vignette|Les Trois Croix, gravure de Rembrandt, 1653, état 3/4. On désigne dans le monde anglo-saxon par estampe de maître ancien (Old master print) une œuvre d’art produite par un procédé d'impression dans la tradition occidentale. Le terme est toujours d'actualité dans le marché de l'art, et il est difficile de distinguer les estampes d'art de celles à destination décorative, utilitaire ou encore de l'estampe populaire qui se sont rapidement développées en parallèle à partir du . Les estampes de cette époque sont suffisamment rares pour être classées « estampes de vieux maître », même si leur qualité artistique n'est pas très élevée. La date d'environ 1830 est le plus souvent prise comme butoir pour marquer la fin de la période dont les estampes peuvent porter cette appellation.

Les principales techniques concernées sont la xylographie, la chalcographie et la gravure (en particulier à l'eau-forte). À de rares exceptions comme des textiles tels que la soie ou le vélin, les impressions d'estampe de vieux maître sont faites sur du papier.

Cet article traite des aspects artistiques, historiques et sociaux du sujet, tandis que l'article « Gravure » décrit les techniques utilisées dans la réalisation d'estampe de vieux maître, quoique d'une perspective moderne.

Beaucoup de grands artistes européens, tels qu'Albrecht Dürer, Rembrandt et Francisco de Goya s'y sont consacrés. À leurs manières, leurs réputations internationales ont largement été le produit de leurs estampes, qui étaient beaucoup plus largement diffusées que leurs peintures. Les influences réciproques entre les artistes étaient également principalement transmises au-delà de leurs villes au moyen d'estampes. Aujourd'hui, grâce aux reproductions de photographies en couleur et aux galeries publiques, leurs peintures sont beaucoup plus connues, tandis que leurs impressions ne sont que rarement exposées, principalement pour des raisons de conservation.

vignette|Melencolia I, 1514, gravure sur cuivre d'Albrecht Dürer.

Histoire La gravure sur bois avant Albrecht Dürer vignette|Ce portrait de donateur d'environ 1455 montre une estampe très colorée collée au mur avec de la cire. Petrus Christus, National Gallery of Art.

La plus vieille technique de gravure est la xylographie , inventée comme méthode pour imprimer sur des vêtements puis du papier en Chine, et peut-être séparément dans l'Égypte de l'époque byzantine. Elle est arrivée en Europe sans doute par l'Italie vers la fin du , puis en Bourgogne et en Allemagne vers la fin du .. Des images religieuses et des cartes à jouer sont documentées comme étant produites sur papier, probablement imprimées par un Allemand à Bologne en 1395, mais aucune n'a été retrouvée.. Cependant, les images européennes les plus impressionnantes à avoir survécu depuis le sont des impressions pour tapisserie, utilisées comme pendants sur des murs ou des meubles, ainsi que pour des autels et des lutrins. Certaines ont été utilisées comme modèles à broder. Des images religieuses étaient utilisées sur des bandages, afin de favoriser la guérison.

Les premières images imprimées étaient pour la plupart d'un grand niveau artistique, et étaient clairement pensées par des artistes ayant été formés à la peinture (murales, panneaux ou manuscrits). On ne sait pas s'ils avaient taillé les blocs eux-mêmes ou s'ils n'y avaient appliqué que l'encre pour qu'un autre procédât à la gravure. Au , le nombre d'estampes augmenta considérablement, profitant du fait que le papier était devenu disponible à tous et bon marché. Cependant, le niveau artistique baissa et les gravures sur bois de la deuxième moitié du siècle sont des images relativement crues. La grande majorité des estampes de cette époque ayant survécu sont des images religieuses. Leurs auteurs étaient parfois appelés « Faiseur de Jésus » ou « Faiseur de Saint » dans les documents. Concernant les manuscrits, les institutions monacales produisaient parfois et vendaient souvent des estampes. Aucune estampe n'a pu être attribuée à un artiste avant la fin du siècle...

Le peu de preuves dont on dispose laisse penser que les estampes provenant de la gravure sur bois devinrent assez habituelles et bon marché au , au point que des ouvriers qualifiés pouvaient s'en procurer (c'étaient les estampes populaires, des caricatures sur la vie politique ou religieuse, ede faible qualité artistique et destinées à être distribuées au plus grand nombre). Par exemple, ce qui a probablement été la première estampe italienne ayant survécu, la Madonna du Feu, était accrochée par un clou à un mur d'une petite école de Forlì en 1428. Cette école prit feu, et la foule des curieux vit l'estampe survoler le feu pour tomber dans la foule. Cet événement fut considéré comme une échappée miraculeuse et l'estampe fut emmenée à la cathédrale de Forlì, où elle est toujours conservée. Comme la plupart des estampes d'avant 1460, une seule épreuve a survécu..

vignette|gauche|Anonyme allemand, Vierge des Sept Douleurs, vers 1480, gravure sur bois avec coloration à la main et inclusion de points d'or, . Les blocs de bois sont imprimés avec une légère pression et sont capables d'imprimer plusieurs milliers d'épreuves. Beaucoup d'estampes étaient coloriées à la main, le plus souvent à l'aquarelle ; d'ailleurs, le coloriage à la main des estampes a perduré au travers des siècles, bien que certains négociants se soient séparés de beaucoup d'entre elles. L'Italie, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas étaient les principales régions de production ; l'Angleterre ne semble pas avoir produit d'estampe avant environ 1480. Cependant, ces épreuves sont faciles à transporter et étaient diffusées dans toute l'Europe. Un document vénitien de 1441 se plaint des importations bon marché de cartes à jouer, altérant ainsi le marché local..

Les incunables xylographiques étaient une forme populaire de petit livre dans lesquels une page avec une image et du texte était imprimée à partir d’un même bloc de bois. Ils étaient beaucoup moins chers que des livres manuscrits et étaient principalement produits aux Pays-Bas. L’« art de mourir » () était le plus célèbre ; treize ensembles de blocs de bois différents sont connus.. Beaucoup plus légère techniquement, la gravure sur bois peut facilement être imprimée avec des caractères mobiles, et après que cette invention est arrivée en Europe vers 1450, les imprimeurs les ont rapidement incluses dans leurs livres. Par ailleurs, certains propriétaires de livres ont par ailleurs aussi collé des impressions dans des livres de prière en particulier. Les cartes à jouer étaient un autre exemple notable d’utilisation d’impressions, et les versions françaises sont la base des jeux traditionnels encore utilisés de nos jours.

Vers la fin de ce siècle, il y avait une grande demande de gravures sur bois pour des illustrations d’ouvrages, et en Allemagne et en Italie, les standards des estampes haut de gamme se sont considérablement améliorés. Nuremberg était le plus grand centre de publication allemande, et Michael Wolgemut le maître du plus grand atelier où ont eu lieu de nombreux projets, dont la gigantesque Chronique de Nuremberg.... Albrecht Dürer était un apprenti de Wolgemut lors des premières étapes du projet, et était le filleul d’Anton Koberger, son imprimeur et éditeur. La carrière de Dürer fut d’élever l’art de la gravure sur bois à son plus haut développement...

La gravure allemande avant Dürer vignette|Martyre de saint Sébastien, gravure du Maître des Cartes à jouer, vers 1445.

La gravure sur métal faisait partie de l’artisanat des orfèvres tout au long du Moyen Âge, et l’idée d’imprimer des motifs gravés sur du papier commença probablement comme une méthode pour archiver les motifs des pièces qu’ils avaient vendues. Certains artistes, formés pour être peintre, furent sollicités à partir des années 1450-1460, bien que de nombreux graveurs provenaient toujours de l’orfèvrerie.

Au début, graver était la responsabilité des négociants de luxe, au contraire de la xylographie, pour laquelle au moins la taille du bloc de bois était associée aux plus basses couches du négoce de la charpente, et éventuellement de la taille sur bois en sculpture.

Les gravures devinrent également et rapidement importantes pour servir de modèle pour d’autres artistes, en particulier pour les peintres et les sculpteurs. De nombreuses œuvres survécurent, en particulier dans de petites villes, qui prenaient leurs compositions directement des impressions. Servir de modèle pour les artistes pourrait avoir été la raison première de la création de nombreuses impressions, en particulier les nombreuses séries de figures des douze apôtres.

Bien que la plupart des gravures ayant survécu soient de sujet religieux, elles montrent une plus grande proportion d’images séculières que d’autres types d’art de cette période, incluant la gravure sur bois. C’est certainement en partie à cause du faible taux de survie de la population ; bien que des maisons de bonne famille du conservaient des images séculières sur les murs (à l’intérieur comme à l’extérieur), de même que des tapisseries accrochées aux murs, ces types d’images ont survécu en petit nombre. L’Église travaillait beaucoup à la conservation de ces images. Les gravures étaient relativement chères et vendues aux classes moyennes urbaines qui avaient afflué à la périphérie des villes qui s’étaient étendues de la partie des Pays-Bas située sous le Rhin à l’Allemagne du sud, la Suisse et l’Italie du nord. Le terme de « gravure » y était là-bas aussi utilisé pour le même type d’image que les gravures sur bois, les images de dévotion notables ainsi que les cartes à jouer, mais beaucoup semblaient avoir été rassemblées pour les ranger hors de vue dans des albums ou livres, à juger par l’excellent état de conservation de beaucoup des pièces de papier de plus de 500 ans..

vignette|gauche|La Tentation de saint Antoine, de Martin Schongauer. Contrairement à la xylographie, on peut trouver des artistes identifiables depuis le début. L'allemand — ou suisse-allemand — Maître des Cartes à jouer était actif vers les années 1440 au moins, et était clairement un peintre formé, #s 1-2... Le Maître E. S., originellement orfèvre, était un graveur prolifique. Actif entre 1450 et 1467, il fut le premier à signer ses estampes d'un monogramme sur la plaque. Il fit de grandes avancées techniques qui permirent de réaliser plusieurs impressions à partir d'une même plaque. Beaucoup de ses œuvres ont encore aujourd'hui beaucoup de charme, et les sujets comiques séculiers qu'il a gravés ne sont pratiquement jamais retrouvés dans des peintures de cette époque. De même que les impressions d'Otto en Italie, la plupart de son travail se voulait attrayant pour les femmes......

Le premier artiste majeur à graver était Martin Schongauer (vers (1450-1491) ; il travaillait dans le sud de l'Allemagne et était également un peintre renommé. Son père et son frère étaient orfèvres, alors il est fort probable qu'il eut rapidement expérimenté le burin. Ses 116 gravures sont d'une remarquable autorité et beauté et devinrent célèbres en Italie et dans le nord de l'Europe ; elles furent d'ailleurs abondamment copiées par d'autres graveurs. Schongauer développa la technique de la gravure, en particulier en affinant la hachure pour mieux représenter le volume et les ombres, uniquement au moyen de traits linéaires......