vignette|Étiquette de la chanson folklorique Tankō Bushi enregistrée par Michiyakko (1950) sur les disques Teichiku.
Le est un genre musical japonais貴志俊彦『東アジア流行歌アワー――越境する音 交錯する音楽人(The East Asia Pop Song Hour: Border-Crossing Sounds, Entangled Musicians)』岩波書店, 2013, . À l'origine, le terme désigne en japonais tout type de « musique populaire ». Ainsi, limayō qui était encouragé par l'empereur Go-Shirakawa à l'époque de Heian, est une forme de ryūkōka. De nos jours cependant, le ryūkōka se réfère expressément à la musique populaire japonaise de la fin des années 1920 jusqu'au début des années 1960 Alison J. Ewbank et Fouli T. Papageorgiou, Whose Master's Voice?: The Development of Popular Music in Thirteen Cultures, Greenwood Publishing Group, 1997, 160, . Le ryūkōka trouve quelques éléments dans la musique classique occidentale. Finalement, le ryūkōka s'est scindé en deux genres : enka et poppusu James E. Roberson et Nobue Suzuki, Men and Masculinities in Contemporary Japan, Routledge, 2003, , . Contrairement au enka, les chansons archétypales ryūkōka ne recourent pas à la méthode de chant kobushi car le ryūkōka emploie le legato. Bin Uehara et Yoshio Tabata sont considérés comme faisant partie des fondateurs du style moderne du chant kobushi.
De nombreux compositeurs et chanteurs ryūkōka sont titulaires de distinctions officielles ; Ichirō Fujiyama et les compositeurs Masao Koga et Ryōichi Hattori sont ainsi couronnés du Prix d'honneur de la nation.
Bien que lenka est une excroissance du ryūkōka, de nombreux chanteurs de ce dernier genre font part d'un fort mépris pour son descendant stylistique. Dans un entretien accordé en 1981, Noriko Awaya dit « Chaque fois que j'entends du enka, je dois m'éloigner parce que j'ai envie de vomir »Texte original : "演歌を聴くと胸がムカムカするから、あれが聴こえてくると逃げ回るんです。".
Histoire
1914–1927 : Origine
En 1914, Sumako Matsui interprète la Chanson de Katyusha composée par Shinpei Nakayama, utilisée comme thème d'introduction au Japon du roman Résurrection de Tolstoï. Le disque se vend à .. Une théorie prétend qu'il s'agit là de la première chanson ryūkōka, créé à la demande de Hōgetsu Shimamura : « Une mélodie entre la musique folklorique populaire japonaise et la musique occidentale »texte original : .. Cependant, les chanteurs des rues appelés enka-shi sont populaires jusqu'à ce que les compagnies de disques telles que la Victor Company of Japan commencent à produire des chansons au début de l'ère Shōwa.
Bien que Matsui se suicide après la mort de Shimamura, Nakayama continue à développer sa musique. Durant sa carrière, il compose environ telle que Teru teru bōzu en 1921. Nakayama transfère la musique japonaise traditionnelle sur la portée occidentale. Sa chanson de 1921 est plus tard reprise par plusieurs chanteurs mais est surtout connue à l'origine pour être couverte par le violoniste enka-shi avec un orchestre. Le système pentatonique employé dans la chanson est sur le mode mineur sans les quatrième et septième degrés. Cependant, la musique fondée sur cette échelle a des difficultés à présenter les accords et l'harmonie parce que la musique japonaise traditionnelle n'a pas adopté la gamme tempérée..
Les chansons de Nakayama sont fondées sur la musique folklorique japonaise appelée min'yō mais adoptent également le style musical occidental. Aussi cette musique est-elle appelée .
1928–1930 : Début de popularité
Au début de l'ère Shōwa , l'emploi du microphone se répand dans la musique populaire du Japon. Teiichi Futamura sort sa version de en 1928, titre à l'origine composé par Fred Fisher. En 1928, la chanson de Chiyako SatōHabu est un port d'Izu Ōshima., composée par Nakayama, se vend à . La chanson est également interprétée par Yoshie Fujiwara. En 1929, « La Marche de Tokyo » de la même Chiyako Satō se vend à plus de exemplaires Taylor E. Atkins, Blue Nippon: Authenticating Jazz in Japan, Duke University Press, 2001, 66, ..
1931–1937 : Popularité croissante
Le chanteur Ichirō Fujiyama et le compositeur Masao Koga sont quelques-unes des premières vedettes du pays. Koga essaye d'amorcer la fusion du jazz occidental et du dodoitsu japonais. La chanson interprétée par Fujiyama en 1931 et composée par Koga, est un important succès. Cette chanson crée une fusion du style de crooner de Fujiyama et du jeu de guitare de Koga. En utilisant la technique vocale mezza voce à l'aide d'un microphone, Fujiyama interprète la chanson d'une voix profonde non pas en sol mineur comme à l'opéra mais en ré mineur. de Fujiyama se vend à exemplaires.. Cependant, Fujiyama est un étudiant d'élite qui se spécialise dans la musique classique occidentale à l'école de musique de Tokyo. Les chansons du genre ryūkōka traitent souvent d'éléments Ero Guro Nansensu.. Comme son école considère alors le ryūkōka comme un genre déplorable, Fujiyama est une fois suspendu de l'école mais pas renvoyé parce que Klaus Pringsheim, un professeur allemand, s'oppose à la proposition d'expulsion de Fujiyama.
Cette période est également témoin de la popularité des geisha chanteuses comme Ichimaru et Katsutarō Kouta. Cette dernière devient célèbre lorsque Fujiyama est exclu du ryūkōka. Sa chanson se vend à . Katsutaro et Issei Mishima enregistre en duo la chanson Tokyo Ondō, composée par Shinpei Nakayama et sortie en 1933. Le simple Tokyo Ondō se vend à ..
Lorsque Fujiyama chante des lieder classiques occidentaux, ces chansons sont appelées kayōkyoku mais le terme kayōkyoku devient bientôt une autre façon de désigner le ryūkōka à la NHK.. Dans un premier temps, Koga est un bon collègue pour Fujiyama mais ils prennent bientôt leur distance l'un de l'autre parce que Koga cherche àc réer de la musique « japonaise ». D'un autre côté, Yoshie Fujiwara trace une ligne claire entre lui et le ryūkōka et fonde le Fujiwara Opera en 1934, ce qui détermine le lancement de l'opéra japonais. Cette même année 1934, la chanson du baryton Tarō Shōji devient aussi populaire bien que l'interprète ne connaissait pas Kunisada Chūji, le sujet de la chanson.
La chanteuse soprano Noriko Awaya interprète également du ryūkōka mais l'école de musique de Tokyo annule son diplôme. Cependant, sa chanson connaît le succès en 1937. Le titre a été composé par le musicien de jazz Ryōichi Hattori. Elle est appelée « Reine du Blues » bien que le terme « Blues » n'est qu'un titre de chanson.
1937–1945 : Influence de la guerre vignette|Partition de la « Marche patriotique ».
En 1936, la NHK lance un programme radio pour concurrencer le ryūkōka qui est sous l'influence du Ero Guro Nansensu, mais elle commence bientôt à diffuser des chants militaires vers le mois de . Le programme est renommé en 1941 puis en 1942. Les chansons de temps de guerre sont appelées . Durant la guerre, de nombreux musiciens sont contraints de composer des chants militaires. Yuji Koseki qui en a beaucoup écrit est plus tard critiqué comme collaborateur de la guerre bien qu'il paraît affecté de remords.. Koseki compose sorti en 1937. Bien qu'il s'agisse d'une chanson de face B, elle se vend à Timothy J. Craig et Richard King, Global Goes Local: Popular Culture in Asia, Hong Kong University Press, 2002, 235, .. En 1937, la chanson se vend à .. Cependant, les musiciens de jazz japonais comme Ryōichi Hattori semblent moins désireux de composer des chansons de guerre.. Son fils Katsuhisa Hattori affirme qu'il n'était pas antinationaliste et qu'il n'était pas techniquement en peine de composer des chansons de guerre s'il le voulait parce que les chants militaires était de lenka du point de vue musical.
vignette|gauche|Récital de La Chanson de Taisei Yokusan en 1940. De son côté, l'ancien enka-shi (chanteur de rues) Haruo Oka fait ses débuts avec la chanson sortie en 1939. Yoshio Tabata fait également ses débuts avec en 1939. Le rōkyoku (naniwa-bushi) est utilisé pour rehausser le prestige national..
vignette|Akiko Futaba, interprète de Kōgen no Tsuki. Bien que de nombreux chants de guerre sont écrits après le début de la Guerre du Pacifique, , interprété par Noboru Kirishima et Akiko Futaba, devient populaire pour son lyrisme. Lorsque la guerre tire à sa fin, les thèmes abordés comprennent des spectacles terribles comme la bataille d'Attu, la bataille de Guadalcanal et la campagne des îles Marshall. Oka se rend sur l'île Ambon mais tombe malade et rentre bientôt au Japon. Bin Uehara, qui emploie le kobushi du naniwa-bushi pour chanter, est tué lors de la campagne de Nouvelle-Guinée et Fujiyama fait prisonnier en Indonésie.
vignette|gauche|Isao Hayashi, compositeur de la chanson militaire Shussei Heishi o Okuru Uta. Après la guerre, les chansons composées pendant le conflit sont considérées comme tabou, même au Japon, malgré leur importance historique. Une de ces chansons, , composée par Isao Hayashi, est devenue un air de ralliement du groupe d'extrême droite japonais Uyoku dantai. Nocturne de Suzhou, interprété par Li Xianglan et composé par Hattori, reste controversée en Chine, même s'il ne s'agit pas d'une chanson de propagande.. Après la guerre, Tarō Shōji, qui a entendu le gyokuon-hōsō dans la préfecture de Nagano, se voit une fois interdit d'interpréter plusieurs de ses chansons parce que celles-ci sont considérées comme nationalistes. Le genre rōkyoku disparaît progressivement avec l'apparition de la télévision au cours de la période d'après-guerre. En 1946, la NHK relance ses programmes musicaux sur la chaîne Radio Kayō, plus tard appelée Minna no Uta, mais la NHK est peu encline à évoquer son histoire ancienne.
1945–1954 : Popularité d'après-guerre vignette|Haruo Oka, interprète dAkogare no Hawaii kōro.
La chanson de Michiko Namiki, entendue dans le film Soyokaze en 1945, est un succès. Haruo Oka sort également des succès comme la chanson en 1946 et en 1948. Ichirō Fujiyama, prétendument tué au combat, rentre au Japon en 1946.
vignette|gauche|La chanteuse de jazz Shizuko Kasagi et l'actrice Hideko Takamine. Ryōichi Hattori, qui s'installe à Shanghai en 1944, contribue à la promotion de la musique japonaise poppusu après la guerre. En 1947, la chanson Tokyo Boogie-Woogie de Shizuko Kasagi, composée par Hattori, est un succès. En 1949, Hattori compose également le Shamisen Boogie-Woogie interprété par Ichimaru. Vers cette époque, Hibari Misora se fait connaître comme imitateur de Kasagi.. Elle fait ses débuts en 1949 avec la chanson Kappa Boogie-Woogie. composée par Hattori et interprétée par Fujiyama est un énorme succès dans les premières années de l'après-guerre au Japon.
Yuji Koseki compose et . Nagasaki no Kane, d'après le roman Les Cloches de Nagasaki de Takashi Nagai, est interprété par Fujiyama en 1949. En 1951, Fujiyama devient le premier chanteur en finale de la première édition de l'émission télévisée de fin d'année Kōhaku Uta Gassen avec Nagasaki no Kane. Chiemi Eri débute en 1952 et Izumi Yukimura en 1953. Fujiyama passe chez NHK en 1954 et revient à son style original : la musique classique. Il devient par la suite chef d'orchestre pour Hotaru no Hikari de l'émission précitée..
1955–1963 : Transformation de la musique
De nouveaux chanteurs tels que Hibari Misora, Hachiro Kasuga, Michiya Mihashi et Chiyoko Shimakura remplacent en popularité les anciens interprètes. La période entre 1955 et 1964 est témoin de la popularité du genre kayōkyoku.. Vers cette époque, les compositeurs japonais établissent leurs propres genres avec des titres tels quEnka de Toru Funamura et Minoru Endo, Mood Kayō de Tadashi Yoshida et Hachidai Nakamura et Jazz de Hiroshi Miyagawa. Masao Koga renonce à son style d'avant-guerre et se rapproche de celui de Hibari Misora.