperor penguin. En été, on peut observer diverses autres espèces d'oiseaux comme l'albatros fuligineux, le plus austral des albatros, des pétrels antarctiques, des sternes couronnées mais aucune de ces espèces ne niche aux alentours Ernest H. Shackleton, « The Shackleton Collection of Antarctic Specimens », , vol. 11, , juillet 1913, pages 51-52. Des phoques de Weddell sont également présents le long de la côte.

Histoire Histoire éruptive thumb|Vue aérienne de la caldeira sommitale et des cratères du mont Erebus.

Le volcanisme ayant donné naissance au mont Erebus se met en place il y a d'années, au Pléistocène soit à la fin du Cénozoïque. Pendant , un volcan bouclier se met en place par l'empilement de grandes coulées de lave de nature basanitique, très fluides, puis téphritiques, que vient surmonter un cône phono-téphritique. Ce proto-volcan connaît il y a l'effondrement de son sommet sous la forme d'une caldeira dont l'un des rebords constitue l'actuel . Des épanchements de lave téphri-phonolitiques et phono-téphritiques se poursuivent sur les flancs du volcan jusqu'à avant notre ère, lorsque les laves changent de nature pour acquérir leur composition actuelle de téphri-phonolite à phéno-cristaux d'anorthoclase. Ces laves construisent alors le cône actuel sur un des rebords de la caldeira du volcan bouclier jusqu'à il y a lorsque cet édifice connaît à son tour un effondrement créant la caldeira sommitale actuelle. Le stratovolcan contenu dans la caldeira sommitale et couronné par trois cratères se met alors en place vraisemblablement durant le dernier millénaire par accumulation de téphras, majoritairement des bombes volcaniques, ainsi que des cristaux d'anorthoclase.

Depuis le début du , le mont Erebus a connu quatorze éruptions successives, aucune ne dépassant un indice d'explosivité volcanique de 2. Pourtant, alors qu'il est en éruption constante depuis 1972, il connaît en 1984 une phase éruptive plus explosive qu'à l'accoutumée au cours de laquelle des bombes volcaniques de la taille d'une voiture sont projetées depuis le cratère principal jusqu'à une distance de plus d'un kilomètre.

Découverte et exploration