Le bombardement de Mogador est une attaque navale lancée entre les et par le royaume de France contre la ville marocaine de Mogador (actuelle Essaouira), dans le cadre de la guerre franco-marocaine qui oppose les deux pays à la suite du soutien que porte le sultan Moulay Abderrahmane à l'émir Abdelkader.

Le gouvernement français envoie une escadre de commandée par François d'Orléans, qui, après avoir bombardé Tanger, s'attaque à Mogador. Du côté marocain, la ville est ceinte de longs remparts qui protègent son port et sa kasbah et qui comprennent des bastions et des batteries. L'îlot de Mogador, situé à seulement de la ville, est également défendu par cinq bastions.

Après de premiers échanges de tirs d'artillerie contre les fortifications de la ville qui tournent à l'avantage des Français, le corps expéditionnaire français débarque sur l'îlot de Mogador et s'en empare après une farouche résistance marocaine. Les Français s'emparent ensuite du port sans rencontrer de résistance, alors qu'entre-temps, des tribus Masmouda de la région en profitent pour attaquer la ville et la piller.

Contexte Depuis la conquête de l'Algérie par la France, les relations entre le Maroc et la France sont particulièrement tendues. En effet, l'Empire chérifien est confronté à une situation nouvelle, il est désormais voisin avec la France.. Celle-ci, en pleine campagne de pacification de l'Algérie, entre en guerre avec l'État d'Abd el Kader. Après plusieurs défaites et la perte de la Smala le , l'émir Abdelkader se retire du territoire algérien pour se réfugier en territoire marocain près d'Oujda. Accueilli avec enthousiasme par les tribus marocaines orientales, notamment par les Béni-Snassen, il reçoit le soutien des marabouts les plus influents du pays.. Une agitation et une effervescence populaire prennent de l'ampleur et atteignent toutes les tribus du pays, obligeant le sultan du Maroc Abderrahmane ben Hicham à répondre favorablement à l'appel d'Abdelkader..

vignette|gauche|Bombardement de Tanger, le .|alt=Peinture représentant une bataille navale.

Le , les premiers combats commencent à la suite de l'arrivée de marocains servant d'avant-garde sous les ordres de Sidi el-Mamoun ben Chérif, un membre de la famille impériale, près d'un camp français à Lalla Maghnia.. Après d'intenses combats, la cavalerie marocaine est repoussée.. Le , une conférence de pourparlers a lieu et se solde par de nouveaux combats remportés par les Français, qui repoussent à nouveau l'armée marocaine... Le , l'armée française occupe Oujda avant d'en repartir le .. La guerre désormais commencée et proclamée, le sultan du Maroc confie à son fils aîné Moulay Mohammed le commandement en chef de l'armée marocaine..

Après un ultimatum français que le sultan rejette, François d'Orléans, commandant en chef d'une escadre française de , reçoit l'ordre le de bombarder la ville de Tanger. Après une journée de bombardements, les batteries marocaines sont démolies et une grande partie de la ville est détruite.. Une fois le bombardement terminé, l'escadre française revient au mouillage de la ville aux côtés des navires européens et américains. Elle appareille ensuite pour Mogador le et l'atteint le , après une difficile traversée.. Le , la bataille d'Isly a lieu et oppose la cavalerie marocaine, commandée par Mohammed ben Abderrahmane, aux troupes du général Thomas-Robert Bugeaud, gouverneur général d'Algérie. Les forces françaises remportent une bataille décisive et poussent le Maroc à engager dès le lendemain des négociations..

Forces en présence vignette|François d'Orléans, commandant en chef de l'escadre française.|alt=Portrait d’un jeune soldat brun, avec des épaulettes dorées. L'escadre de la marine royale française est initialement composée de trois vaisseaux, d'une frégate et de quelques bateaux à vapeur.. Mais, devant l'inquiétude du ministre français de la Marine Ange René Armand de Mackau, qui pense que la tâche est difficile et que la résistance marocaine est énergique, l'escadre française est doublée en nombre de navires. C'est ainsi que, durant le bombardement de Tanger, participent aux opérations.. La tâche se révélant plus facile que prévu, l'escadre française est ramenée à pour effectuer le prochain bombardement. Elle est commandée par François d'Orléans, prince de Joinville, troisième fils du roi Louis-Philippe . Il est alors âgé de .

Lors de cette opération, la flotte française, composée de , compte trois vaisseaux de ligne : le Suffren (), le (, commandé par La Roque) et le (), mais aussi trois frégates (la Belle Poule, lAsmodée, et le Groenland), quatre bricks (l’Argus, le Volage, le Rubis et le Cassard), trois corvettes (le Pluton, le Cassendi et la Vedette) et enfin deux avisos (le Phare et le Pandour). Elle compte également un corps expéditionnaire de ..

Du côté marocain, le système de défense de la ville de Mogador joue sur la distance entre les îles de Mogador et la terre ferme de la baie pour pouvoir protéger chaque entrée de la baie, que ce soit celle du nord grâce à borj el-Âssa et borj el-Baroude, ou celle du sud à l'aide de borj Moulay Ben Nasser et de borj el-Barmil, grâce à des batteries faisant des feux croisés. Ainsi, l'environnement favorable dont dispose la ville lui permet de disposer de batteries de canons à feux croisés..

vignette|gauche|Canons espagnols de la sqala de la kasbah.|alt=Vue par l’arrière d’une rangée de canons pointant à travers une muraille.

Mogador est entourée entièrement d'un mur d'enceinte haut de dix mètres et couronné de créneaux sur toute sa longueur., de style européen.. La sqala de la kasbah qui longe l'océan Atlantique protège la médina, tandis que la sqala du port défend le port de la ville. Elles totalisent d'artillerie, dont principalement des canons en bronze de fabrication espagnole construites dans les fontes de Séville et de Barcelone entre 1743 et 1782. Ces canons de de long sont des pièces de de calibre et de section extérieure à la culasse. Ils sont conçus pour lancer à environ des boulets de dix livres.. Le commandant en chef des canonniers (tobjia) de la ville est Omar Laâlaj, renégat d'origine européenne. La plupart des canonniers de la ville sont des renégats, pour la plupart espagnols, convertis à l'islam.

L'îlot de Mogador est défendu par cinq bastions garnis de . Les quatre premiers défendent le mouillage intérieur et extérieur, mais aussi les passes est et ouest de l'île, alors que le dernier bastion est adossé à la mosquée de l'île.. L'île est défendue par les 320 meilleurs hommes de la garnison de Mogador, commandés par Larbi Torres..

Déroulement L'escadre française, arrivée le devant Mogador, n'engage les opérations que le , à la suite de mauvaises conditions météorologiques. À partir de quatorze heures, François d'Orléans donne l'ordre à la flotte française de se mettre en marche, et de se positionner devant la ville. Le Triton s'avance à à l'ouest de la ville, rejoint par le Suffren et le Jemmapes. Ce dernier se range près du Triton tandis que le Suffren prend poste dans la passe du nord. La frégate la Belle Poule a pour ordre d'affronter les batteries de la sqala du port, tandis que les bricks l'''Argus, le Volage et le Cassard ont pour ordre de faire feu sur les batteries de l'îlot de Mogador. Du côté marocain, les canonniers se préparent au combat sans pour autant déclencher les hostilités, sur les ordres d'Omar Laâlaj. Le premier feu déclenché par la flotte française est fatal pour Laâlaj, décapité par un boulet... Le bombardement dure ainsi deux heures, les canonniers marocains ripostent sans baisser d'intensité, provoquant une véritable grêle de boulets et d'obus. Toutefois, l'échange d'artillerie intensif tourne à l'avantage des Français, qui touchent de plein fouet les fortifications marocaines. De nombreuses brèches sont créées dans les remparts. L'artillerie marocaine ralentit petit à petit son feu, et à partir de dix-sept heures, les canonniers marocains se replient et abandonnent leurs postes, tandis que la plupart des batteries de la ville sont démontées.

vignette|gauche|Assaut sur la mosquée de l'îlot de Mogador, , Jacques Caille.|alt=Gravure en noir et blanc, représentant un assaut de soldats occidentaux sur une mosquée. L'îlot de Mogador oppose toujours une résistance, contrairement aux batteries de la ville. François d'Orléans décide d'y débarquer commandés par le colonel Auguste Chauchard et le commandant Duquesne pour s'en emparer face à une garnison de marocains commandés par Larbi Torres. À dix-sept heures et demie, le Pluton, le Cassendi et le Phare permettent le débarquement des soldats français sur l'île, sous le feu nourri des Marocains. La première des batteries de l'île est prise après d'intenses combats. Dépassés par le nombre, les Marocains se défendent puis sont forcés à se réfugier dans la mosquée de l'île et à la barricader. Ces premiers combats meurtriers font parmi les Marocains, et et chez les Français., dont le commandant Duquesne.. Immédiatement après avoir repris les forts de l'île, les marins de l’Argus et du Pluton enfoncent la porte de la mosquée à coups de canon et déclenchent de nouveaux combats jusqu'à ce que François d'Orléans décide d'arrêter, dans le but d'éviter un massacre inutile.

vignette|Débarquement des soldats français dans le port d'Essaouira, .|alt=Gravure en noir et blanc montrant une troupe de soldats rassemblés au pied d’un fort.

La totalité des navires quittent la passe de Mogador pour retourner au mouillage, mise à part la Belle Poule qui bombarde tout au long de la nuit, à intervalle irrégulier, les batteries de la sqala du port. Entre-temps, toujours le , pensant que l'armée française va occuper la ville, des tribus Masmouda de la région en profitent pour attaquer la ville et la piller pendant plus de . La population de la ville est largement touchée par ces pillages et compte plusieurs victimes, notamment des Juifs.., tandis que le gouverneur de la ville prend la fuite le lendemain du bombardement..

Le , les soldats français préparent la prise de la mosquée, qui se fait finalement sans combat puisqu'assiégés, , dont , se rendent avec leur chef Larbi Torres. Les prisonniers blessés de la garnison de l'île sont le jour même échangés contre une vingtaine de résidents étrangers, notamment des Britanniques, dont le vice-consul sir Wilshire et sa famille, que le gouverneur avait gardé comme otages au début des combats., tandis que le consul français avait quitté la ville un mois auparavant. François d'Orléans décide ensuite d'occuper le port de Mogador sous la protection du Pandour et de lAsmodée. C'est ainsi que plus de occupent le port sans la moindre résistance, enclouent puis jettent à la mer les canons, détruisent les magasins à poudre et coulent plusieurs navires.. François d'Orléans poste ensuite une garnison sur l'île, armée de canons le temps des négociations, puis ordonne le blocus du port.

Bilan et conséquences vignette|gauche|Canon marocain endommagé par un boulet de canon français lors du bombardement de Mogador. C'est un canon en bronze de fabrication espagnole construit dans la fonte de Barcelone en 1780.|alt=Ensemble de deux photographies ; une bouche de canon endommagée ; un canon pointé sur la mer.

François d'Orléans décrit l'opération au ministère de la marine le :

vignette|Drapeaux marocains capturés aux Invalides de Paris.|alt=Vue d’une rangée de drapeaux marocains.

La ville est très durement touchée, de nombreux bâtiments et habitations sont détruits par les bombardements ( tirés sur la ville), les pillages ruinent le port et les habitants, des femmes, sont enlevées. Les Juifs sont particulièrement touchés par les pillages et les enlèvements.. Le mellah est également endommagé puisqu'il borde la muraille nord, qui longe l'océan, tout comme la kasbah et les murailles de la ville, criblées de boulets.