La pyramide de Mai (en esp. Pirámide de Mayo, en réalité un obélisque) se dresse au centre de la place de Mai à Buenos Aires et est le premier monument patriotique ― c'est-à-dire commémorant l’indépendance ― dont se dota la capitale argentine. Son histoire débute en , lorsque la Grande Junte décida de faire construire un monument sur le côté ouest de la place, pour célébrer le premier anniversaire de la révolution de Mai de 1810, événement qui enclencha le processus d’indépendance.

En 1856, sous la direction de l’artiste Prilidiano Pueyrredón, cette première version du monument fut remplacée par une nouvelle, construite sur les fondations de l’ancienne ; c’est cette nouvelle pyramide que l’on peut observer sur la place de Mai actuellement.

En 1912, après lui avoir fait subir quelques modifications, on la déplaça vers son emplacement actuel, plus à l’est du lieu où elle se trouvait à l’origine, dans l’intention (non réalisée) d’ériger autour d’elle un énorme monument qui l’eût contenue dans son intérieur.

La statue de la Liberté, œuvre du sculpteur français Joseph Dubourdieu, couronne le monument et servit de modèle à la représentation allégorique de la république argentine. Telle quelle, la Pyramide mesure, depuis le sol jusqu’au bonnet phrygien coiffant ladite statue, Revista Buenos Aires nos cuenta nº 15 (1991)..

Histoire

Inauguration

En , le gouvernement de la Grande Junte disposa que le premier anniversaire de la révolution de Mai fût célébré le de cette même année, et sollicita le cabildo d’en définir les modalités les plus appropriées. Le , le cabildo approuva le programme des festivités, lequel incluait d’ériger une transitoire colonne du 25-Mai. Il ne subsiste aucun document qui permettrait de savoir pourquoi l’on choisit la forme d’un obélisque pour le monument ; il est certain qu’en dépit de cette forme le monument a toujours été désigné par le terme de pyramide.

À cette époque s’étirait encore, au milieu de l’actuelle place de Mai, la Recova de Buenos Aires, sorte de marché couvert tout en longueur et en arcades, achevé de construire en 1804, laquelle divisait la place de Mai en deux places distinctes juxtaposées : celle sise en face de l’actuelle Casa Rosada, construite à l’emplacement de l’ancien fort (en esp. fuerte), qui se nommait Plazoleta del Fuerte, et celle sise devant le cabildo, appelée Plaza de la Victoria, dont le centre fut choisi pour recevoir la pyramide.

250px|vignette|left|Photographie montrant la prestation de serment à la nouvelle constitution de Buenos Aires sur la place de Mai en 1854. Daguerréotype attribué à Charles Fredricks. La pyramide y est visible telle qu’elle se présentait avant son remaniement de 1856.

La construction du monument fut confiée à Francisco Cañete, maître d’œuvre, qui fut assisté de Juan Gaspar Hernández, professeur de sculpture de Valladolid, et sur indication de qui l’obélisque fut érigé en matériaux solides, e.a. 500 briques, au lieu du bois initialement prévuEscultura y Poder, de María del Cármen Magaz, 2007..

Le de la même année, l’on posa les fondations, pendant que de petits orchestres créaient une ambiance festive.

Le , l’œuvre fut inaugurée, nonobstant que Cañete n’eût pas réussi à l’achever dans les délais prescrits et que la pyramide ne le serait que plusieurs jours plus tard. L’on fixa au pied du monument les bannières des régiments de Patriciens, d’Arribeños, de Pardos y Morenos (noirs et métis), d’Artillerie, de Hussards et de Grenadiers de la garnison de Buenos Aires. En même temps que la pyramide, la Cathédrale fut illuminée à profusion, et la Recova brillait de ses 1141 bougies. Les festivités, qui incluaient des danses, des tirages au sort et des affranchissements d’esclaves, se prolongèrent pendant quatre jours.

Le jour de l’inauguration, María Guadalupe Cuenca, l’épouse de Mariano Moreno, ignorante encore de ce que celui-ci était décédé d’une intoxication accidentelle le en haute mer, écrivit une lettre à son mari, dans laquelle elle l’entretenait sur la journée de l’inauguration : « On est dans une grande cérémonie d’action de grâces pour l’installation de la Junte ; Chorroarín prononce un prêche, on a fait des arcs de triomphe, une Pyramide au milieu de la place, bien qu’on ait pas pu la terminer ». Auparavant déjà, le , dans une autre lettre, elle lui communiquait « qu’on dressait une pyramide sur la place principale... », cette lettre étant du reste la première évocation de ce monument faite par un particulier. Pour sa part, le chroniqueur portègne Juan Manuel Beruti écrivit à propos de la fête d’inauguration : « À cette même occasion a été construite la grande pyramide qui décore la plaza Mayor de cette capitale et rappelle à la postérité les triomphes de cette ville, et dont les fondations ont commencé à être posées le dernier ; mais, quoiqu’elle ne soit pas encore dotée des hiéroglyphes, grillages et ornements qu’il est prévu qu’elle ait, à cause du peu de temps dont on disposait, néanmoins on lui a apposé sur les quatre faces, provisoirement, un dizain en vers, faisant allusion aux œuvres et aux victoires réalisées par les valeureuses troupes de cette immortelle cité... »La Pirámide de la Patria, par Miguel Ángel Scenna, dans la revue Todo es Historia, IIe année, nº 10, février 1968.Recuerdos y festejos del 25 de Mayo, par Mario Golman, dans la revue Todo es Historia, n° 515, juin 2010.

Si les plans dessinés par Cañete n’ont pas pu être retrouvés, des études effectuées ultérieurement ont conclu qu’il s’agissait d’une pyramide creuse, le manque de temps n’ayant pas permis en effet de la construire en maçonnerie compacte. Elle était faite de briques d’adobe et avait une hauteur de environ (montée sur son socle, elle atteignait environ ); elle s’élevait sur un soubassement à deux gradins surmonté d’un piédestal simple à quatre angles rentrants et corniche régnant sur l’ensemble. Une sphère décorative couronnait le tout. Elle était entourée d’une grille soutenue par douze piliers se terminant chacun par une poire ronde. Aux quatre angles du grillage furent placés en 1812 un même nombre de poteaux, desquels pendaient des lampadaires alimentés par de la graisse de cheval.

Les jours de fêtes patriotiques, il était de coutume d’orner profusément le monument de rubans, fanions, lampions et d’écriteaux se référant à la révolution de Mai.

En 1826, le président Bernardino Rivadavia projeta d’ériger un monument aux grands hommes de la révolution de Mai, « se substituant à celui existant aujourd’hui », qui eût consisté en une magnifique fontaine de bronze et eût porté l’inscription : « La République argentine, aux auteurs de la révolution lors du mémorable ». L’on débattait alors de l’opportunité de faire enlever la pyramide de Mai. Quoi qu’il en soit, par suite de la démission de Rivadavia en 1827, le projet n’aboutit pas, nonobstant que le Congrès eût déjà adopté la loi concernée.

En 1834, la pyramide se trouvait en ruines, décrépie et rabougrie, et son grillage de clôture tordu et rouillé. Le gouvernement provincial engagea le maçon Juan Sidders et le ferronnier Robert M. Gaw pour une réfection. Le travail fut achevé et livré en janvier de l’année suivante, deux mois après l’accession de Juan Manuel de Rosas au poste de gouverneur. En 1852, les frères Jaunet, utilisant un petit gazomètre, illuminèrent l’obélisque à l’aide de lampes à gaz, ce qui ne laissa pas d’étonner le public, qui n’avait jusque-là connu que les falots alimentés de graisse de cheval.

En 1854, à l’occasion de la prestation de serment à la constitution de l’État de Buenos Aires le , quatre autres pyramides, de style gothique, pourvues d’inscriptions et abondamment ornées de décorations florales, furent posées aux quatre angles du monument.

La nouvelle Pyramide

250px|vignette|La nouvelle pyramide faisant face à la cathédrale et à l’archevêché de Buenos Aires. Photographie d’Étienne Gonnet (1864). vignette|left|250px|La pyramide au milieu de la place de la Victoire, en face du cabildo et de la nouvelle Recova (1867).

En 1856, le monument se trouva de nouveau fort délabré. Le de cette année, un nouvel exécutif municipal fut investi à Buenos Aires, et la réparation du monument sera l’une de ses premières mesures. Une commission nommée à cet effet, dont faisait partie Domingo Faustino Sarmiento, Felipe Botet et Isaac Fernández Blanco, confia au peintre et architecte Prilidiano Pueyrredón le soin de le rénover. Celui-ci conçut un projet tendant à le rendre plus artistique et plus grandiose. Cette idée acceptée, l’on édifia la pyramide actuelle, en gardant au-dedans de la nouvelle pyramide une partie de l’originelle, qui fut recouverte de briques et de mortier. L’architecte modifia le piédestal et le sommet d’origine, rendant le monument plus haut et plus large. Il fut orné à son faîte d’une statue de la Liberté coiffée d’un bonnet phrygien, allégorie de la république d’Argentine. Ladite statue, haute de , fut réalisée, en employant un mélange de matériaux, par le sculpteur français Joseph Dubourdieu. Ce même artiste fut chargé également de réaliser les figures symboliques de l’Industrie, du Commerce, des Sciences et des Arts, lesquelles furent disposées aux quatre angles du socle.

Sur les faces de l’obélisque furent apposés : un soleil doré rayonnant tourné vers le levant (c'est-à-dire en direction de l’actuelle Casa Rosada), et, sur les trois autres faces, des hauts-reliefs représentant des couronnes de lauriers. Pueyrredón remania également le piédestal et le chapiteau original en augmentant leur hauteur et leur largeur. Le blason national de l’Argentine fut apposé sur chacun des quatre côtés du socle. L’on installa un nouveau grillage avec à chacun de ses angles un réverbère à gaz. L’ouvrage fut achevé le . Le monument fut doté de stuc imitant le marbre pour lui conférer un aspect plus rutilant, opération qui ne fut pas une réussite, à telle enseigne qu’un an seulement plus tard, le stuc dut être renouvelé.

Le , le monument fut témoin de la prestation de serment à la constitution de la Nation argentine par les autorités de la province de Buenos Aires, avec à leur tête Bartolomé Mitre.

Les voyageurs en visite dans la ville exprimèrent des opinions divergentes sur le monument :

vignette|140px|left|La Géographie. vignette|140px|L’Astronomie. vignette|140px|left|La Navigation. vignette|140px|L’Industrie.

En 1859, le revêtement utilisé n’ayant pas fait preuve de la durabilité escomptée, l’on recouvrit sa base de plaques de marbre. En 1873, les statues, faites en terre cuite et stuc, étaient en mauvais état, raison pour laquelle elles furent retirées et remplacées par des sculptures en marbre de Carrare (la Géographie, l’Astronomie, la Navigation et l’Industrie), qui ornaient auparavant le premier étage de la Banco Provincia, rue San Martín. Ces statues y restèrent ensuite jusqu’en 1912, date à laquelle, à l’occasion du déplacement de la pyramide (cf. ci-après), elles furent enlevées et rangées dans le dépôt municipal, pour être enfin, le , disposées sur l’ancienne placette Saint-François (Plazoleta de San Francisco), à l’intersection des rues Defensa et Alsina, à quelque de l’emplacement actuel de la pyramide, et où elles se trouvent encore.