L'église Notre-Dame-et-Saint-Eugène est une église catholique paroissiale située à Deuil-La Barre, en France. Ses origines remontent à la fin de l'époque mérovingienne, quand l'église de Deuil est un lieu de pèlerinage grâce aux miracles qui se produisent près de la tombe de saint Eugène qu'elle abrite. Un premier oratoire avait même été édifié vers le début du . Mais rien de ces premiers lieux de culte ne subsiste, et avec le départ des reliques de son saint protecteur pour la basilique Saint-Denis vers 850, Deuil quitte la scène de l'histoire jusqu'à ce que son église soit donnée à l'abbaye Saint-Florent de Saumur en 1066.

Un prieuré est alors fondé à Deuil, et la construction de l'église romane actuelle est lancée. Elle commence par l'abside, qui ne subsiste plus, et se termine par la nef au début du . La consolidation de la croisée du transept vers 1135 donne l'occasion d'installer quatre chapiteaux historiés, qui, avec un cinquième dans la chapelle sud, font la célébrité de l'église. Ils marquent en effet l'apogée de la sculpture romane dans le Val-d'Oise.

Vers 1220, l'abside romane est remplacée par un spacieux chœur gothique muni d'un déambulatoire. Il ne se distingue pas par sa hauteur, qui est très modeste, mais par sa beauté et le raffinement de son architecture. C'est aussi l'unique chœur à déambulatoire et sans chapelles rayonnantes qui ne comporte qu'un seul niveau d'élévation.

L'extérieur modeste de l'église et son clocher néoroman de 1868 ne font pas soupçonner les richesses architecturales de l'intérieur. La chute d'une V2 en a partiellement détruit l'église, mais elle a été patiemment reconstruite à partir de ses débris, et la catastrophe ne laisse plus de trace. Après sa reconstruction, l'église a de nouveau été classée monument historique par arrêté du ..

Localisation

L'église Notre-Dame-et-Saint-Eugène se situe en France, dans le département du Val-d'Oise, sur la commune de Deuil-La Barre. Elle n'est pas à confondre avec l'église Saint-Louis sur la même commune. La façade occidentale donne sur l'étroite rue de l'Église, où se situe l'entrée. Au sud, à l'est et au nord du chœur, l'église est entourée d'un jardin public, baptisé place des Victimes du V2. Ce parc est délimité au sud par la rue Robert-Camelot et par le parking de la rue Charles-de-Gaulle (RD 311), principale artère du centre-ville de Deuil-la-Barre. Le presbytère se trouve au nord de l'église.

Histoire Les origines thumb|230px|left|Translation des reliques de saint Eugène, sur un chapiteau des années 1130.

La fondation de la paroisse est étroitement liée aux reliques de saint Eugène, compagnon de saint Denis et évangélisateur martyrisé par les Romains vers 250. Son corps aurait été jeté dans le lac Marchais, au nord-est du village près de Groslay. C'est dans cet étang, qu'à l'époque mérovingienne, sans doute au début du , un certain Ercold retrouve les restes du saint martyr après avoir eu une révélation. Ercold est décrit comme un personnage illustré et possède de nombreuses terres autour de Deuil ; peut-être est-ce l'un des seigneurs du lieu. Il fait transporter la dépouille à Deuil. Les bœufs tirant le char s'arrêtent en chemin dans un champ appartenant à Ercold, et cet incident lui donne l'inspiration d'y faire édifier un oratoire. Sa première vocation est de donner un lieu de sépulture digne à saint Eugène ; il n'y est pas encore question d'une église paroissiale.

Sous le règne de Pépin le Bref, soit environ trois siècles plus tard, les premiers miracles se produisent à l'oratoire ou à l'église, car Deuil a déjà son curé à cette époque. Peut-être des miracles ont-ils pu se produire précédemment, mais l'hagiographie de saint Eugène n'est écrite pour la première fois qu'au et comporte de nombreuses lacunes. Un valet de chambre du roi part du palais de Verberie pour un pèlerinage vers la basilique Saint-Denis. Dans un rêve, un vieillard lui conseille de passer par Deuil : il y est guéri de son terrible mal de tête. Peu de temps après, une aveugle, dame Rictrude, originaire des environs de Rouen, y recouvre la vue. Un jeune enfant du pays de Meaux est également guéri. Sous le règne de Charlemagne, les miracles se poursuivent. Les derniers à être relatés ont lieu quand Hilduin est abbé de Saint-Denis. Au milieu du , devant la menace des invasions vikings, les reliques sont mises à l'abri à l'abbaye Saint-Denis. Celle-ci ne les rendra jamais, et plus aucun acte ne mentionnera Deuil-la-Barre et son église pendant les deux siècles à venir.

L'histoire de la paroisse et du prieuré thumb|250px|Façade occidentale de 1749.

Vers 1060, le village et l'église paroissiale appartiennent au seigneur Hervé de Montmorency. Les biens de l'église sont souvent parvenus entre les mains de seigneurs laïcs par des usurpations, et la réforme grégorienne entraîne un mouvement de restitutions, généralement déguisées en dons. Hervé offre donc l'église à l'abbaye Saint-Florent de Saumur en 1066. Cette donation est confirmée par Geoffroy de Boulogne, évêque de Paris, en 1072. Guillaume, abbé de Saint-Florent, fonde un prieuré à Deuil : de telles fondations sont la règle lorsque des églises sont données à des abbayes. Les bâtiments du prieuré sont bâtis au nord de l'église. Avant la fin du , Bouchard IV de Montmorency dote richement le prieuré. C'est la générosité de ce seigneur qui permet d'achever la construction de l'église actuelle. Elle sert à la fois d'église paroissiale et d'église priorale. D'après Jean Lebeuf, l'autel paroissial sous le vocable de la Nativité de Marie se situe dans la nef, et l'autel du prieuré dans le chœur. Le curé de Deuil est nommé sur la présentation de l'abbé de Saint-Florent, et malgré l'éloignement de l'abbaye, les relations avec la maison-mère sont étroites. Certains prieurs sont originaires de l'Anjou, et d'autres deviennent abbé de Saint-Florent en fin de carrière. Au Moyen Âge central, le prieuré de Deuil développe une certaine importance, et l'Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse en dépend. Pierre Abélard séjourne au prieuré vers 1119 / 112 et est moralement soutenu par le prieur. Eudes de Deuil est prieur de Deuil avant de devenir abbé de Saint-Denis après la mort de Suger.

Un important déclin du prieuré se manifeste au , de sorte qu'en 1543, le prieur Martial Richevillain se retrouve tout seul, sans autres moines résidents. Les bâtiments sont en mauvais état et Richevillain les fait démolir pour économiser les frais de réparation. L'abbé ordonne toutefois leur reconstruction, au moins partielle. Au , même le prieur ne réside plus à Deuil. Ainsi, l'abbaye décide de céder le prieuré à l'ordre de la Visitation en 1764. Ce déclin ne concerne, bien entendu, pas la paroisse, qui est en plein essor. En 1749, le prince Louis V Joseph de Bourbon-Condé, seigneur d'Ormesson, et M. de Bellegarde, seigneur de Chevrette, financent d'importants travaux de rénovation de l'église. La nef est prolongée d'une travée vers l'ouest, et les fenêtres sont agrandies. Mais avant et surtout, les seigneurs ont pu persuader l'abbaye Saint-Denis de restituer enfin une partie des reliques de saint Eugène. Pour marquer la fin des travaux, une nouvelle translation des reliques de saint Eugène peut être célébrée, qui au bout de neuf cents ans d'absence, retournent à Deuil.

L'histoire de l'église thumb|Croisée, vue vers le sud-ouest. thumb|upright|Base du clocher, voûte en berceau de la fin du . thumb|upright|Étages du clocher reconstruits en 1868.

La construction de l'église actuelle est enclenchée par la donation de l'ancienne église à l'abbaye Saint-Florent de Saumur par Hervé de Montmorency en 1066. Conformément à l'usage, la construction commence sans doute par le chœur, dont l'abside ne subsiste cependant plus. La partie droite du chœur montre effectivement tous les caractéristiques du dernier quart du . Le chantier ne progresse toutefois pas très vite et se trouve apparemment interrompu après l'achèvement du chœur. L'axe du chœur et de la nef n'est pas le même. L'examen du transept et de la nef revèle qu'ils n'ont pas été terminés avant 1125 environ. L'église romane telle qu'elle se présente alors se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un transept ; d'un chœur comportant une travée droite et une abside en hémicycle ; ainsi que probablement de deux absidioles orientées en cul-de-four, dont la partie antérieure de celle du sud sert de base au clocher. Mais bientôt après la fin du chantier, des désordres apparaissent dans le transept. Toute l'église n'est pas construite bien solidement, et plusieurs piliers ont dû être enveloppés dans des massifs de maçonnerie que seules les restaurations modernes ont permis de retenir. La croisée du transept nécessite une reconstruction dès les années 1130, portant sur le remplacement de ses piliers. Leurs chapiteaux historiés font la célébrité de l'église. Par diverses comparaisons avec des chapiteaux montrant des similitudes, et qui par recoupement d'un certain nombre d'indices peuvent être datés assez précisément, André Lapeyre parvient à établir une datation pour le début des années 1140. Il suppose qu'ils sont l'œuvre des sculpteurs ayant auparavant confectionné les chapiteaux de la crypte de la basilique Saint-Denis. Les chapiteaux historiés de Deuil auraient donc été taillés après leur montage sur les piliers, ce qui n'est pas courant à l'époque. C'est peut-être pour cette raison que Mathieu Lours date ces chapiteaux des années 1130, le cadre très restreint de son étude ne laissant malheureusement pas de place à une argumentation. Quoi qu'il en soit, les chapiteaux historiés de la croisée du transept de Deuil-la-Barre marquent l'apogée et la fin de la sculpture romane dans le nord de l'Île-de-France.

Vers 1220 environ, l'abside en hémicycle de style roman est remplacé par un grand chœur de style gothique primitif, de faible hauteur mais d'une architecture très recherchée, comme le montre l'extrême minceur des colonnettes de la nouvelle abside, qui sont donc groupées par dux. Le chœur gothique est muni d'un déambulatoire mais pas de chapelles rayonnantes, et seul le déambulatoire est voûté. Il semble que ce soit toujours été ainsi, et même si des colonnettes ont été prévues pour accueillir les ogives d'une potentielle voûte du vaisseau principal du chœur, la minceur des supports a sans doute dissuadé le maître d'œuvre d'aller au bout de son projet. Le vaisseau central a donc été recouvert d'un lambris. Ensuite, l'église demeure inchangée jusqu'à la première moitié du , quand elle subit des dégâts infligés par la guerre de Cent Ans. Dans le cadre de la réparation de l'église à partir de la fin du , la croisée du transept est recouverte par deux voûtes sur croisées d'ogives barlongues, et les arcades autour de la croisée sont retaillées. Au début du , les deux dernières travées du bas-côté sud ainsi que le croisillon sud sont entièrement reconstruits, doublés d'un second vaisseau et voûtés d'ogives très aigües. Une partie des voûtes des parties orientales est reprise à la fin du . Enfin, l'église connaît une troisième campagne d'extension pendant les années 1740, qui donne le prolongement d'une travée de la nef et du bas-côté sud vers l'ouest, mais aussi l'agrandissement des fenêtres des bas-côtés et du déambulatoire. C'est peut-être de cette époque que datent les voûtes en berceau des premières travées du bas-côté sud, mentionnées en 1874 et supprimées depuis. Tout l'intérieur est badigeonné selon le goût de l'époque qui est aux espaces intérieurs clairs aux lignes simples. Les chapiteaux de la nef sont . Toutes traces du badigeonnage ont été enlevées depuis.