Corto Maltese est une série de bande dessinée d'aventure, créée par le dessinateur et scénariste italien Hugo Pratt en 1967. C'est également le nom du héros de la série. Cet article en décrit les principaux personnages.

Corto Maltese

Création du personnage Un des compagnons du sergent Kirk portait déjà le nom de Corto bien avant la création du marin maltais (Sergent Kirk, tome 4, collection aventures, éd. Les Humanoïdes Associés, dessin d'Hugo Pratt). Quant au nom de famille, c’est peu après avoir vu le film de John Huston, Le Faucon maltais, adapté du roman The Maltese Falcon, de Dashiell Hammett, que vint à Pratt l’idée du nom.

Notons que dès 1959, dans Ann de la jungle, Tipperary O’Hara, le marin du Golden Vanity, préfigure déjà Corto Maltese.

Personnages secondaires

Des femmes

De nombreux personnages féminins jalonnent ses aventures. Des femmes souvent dangereuses, toujours envoûtantes, dont il semble tomber amoureux. Ces relations sont souvent ambiguës et ne se concrétisent pas. Les rencontres de Corto sont souvent récurrentes ; Bouche Dorée, la magicienne sans âge, en est l’exemple le plus frappant.

<span id="ancre_Moira O'Danann">Moira Banshee O'Danann</span> (Les Celtiques, La Ligne de vie) : révolutionnaire irlandaise n'hésitant pas à manier personnellement le fusil ou la grenade. Elle est veuve de Pat Finnucan, ancien chef des rebelles et ami de Corto. Elle reste cependant amoureuse du major O'Sullivan qui, démasqué, s’avère être un patriote de l’Armée républicaine irlandaise infiltré dans l’armée britannique et l’exécuteur de son époux, en fait un traître à la cause du Sinn Féin. La guerre, la perte des deux hommes de sa vie (l’un inscrit sur la liste des héros, l’autre dans celle des traîtres à la patrie, tous deux à tort), l'incertitude du lendemain, font de Banshee une femme mélancolique. Ses relations avec Corto sont ambiguës, mais elle semble lui avoir été attachée, continuant de penser à lui longtemps après qu'ils se sont quittés. Quand il lui propose de quitter l'Irlande avec lui, elle refuse pour ne pas lui porter malchance. Elle prend en effet son surnom de Banshee au sérieux, même si elle dit qu'il n'annonce la mort qu'aux Anglais. Les Banshees irlandaises étaient des sorcières porteuses de mauvais présages ; elle est convaincue d'être l’une d'elles. Elle veut continuer la lutte pour son pays, seul réconfort à sa solitude. En fait, c'est surtout son malheur qu'elle porte en elle, puisqu'elle sera hantée des années durant par ses cauchemars. Longtemps elle restera marquée par la trahison de Pat Finnucan, l'honneur maudit du major O'Sullivan et la situation dramatique en Irlande. Elle décida toutefois un jour de retrouver son univers du vieux monde celtique en voyageant en petite Bretagne. Tel Merllin débarquant au port d'Aleth (Saint-Malo), en compagnie de Ban de Bénoïc et de Bohort de Gaunes. Elle parcourut alors la forêt de Brocéliande, guetta les korrigans dans les alignements de Kermaria, entendit les grincements de la charrette de l'Ankou dans les chemins creux de la baie d'Audierne et s'arrêta sur une île oubliée du golfe du Morbihan.

Morgana Dias dos Santos Bantam (Sous le signe du Capricorne): Demi-sœur de Tristan. Son éducation faite en Amérique du Sud lui a évité de souffrir des strictes règles britanniques enseignées à Tristan. Bouche dorée, qui l’a instruite sur les traditions magiques brésiliennes, en a fait une de ses disciples. Celle-ci lui a expliqué que Corto Maltese était peu doué pour les affaires d'argent, mais qu'il mettait une forme d'application à suivre les routes le menant vers des îles au trésor. En fait, ce qui l'intéressait, c'est le chemin, le but, l'idée, pas la réalité de la fortune. Il laissait filer entre ses doigts l'or ou l'argent, l'abandonnait à ceux ou celles qu'il en estimait dignes. Ou bien il perdait tout sur un coup de tête ou de cœur. Parfois, pour une femme, ou simplement par ennui ou plaisir un peu pervers. Avec l'aide de Bouche Dorée, elle dirige la Financière Atlantique, fondée par son père. Pendant l'été 1932, les services commerciaux de l'ambassade américaine de Montevideo (Uruguay) recevaient un document de synthèse, envoyé à tous les postes diplomatiques américains du sud du continent. Cette dépêche devait préluder à une vaste opération politico-économique ayant pour but de provoquer la faillite de cette société. Le document rappelle l'histoire de la Financière Atlantique, société sise à Salvador de Bahia, contrôlant 25 succursales. Elle gère des activités situées pour la plupart en Amérique latine, liées aux matières premières, à l'agro-alimentaire, aux mouvements des capitaux, à la mer, au transport routier, à la prostitution, ou encore à l'édition (avec publication d'ouvrages subversifs dénonçant l'impérialisme américain). Son poids économique est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars en dépôts bancaires, à un patrimoine foncier considérable (tant en immeubles urbains qu'en propriétés agricoles). La dépêche souligne que toutes ces activités nuisent fortement aux intérêts américains, alors que l'Amérique du Sud doit rester la chasse gardée des États-Unis, y compris vis-à-vis des initiatives locales trop dynamiques. D'où la nécessité de développer une action de lobbying afin de dénigrer cette entreprise. Morgana et Bouche dorée l'apprirent toutes deux immédiatement grâce à leur propre réseau d'informateurs le 20 juillet de cette année. Quelques jours après, le rédacteur du texte, attaché commercial près l’ambassade américaine au Brésil, disparaissait dans un accident de voiture. Puis, une série d'incendies détruisait des réservoirs de la Standard Oil Company à Buenos Aires (Argentine) et des entrepôts de la United Fruit en Amérique centrale. De même, le cargo d'un armateur de New York coulait au large des îles Vierges et plusieurs navires américains, empruntant le canal de Panama, connaissaient de graves avaries. Enfin, les ambassadeurs américains à Caracas (Venezuela), Lima (Pérou) et Bogota (Colombie) démissionnèrent successivement après des affaires de mœurs concernant eux ou leur famille. Ces successions de "signaux" envoyés à qui de droit entraînèrent le Département d'État à classer "sans suite à donner" le rapport établi par le zélé fonctionnaire américain de l'ambassade de Rio de Janeiro (Brésil).

Bouche dorée (Sous le signe du Capricorne, Corto toujours un peu plus loin, Mû, La Ligne de vie) : Sorcière très respectée de la macumba brésilienne, et mentor de Morgana Bantam. Nous ne savons pas son âge : , dit-elle. La rumeur laisse entendre qu’elle a au moins 200 ans. Outre le fait qu'elle semble disposer de réels pouvoirs magiques – plus d’une fois elle laisse entrevoir des dons divinatoires étonnants – et indépendamment du mystère qui l’entoure, c’est un stratège remarquable. Elle contrôle la Compagnie Financière Atlantique et se mêle également de conspirations politiques. Elle participe activement à la révolution des noirs et indiens du Brésil, contre la caste blanche esclavagiste, en leur faisant parvenir armes et argent.

Louise Brookszowyc (Fable de Venise, Tango) : Polonaise née à Varsovie. À Venise, elle est plus connue sous le nom de Belle de Milan. Au terme d'une poursuite, elle donne l'hospitalité à un Corto en mauvaise posture. Elle partira en Argentine où elle sera assassinée à Buenos Aires. La prostitution n’est pas la seule cause de sa mort. Louise cherchait à démasquer un réseau qui s’approprie d'immenses terres de Patagonie avec l’aide de hors la loi comme Butch Cassidy et quelques autres. Après l’avoir vengée en supprimant son assassin, Corto Maltese recueille sa fille pour la confier à des amis. Pratt lui a donné les traits de Louise Brooks, vedette de cinéma des années 1920. Il la rencontrera plus tard, lors d'un voyage aux États-Unis en 1983.

Esmeralda (Corto toujours un peu plus loin, Tango) : Prostituée argentine, elle sauve la vie de Corto dès leur première rencontre.

Tracy Eberhard : Aviatrice, faisant partie d'une famille de fabricants de montres suisses. Elle a beaucoup entendu parler de Corto par sa collègue Amelia Earhart. Pandora Groovesnore : Américaine, fille de Tadeo Groovesnore, un grand armateur de Sydney et nièce de Rinald Groovesnore, vice-amiral de la Royal Navy. À la suite du naufrage de « La Jeune Fille d'Amsterdam », goélette sur laquelle elle naviguait en compagnie de son cousin Caïn, elle est capturée avec ce dernier par les pirates du Moine et mêlée aux débuts de la guerre de 14. Elle révèle un caractère très adulte pour son âge, en contrôlant la situation où elle est impliquée. Elle marque profondément Corto, qui la surnomme « bijou romantique ». Pandora se montre dans l'incapacité d’avoir une relation durable avec le beau marin, si bien que leur histoire semble être restée platonique (La Ballade de la mer salée) ; cependant il pensera toujours à elle au cours de ses aventures ultérieures. Ainsi, dans Les Celtiques : Burlesque entre Zuydcoote et Bray-Dunes, en 1918 quand il apprend qu’elle va se marier, il tombe dans une profonde mélancolie. Dans La Maison dorée de Samarkand, lorsque Marianne demande à Raspoutine si Corto a été amoureux, il lui répond : Installée au Cap Cod, dans le Massachusetts (côte orientale des États-Unis), elle écrit un journal. Le 28 janvier 1916, un an après avoir quitté l'île d'Escondida, elle souligne que Caïn se prépare à rejoindre le chaudron européen, la guerre. Cette spirale de sang lui évoque ces destins perdus, sur l'océan Pacifique qui ne méritait pas son nom, à ces marins japonais morts par sa faute (lorsqu'elle a crié à l'aide), au capitaine Slütter qu'elle aurait tant voulu sauver du peloton d'exécution, à Corto Maltese, lui qu'elle a voulu tuer. Le 7 avril 1917, toujours au Cap Cod, elle évoque l'entrée en guerre de son pays. Elle parle aussi d'un gentleman qu'elle vient de rencontrer à Boston (John Cassie), qui ressemble à Slütter. Lui aussi héritier d'une grande famille d'armateurs, il lui fait une cour assidue. Il ne lui déplait pas, mais elle est loin des tourbillons des îles. Elle juge qu'il n'a rien d'un officier de marine, encore moins d'un chercheur de trésor ou d'un pirate. Cependant, il possède un beau yacht blanc, modèle de tous les voiliers de l'America's Cup pendant près de dix ans, amarré à un quai du port, dont il se sert parfois pour naviguer au large de la Nouvelle-Angleterre. Si elle embarquait à bord, elle pourrait rompre l'ennui qu'elle ressent dans la grande maison de la famille Groovesnore. Elle rêve même de naufrages qui soient autres que ceux qui la guettent, entre Porto et Brandy. Dans sa chambre est accroché un fétiche de Nouvelle-Calédonie ; enfant, il la faisait rire, maintenant, il semble ricaner sur le temps passé. À Boston, le 12 novembre 1918, le lendemain de l'Armistice, elle apprend avec bonheur la nouvelle de la paix, ainsi que celle du retour de son cousin, après tant de mois passé dans un hôpital du nord de la France, comme il l'explique dans une lettre. Il n'était pas blessé, mais en proie à un terrible choc nerveux (voir Burlesque entre Zuydcoote et Bray-Dunes). Cependant, il rajoute avoir même retrouvé sur le front de Flandres son vieil ami Corto Maltese, au grand étonnement de sa cousine. En effet, elle imagine mal ce marin s'engageant dans la Royal Navy. Elle se connaissait une petite cicatrice au souvenir de ce nom, une cicatrice de jeune fille que la jeune femme qu'elle est devenue a fait rouvrir en blessure. Elle a également recopié une citation d'une amie de Chateaubriand (Claire de Duras), dénichée dans un livre de la bibliothèque de son mari : « Il oublie tout et surtout ceux qu'il aime. Il faut l'aimer quand même, mais ne jamais compter sur ce qui exige un sacrifice. Et voilà ce qui fait que toutes les personnes qui l'ont aimé ont été malheureuses, quoiqu'il ait de l'amitié et surtout beaucoup de bonté. » En la relisant, elle pense à Corto, qui a quelque chose du vicomte, sauf peut-être la bonté.